AUX. CESAR. AUT. NIHIL
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Le Boeuf Ruraii. — FrUe d'I^pcc <lu Maître «ercuW.
L'historien le plus autorisé de Lucrèce Borgia, F. Grégorovius, a posé en principe qu'en dehors des deux médailles dont nous donnons ici ia reproduction, il n'existe pas de portrait authentique de la duchesse de Ferrare. MM. Crowe et Cavalcasclle, les savants auteurs de VHistoiredc la peinture dans le nord de l'Italie, après avoir discuté les représentations supposées de Lucrèce et signalé les portraits disparus cités par les historiens, ont opiné dans le même sens; le marquis Giuseppe Campori, de Modène, qui avait compulsé tous les mémoires, catalogues, livres d'entrée, correspondances et documents relatifs à la maison d'Esté et aux artistes de la région, a conclu à la négative et déclaré qu'il fallait s'en tenir aux mcdailles. Knfîn le dernier espoir s'évanouit de trouver un portrait de Lucrèce, quand on voit que M. Venturi, dans un travail très complet sur la Galerie Royale de la maison d'Esté', ne nous révèle rien à ce sujet.
C'est un axiome désormais parmi les iconographes et les amateurs que, m
I. — I.n /?. (>>l//f'f 1.1 /•,J/c•»l^^■. AvlMiii ituUiii. leio^. .•iouKiia. ^'aum l ^liu.
ii6 LES MONUMENTS DES BORGIA.
les peintures ni les gravures qui prétendent nous otfrir l'image de Lucrèce ne la représentent véritablement. La réaction qui s'est faite contre les Borgia, après la mort d'Alexandre VI, aurait fatalement entraîné la destruction des monuments qui les représentaient ; on les aura supprimés, mutilés, soustraits ou dénaturés; ainsi s'explique qu'aucun Musée du monde ne puisse se vanter avec quelque droit de posséder une image de la fille d'A lexandre VI.
Nous allons prouver cependant qu'à défaut d'originaux incontestables dus à la main de quelque grand artiste du temps, il existe au moins trois copies d'un même portrait de Lucrèce Borgia qu'on peut rapprocher l'une de l'autre, comparer avec les médailles, et corroborer par un Document déjà connu de quelques historiens, mais auquel ils ne pouvaient point ajouter foi parce qu'il était unique. En pareille matière, tous les raisonnements sont vains; il faut parler aux yeux et produire la conviction par la seule évidence des rapprochements. Nous ferons donc comparaître tour à tour les témoins, nous examinerons les monuments en exerçant sur chacun d'eux une critique inexorable.
joNUMENTS CITÉS PAR Qrégorovids. — Grégorovius, dans sa Lucrèce Borgia, dans la page consacrée au portrait de son héroïne, ne fait même pas les honneurs de la discussion aux toiles du Titien qu'on montre couramment à la galerie Doria-Pamphili comme des portraits de Lucrèce; il voit là une de ces fantaisies dont on est coutumier dans certaines collections, où les attributions sont rarement contrôlées, et il n'a pas même fait mention de la célèbre toile du musée de Dresde qui passe pour représenter Lucrèce et Alphonse d'Esté, la considérant évidemment comme peu digne des honneurs de la discussion.
Il cite, pour les réfuter, deux majoliques appartenant autrefois à Rawdon- Brown, le savant éditeur des Calendars, passées par suite de sa mort et de la vente de son cabinet aux mains de M. Riquetti, le marchand de curiosités de Venise et désormais classées dans les belles collections de M. Eldouard André (Paris).
