I. — Voir les documents i la suite
trône. Dans cette liste, Eleonora, la fille d'Hercule, est désignée : « La Figliola che fu d'Hercule Orevesce gia hebreo ». — Voilà la conversion bien établie. Au
Cinque-dca aux Armes du Marquis de Goiizague (Face). Cinque-dea aux Armes du Marquis François Gonzague de Mantuue.
(Musée du Louvre.)
moment où le ci-devant Salomone entre au service du duc, il avait déjà plusieurs enfants : l'aîné, Alfonso, qui faisait aussi partie de la suite de Lucrèce, travaillait avec son père comme orfèvre et devait lui succéder dans sa charge. Nous
L'ÉPEK DK CKSAR BOKGrA.
l'avons montré, dans les lettres que nous avons extruites des archives de Mantouc, assis à Tatclicr près du maître Hercule; il apprend son an et donne dé\à des preuves de vaillance. La famille de l'orfèvre était nombreuse: outre /l(/bifJO, elle comptait deux autres fils, Ercole et Ferrante (ce dernier fait aussi partie de l'atelier et son nom est cité dans la lettre ci-dessus), et trois filles, dont on ne connaît qu'un seul nom, Eleoiior a. On remarquera que tous ces noms sont empruntes à la famille ducale, ce qui indique un patronage exercé au moment de la conversion, qui a dû se faire sous les auspices des souverains,— ce qui est de tous les temps, mais qui l'est plus encore à l'époque du xv* siècle en Italie. Altonso l'aîné épousa Sapimcia; en 1 52 1 ,cet Alfonso ayant abusé de la confiance de la marquise de Mantoue, Isabelle d'Esté, en engageant des objets d'orfèvrerie commandés par elle, aVait été mis en prison, et Sapuncia , avec Eleonora, veuve d'Hercule, et ses trois filles encore demoiselles, adressent une supplique à la souveraine afin de faire relâcher le coupable, sous peine de voir eux et leurs six enfants mourir de faim. La supplique de la veuve, des irais filles et de la bcllc-tille du maître Hercule en faveur d'Afonso leur frère, désigne ainsi le coupable : .1 Ijhuso Jils du Maître Hercule de Fideli, or/éire. L'annoiaieur du catalogue de Turin, qui a produit ces documents dans un but compliieiiicnt opposé à celui que nous poursuivons en nous les appropriant, ajoute une grande
de Famille du Mallrt (FiMO*
2o6 LES MONUMENTS DES BORGIA.
importance à ce dernier parce que ^ pour la première fois ^ on y l'oit apparaître le nom de famille du maître Hercule, ce cognome, si rare à rencontrer dans les textes du xv* siècle relatifs aux artistes en Italie, presque toujours désignés par leur prénom auquel s'ajoute celui de leur père précédé du mot italien de, c'està-dire descendant de.
Sachant désormais qu'il y a eu à Ferrare un Hercule de Fideli orfèvre, si nous rencontrons sa signature bien clairement exprimée, bien lisible, incontestable, sur une arme gravée, surtout sur une cinque-dea, et si cette signature s'applique à une série de compositions du même caractère que toutes celles que nous venons de faire passer sous les yeux du lecteur; le problème de l'identité comme artiste, d'un individu du nom d'Hercule qui s'appliquait à ce genre de travaux, qui était aurifex et travailla à la fois pour César Borgia, pour Ferrare, pour Mantoue, pour Bologne, Parme, Vienne, etc., etc., étant déjà résolu, le mystère qui enveloppait son nom sera dissipé. Or, cette signature, nous venons de la produire écrite en toutes lettres, en bonne lumière, au juste endroit, là où les maîtres se plaisent à signer leurs œuvres quand ils les jugent dignes d'eux, sur la magnifique lame du Musée de Berlin léguée par le prince Frédéric-Charles. Elle était dans nos dossiers depuis longtemps, mais la signification du mot Fideli nous échappait ; il a fallu l'attentive lecture des documents de M. Angelucci pour la reconnaître. FIDELI est le nom de Salomone da Sesso devenu plus tard, par sa conversion, Ercnle da Fideli, orfèvre de l'illustrissime duc de Ferrare, puisque son fils Alfonso, dans la supplique à la marquise de Mantoue est dit : Fils du Maître Hercule de Fideli. Pour que personne ne doute plus de l'identité du maître avec l'Hercule de TEpée de César (dont j'avais fait à tort autrefois Hercule de Pesaro), voici sur la même lame une signature toute aussi valable pour nous que le nom : la fameuse tour de Pise, interprétée à la façon de l'artiste. Rapprochons l'une de l'autre les deux lames pour bien montrer les points de contact, qui vont sauter aux yeux, et saluons dans Hercule de Fideli le graveur des cinque-dea de Hertford-House, de la tour de Londres, du Musée de Pesth, de la collection Ambras et de l'Arsenal de Vienne, le plagiaire ou le graveur docile du Pinturicchio, qui reproduit sur ses fourreaux et ses lames les figures et les emblèmes des appartements Borgia, le fournisseur du Bentivoglio, l'orfèvre d'Eleonore ; celui d'Isabelle d'Esté, l'auteur des lettres et des dessins par nous publiés, et en dernier lieu enfin,
LKPÉK DK CÉSAR lîOHGlA „^
le graveur de l'épce du marquis François Gonzaguc qui vient d'entrer au Louvre, et que M. Molinier avait reconnu aux divers caractères que nous avions dénoncés.
