‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 25 sur 58 · PIEGE N* VI · texte numérisé non relu

PIEGE N* VI

EXTRAITS DES DÉPÊCHES DU BARON STURxMER AU PRINCE DE METTERNICH

,; Sainte-Hélène, ce 23 février 1818.

Mon prince.

Le nombre des Français attachés à l'ex-empereur vient

le subir une nouvelle diminution. Le général Gourgaud a

[uitté Longwood le 13 de ce mois à la suite d'une querelle

[u'il a eue avec le comte de Montholon. Ennemis depuis

' l'vtraits de : Die Berickle des Kais. Kon. Commissârs Barholomaeus Freiherrn von Sturmer ans St Helena, herausgegebea un Dr Hanns Schlitler. Vienne, 1886, p. 121 et suiv.

longtemps, ils avaient été plusieurs fois sur le point de se battre. Le général Gourgaud. jaloux de voir la faveur de M. de Montholon croître à mesure que la sienne baissait et attribuant à celui-ci les mauvais traitements qu'on lui faisait essuyer, jura de se venger ou desen aller. Bonaparte exigea de M. de Moritholon sa parole d'honneur qu'il n'accepterait aucun cartel tant qu'il serait auprès de lui. Irrité par ce refus, Gourgaud menaça d'assommer son rival à coups de cravache. Bonaparte cria à l'assassinat et voulut le faire arrêter. 11 ne resta à Gourgaud d'autre parti à prendre que d'aller mettre son sort entre les mains du gouverneui*. « Faites de moi ce que vous voudrez, lui dit-il, j'aime mieux aller en prison que de rester à Longwood. » Sir Hudson Lowe l'établit dans une maison de campagne près de l'iantation House ; il y est traité à merveille et peut aller partout avec un officier anglais qui loge avec lui et ne le quitte pas. Ses papiers ont été examinés, mais on n'y a rien trouvé qui pût le compromettre. Le gouverneur me pressa avec instance, il y a quelques jours, de lui dire ma façon de penser sur cet esclandre. « Croyez-[vous] me demanda-t-il que Gourgaud soit de bonne foi et que sa brouillerie avec Napoléon soii réelle ? » Je lui répondis que personne ne pouvait en jugei mieux que lui; mais que, d'après mes propres observations le général Gourgaud gardait trop peu de mesure pour le sup poser chargé d'une mission secrète. « Je suis du môme avis me répliqua-t-il, d'ailleurs je l'ai toujours vu le même. Je h crois homme d'honneur. Sa conduite et ses principes n'on*! jamais varié, »

Le général Gourgaud ignore encore combien de temps i , restera ici et si on l'enverra directement en Europe ou s'i devra d'abord aller au Cap de Bonne-Espérance. So-n intem tion est de se rendre en France et d'y vivre dans le sein d ' sa famille, si on lui permet d'y rester. Il s'estimerait 1 reux de rentrer au service, mais il n'ose se flatter d employé de nouveau. Il a déclaré à Bonaparte, en le quitt qu'il lui conserverait un attachement éternel, mais qui battrait contre lui, si son devoir le lui ordonnait. Geln paraît le regretter peu. Sa présence à Longwood y causait trouble et du désordre. Officier brave et distingué, il n'< -

•ien moins que courtisan. Il a eu des scènes avec M. de Las ilases dont il était jaloux et, jusqu'aux domestiques, il s'est mis mal avec tout le monde. Bonaparte lui a reproché que î' était à cause de lui que Las Cases était parti.

Le général Gourgaud se plaint d'être entièrement démuni l'argent. 11 m'a dit que le comte Bertrand lui avait jjrété 50 £ et que c'était là toute sa fortune: mais je iiens de bonne part que Bonaparte vient de lui faire jm don de 500 £ et qu'il a assuré à sa mère une pension de 112000 francs réversible sur lui après la mort de M™*^ Gouri^aud. Le gouverneur paraît ignorer cette circonstance.

Sainte-Hélène, le :2a février 1818.

...Je demandai hier au général Gourgaud ce qu'il pensait de a santé de Bonaparte : « II nous enterrera tous, me réponiit-il, il a un corps de fer. » Je lui parlai de l'enflure des ambes. «. Cela date depuis Moscou, me dit-il, il en est de iiême de ses insomnies. Depuis que je le connais, il n'a amais dormi plusieurs heures de suite. Quant à son mal de ':ùté. personne n'a pu savoir encore au juste ce qui en est. »

SainLe-Hélèao, le 23 février 1818.

j Je m'étais proposé d'envoyer à aujourd'hui à Votre Altesse 'quelques réflexions qui doivent servir de commentaire aux |)bservations de Bonaparte sur le discours de lord Bathurst ; Inais le hasard m'ayant mis en rapports suivis et presque journaliers avec le général Gourgaud qui loge à côté de jnoi, je vais mettre à profit cette circonstance pour vérifier jiuelques particularités qui ne me sont connues qu'impar-

Sainte-Hélène, le 14 mars 1818'.