L'historien ajouterait quelque prix à un portrait peint que possédait l'honorable directeur du cabinet numismatique de Ferrare, feu M*' Antonelli, « non pas tant, dit-il, à cause du nom de Lucrèce Borgia écrit sur la toile en caractères déjà anciens, mais parce que quelques-uns des traits de cette image se rap-
prochent de ceux des médailles. Ds toute façon, conclut-il, ce n'est pas là un
portrait authentique. »
I ES Médailles. — examinons à notre tour le portrait de Ferrarc, les mujcjliqucs et le Titien de Doria-Pamphili, pour savoir quel fonds on peut faire sur leur authenticité. Mais d'abord, quoiqu'elles soient désf)rmais classiques et presque banales, montrons les deux médailles, base unique et fixe de toute la discussion, auxquelles il faudra toujours revenir pour comparer les documents que nous ferons surgir; ces dciix médailles étant les deux seules représentations dont on puisse affirmer rauthenticitc. Tous les lecteurs auxquels s'adresse une pareille dissertation savent à quoi s'en tenir sur leur mérite; Julius Fricdlu;nder, le regretté directeur du cabinet de numismatique de Berlin, a essayé d'en déterminer l'origine; toutes ses hypothèses n'ont pas été acceptées, mais sa parole autorisée a cependant fixé certains points. M. Armand, dans son catalf)gue raisonnera résumé les conclusions de la science moderne à leur sujet. M. Friedlœnder pense que le modèle en cire de la médaille qui nous montre Lucrèce les cheveux épars sur les épaules a été fait en 1 5o2, et qu'on ne l'aurait exécutée en bronze qu'en i5o5, alors que Lucrèce était devenue duchesse de Ferrare. Il veut aussi que lu seconde médaille, celle dite à la Résille, ù cause de l'ornement de la coiffure, soit de la même
main que la première ; l'étude faite à la cire aurait servi de document. L'inscription au revers de la première : f. ph. f. f, indiquerait qu'elle est l'œuvre de Filippino Lippi. M. Milanesi a proposé une autre solution et lit : riso phini (le nom d'un autre artiste), mais, dans l'incertitude, on persiste encore à ranger le médailleur parmi les anonymes et quelques bons esprits voient là l'œuvre de deux mains très différentes l'une de l'autre. Kn effet, dans le relief excessif de la pre-
I. — Les MéJailleun italiens des xv» cc x*i* siècle*. - AlfrtJ ArtnanJ, architecte. P»m. 188J. —
E. Pion, éditeur.
l^ii.lcvc i»<»i)(l4, I)UL'hc«*4. >.i. t vif -et.
Médaille cnmmuni.iu^ par M .\l<.i«t llci«^
ii8
Médaille de Lucrèce Borgia, communiquée par M. Aloïss Heiss.
mière et dans le parti pris de bas-reliet de la seconde, nous verrions la marque évidente de deux tempéraments très distincts. De ces deux médailles, l'une peut
être regardée comme la médaille héroïque, malgré la réalité dont le visage est empreint, et malgré l'extraordinaire relief du bronze. Grégorovius récuse toute autre représentation dans les termes suivants : « Il n'y a rien de certain que cette médaille, qui est de la période de la vie de Lucrèce à Ferrare; c'est une des plus belles de la Renaissance, on dit qu'elle serait de Filippino Lippi de i5o2, l'année du mariage de Lucrèce avec Alphonse. Le revers porte une image caractéristique, non seulement pour le temps, mais pour Lucrèce elle-même : Un amour avec les ailes à moitié brisées attaché à un laurier. Près de lui, un violon, et, plus bas, un papier à musique annoté, le carquois du dieu d'amour brisé pend aux branches de l'arbre, et l'arc, dont la corde est rompue, pend à terre. Autour de la médaille on lit : « virtuti ac forma puDiciTiA PR^ciosissiMUM ». Par de tels symboles, l'artiste a peut-être voulu donner à entendre que le temps des libres amours était passé, et l'arbre, le laurier, est sans doute une allusion à la maison d'Esté. »
L'autre médaille est bien un portrait, un peu pâle et effacé, mais cependant plus réel que le premier, parce qu'il nous donne une Lucrèce dans le costume du temps, avec des lignes fixes, des points de comparaison, la forme d'un vêtement, d'un bijou, des détails de mode précis, qui fixent une date et, une région; elle off're enfin bien des particularités auxquelles nous pourrons nous attacher quand il s'agira de comparer les monuments les uns aux autres. Ajoutons que Lucrèce Borgia, mariée en
Revers de In Médaille de Lucrèce dite 0 à l'Amour captif ».
LES PORTRAITS DliS BORGIA.
i3oi ù Alphonse, fils du duc de Ferrare, n'assume le titre de duchesse que plus tard, et que la légende de la médaille lui donnant cette qualification, nous avons réellement son portrait de profil a Tâge d'au moins 25 ans.
