TÉMOIGNAGE DES RÉSIDENTS A SAINTE-ÔÉLÈNE
PIÈGE N^ m
EXTRAIT DE : EVENTS OF A MILITARY LIFE BY WALTER HENRY, SURGEON OF THE FORCES ^
Vers ce temps, le général Gourgaiid se querella avec Napoléon, quitta Longwood et alla résider à l'autre extrémité de l'île. Diverses versions circulèrent en ce temps à Longwood sur les causes de la rupture, qui n'étaient pas favorables au général fi il fut même ouvertement accusé par les Français d'avoir menacé de divulguer certains secrets au gouvernement anglais, s'il ne recevait pas une somme d'argent pour garder le >ilence. A toute occasion, les compagnons de Napoléon lii'pnt tout ce qu'ils purent pour infirmer sa véracité en dénigrant son caractère après qu'il les eût quittés; mais certaines des histoires qu'ils contaient étaient trop improbables pour "'recrues; ainsi, M. O'Méara m'assura que Gourgaud, lorsjM il trouva qu'il ne pouvait extorquer de l'argent, employa le extraordinaire menace concernant les complots formés i.ongwood pour l'évasion de Napoléon: « J'écrirai ce que je -.lis et ce que je ne sais pas. »
Maintenant, dans toute cette matière, je crois qu'ils trai-
* Pièces IH, IV A et B, V (A. B et annexes, G, D, E et annexes), ;|VI (A, B, G, D, E), VII. (A, B, C, D, E), VHI. - London, 1843. T. II, p. 46 (traduction).
laient Gourgaud avec grande injustice et. dans cette opinion : j'ai été récemment confirmé par un officier qui a eu de meil i leurs moyens de connaître les faits réels qu'aucune autre péri sonne qui servît à Sainte-Hélène. Ce qui suit est l'extrait diin( communication que me fit la personne en question, dont h caractère est digne de tous les respects.
« Tant d'absurdités ont été écrites sur le général Gourgauc que je me sens porté à vous raconter brièvement quelles furent les circonstances qui entourèrent sa séparation d'avec Napoléon. A Longwood. aussi bien que sur le trône, la poli ] tique machiavélique « Divide et Impera », était la règle de l'ex-empereur; le résultat lui en était cependant extrême | ment préjudiciable, car, ainsi livrée à la jalousie, à la mé i fiance, à l'inimitié, la petite bande des gens de sa suite trouvp: bientôt que leur position n'étaitrien moins qu'agréable. Jïma! gine que le comte de Las Cases fut très heureux de sortir de cei gâchis et le général Gourgaud trouva à la fin sa situatiorj isolée si pénible qu'elle n'était pas supportable plus long i temps. Officier d'ordonnance actif et intelligent, il avait rapij dément obtenu des grades lors des luttes de Napoléon er! Allemagne, avant la bataille de Leipzig (il est mentionné! très favorablement dans les mémoires de Caulaincourt (?) el j'estimequ'il suivitson maître en exil par attachement pour' sa personne. Je ne connais pas exactement l'origine de sai mésintelligence avec Napoléon à Longwood, mais j'ai de.s raisons de penser que leurs relations n'étaient rien moim'; que cordiales, presque depuis le temps de l'arrivée à Sainte Hélène. Au moment où Gourgaud demanda permission poiii quitter l'île, le comte Bertrand et Montbolon formaient avec lui-même, toute la suite. Si les deux premiers étaient encore en termes suffisants pour se parler, Montbolon eli (iourgaud étaient en inimitié ouverte, ainsi que l'a souvenl; déclaré ce dernier. Bertrand et Montbolon avaient leurs éta j blissement distincts, et vivaient confortablement avec leurv familles, tandis que Gourgaud restait dans la solitude. J'allais! souvent le voir et causer avec lui et toujours il se lamentait; sur la rigueur de sa destinée et soupirait après la belle France,. Paris et les boulevards. ";
A la fin la « maladie du pays » prit le meilleur de lui et il
