‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 13 sur 58 · II · texte numérisé non relu

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lo6 AUTOUR DE SAINTE-HELENE

patine ministérielle (contre Napoléon) ; je croyais que *** l'avait fait passer dans l'âme de ses agents. Je me trompais : Un d'entre eux m'avait suivi de Sainte-Hélène à Londres dans l'espoir de s'emparer du masque de Napoléon, et avait exposé une plainte portant que : parmi les effets du comte Bertrand et dans la inaison même quil habitait se trouvait un buste en plâtre du général Bonaparte qui lui appartenait et que pourtant le comte et la comtesse retenaient avec obstination. En conséquence, il fut autorisé à employer la force armée et à s'en saisir ; le grand maréchal accourut, le commissaire de police, instruit de l'espèce de propriété de Burton, retira l'autorisation qu'il avait donnée; je restai possesseur du masque que je conserve religieusement. L'autorité s'était récusée ; on eut recours aux offres. On me proposait 6 000 £ si je voulais le céder et n'en garder qu'une copie, mais je me proposais d'en présenter une à Madame Mère; je voulais en garder une, je refusai. »

Il est inutile de faire ressortir les contradictions volontaires d'Antommarchi : ce qui est en question, ce n'est point le moule dont il s'est emparé, c'est le moulage qui est aux mains de M""^ Bertrand. Pourquoi Burton, au lieu d'attaquer Antommarchi, attaque-t-il uniquement les Bertrand, c'est ce qu'expliqueraient vraisemblablement des questions de domicile, peut-être la conviction oii il était que les Bertrand détenaient le moule du masque en même temps que le buste.

LE CAS DU CIIIUUUGIEN ANTOMMARCHI l^iT

En tous cas, qu'il ait attaqué Bertrand et que celui-ci, pour se défendre ait allégué des faits qu'on peut croire controuvés, c'est ce qui résulte du document suivant que M. Jean de Mitty a extrait du Times de septembre 1821 et qu'il a publié, il y a quelques années, dans un journal parisien* : « Le cinq de ce mois, s'est présenté devant M. Birnie, au bureau de police de Bow-Street, le comte Bertrand, assisté de sir Robert Wilson. Il venait demander le retrait d'un permis de perquisition délivré contre lui au D' Burton, ex-chirurgien à Sainte-Hélène, aux fins suivantes :

« Après la mort de Bonaparte, paraît-il, le comte Bertrand pria le D*" Antommarchi de prendre un moulag^e de la figure de l'illustre défunt. Le D"" Burton se chargea de fournir les matériaux nécessaires. Il prépara une pâte et l'apporta au D"" Antommarchi. Celui-ci la jugea mauvaise, en composa une autre et réussit l'opération par ses propres moyens. L'œuvre terminée, on convint que des épreuves en seraient tirées et que M. Burton en aurait une, aussi bien que M. Antommarchi. Mais, le plâtre de Sainte-Hélène laissant à désirer, le travail de reproduction fut différé et devait se faire à Londres. Dans cette ville, M. Burton réclama son épreuve : on lui dit qu'on ne pouvait la lui donner sans le consentement de la famille Bonaparte. Considérant cette réponse comme un

J'ai pris la coupure du Malin sans noter la date ([ui peut de décembre 4892,

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refus déguisé, le chirurgien anglais résolut de s'emparer du moulage. Il s'adressa au bureau de Bow- Street et, sur ses explications, deux officiers de police reçurent Tordre de l'accompagner au domicile du comte Bertrand et d'y pratiquer des recherches.

« Le comte Bertrand et sir Robert Wilson, soe conseil, demandèrent alors à voir M. Birnie et à s'expliquer devant lui .

« Le comte Bertrand a déclaré au magistrat que le moulage appartenait à la famille Bonaparte, qu'il n'en était que le dépositaire, et ne se croyail pas le droit d'en disposer, encore moins de s'en dessaisir.

(( M. Birnie ayant fait affirmer au comparant pai serment la qualité d'exécuteur testamentaire doni il excipait, a jugé le cas en dehors de sa compétence et renvoyé le D'" Burton à se pourvoir ailleurs, Le permis de perquisition a été annulé. »

Il s'agit ici du moulage^ non du moule, mais, saul sur le point où Bertrand attribue à Antom marchi — selon les nécessités de sa défense — ce qui appartient à Burton, ce document confirme le récit de Burton et contredit celui d'Antommarchi.

