PIÈCE N-^ I
EXTRAITS DE LA VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE EMPEREUR DE'S FRANÇAIS, PAR SIR WALTER SCOTT*
Comme il (le généralGom'gaiid) étaitauprèsdel'Empereur au moment de sa chute, il crut qu'il était de son devoir de l'accompagner à Sainte-Hélène. Lorsqu'il fut dans l'île, il prit moins de part aux plaintes et aux querelles de Napoléon avec le gouverneur que les généraux Bertrand, Montholon el le comte Las Cases ; il évita toute apparence dintrigue avec les habitants et fut regardé, par sir Huds.on Lowe, comme un brave et loyal soldat qui avait suivi son empereur dans l'adversité, sans intervenir dans toutes les discussions que le gouvernement considérait comme préjudiciables à sa propre autorité. C'est ainsi que sir Hudson Lowe en parle constamment dans ses dépêches au gouvernement. ,
Cet officier avait laissé en France une mère et une sœur auxquelles il était vivement attaché et qui l'aimaient avec la plus vive tendresse. Par amitié pour elles et par suite du désir qu'il avait de les revoir, le général Gourgaud souhaita le revenir dans sa patrie. La mésintelligence qui régnait entre lui et le comte Bertrand (?) donnèrent {sic) plus de force encore à sa résolution. Il demanda au gouverneur et obtint la per-
tiniission d'aller directement à Londres. Avant de quitter iainte-Hélène, il parla à sir Hudson Lowe et au baron Sturmer, e commissaire autrichien, des secrètes espérances et des
• Paris 1827. Tome IX, p. 188.
17i> AUTOUR DE SA INÏE-UÉ LÈN E
plans que l'on formait à Longwood. Lorsqu'il arriva en Angleterre, au printemps de 1818, il ne fut pas moins sincère envers le gouvernement et l'informa des divers projets de fuite qui avaient été proposés à Napoléon, des facilités et des difficultés qu'offraient ces plans et les raisons qui lui fai saient préférer de rester dans l'île plutôt que de tenter de s'évader. A cette époque, ou supposa que le général Gourgaud désirait rentrer en grâce auprès du roi de France; peu importe ; quelles qu'aient été ses intentions particulières, les minutes de l'information qu'il avait donnée à sir HudsonLowe au baron Stùrmer et ensuite, à Londres, au sous-secrétaire d'État de la Guerre, sont conservées aux Archives. Ge> informations sont conformes entre elles et leur authentieib ne saurait être mise en question. Tous les détails y sont indi qués avec le plus grand soin, mais la plus grande réserve est observée à l'égard des noms, afin que personne ne pûl{ être inquiété pour aucune des choses qui j sont relatées; er| général, ces minutes, ainsi qu'on pouvait s'j attendre, oni un air de simplicité et de véracité. Nous aurons souvent occasion d'en référer à ces documents, afin que le lecteur puiss< mettre les projets réels de Napoléon en opposition avec 1( langage dont il se servait pour les exécuter. Nous n'avon: copié de ces minutes que ce qui concernait Napoléon. Nou: apprenons que le général Gourgaud, en revenant sur le con tinent, a repris toute sa tendresse pour la mémoire de l'Eni pereur, ce qui peut lui faire regretter d'avoir communiqiKj les secrets de sa prison à des oreilles moins amies. Mais c( changement de sentiments ne peut diminuer en rien la vérit< de son témoignage, ni détruire le droit que nous avons di mettre au jour les communications qu'il a faites. «
Ayant ainsi indiqué la source dans laquelle nous puisn^ nous revenons aux querelles de Napoléon avec sir Hii<! Lowe.