|0NCLusi0N. — Concluons rapidement et résumons les faits : l'arme de César Borgia, qui est un monument d'art en même temps qu'un document historique, est l'œuvre d'un artiste qui gravait des lames d'cpcc, composait et modelait des gaines exécutées le plus souvent en cuir repoussé et quelquefois décorées de compositions a figures. Une enquête faite dans un grand nombre de villes d'Europe a permis de réunir trente à trente-cinq armes qui peuvent lui être attribuées, parmi celles-ci on compte quatre épées et toutes les autres sont des lames courtes dites « cinque-dca >. On a défini au cours de cette étude le caractère de ce genre d'œuvres, la manière et les tendances de l'homme qui, probablement, a été le traducteur des inventions d'anistes supérieurs, dont il a gardé l'empreinte. Hercule de Fideli évoquait de grands souvenirs et des idées hautes ; il était tout imprégné de l'idée antique et, s'étant frotte aux humanistes , il se dégageait de ses œuvres un parfum littéraire; aussi, au milieu de productions de pacotille dcsinécs au commerce et de bijoux et colliers, a-t-il laissé quelques compositions d'un goût si élevé, et des fourreaux d'épées d'une architecture si noble, qu'ils sont dignes de figurer à côté des œuvres des grands maîtres de la Renaissance. L'orfèvre avait le goût des inscriptions, il les empruntait aux poètes et aux historiens de l'antiquité, et souvent aussi aux dictons en langue vulgaire. Parfois il les estropiait, soit qu'elles fussent abandonnées à de grossiers ouvriers qui ne les comprenaient pas, soit que le patron de la bottega n'en connût pas lui-même le sens. Ce maître Hercule représente bien, par ses facultés multiples, un tempérament du temps de la Renaissance; quand il se met à la disposition du passant, il fabrique sans passion et met en œuvre, sans ordre et sans discernement, les éléments qu'il a empruntés à l'antiquité. Ondoyant et divers, il est aurifex, et, tenant boutique dans une spaderia de Ferrare, il travaille pour qui le paie et ses fils travaillent avec lui et prennent sa manière. Quelquefois aussi il lui est arrivé de prendre l'argent sans livrer la marchandise (c'est le cas d'un grand nombre d'artistes du temps); mais quand il a l'honneur d'être appelé par un grand personnage ou un de ces princes souverains qui ont laissé dans l'histoire un sillon sanglant ou lumineux comme César Borgia, François Gon/aguc ou Este, Hercule se redresse, et il parle haut.
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N'cCit-il gravé que Tépée de Borgia, la lame de cinque-dea de la tour de Londres, celle du prince Frédéric-Charles, et quelques autres : le nom d'Hercule méritait d'être sauvé de Toubli : son bagage ne peut plus que s'augmenter et sa réputation ne peut plus que croître. On peut désormais écrire son nom à côté de celui des Piccinino, des Andréa de Ferrare, des Lazzarino Caminazzi, des Colombo, et de Serafino de Brescia son contemporain, qui fut armé chevalier par François I" auquel il présentait une riche armure sortie de ses mains.