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HISTOIRE D'LX BALLET

prince et qui sont la fine fleur de larist ocrai ic dorée du Languedoc; cinq magistrats de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier; six femmes, douî deux dames d'honneur de la princesse de Conti, et quatre dames ou demoiselles appartenant au monde élégant moufpelliérain; enfin, six comédiens, dont Molière, .1. Béjart, de riliustre-Tliéâtrc, et quatre delà iroupe de La Pierre, celui-ci en tête. Eh bien, à première vue, sur les six officiers du prince, la Muse des ballets en peut réclamer au moins trois, sauf à y regarder de ph\< près : Guillcrague, Bellefouds, d'Angerville.

Guillerague? Je n'alléguerai pas une contradiction de M. Paul Lacroix, qui, à propos d'autre chose que le ballet en question, a reconnu à Guillerague un certain talent à rimer des impromptus et des quatrains épigrammatiques; mais à coup sûr il avait un véritable tempérament d'amuseur, de metteur en train. Tonte sa vie, il eut le don de joyeuseté. On ne riait par personne plus que par lui, en sa jeunesse, à la cour de Conti; et p'us tard, telle était sa réputation traditionnelle dans la princière maison, quAu bnl donné â l'occasion du mariage du fils aine de son ancien maître, Louis- Armand de Conti s'icria, â l'arrivée de Guillerague : « Ah! si vous vous en mêlez, le bal va tourner à la comédie et même à la farce!

Bernardin Gigault de Bellefonds, premier gentilhomme de la chambre de Conti, n'avait pas l'humeiu' moins enjouée que Guillerague. Lui aussi, il avait le mot piquant et la rime prompte. Oue son amitié avec Bossuet ne vous porte pas à vous l'imaginer sous des traits austèresel par tro])graves! Il savait se dérider e! dérider

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autrui, même quaud, par leur solciiuité, les circonstances l'eussent excusé dèlre imposant. Une longue vie et de grandes fonctions ne le rendirent sérieux que tout juste. Voulez-vous un éciianlillon des couplets spirituels qu'il était capable de faire au bon temps de sa gaieté l'olle? Jugez par celui-ci, qu'il fit devenu déjà vieux. On lit dans le Bolœana, page 123 : « Le marquis de lîellefonds lut choisi pour porter la queue du Roi dans une fameuse cérémonie; et M. Despréaux nous citait les vers que fit le maréchal a celte occasion et les trouvait admirables :

Bellefonds, porle-queue à cas.iqiie liMinante,

Du plus grand des uiortcls suivait la marche lente,

Kt montrant au public ce qu'il a de menton,

Faisait dire aux passants : « Pourquoi le choisit-on ? >

Le baron d'Angerville , de la maison de Mérinvillenieux, avait fait ses preuves comme poète aussi bien que comme soldat. Dans les Additions aux Mémoires de l'abbé de Marolles (page 438) je lis à sa louange ce certificat de capacité poétique : " Pour la poésie, outre ceux que j'ai « marqués avec honneur dans le corps de ces Mémoires, « nous avons MM. de Corneille, de Boisrobert, de Ben- " serade, de Berlaut, de Segrais et le baron d'Angerville, « ce dernier si digne des faveurs de M. le prince de Conti qui u l'honore de son eslime et de son amitié. ■■

Voilà donc, déjà et dans le ballet même, trois officiers lettrés et spirituels, don! on ne saurait récuser la compétence à composer un " divertissement », du moins quant aux paroles et à l'action : musique à part. Si je regardais à côté, dans la maison du prince de Conti, assurément et sans chercher, d'autres noms s'ajouteraient

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à celle liste. H reste â la Bibliothèque nationale une Églogue à Madame par " Le Secq ", trésorier de la bourse des États de Lan|}uedoc, celui-là même à qui fut délivré par Molière ce fameux reçu de six mille livres qui constitue le premier autographe de Molière découvert dans les anciennes archives de Languedoc. Le Secq était poète à ses heures.

Le bailli du prince, de Hoquemont, autre poète! 11 était un collaborateur assidu des recueils de Sercy — comme d'autres Languedociens, tels que Murât, de la maison de Loubet, alliée au marquis de Ganges, lequel marquis figure dans le ballet.