Ce ne fut pas, selon le général Gourgaud, faute de moyon de s'échapper que Napoléon resta à Sainte-Hélène. Une i on avait formé le projet de l'emmener dans une mail linge sale. On avait supposé les sentinelles anglaises t ment stupides qu'une autre fois on proposa de le fan sortir hors du camp, déguisé en domestique portant un plal
Lorsque le baron Slûrmer représenta l'impossibilité que des projets aussi extravagants eussent été même préparés, Gourgaud répondit quil nj avait pas d'impossibilité pour ceux qui avaient des millionsà leur disposition. « Oui, je le répète, continua-t-il, il peut s'évader seul et aller en Amérique quand il le voudra. — Eli! pourquoi reste-t-il ici ? » répliqua le baron Stûrmer. Gourgaud répondit que tous ceux qui l'entouraient le pressaient de s'écbappcr. mais qu'il préférait rester dans l'île. 11 trouvait un secret orgueil à l'importance qu'on mettait à le garder et à l'intérêt que son sort inspirait généralement. 11 disait très souvent : « Je ne puis plus vivre en particulier; j'aimerais mieux être prisonnier ici que libre aux États-Unis. »
Le général Gourgaud dit cependant que l'événement sur lequel Napoléon comptait le plus pour recouvrer la liberté, était un changement de. politique à la cour d'Angleterre, lequel porterait au ministère le parti qui formait alors l'opposition et qu'il supposait, trop témérairement sans doute, devoir lui rendre la liberté. Les ministres anglais reçurent du général Gourgaud les mêmes assurances; elles sont exprimées ainsi dans l'original:
« Au sujet de la fuite du général Buonaparte, M. Gourgaud a certifié que, bien que Longvvood, par sa situation, fût en état d'être parfaitement protégé par les sentinelles, cependant il était assuré qu'il n'y aurait aucune difficulté à éluder en tout temps la vigilance de celles qui étaient placées autour de la maison et de Venclos; et enfin quil ne lui paraissait nullement impossible de s'évader de l'île. 11 a avoué que ce projet avait été discuté à Longwood parmi les gens de Napoléon qui désiraient donner là-dessus chacun leur plan; mais il a observé qu'il croyait que le général Buonaparte était tellement persuadé qu'il pourrait bientôt quitter Sainte-Hélène, soit qu'il y eût un changement de ministère, soit que les Anglais s'ennuyassent de supporter la dépense que sa captivité leur occasionnait, qu'il ne voulait pas coiuMrleschancesauxquelles une tentative de fuite l'exposerait. 11 paraît aussi, par l'aveu môme du général Gourgaud et par plusieurs circonstances qu'ilnous a fait connaître, que Bonaparte avait toujours considéré l'époque du départ des armées alliées du territoire français
comme devant être la plus favorable à son retour et qui! Ht valoir, auprès du général Gourgaud, les conséquences dun tel événement pour l'engager à ne quitter Sainte-Hélène qu'après cette époque.
Les communications du général Gourgaud portent de plii^. ce que d'ailleurs d'autres circonstances indiquent suffisamment, que, comme Napoléon espérait obtenir sa liberté de l'opinion publique en Angleterre, il était jaloux que sa condition ne fût pas oubliée et encore plus que l'attention fût soigneusement éveillée là-dessus par une série de publications se succédant l'une à autre, et modifiées suivant le caractère et le talent des divers auteurs, mais portant toutes le même cachet qui indiquait qu'elles avaient été rédigées, en tout ou en partie, dans l'intérieur de Longwood. En conséquence, les divers ouvrages de Warden, O'Méara, Santini, lalettrede Montholon et quelques autres pamphlets furent publiés, lun après l'autre, pour fixer les esprits sur ce sujet, et, bien que ces ouvrages parussent être faits par des mains différentes, ils visaient tous au même but et semblaient autantde flèches tirées d'un même carquois. Gourgaud a mentionné cette espèce de feu de file et son but; même le Manuscrit de Sainte-Hélène, recueil dans lequel les dates etles faits sontintervertis et confondus, fut l'ouvrage de Buonaparte, selon le général Gourgaud, et composé pour embarrasser et mystifier le public anglais. Il dit à sir Hudson Lowe qu'il ne devait pas considérer ces pamphlets comme dirigés contre lui personnellement, mais bien comme dictés par des calculs politiques, et dans le but d'obtenir quelque relâchement de vigilance en réitérant les plaintes. Suivant la même autorité, la fameuse lettre de Montholon fut écrite en grande partie par Napoléon; il en fut de même de l'écrit de Santini, quoique si grossièrement déguisé qu'il le désavoua ensuite. D'autres écrits, dit-il, devaient paraître sous des noms de capitaines, de marchands, car Napoléon était possédé d'une manie décrire qui ne lui laisait pas de relâche.