se détermina à quitter Longwood. Sir Hiidson Lowe m'envoya chercher et, majant annoncé le désir de Gom'gaud,me demanda s'il me serait agréable de demeurer avec lui jusqu'à ce qu'une occasion se présentât pour lui de quitter Sainte- Hélène. « Je vous propose cela, ajouta le gouverneur, parce que je pense qu'un tel arrangement serait agréable au général Gourgaud, et en considération que sa conduite a été tout à fait sans reproche au point de vue de nos règlements, aussi loin qu'ils le pouvaient concerner; je serais donc fort aise de lui être agréable en telle matière. » En conséquence, le général Gourgaud et moi fûmes installés dans une maison confortable, dans laquelle la table et les domestiques nous furent donnés aux frais du gouvernement. Nous vivions près des résidences des commissaires russe et autrichien que nous visitions à l'occasion et rien ne i)ouvait surpasser l'attention et les prévenances hospitalières de sir Hudson Lowe pour le général Gourgaud. Si celui-ci vit encore, je suis certain qu'il garde un agréable souvenir du traitement qu'il reçut.
Pour rendre j ustice à cet homme excellent et si grossièrement calomnié, sir Hudson Lowe, je dois rapporter à présent une circonstance que, j'en suis sûr, le général Gourgaud serait tout prêt à confirmer. Lorsque celui-ci quitta Longwood, je l'accompagnai à la résidence du gouverneur, et je saisis un ! moment favorable pour le laisser en tôte-à-téte avec sir Hudson. A peine sortions-nous à cheval de Plantation-House que le général me témoigna par ses exclamations sa surprise que sir Hudson eût reçu simplement sa visite comme un liiiiéral recevrait celle d'un autre gentleman, sans faire iiiicLine allusion à Longwood :« Je m'attendais, ajouta-t-il. que le gouverneur eût saisi avec avidité une occasion aussi IV'vorable que la lui offrait mon état d'excitation pour tirer de moi des informations sur les agissements à Longwood. Je ne reviens pas de mon étonnement, non, je n'en reviens |t;is. » Ces expressions de surprise, il les répétait encore étendre durant notre courte retraite. Je dois ajouter que j'eus )lnsieurs occasions de remarquer la délicatesse vraiment lievaleresque de sir Hudson vis-à-vis du général Gourgaud.
'Quoique l'Empereur et le général ne se fussent pas séparés s meilleurs amis, cependant, quand il fut connu à Long-
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wood que ce dernier était dépourvu d'argent, une somme considérable lui avait été offerte par Napoléon et il avait été très pressé de l'accepter lorsqu'il quitta Longwood; il refusa de la recevoir. Mais, peu après, quand il fut sur le point de s'embarquer pour l'Angleterre, le pauvre général éprouva les habituels inconvénients dune situation de pénurie et m envoya à Longwood pour demander au maréchal Bertrand un prêt de deux à trois cents livres et le maréchal refusa, disant que l'Empereur lui avait offert une somme beaucoup plus grande que (iourgaud ne pouvait refuser sans manquer de respect; mais il ajouta que, si le général Gourgaud acceptait le don de l'Empereur, il lui prêterait aussi la somme qu'il demandait. Les mots de Bertrand fui-ent: « Qu'il ne me mette pas dans la position de manquer à l'Empereur. »
Gourgaud fut totalement décontenancé par le refus de Bertrand, qui était tout à fait inattendu, mais il continua de se refuser à se mettre lui-même dans le cas d'une obligation pécuniaire vis-à-vis de Napoléon, et il eût fait voile pour l'Europe sans un shilling, si sir Hudson Lowe, aussitôt qu'il apprit cette circonstance, ne lui avait envoyé par moi un billet pour une somme de cent livres sur son banquier à Londres ^ »