‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 31 sur 58 · PIÈCE N<^ XI À · texte numérisé non relu

PIÈCE N<^ XI À

EXTRAITS DES DÉPÊCHES DU COMTE LIEVEN, AMBASSADEUR DE RUSSIE AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRArsGÈRES -

Londres, 13/23 mai 1818 Monsieur le comte, en transmettant aujourd'hui à Vo

Excellence les derniers rapports que M. le comte de Bal-

* Publiée par Ph. Goxn.vrd. Les origines de la légende napoléonienncy p. 351, note 2, d'après les Mss. du Record Olïîce.

* Archives du ministère des Affaires étrangères. Pétersbourg.

Lt: CAS GOURGAUD. — PIÈCE X 243

main m'a adressés de Sainte-Hélène pour le ministère impérial et qui contiennent des détails relatifs à la querelle survenue entre le général (iourgaud et le comte de Montholon, et le départ subséquent du premier pour l'Europe, je me trouve appelé à compléter ces données par les communications que ie gouvernement anglais vient de me l'aire des rapports du gouverneur de l'île sur cet objet, et des révélations verbales faites par le général (jourgaud lui-même, depuis son arrivée en Angleterre qui a eu lieu il y a quinze jours.

Sir lludson Lowe rapporte aux mêmes circonstances citées dans les dépêches du comte de Balmain, les causes du désir énoncé par le général Gourgaud de se séparer de Bonaparte et de retourner en Europe. Voici à peu près les détails qui s'y rattachent et que mande le gouverneur.

Le général Gourgaud, étant venu l'informer des motifs de plainte et de vengeance qu'il avait contre le comte Montholon et de sa détermination de quitter en conséquence le service de Bonaparte, le général Lowe, pour prévenir tout scandale ou conséquence tragique de la querelle, crut prudent de proposer au général Gourgaud de venir habiter la partie de l'ile où il demeure et lui y assigna en conséquence un logement. Gourgaud passa néanmoins encore cinq jours à Longwood, au bout desquels, étant venu prendre possession de sa nouvelle habitation, il déclara au gouverneur son désir de retourner en Europe ; l'assurant en même temps qu'il n'aurait point le droit de réclamer contre les mesures de précautions les plus sévères qu'on pourrait prendre contre iui à cette occasion, non plus que contre son envoi préalable au Gap, auquel il était tout préparé.

Cette résignation volontaire paraît avoir désarmé le générai Lowe qui se détermina dès lors à le faire retourner en droiture en Europe. Ses entretiens avec Gourgaud. et, en général, la conduite de cet officier pendant tout son séjour à Sainte-Hélène, l'avaient déjà disposé favorablement pour lui. 11 crut trouver en lui de la bonne foi, beaucoup de franchise et un détachement complet des intérêts de Bonaparte, sur le compte duquel il s'exprimait même sans le moindre ménagement. — U fit part au gouverneur des moyens qu'on avait à Longwood d'éluder toute sa vigilance; de lettres envoyées et

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reçues ; d'argent fourni abondamment par le prince Eugène Beauharnais ; des moyens d'évasion même que pouvait avoir Bonaparte, mais dont il n'avait point voulu profiter, sûr qu'il était de se voir libéré de sa détention, sans courir les risques qui pouvaient, dans le moment actuel, accop^pagner sa fuite. — Il a traité Gourgaud de fou de le quili à la veille probablement de son retour en Europe : atteiv que, soit les efforts du parti de l'opposition en Angleten soit un changement dans l'administration, soit enfin la diUiculté du gouvernement anglais de pourvoir plus longtemps aux frais considérables qu'exigeait sa détention, déci^i raient sous peu sa mise en liberté. Mais il trouve surt( une chance presque certaine en sa faveur dans la circoi tance de la retraite des troupes étrangères de France : cei évacuation devant, à son sens, amener indubitablement li commotions dans le royaume et son rappel s'ensui\ comme conséquence immédiate.

Le général Lowe, sans entrer dans d'autres détails relat aux révélations que lui a faites Gourgaud, la veille de > embarquement, sur les intelligences secrètes de Bonapiu en Europe, se réfère à cet égard à l'occasion qu'aura secrétaire d'État d'interroger lui-même cet officier àLondi sur cet objet. 11 s'excuse de n'avoir point eu le temps s'occuper d'un plus long examen sur ce que le vaisseau qui devait porter le général Gourgaud en Angleterre était prêt à mettre à la voile. La seule précaution que sir Hudson Lowe a cru devoir prendre avant de s'en séparer, a été de lui demander un écrit par lequel il engage sa parole d'honneur qu'il n'emporte en Europe aucune lettre ou papier quelconque relatif à quelque intelligence en faveur de Bonaparte. Il a en outre pris connaissance de tous les papiers du général Gourgaud dans lesquels il n'a trouvé que des lettres indifférentes et des brouillons de la main de cet officier avec quelques notes de celle de Bonaparte lui-même, sur des fragments d'un journal- de ses campagnes. Cette écriture a été indéchiffrable pour les Anglais et Gourgaud leur en a donné verbalement l'explication.