Les communications 1 que donna le général Gourgaud à sir Hudson Lowe, lorsqu'il le quitta, firent connaître à celuici les curieux détails de ce fait que la vente de l'argenterie ne fut qu'une comédie à laquelle on avait eu recours pour
* Ibid., p. "222.
»roduire en Angleterre et en Europe une très forte impresion; car, à cette époque, l'argent ne manquait pas à Longyood. Sir Hudson Lowe croyait que le général Gourgaud aisait allusion aux fonds appartenant à Las Cases et que ce lartisan dévoué avait mis à la disposition de Napoléon, mais le général Gourgaud répondit : « Non ! Non ! Avant cela ils i valent reçu 240 000 francs, presque toilt en doublons d'Espagne. » 11 dit de plus que c'était le prince Eugène qui avait ionné de l'argent aux banquiers. A Londres, le général fit \is mêmes communications. Nous copions ici les termes ans lesquels ces communications furent faites à Lord itathurst.
i Le général Gourgaud a dit : « Je m'étais aperçu que le énéral Bonaparte avait reçu une somme considérable en loublons d'Espagne, c'est-à-dire dix mille louis, au moment aême où il disposait de sa vaisselle; lui ayant demandé vec instance quelles étaient les personnes qui avaient pris art à cette transaction. Napoléon se contenta de m'assurer ne le mode de transmission avait été purement accidentel L que, tel étant le cas, il croyait que je ne chercherais point faire une découverte qui trahirait ceux qui l'avaient obligé, ins autre effet que de les faire punir, ou d'empêcher qu'une jlle chose arrivât à l'avenir. Cette possession d'argent ne li était pas nécessaire pour ajouter aucun moyen de cor- )mpre la fidélité de ceux qu'il jugerait profitable de îduire ; car on savait, à n'en pouvoir douter, que toutes les itires de change, n'importe de quelle valeur qu'elles fus- ;nt, que Napoléon tirerait sur le prince Eugène ou sur toute ^Litre personne de sa famille, seraient scrupuleusement ^quittées. » Le général Gourgaud a dit, de plus^ que Napoon avait eu la politique de se créer im moyen pour l'exécuon de ses plans, en plaçant des sommes d'argent à la dis- 3sition de lui, Gourgaud, et qu'il avait eu à supporter la jiauvaise humeur de Napoléon et les importunités de Berand parce qu'il avait refusé de se prêter à faciliter une )rrespondance secrète... »
Il est à remarquer ^ que cette communication avec les habints et ceux qui visitaient Sainte-Hélène n'offrait pas un
' Ih'uL, 244.
176 AUTOUR DE SAlNTE-llÉ LKN E
(langer imaginaire. . . Les révélatioiis du général Gourgau sont sur ce point très décisives. Le général avoua volontiei qu'il avait toujours existé une communication non intei rompue entre les habitants de Longwood et ceux de Yih sans l'intervention du gouverneur et même à son insu qu'on s'était servi de ce moven pour recevoir et transmetti des lettres, mais aussi pour les imprimés, de l'argent ( divers objets dont les habitants de Longwood pouvtiiei avoir besoin, et que la correspondance avait lieu en granc partie directement avec la Grande-Bretagne : que les pe sonnes qui s'y employaient étaient les Anglais qui visitaiei de temps en temps Sainte-Hélène, auprès desquels les pe sonnes de la suite de Bonaparte et ses domestiques avaiei un libre accès et qui, généralement parlant, se moi traient disposés, les uns par pure obligeance, les autr pour de très légères sommes, à porter en Europe les lettr ou les paquets qu'on leur confiait. Il paraîtrait aussi que 1( capitaines et ceux qui étaient à bord des vaisseaux ma: chands qui touchaient à l'île, soit que ces vaisseaux appai tinssent ou non à la Compagnie des Indes, étaient considi rés à Longwood comme particvdièrement accessibles à I séduction des talents de Buonaparte, de façon que les hab tants de Longwood ont envisagé comme une affaire de pe de difficulté d'obtenir un passage sur un de ces bàtimen pour le général Buonaparte lorsqu'il voudrait sortir de TU
Gourgaud ^ a avoué qu'il n'avait aucune foi à la maladi Il dit que « Napoléon était tellement abattu qu'il parla de se détruire, lui et ses fidèles serviteurs, en les réunissai dans un petit appartement où brûlerait du charbon de boi genre de mort assez doux et que le chimiste Bertholet avai je crois, recommandé ». Néanmoins, le général Gourgai prétendit « qu'on en imposait aux Anglais sur l'état du génér Bonaparte, parce que sa santé n'était pas réellement ait rée et que les représentations à ce sujet ne méritaient qi peu ou point de croyance. Le D'" O'Méara était certaineme la dupe de l'influence que le général Buonaparte exerce to jours sur ceux avec lesquels il a de fréquentes communie
lions, et, quoique le général Gourgaud ait eu lieu de se louer de M. OMéara, sa connaissance intime du général Buonaparte le mettait à même d'affirmer que son état de santé n'était nullement pire quïl ne l'avait été pendant quelque temps avant son arrivée à Sainte-Hélène ».