Ce qui lèverait tous les doutes, et ce qui serai pour l'iconographie napoléonienne un trésor san^ prix, ce serait la découverte chez les héritiers oi les descendants de Burton de la face postérieur»

du moule, ce qui permettrait de revoir, telle qu'elle fut le 7 mai 1821, à dix heures du matin, la tête de TEmpereur.

On a dit que, d'Angleterre, Antommarchi était

venu directement dans son villag^e natal, Morsiglia

(Cap Corse), où il aurait déposé le masque, « auquel

étaient attachés des cheveux de FEmpereur » et qui

était conservé précieusement dans une hoîte d'à-

eajou capitonnée de velours ». Cette version est peu

probable. Selon le prospectus de la Souscription

nationale, « il a confié le masque aux mains d'un

mii sur une terre étrangère ». Cela n'est point

mpossible, car, selon ses mémoires, il est venu

irectement de Londres à Paris, oii il a aussitôt fait

es préparatifs pour aller en Italie, et ce fait est

jxact. D'après les notes de police — et son passage

Mi chaque endroit est signalé au besoin par dépêche

élégraphique — il est arrivé à Calais le 18 sep-

embre 1821, à Paris le 24, et il a demandé aussitôt

m passeport pour Rome par le Pont-de-Beauvoisin.

l se qualifiait médecin, non docteur. Il est parti,

27, de l'hôtel de Suède, rue de Richelieu, où il

tait descendu en compagnie d'un sieur Cavaron,

on ami : mais on ne peut croire qu'il ait emporté le

asque avec lui ; il est arrivé le 3 novembre à Rome.

Buffalora, on lui a donné deux jours pour sortir

es confins lombards, à Parme deux jours. « Ici,

«rit, de Rome, le 6 novembre, l'ambassadeur, M. de

Uacas, il a vu fréquemment la famille Bonaparte,

mais il ne paraît pas désireux de continuer ses rapports avec la partie de cette famille qui réside à Rome. » En effet, Antommarclii n'a pas, à Ten croire lui-même trouvé meilleur accueil à Rome qu'à Parme. A Parme, il s'est présenté devant le comte de Neipperg, muni d'une lettre des exécuteurs testamentaires de l'Empereur, en date de Londres le i 2 septembre 1821, déclarant que, « dans ses derniers moments, l'Empereur les avait chargés de faire connaître à Sa MajevSté qu'il la priait de faire payer à M. Antommarclii une rente viagère de 6000 francs^ » ; onFaéconduit avec une bague dont il a paru fort mal content. Il n'a fait aucune allusion au manque'. A Rome, il dit avoir été reçu deux fois par Madame Mère qui lui fil présent d'un diamant, une fois par le comte de Saint-Leu, par Pauline et par le cardinal Fesch « qui ne lui fit pas une question ^ » . Nulle

* On trouvera ci-dessous tous les détails que j'ai pu réunir suij l'afTaire du legs fait (?) à Antommarclii par l'Empereur. Ici j«j me liens uniquement à la question du Masque. j

* Néanmoins, il est à remarquer que, selon un article in= '■ dans le Salut Public de Lyon du 13 juin 1891, intitulé -Snirs, « M. le comte de Bombelles refusa. 1500 francs d'un ma:>'|^' de Napoléon !«■• moulé sur son visage après sa mort. » M. 1«: comte de Bombflles fut le troisième mari de Tarchiduclio^^' Marie-Louise. Il aurait donc pu, à la rigueur, recevoir d'eli masque moulé par Burton et offert ou vendu par Antomma: Mais rien ne dispose à croire que Marie-Louise ait été tti

de posséder même un moulage du visage de son premier mai ^ L'abbé Lyonnet (II, 660), dont on sait par ailleurs les t nantes allégations, écrit : « Peu de mois après (l'envoi au cai nal des objets légués par l'Empereur) le comte de Monthulon or le général Bertrand, je ne sais laquelle de ces deux iidéliléj

j LE CAS DU CHIRURGIEN ANTOMMARCHI IGl

'allusion au masque qu'il n'a pourtant conservé que parce qu'il appartenait « aux héritiers de Napoléon Bonaparte », et dont, à Ten croire, il destinait la première épreuve à la mère de TEmpei*eur.

Le masque, dit-il, était placé entre les mains <l un ami, sur une terre étrangère. Il ne sortit de re lieu sûr qu'après la mort du D'" Burton.

