LE DEVIN DU VILLAGE
opéra-comique en un acte de J.-J. Rousseau, joué par l Artistes du théâtre de V Opéra-Comique .
Colette. ...... M"»» MOLÉ-TRUFFIER.
Le Devin MM. SOULAGROIX.
Colin GARBONNE.
Villageois et Villageoises.
Le Clavecin appartient à la collection de la Maison Pleyel.
Chef des Chœurs : M. Henry CARRÉ
Toute la partie musicale de la représentation sera sous la haute direction de M. J. DANBÉ.
Ce programme nous dispense de rappeler que la matinée ne fut qu'un long triomphe pour tout le monde. Le triomphe cependant aurait été encore plus grand si M. Delaunay, malade depuis plusieurs jours, avait pu venir dire, avec son talent exquis, les remarquables vers que M. Glaretie avait composés spécialement à son intention. Le grand artiste les fera entendre plus tard, à Tinauguration de la statue. C'est égal, cette fâcheuse maladie fut un crève-cœur pour tous les membres du Comité !
Les vers de M. Claretie furent imprimés et distribués à tous les spectateurs ; la lettre suivante, que nous croyons utile de reproduire ici, leur servait de préface :
A Monsieur Alphonse BERTRAND, président
du Comité de la statue de Jean Houdon.
Monsieur le Président,
M. Delaunay ne pouvant paraître demain à Trianon — les médecins lui défendent même de prendre l'air dans son jardin — vous me demandez de faire dire par un autre artiste la pièce de vers écrite pour lui. Je vous demande, à mon tour, de n'en rien faire. Ces vers, où j'ai essayé de payer notre
dette à Houdon, ne valaient, à mon sens, que par le comédien qui devait les dire. Ils lui appartiennent. L'interprète manquant, à quoi bon la chanson ?
L'air était fait pour l'exquis diseur, qui aura, de la sorte, répété pour moi seul — et avec quel art, et avec quelle séduction ! — cet écho des rimes jetées à Trois Marches de Marbre rose. Lui absent, permettez-moi d'être absent aussi, et en plaidant ma cause, veuillez, cher Monsieur, présenter mes excuses au Comité et au public.
Mes vers ne sont rien ; c'est la réapparition de M. Delaunay qui était, sinon tout, du moins beaucoup. J'ai autant de chagrin qu'il en a lui-même, et je vous prie de croire à mes vifs regrets et à mes sentiments vraiment dévoués.
Un rayon de soleil, du reste — et il nous arrive — cela vaut pour vous tous les vers du monde I
Jules Claretie.
Dimanche soir.
Un autre contre-temps devait marquer cette belle journée. Le ciel resté bleu jusqu'à quatre heures s'obscurcit tout à coup ; quelques gouttes d'eau se mirent à tomber, ce qui obligea les personnes munies de cartes pour le Jardin français réservé, et où se faisait entendre, près du buffet, cette
merveilleuse musique du 1^^ régiment du génie, dirigée si habilement par son chef, M. Meister, de se précipiter vers un abri.
Bientôt la pluie se transforma en orage, en tempête, avec accompagnement de tonnerre et d'éclairs. L'idylle semblait s'enfuir.
A la sortie, Trianon n'était plus qu'un lac. Ce n'était pas seulement à Neptune que jouaient les grandes eaux promises par le ministre !
Les éléments se calmèrent enfin. Malgré cette mésaventure, il n'y eut personne qui n'emportât de cette journée une satisfaction sans mélange et avec cette impression, même chez les plus blasés de ces 320 spectateurs appartenant au monde où l'on a tout vu, qu'ils venaient d'assister à un spectacle unique, incomparable. Cette impression fut vive, profonde, générale. Elle eut son écho répété dans toute la presse jusqu'en Russie, jusqu'en Amérique.
Telle fut, résumée, autant que faire se peut, cette représentation de Trianon qui avait coûté tant d'efforts au Comité et dont le bénéfice pécuniaire fut loin d'être en rapport avec la recette réalisée. Nous engageons vivement ceux qui seraient tentés
de recommencer, de lire attentivement dans nos pièces justificatives le compte des recettes et dépenses. Et dire que le Comité n'a pas payé un seul artiste, même M. Danbé !
Versailles cependant recueillit un large bénéfice de cette représentation qui ramena l'attention publique sur son palais, sur ses jardins, sur ses chefs-d'œuvre menacés par le temps et par la ruine. L'impression était produite. On peut dès à présent affirmer qu'elle sera durable. On en eut la preuve, lors de l'inauguration de la statue de Houdon, qu'il nous reste maintenant à relater.