PIECE N-^ Il
PIÈCES PUBLIÉES EN 1827 PAR SIR WALTER SCOïT ^
On a vu qu'à la suite de la publication faite par sir Walter Scott de la Vie de Napoléon Buonaparle, le ge'ne'ral Gourgaud protesta contre les passages le concernant, qu'on vient de lire, par une lettre en date du 28 août 1827. a Je défie qui que ce soit, écrivait-il de présenter un écrit, une simple note, une seule ligne de moi qui ne se trouve empreinte des sentiments de fidélité, de dévouement que je dois au grand homme qui daigna m'honorer de son estime et de sa familiarité, et me continuer ses bienfaits au delà du tombeau. »
Sir Walter Scott n'avait point connaissance du Journal de Gourgaud, dont la publication eût été la plus opportune des répliques; il n'avait en mains que les témoignages officiels rapportant ses déclarations orales. « J'avoue, écrivit-il, qu'il ne me vint pas à la pensée que ce qui était affirmé avoir fait le sujet d'assertions et d'attestations positives, dût être mis en doute parce que cela n'était appuyé que par une communication verbale, faite devant des témoins responsables, et que la signature de la personne ne se trouvait pas au bas. J'ai été accoutumé à considérer la parole
* Pièces justificatives de la lettre de Sir Waller Scott à l'édi- '[teur du Weekly-journal d'Edimbourg réimprimées par le général Gourgaud dans sa Réponse à sir Walter Scott. Paris, 1827 in-8».
178 AUTOUR DE SAKNTE-IIÉ LÈNE
d'un homme d'honneur comme aussi digne de foi que sa signature. »
De'cidé à mettre les preuves sous les yeux du public, afin qu'on vît jusqu'à quel point elles justifiaient ce qu'il avait écrit dans VHisloire de Napoléon, sir Walter Scott publia : « l^^ une suite d'extraits et de notes de passages que, disait-il, je ne juge pas nécessaire de transcrire tout au long, parce que je les ai trouvés épars dans une correspondance très étendue et parce que les faits qu'ils contiennent, en tant que j'ai cherché à m'appuyer sur eux, sont plus amplemeni détaillés » dans la pièce n° 2 : lettre écrite par M. Goulburn, sous secrétaire des Colonies, au ministre lord Bathurst.
Bien que les Notes extraites par sir Hudson Low£ doivent se trouver la plupart publiées in extenso avec les documents d'où elles furent prises, il m'a pan' essentiel de les donner ici, telles que sir Walter Scott les' imprima en 1827, ne serait-ce que pour montrer qu'i.; n'a rien imaginé, que, lorsqu'il s'est perd u dans le dédalf , d'affaires qui paraissaient fort compliquées, telles qur la pension faite à Gourgaud, ce fut de bonne foi ef| sans dessein de nuire, et que, le plus souvent, il a suivil scrupuleusement l'esprit des textes, en laissant de côtt | toutefois, comme il l'a dit, « tout objet d'une natuni plus inférieure, le général Gourgaud ayant, dans seîj communications avec nos ministres et d'autres, fait allusion à des affaires d'une nature plus secrète, ei| personnelles soit à lui, soit à d'autres individus quij résidaient à Sainte-Hélène )>. Je n'ai fait d'exceptiOEJ que pour le rapport du baron Sturmer dont l'analysai par Walter Scott équivaut presque à une copie et doni
on trouvera le texte complet à la Pièce IV (B) et pour le rapport de Balmain dont on trouvera le texte complet à la pièce V, (E].