Parmi les gentilshommes languedociens ayant un rôle dans le Ballet des Iiirompaliùlrs, déuierez-vous de réelles qualités de librettiste au baron de Vauvert, qui parait dans la septième entrée de la deuxième partie? Plusieurs tomes du recueil de Sercy, et notamment celui qui porte « privilég'C du 19 janvier 1033 », inscrivent le nom de < Vauvert " parmi les collaborateurs les plus distingués. Ils publient toute une série de petits vers absolument dans le goiU de ceux du ballet, sur les houleillcs et les verres , le vin, les (ruffcs ^ V ambre (jris, le sel, V/iuUre, les pistaches, le poivre, Vorange, l'olive, Xail et l'amour, toutes piécettes si parfaitement semblables aux couplets du Ballet des Incompatibles, comme esprit, forme et facture, qu'il est difficile de ne pas en conclure l'identité de la provenance. J'engage un érudit de loisirs à rapprocher et comparer. C'est au baron de Vauvert plutôt qu'à tout autre poète que j'attribuerais volontiers la paternité de ce ballet. Molière a-t-il jamais fait de tels vers? Pour le baron de Vauvert, il en a si bien fait de

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tels qu'il n'en faisait jam.iis d'autres. A cetic raison littéraire de mettre Molière hors de cause, s'en ajoute une autre, une raison de convenance qui a sou poids et son prix.

L'auteur du livret {entrées, récits) mettait dans la bouche des personnages des « vers " épigrammatiques ou laudatifs qui étaient comme les vers qu'on inscrit au bas d'un portrait. Le personnage était ainsi défini et apostille aux yeux du public; l'amour-propre ou la modestie n'avaient pas à s'y soustraire. On ne s'expliquerait pas vraiment que Molière eût composé sur son compte personnel le premier des six vers qu'on lui fait dire sous le costume d'une Harengèrc :

Je fais d'aussi beaux vers que ceux que je récite.

Quelque bonne opinion qu'il eût foncièrement de sa valeur après \ Etourdi et à la veille du Dèjnt amoureux, Molière n'aurait pas osé s'égaler aux maîtres illustres du théâtre contemporain, aux Rotrou, aux Corneille, dont il " récitait » en effet les beaux vers sur la scène. Mais ce vers, dit « vers d'application % exprimait l'opinion des autres sur lui-même; il s'adaptait à son talent, à son génie naissant comme un écriteau de botaniste sur une plante rare. Nul n'avait à contester la formule, l'étiquette sous laquelle l'indépendance de jugement du librettiste le définissait et l'exposait aux youx des spectateurs. Et c'est assurément piquant de voir ainsi en quelle estime était tenu déjà Molière par cette société languedocienne qui avait, et sa franche manière de parler et de penser, et le droit de ne pas s'en cacher.

De par les règles mêmes de l'incompatibilité qui pré-

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side à l'idée génératrice du ballet, Molière, costumé en " Harengère ■^, est apparié à 1'» Éloquence ■-. Ce sont là de ces associations antithétiques comme on les aimait alors. Dans la I H/c de Paris en vers burlesques, de Berthaud, il y a place pour « l'éloquence des liarengères de la halle ". Sans vouloir en tirer d'autre conséquence, je ferai remarquer simplement qu'il y avait alors à Montpellier, auprès du comte d'Aubijoux, grand ami du prince de Conti, et gouverneur de la ville et lieutenant général du Languedoc, un poète encore, Trellon, l'auteur bien oublié aujourd'hui de la Musc (jucrrièrc, dédiée au comte d'Aubijoux; et ce Trellon, « curieux de musique et de luth », se vantait d'être l'ami de Berlliaud, et ne démentait pas cette amidé par ses vers et par sa conduite.

Trellon était d'humeur et plaisante et bouffonne, Trellon ne se plaisait qu'à chanter seulement, Trellon sautait, dansait, parlait incessamment.

Celui-là aussi, loul comme un aulre, aurail pu participer à la composilion du Ballet des Incompalibles, si nous étions à les compter. Mais n'en avons-nous pas trouvé plus qu'il n'eu faut pour la décharge de .Alolièrc? Finissons par un poète qui, d;i moins, rapproche les distances entre la cour de Louis XIV et la petite cour de Conti, entre Paris et Montpellier. Nous n'avons pas d'ailleurs nommé un seul poète parmi les membres des États de Lanjjuedoc, j'entends de ceux faisant figure au Louvre. Il est juste de ne pas oublier le manjuis de Sourdis, ce prototype des marquis de Mascarille.

lîomans, philosophie, théologie et |)ctils vers, tout hii était iamilicr, sans l'avoir trop appris. In couj)lct, un

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