En août 1833, Antommarclii ouvre à son profit, une souscription pour la reproduction du masque en plâtre. Il écrit au roi Joseph :

« Mon Prince,

«J'ai rhonneur de vous adresser le prospectus de la souscription ouverte au sujet du plâtre ou masque !de TEmpereilr que j'ai moulé à Sainte-Hélène sur sa figure après sa mort.

(( J'espère que cette grande œuvre aura l'approbation de Votre Majesté, attendu qu'elle ne peut que perpétuer le souvenir du grand homme dont la patrie s'enorgueillit toujours.

. .-iloles, rapporta au cardinal, outre le service de table dont ri-^iDpereur se servait à Sainte-Hélène, l'empreinte ouïe masque de cette gigantesque ilgure qui, après être apparue comme une vision sur la terre, était retournée à son créateur. Le prélat, ; autant par respect que par sensibilité, n'osa pas de longtemps 'toucher à ce précieux dépôt : il se contentait, en montrant la 'caisse qui le renfermait, de dire à ceux qui venaient le visiter :

'[« C'est le masque de l'Empereur » et des larmes venaient aussi-

:!tôt mouiller ses yeux. »

il Cela peut être une épreuve du masque publié en 1833, et rien jne prouve qu'il s'agisse d'une épreuve tirée antérieurement.

« J'ai riionneur d'être avec un profond respect. Mon Prince, De votre Majesté,

Le très humble et très obéissant serviteur.

« F. Antommarchi,

Paris, le 26 août 1883. « Rue Favart, n<> 8. »

Il n'a donc rien offert jusque-là à la famille de l'Empereur.

Il met aussitôt en branle tous les journaux auxquels il adresse une annonce circulaire, portant que le roi Louis-Philippe et sa famille, laî famill-e de Napoléon, etc., etc., « viennent dei souscrire pour de nombreux exemplaires du plàtrei ou masque du grand homme » moulé par lui à Sainte-Hélëne. Pour obtenir des insertions, il arrive: à une réclame plus bruyante encore que ne l'a dit le! D'" Gravel. « Aucun défigurement, aucune altérationj de mort, écrit-il à M.Paulin le 17 septembre 1833.; n'existent sur la figure de l'empereur Napoléon, malgré les douleurs d'unelongueet affreuse agonie. Les magnifiques traits de cette tête illustre n'ont rien perdu de ce calme, de cette dignité, de cette expression de génie qui, pendant tant d'années, ont commandé le respect et l'admiration des hommes : on dirait, en le vo-yant, que l'Empereur, ayant perdu son embonpoint, est tombé dans un profond sommeil, un léger rire sardonique couvrant ses lèvres... »

D'ailleurs, il n'entre dans aucune explication, ni au sujet de la possession du masque, ni au sujet de Tépoque qu'il a choisie pour le publier. Malgré une réclame poussée si loin qu'on put lire dans un journal : « Tout le monde aura le masque de Napoléon et, dans quelques années, on le verra dans toutes les chaumières à côté de la croix sur laquelle est mort notre Sauveur », l'affaire rend peu : le plâtre, bien qu'il soit supérieur, à tant d'égards, aux autres procédés de reproduction, entraîne des inconvénients nombreux qu'on ne saurait prévenir qu'en le mettant sous verre. Antommarchi ne tarde donc pas à vendre le droit de reproduire le masque à deux fondeurs très réputés, L. Richard et Quesnel, qui le répandent à un grand nombre d'exemplaires. Ceux des premiers tirages se distinguent à la signature des fondeurs et à l'apposition, en avant de la base, d'une petite médaille de Napoléon lauré avec l'exergue : Souscription Antommarchi.

Quoi qu'il soit de l'origine de la possession, il devient indéniable, après ces explications, que le masque, tel qu'il est aujourd'hui connu, est authentique ; qu'il demeure, malgré le moment défavorable où il fut pris, malgré les retouches qu'il a subies, et malgré l'absence à tout jamais regrettable de la partie postérieure, le document peut-être le plus caractéristique que nous possédions sur le visage (le Napoléon. Mais les recherches de ceux qui, ijen Angleterre, s'intéressent aux études napoléo-

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niennes peuvent seules, en nous rendant la partie du moule restée aux mains du D"" Burton et de ses héritiers, nous procurer la vue à jamais désirable de la tête impériale.

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