NOTES RELATIVES AUX COMMUNICATIONS DU GENERAL GOUR- GAUD A SIR HUDSON LOWE ET AUX COMMISSAIRES DES PUISSANCES ALLIÉES RÉSIDANT A SAINTE-HÉLÈNE
Gourgaud, officier très instruit, ajant été nommé aide de camp du duc de Berry, fut néanmoins un des premiers à l'abandonner dans les Cent-Jours. Il accompagna Bonaparte à Sainte-Hélène, parce qu'il se trouvait attaché directement à sa personne lors de sa chute. 11 a pris moins de part dans les querelles avec le gouverneur que Bertrand et Montho- ' Ion, etc., et n'est nullement entré dans les débats que ces tleii\ officiers eurent l'un avec l'autre. 11 avait reçu plusieurs lettres touchantes de sa mère et de ses sœurs auxquelles lil était très attaché. Sa conduite a paru à sir Hudson Lowe .celle d'un brave officier qui suit son chef dans l'adversité. En conséquence, sir Hudson Lowe le fait passer directement t'ii Angleterre.
<iourgaud, en prenant congé de sir Hudson Lowe, lui donna sa parole d'honneur qu'il n'était jamais entré dans aucune intrigue politique, dit qu'il ne voulait accuser per- Mtnne, mais qu'il devait tous les tracas et les mortifications luil avait éprouvés à son refus de prendre part à des choses lu'on lui avait proposées ; que la vérité serait connue un jour et qu'alors sir Hudson Lowe apprendrait qu'il avait jquitté Longwood plutôt que de participer à aucune affaire (politifiuc .
! Bertrand avait donné à Gourgaud une traite de 500 £ sur M. Balcombe. que celui ci ne voulut pas payer. Cette cir- ' «MLstance était ignorée de Bertrand, qui, lorsque le général
Gourgaud demanda de l'argent, déclara, dans une conversation avec un officier anglais, que l'Empereur avait donné à la mère de Gourgaud une pension de 12 000 francs. Gourgaud pensait que cette allégation avait pour objet de lui porter préjudice auprès des Bourbons. 11 déclara qu'on avait tenté de faire de lui l'exécuteur de quelques ordres. Il convenait qu'il avait une fois reçu un bon de 12 000 francs, mais à la condition de placer cet argent au compte de Bonaparte et que son refus de le faire lui occasionna beaucoup de mauvais traitements de la part de Napoléon et toutes sortes de persécutions de celle de Bertrand. On linit par lui déclarer qu'à moins qu'il ne se prêtât à la chose, on ne lui permettrait pas de rester à Sainte-Hélène. Finalement, il envoya cette lettre par le 53^ régiment [Il y en a beaucoup plus long sur cette querelle.)
Gourgaud parla de la vente de la vaisselle comme d'unisupercherie, parce qu'on avait de l'argent en abondance. Sir Hudson Lowe, ayant fait observer que ce pouvait être celui qui avait été fourni par Las Cases, Gourgaud répondit : Oh! non ! Avant cela, ils ont eu 240 000 francs en or, une grande partie en quadruples d'Espagne. 11 dit en outre que c'était le prince Eugène qni avait fait remettre cette somme entre les mains de MM. Andrew, Street et Parker. 11 parla ensuite des pamphlets que l'on faisait circuler et du dessein de s'en faire un moyen en France et en Angleterre, chose ta laquelle il avait été invité à. prêter les mains.
Il rapporta que Bonaparte avait dit à ïalleyrand que le comte Bertrand était l'homme le plus faux et le plus dissimulé de la France.
Dans une certaine occasion, Bonaparte avait dit que Las Cases avait plus de talent que Talleyrand ; une autre fois que c'était plutôt un homme médiocre.
Gourgaud communiqua également au baron Stûrmer la circonstance des 240 000 francs.
Napoléon fit part au général Gourgaud de l'idée de se détruire et Bertrand appuya la chose. Le plan était de se renfermer tous avec du charbon allumé, genre de mort doux et qui avait été recommandé par Bertholet le chimiste.