Telle est, monsieur le comte, la masse des donmv envoyées par le gouverneur de l'île de Sainte-Hélène sur le

<inpte du général Gourgaiid. — Aussitôt après son arrivée, -ja suIdî un long interrogatoire de l'un des sous-secrétaires iiEtat au département des Colonies. Gourgaud y a répété •lut ce que mande sir Hudson Lovve. Il y a ajouté quelques pitres détails sur les ressources pécuniaires de Bonaparte et j)mmé les maisons de commerce, à Londres et à Sainteil'lene, par la voie desquelles des remises ont été faites. Il a •^signé le prince Eugène comme la source principale de jquelle elles découlaient. Bonaparte a fixé une pension viajre de douze mille francs à la mère de Gourgaud qui se Duve en France. — Las Cases ayant, à son départ de inte-Hélène, laissé dans la caisse de son ancien maître un pot de quatre mille guinées, il lui a remis en équivalent :s lettres de change pour la valeur de 240 000 francs, ce li fait environ le triple de la première somme. — La rrespondance a eu généralement lieu par la voie des miestiques. On s'est servi également de l'occasion du part des troupes qui formaient la garnison de l'île et qui it été relevées il y a de cela quelques mois, pour faire un voi. — Le général Gourgaud assure que la santé ieBonarte n'est pas telle que les rapports du D'" OMéara la repréntent : elle est aussi bonne que possible. L'opinion du gouvernement anglais sur l'individu du néral (iourgaud est absolument la même que s'est forée sir Hudson Lowe. On le croit franc, honnête et sincère ns ses révélations. Les commissaires étrangers à Sainteilène partagent cette opinion. L'ambassadeur de France s'explique dans le même sens sur son compte.

Toutes ces autorités sembleraient devoir écarter tout , upçon de dessus le général Gourgaud ; néanmoins, lorsl'on rapproche différentes circonstances de cet événement, peu d'éclaircissements satisfaisants qu'offrent les motifs la querelle avec le comte Montholon, les cinq jours pas- 3 encore à Longwood sans que Gourgaud ait trouvé l'ocsion de laver la prétendue injure qui lui a été faite ; ses relations au gouverneur qui, toutes concluantes qu'elles raissent être à celui-ci pour la probité et la délicatesse du néraL français, ne semblent cependant offrir aucune done claire et n'impliquent que des individus contre lesquels

on ne peut pas sévir (en effet, il na nommé à sir Hiidsor Lovve que le prince Eugène) — tous ces faits réunis devraieni ébranler un peu la confiance qu'il inspire. Ses aveux cepen dant ont euunrésultatque lui-même n'osait pas espérer, on Vi laissé retourner en Europe en droitm'e sans autre préeautioi que sa parole d'honneur, qui a parfaitement contenté la pro bité anglaise : et le gouverneur a passé, des liabitudf surveillance les plus scrupuleuses, aune confiance pre imprudente. Il est assez curieux de remarquer que, depuis k détention de Bonaparte à Sainte-Hélène, il est arrivé à pei près tous les six mois en Europe un individu de sa suite ei que le départ du général Gourgaud de Sainte-Hélène a eu liei à cette distance de l'époque à laquelle Las Cases avait quitt« cette ile. Son arrivée en Europe a été plus rapprochée pi conséquence de l'indulgence que lui a accordée le goi heur de s'y rendre en droiture sans la station du Cap u. Bonne-Espérance.

Lorsque sir Hudson Lowe fit, il y a de cela quelque mois, son premier rapport relativement au désir de Gour gaud de se séparer de Bonlaparte, le ministère lui enjoigni d'user des mêmes précautions qui avaient été observées ; regard des autres individus de sa suite qui l'ont quitté et d le faire préalablement séjourner pendant quelque temps ai Gap. Cet ordre ayant tardé à arriver à Sainte-Hélène. 1 gouverneur crut pouvoir prendre sur lui de laisser partir l général Gourgaud sans attendre les réponses d'Europe à soi égard. Cette précipitation a été désapprouvée par le gou vernement, il vient de le témoigner à sir Hudson Loweenlii prescrivant en outre (et par suite des dénonciations du :. rai Gourgaud) d'apporter des restrictions aux relation> personnes de la maison de Bonaparte avec les habitants J rile. Leurs rapports semblent avoir été assez libres jusqu'if et l'accès auprès des individus de sa suite également facil aux indigènes et aux Anglais qui abordent à Sainte-Hélène Souvent les capitaines des vaisseaux marchands, venant de Indes, sont admis à Longwood et s'entretiennent librenuMi avec les Français.

Ces indulgences déplacées doivent être rapportées ù l pesponsabilité gênante dans laquelle se trouve le gouverne

nient anglais et la crainte constante qu'il a des attaques Miihliqiies de Topposition au sujet de Bonaparte.

L'ambassadeur de France ayant demandé les ordres de -Mil gouvernement sur le retour de Gourgaud en France, il lui a été intimé de suspendre encore toute réponse à cet t ::ard et de s'éclairer au préalable avec plus de précision sur les intentions et les principes de cet officier.

Il me reste...

{La suite et fin de la dépêche au corps du livre, page 101 .)

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