‹ Autour des Borgia; les monujents - les portraits, Alexandre VI - César - Lucrèce, l'épée de César - l'œuvre d'Hercule de Fideli, les appartements Borgia au Vatican; études d'histoire et d'art. Avec 18 planches en couleur, en noir et sur cuivre, et 156 illus. d'après les monuments contemporainsChapitre 9 sur 30 · I.UCRKCe HORQIA · texte numérisé non relu

I.UCRKCe HORQIA

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LES PORTRAITS DES BORGIA. i33

Le premier de ces nouveaux portraits appartient à M. Spence de Florence, grand connaisseur, grand amateur, le même qui autrefois a su mettre la main sur le fameux fourreau de l'cpée de César Borgia et l'a livré au musée du South- Kcnsington. I.e second est, à l'heure actuelle, aux mains de M. Gugenheim, dont le nom est si honorablement connu a Venise. Ces deux copies se distinguent Tune de l'autre par des nuances qui font tout le prix de l'une d'elles. Désirant livrer l'œuvre au public autant que possible avec son relief et sa vie, nous avons choisi pour la reproduire en couleur celle qui appartient à M. Gugcnheim qui a bien voulu nous en faire exécuter un fac-similé. On retrouvera là la lourde Lucrèce du portrait de Ferrarc et celle du portrait de Nimes. la Vénus aux yeux de bœuf, comme une divinité d'Homère, avec des traits réguliers, ronds, sans accents et sans caractère, assez d'ampleur, de la noblesse et de la régularité, m^is rien de vif ni de piquant, rien de ce qui constitue un caractère et une physionomie; une image sans flamme, sans passion et sans sensualité. Le portrait de M. Spence, plus délicat, plus nerveux dans le dessin, ajoute à celui-ci un air de grandeur et je ne sais quoi de plus achevé. On peut voir dans cette image une « triomphante princesse », ainsi que le disait le chevalier Ikiyard, on n'y devine ni une Messaline, ni une courtisane couronnée. Il n'y a plus à prouver désormais l'authenticité des traits de ces images, puisque nous avons deux types identiques dont déjà nous sommes sûrs, et la comparaison de ces deux nouveaux portraits (d'une parité telle qu'il suflît d'en reproduire un seul) est hors de contestation. Ces quatre Lucrèce vues par le même artiste, le même jour, portant les mêmes ornements, la même résille, les mêmes colliers, les mêmes costumes aux manches amples qu'on retrouve dans le dessin de Dosso Dossi du Louvre, représentent le même personnage, et c'est bien probablement à l'un des frères de cet artiste, le premier qui fut peintre officiel de la cour de Ferrare, qu'il faut encore attribuer l'original, malheureusement perdu au fond de quelque galerie inconnue ou, plus probablement encore, irrévocablement perdu pour nous.

IlICRÈCE D APRÈS LES DÉPÊCHES DIPLOM ATIQOES DO TEMPS. — EssayODS,

maintenant que nous sommes en possession dune représentation vraie, de dessiner la forme et le relief de l'héroïne d'après les témoignages dcb contemporains, afin de voir si le portrait physique de Lucrèce Borgia correspond à I idéal qu'on se peut faire de cette héroïne, que l'histoire a flétrie

et que les plus grands efforts de la critique moderne ne sauraient réhabiliter.

Le premier qui Ta vue et décrite, c'est Lorenzo Pucci, le juriste, ambassadeur de Florence auprès du Vatican. Il le constate dans sa dépêche du 24 décembre 1493. Il entre chez la nouvelle maîtresse du pape, la belle Julia Farnèse; il y trouve Lucrèce, qui ressemble d'une façon frappante au pape son père... « Adeo ni veto ex ejus semine, orta dici possit ». Ces dames ne sont point intimidées par la présence de l'ambassadeur ; madame Julia déroule ses cheveux et se fait accommoder ; la belle chevelure tombe jusqu'à ses pieds... « Nulla di simile vidi mai... parera davvero un sole ' ». Lucrèce en a fait autant; elle avait d"abord un peignoir à la napolitaine qui la recouvrait tout entière; elle sort, et revient richement parée. Elle n'a que treize ans, mais elle est précoce, déjà fiancée d'ailleurs; elle porte la fameuse résille delà médaille reproduite dans les deux portraits peints, à la mode du temps : « Portava titia reticella leggiera corne fumo, con certi projïli doro. »

Lucrèce était brune, c'est certain; comment pouvait-il en être autrement? Elle est fille de la Vanozza, une Transtévérine, et de Rodrigo Borja, presque un Maure, puisqu'il est né à Jativa près de Valence. Et pourtant les cheveux d'or de Lucrèce sont célèbres; la fameuse mèche de cheveux, contenue dans la lettre à Bembo, qui faisait rêver lord Byron, et qu'on montre encore à l'Ambrosiana, est blonde comme le latakié ; enfin, il faut le reconnaître, il est souvent question dans les dépêches de ses « capelli aurei ».

La vérité est que Lucrèce est de la couleur qui lui plaît; car elle se teint tous les citiq jours au moins^ et, quand elle reste huit jours sans se laver les cheveux, elle souffre de migraines. Les médecins d'aujourd'hui diraient probablement que les toxiques déterminent le mal dont elle se plaint fréquemment. Nous avons toujours supposé que le médailleur à lange captif (comme l'appelle M. Armand dans son savant catalogue) où les cheveux de la duchesse tombent sur ses épaules, a ébauché sa cire dal pero., dans un de ces jours qu'elle consacrait tout entiers à lavarsi il capo. On voit que ce jour-là elle recevait les intimes, les poètes, les artistes, les familiers. Dès la fin du xv' siècle, c'est la mode pour les femmes d'être blondes ; c'est un art de se blondir, VArte biondeggiante auquel MM. Baschet et Feuillet de Couches ont consacré tout un volume, jouera un rôle considérable jusqu'à la fin du xvi" siècle.

I. — (' Jamais, je n'ai jamais rien vu Je semblable, on aurait vraiment dit un soleil. »

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