LE CAS GOUaGAUD. — PIÈCE II 181
f.ourgaiid a dit que le général Wilson devait être l'éditeur 1 pamphlet de Santini.
l'iontkowski était soupçonné par Gourgaud d'être espion iMMiché.
Le livre de iM. Ellis sur Sainte-Hélène frustra considéraenient l'espérance de Napoléon qui attendait beaucoup de conversation avec Lord Amherst. Gourgaud ajouta que plu- ■ms pamphlets devaient paraître; que sir Hudson Lowe ne vait pas considérer les injures dirigées contre lui comme ivées avec l'intention de l'outrager personnellement, maù r politique; que Napoléon comptait obtenir quelque chose force de plaintes.
' - ouvrages que Napoléon pensait lui avoir fait le plus
il étaient l'Itinéraire de Paris à Vile d'Elbe par Truch-
l ï Ambassade à Varsovie par de Pradt.
ange qu'olfrait son caractère. Quelquefois il parlait iiiiie une divinité, quelquefois dans un style très infé- Mir.
(V.s assertions sont transmises à lord Bathurst par sir ■idsoii Lowe qui semble avoir conçu une opinion très favolilc de la franchise de caractère du général Gourgaud. Elles iiiircnt réclamer un redoublement de vigilance et de là les -I 'iiients du 9 octobre 1816^.
I\ apport adressé à S. A. le prince Metternich par le baron niiiier le 14 mai 1818-.
* Il y a là soit une inadvertance, soit une erreur de copiste, brtes, les déclarations du général Gourgaud, faites en J818, n'ont i motiver les restrictions de 1816 : elles en ont moLivé d'autres.
1818, qu'on verra ci-dessous. Mais Gourgaud triompha i lapsus : « Ceci, dit-il, prouve évidemment la mauvaise foi ! sir Walter Scott. C'est du 9 octobre 1816 que datent les mesus oppressives prises contre Napoléon, et c'est en 1818 que j'ai eu lurla première fois l'occasion de parler avec sir Hudson Lowel psi tombe toute la justification du ministère anglais, imaginée r un romancier trop habitué à compter sur la facile crédulité
-^•'S lecteurs. »
Voirie texte complet, Pièce n» IV, B.
Rapport du comte Balmain au major Gorrequer, le 26 mar^ 18181.
Gourgaud a dit à Balmain qu'il avait envoyé un cartel à Gzernitcheff quand les Alliés étaient à Paris en 1814 et aussi qu'il avait provoqué Montliolon à Sainte-Hélène parce que celui-ci siégeait plus près que lui de Napoléon. On exprime une très médiocre opinion de la véracité de Gourgaud ; mais on convient qu'il avait des talents comme officier dartillerie.
Bertrand a fait à des officiers anglais des rapports contre Gourgaud, disant qu'il insistait pour avoir autant de bougies que lui, qui avait une femme et des enfants avec lui, et que Gourgaud ne rendait aucune portion des provisions qui lui étaient allouées .
Mention cVune conversation entre Gourgaud et Napoléon, , appuyée, je suppose, quoique ce ne soit pas explicitement rap- \ porté, sur l'autorité de Gourgaud. j
On prétend que, dans une dispute avec Gourgaud, Napo- 1 léon lui dit : « Après tout, vous seriez content de rentrer à i mon service, si je débarquais de nouveau en France ? — Non. i répondit Gourgaud, si la France était affligée d'un malheur j tel que votre retour, on me trouverait dans les rangs opposés, combattant jusqu'au dernier soupir pour empêcher le i rétablissement de votre pouvoir. » Ceci est mentionné d'une | manière incidente après que le général Gourgaud eut quitté | l'Angleterre.
LETTRE DE M. GOULBURN, SOUS-SECRETAIRE D ETAT DU DEPAR- ! TEMENT DES COLONIES AU COMTE BATHURST, PRINCIPE' SECRÉTAIRE DE CE DÉPARTEMENT.
Downing Street, le 10 mai f818.