{Voir ci-dessus, Pièce II. Pièce IV. B et Pièce V.)

Sainte-Hélène le 31 mars 1818.

... Le général Gourgaud a quitté l'île le 14 de ce rnois^ comme j'avais eu l'honneur de l'annoncer à V. A.

Entièrement dépourvu dargent et ayant refusé celui que Bonaparte lui avait fait offrir, il pria le comte Bertrand de lui en prêter de ses propres fonds et lui écrivit à cet effet la lettre ci-jointe^. Il n*a reçu aucune réponse. La veille de son embarquement, il prit le parti d'aller le voir; ne voulant pas entrer dans l'enceinte, il convint avec M. Jackson > le nom de l'officier anglais qui était chargé de l'accompaL partout) que celui-ci irait seul chez le grand maréchal prierait de sa part de venir à la barrière. Votre AU' verra par le rapport de M. Jackson ci-joint ^ que le gouverneur ma communiqué, que le comte Bertrand a déchné cette entrevue et qu'il a fait dire au général Goyrgaud quil ne pouvait, sans offenser son maître, lui prêter de l'argent, tant qu'il se refuserait d'accept«r les 500 £ que celui-ci avait mis à sa disposition.

Cette réponse déconcerta le général Gourgaud. Le gouverneur vouhit le tirer d'embarras, mais il lui répondit qu'il ne

* Le baron de Stiirmer ajoute en fin de sa relation : « Le généra) Gourgaud m'a dit que Bonaparte lui avait fait offrir de l'argenli au moment du départ de Longwood et quil ne l'avait pasj accepté. « Je ne veux rien devoir à l'Empereur, me" dit-il, cel serait me lier volontairement. Je veux être maître de mes actions! et de mes discours. » Il m'est revenu d'autre part que le généra! i Gourgaud a en effet refusé les 500 i^ qu'on lui avait offerte -

- Voir Pièce V, E. annexe 1.

^ Voir Pièce V, E. annexe 2.

jmvait profiter de ses offres. « On m'accuserait, lui dit-il,

; m'étre mis à la solde de l'Angleterre ; ce serait le moyen

; me discréditer entièrement et de me mettre hors d'état

; répondre aux calomnies que Bonaparte fera répandre

ntre moi. » Enfin, quelques heures avant son départ, il se

.'cida à faire demander les 500 £ que Bonaparte lui avait

it assigner chez Balcomhe. Celui-ci assura qu'il n avait ni

'jdre ni fonds. Le gouverneur fit écrire au comte Bertrand,

■■- !;i réponse n'ayant pu arriver avant la nuit, le Camclen

la voile et le .général Gourgaud partit sans avoir son

. Ce ne fut que le lendemain que l'on envoya à sir

Il Lowe une lettre de change de 500 £ payable à

jndi-es. il l'endossa en faveur du général Gourgaud et

ixpédia par un bâtiment de la Compagnie des Indes qui fit

l'iie le même jour pour l'Europe.

Quant à la pension de 12000 francs accordée à la mère de

urgaud, je n'ai pu sa voir au juste ce qui en est. Le gouverneur

'it que ce dernier lui en avait parlé confidentiellement,

iiil lui avait promis de garder le secret. « Je me suis

me dit-il, à en rendre compte à mon gouvernement. » /

' que j'ai pu découvrir, c'est que Gourgaud a obtenu

iUe pension au mois de juillet dernier, dans le temps de sa Lis grande faveur, à force 4e sollicitations et de représentais sur la gène où se trouvait sa mère. ,1 iJe ne m'appesantirai pas sur ce qu'on dit à Longwood de

?|ii départ; le rapport de M. Jackson ne laisse rien à désirer

hei égard. Bonaparte paraît s'en féliciter ; il n'en est que

us tranquille. 11 se livre maintenant sans réserve au goût

l'il parait avoir pris tout à coup pour M™° de xMontholon et

fte Gourgaud avait pris à tâche de contrarier et de tourner

' 'icule. Après avoir flatté pendant quelque temps les

s de Fex-empereur en remplissant auprès de lui les

*<bios fonctions de pourvoyeuse, M'"*^ de Montholon a su

ompher de ses rivales et s'est" élevée jusquau lit impé-

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