Milord, conformément à vos ordres; j'ai eu plusieurs con-j
* Cf. Pièce no V, E.
lérences avec le général Gourgaud, dans le but de nous issurer s'il était disposé à fournir quelques nouveaux détails iur les divers points mentionnés dans les dépêches les plus irécentes de sir Hudson Lowe.
ji Les renseignements que j'ai reçus de lui, d'une manière îxtrémement détaillée, présentent en substance ce qui suit : Le général Gourgaud n'a fait aucune difficulté de nous ivouer qu'il a toujours existé une communication libre et acile entre les habitants de Longwood et ce pays, et qu'on m a fait usage, non seulement pour recevoir et transmettre les lettres, mais encore pour se procurer des pamphlets, de "argent et d'autres objets dont on pouvait, de temps en emps. avoir besoin à Longwood : que la correspondance a ;u lieu, pour la plus grande partie, directement avec la 'irande-Bretagne, et que les personnes employées à l'entrelenir sont ces Anglais qui, de temps en temps, visitent lainte-ïlélène, auprès de tous lesquels les personnes de la uite ou les domestiques de Bonaparte ont un libre accès et ui, généralement parlant, sont disposés, beaucoup d'entre ux sans exiger aucune rémunération et d'autres pour une rès petite récompense pécuniaire, à faire passer en Europe oute lettre ou paquet confié à leur charge. Il paraîtrait aussi ue les capitaines et autres individus à bord des vaisseaux larchands qui touchent à l'Ile, qu'ils appartiennent à la ompagnie des Indes orientales ou à d'autres personnes, sont onsidérés à Longwood comme étant particulièrement ceessibles à la séduction qu'exercent les talents du général onaparte et à tel point en effet que les habitants de Longood ont regardé comme un chose très peu difficile de proirer le passa'ge à bord d'un de ces vaiseeaux au général onaparte, si, à une époque quelconque, il avait en vue de évader .
Le général Gourgaud a déclaré avoir eu personnellement bnnaissance que le général Bonaparte avait reçu une jimme considérable en argent d'Espagne (10 000 £) dans le iraps même où il vendit sa vaisselle, mais, çtant pressé par loi concernant les personnes qui avaient pris part à cette taire, il se contenta de m'assurer que le mode detrans-
ission de l'argent avait été purement accidentel ; et que.
la chose étant ainsi, il espérait que je n'insisterais pas sui une révélation qui ne pourrait avoir aucun effet, ni pour et qui regardait la punition des personnes impliquées dan; l'affaire, ni pour empêcher que pareille chose n'arrivât i l'avenir. D'un autre côté, dans la manière d'envisager c( sujet, la possession effective de fortes sommes d'argent n( pouvait ajouter aux moyens de corrompre la fidélité d( ceux qu'on serait tenté de séduire, puisqu'il était hiei connu que toute lettre de change, quel qu'en fût le montant tirée par le général Bonaparte sur le prince Eugène ou cer tains autres membres de la famille serait scrupuleusemen acquittée.
11 m'assura toutefois, en réponse à mes questions, qu< ni M. Balcombe, ni M. O'Meara n'eurent la moindre part i l'affaire mentionnée plus haut, et que le premier, quoiqu. s'étant trouvé depuis peu très mécontent, n'avait jamais dans aucune affaire d'argent, trahi la confiance qu'on aval mise en lui. 11 refusa au reste très positivement de me donne la même assurance relativement à la part qu'auraient pi prendre l'un et l'autre aux actes tendant à favoriser un correspondance clandestine .
Sur le sujet de l'évasion du général Bonaparte, il me di en confidence que, bien que Longwood fût, par sa situation dans le cas d'être bien gardé par des sentinelles, il étai certain qu'on n'éprouverait, en aucun temps, de difficulté ; éluder la vigilance des factionnaires placés autour de l: maison et de ses dépendances et, en un mot, qu'une évasioi; de l'île ne lui paraissait nullement impraticable. Il aveu que ce sujet avait été discuté à Longwood et que les peil sonnes de l'établissement avaient été invitées à présente séparément leur plan pour l'exécution de la chose ; mais i| exprima la croyance que le général Bonaparte était si fortf ; ment pénétré de l'idée qu'il lui serait permis de qn Sainte-Hélène, soit par suite d'un changement de minien Angleterre, soit parce que les Anglais ne voudraiem supporter les frais de sa détention, qu'il ne se déei<l' certainement pas à courir les hasards auxquels une ten( d'évasion pourrait l'exposer. 11 parait néanmoins, dapr déclaration du général Gourgaud et d'autres circonsta
mentionnées par lui, que le général Bonaparte a toujours envisagé l'époque où les armées alliées quitteraient la France comme étant la plus favorable à son retour, et que la probabilité de cette évacuation et les conséquences qui (s'ensuivraient furent employées par lui comme un argument ijpour dissuader le général Gourgaud de le quitter avant cette époque .
Au sujet de la santé du général Bonaparte, le général Gourgaud a déclaré qu'on nous en avait beaucoup imposé ; îque le général Bonaparte, pour ce qui regardait son pliyisique, n'était aucunement cliangé. et qu'il n'y avait nulle Ivérité dans ce qu'on avait dit à ce sujet; que le D'' O'Meara iHnit certainement dupe de l'influence que le général l!.)iiaparte exerce toujours sur les persojines avec lesquelles il a de fréquentes relations; et que, bien que lui, Gourgaud, a ail personnellement qu'à se louer de M. O'Meara, la connaissance intime qu'il avait du général Bonaparte, le metail à même d'affirmer avec confiance que sa santé n'était ;L»as du tout plus mauvaise qu'elle n'avait été antérieurement il son arrivée à Sainte-Hélène.
! J'ai l'honneur, etc., i Sirjné : Henry Goulburx.
aud, il a été nécessairement question de beaucoup de choses }ui n'avaient que peu ou point de rapport à l'évasion du
énéral Bonaparte, mais qu'il n'est peut-être pas sans inté- 'êt de rapporter ^..
Quant aux mémoires qu'on dit que le général Bonaparte a ;erits, pendant son séjour à Sainte-Hélène, le général Gourçaud m'a appris qu'il n'y en avait encore qu'une très petite îartie de terminée ; que Bonaparte avait beaucoup dicté à lifférentes époques ; mais qu'il s'occupait plutôt à dicter des chapitres particuliers, à différentes reprises et avec des
ariantes plus ou moins importantes, qu'à avancer l'ouvrage ; [ue les seules parties complètes sont la campagne d'Egypte
' Suit un long récit de la bataille de Waterloo et des circonsiinf.^s rpii la suivirent inutile à reproduire ici.
et la bataille de Waterloo, une campagne en Italie et un en Russie, mais qu'il s'est montré dernièrement moins aet dans ce genre de travail, par la crainte de compromettre dt individus avec lesquels il ne peut s'ôter de l'idée qu'il auFi de nouveaux rapports à une époque peu éloignée.
Entre autres choses incidentes, il rapporta que le Manui crit venu de Sainte-Hélène, qui fut publié il y a quelque temp était l'ouvrage d'une personne de l'établissement de Loni* wood et non, comme on l'avait supposé, de M™^ de Staël o de M. de Constant ; que les anachronismes qui s'y trouvaieii y avaient été mis à dessein, et que ce n'était pas, à beaij coup près, le seul écrit envoyé de Sainte-Hélène pour êtiî publié en Angleterre, en fait d'ouvrages détachés ou d'a:| ticles de journaux. 1
Pour ce qui regarde la manière de vivre du général Bonr parte à Sainte-Hélène, il paraît qu'il exige impérativemen I des personnes de sa suite, les mêmes respects et la mênii obéissance quils lui témoignaient lorsqu'il était empereii de France, et qu'il a constamment l'habitude d'interrompi] les discussions où le nom de général est prononcé, en disarl que, dans Longwood, il est encore et sera toujours emp(i reur. Les principaux officiers de sa suite sont toujours e dissidence et les querelles entre le général Bertrand et 1 comte Montholon ont été quelquefois si loin que chacu d'eux avait insisté auprès du général Gourgaud pour qu'il n* fréquentât pas l'autre, menaçant dans le cas contrair rompre toute société avec lui. Le général Gourgaud vr sente Bonaparte comme beaucoup plus sujet à des accr colère qu'il ne l'était autrefois et comme ayant éprouva changement considérable dans son moral, quoique sa santt dans l'opinion du général, ne soit aucunement détérior''^" « Vous le croiriez quelquefois une divinité même. Ces dieu qui vous parle ; mais il y a des occasions où voi trouveriez au-dessous de l'ordinaire. » Tels sont les ter dans lesquels il me transmit son opinion générale du carai tère de Bonaparte. '
GROUPE II