ORTRAiT A Ferrare. - De l'avis même de feu M*' Antonciti, directeur du cabinet de numismatique de Ferrare, qui, par l'intermédiaire de
l'honorable syndic de la
ville, voulut bien nous en commu- |rVCHÎ^CllA-BORGL^c>i:K*Wt| niquer la photographie, le portrait cité par Grégorovius serait une copiefaite au xvi° siècle. On le conservait de temps immémorial dans la famille Bucci de Ferrare ; il échut en don à M" Antonclli en i85o; nous l'avons eu longtemps devant les yeux, il a été vendu à la mort de l'abbé et est resté à Ferrare.
Une inscription dans la partie supérieure :i,vchrkcia.borgia.md.ap. h.
indiquerait que le portrait a été exécuté à Rome en avril, l'année ibixy.
Lucrèce avait donc vingt ans (elle naît le 18 avril 1480); la duchesse n'est pas encore la femme d'.Mphonse d'Fste, elle ne l'épousera qu'une année plus tard.
Si on veut comparer ce portrait aux médailles, et surtout à celle a la résille, on retrouvera la même coiffure, la même tcte ronde, la même mèche, qui pend, inerte le long des joues; le même cercle d'or retenant le même filet constelle de perles; les mêmes divisions du corsage laissant voir la chemisette des Flandres. Le nez est rond, comme toute la physionomie, le menton est fuyant ; ce sont là les traits caractéristiques du masque de Lucrèce, et ils restent communs au panneau de Ferrare et à la médaille.
Je crois que Grégorovius a été sévère pour cette représentation; mais, comme
l.uirc»;c Borgia, conaervc i Fcirtrt. (Prewvr"» -<» f-y M*' Anlooelli.)
il s'est trouvé en face d'une copie très faible, naïve, et non pas d'un original savant et fort de dessin comme les belles œuvres de i5oo, tout en constatant la ressemblance avec les médailles, il s'est dit sans doute : testis lnls, testis NULLUs. Et il a passé outre.
Puisque nous ne nous plaçons pas au point de vue de l'art, mais bien au point de vue iconographique, nous attacherons plus de prix à cette représentation; elle na guère plus de valeur, au point de vue peinture, que celle qu'on attribue aux portraits de souverains que le pouvoir central envoie dans les municipes les plus humbles : mais il me semble qu'on doit y attacher une importance sérieuse au point de vue portrait; car, jusqu'ici, c'est l'unique image peinte ayant le caractère du temps qui porte une inscription, et présente des points de contact indiscutables avec la médaille; et par cela même elle devient le portraittype auquel il faudra toujours comparer les autres.
Ceci dit, le célèbre écrivain n'a même pas fait l'énumération des cinq à six œuvres peintes attribuées à tel ou tel maître, qu'on nous montre un peu partout comme des portraits de la Lucrèce; par cette raison capitale que, partout, les traits du modèle diffèrent absolument de ceux des médailles, seul point fixe, et seul terme de comparaison jusqu'à ce que nous ayons rencontré le portrait de Ferrare qui, conforme aux médailles, leur emprunte par cela même une autorité fortifiée déjà par l'inscription qu'il porte.
Îes Majoliques. — Le célèbre archiviste du gouvernement anglais à Venise, VInglesc devenu populaire après trente-cinq ans de résidence sur la lagune où il se plaisait à conduire lui-même chaque jour son « Sandolino », attachait un prix singulier à deux majoliques du xvi' siècle qui, selon lui, représentaient Lucrèce Borgia. Nous avons dit qu'elles sont classées désormais dans les vitrines de la collection Edouard André (Paris). Mêlant d'une main savante la vérité historique aux hypothèses ingénieuses que lui suggérait sa connaissance des documents, Rawdon-Brown voyait là deux spécimens des poteries exécutées à Ferrare même par Alphonse d'Esté, le propre mari de Lucrèce, dans les fours qu'il avait fait construire à son usage dans la cour de son palais. Le duc Alphonse, cet homme rude, épais, sans faste, négligé dans ses vêtements, qui se plaisait à faire manœuvrer des soldats, à dessiner des bastions, à fondre des canons et à fabriquer des armes et de la poudre, conti-
nuant ainsi la tradition militaire des Borso et des Lionel, le Bombardier enfin que Titien a peint la main sur un canon, s'était en effet adonné à la poterie de terre; il cuisait et peignait à l'émail. Mais il y a une objection bien grave à l'hypothèse de Rawdon-Brown :lesmajolic]uesdeFerrareoni un caractère très accusé; elles sont presque toujours émaillées en blanc et dillèrent du type qui nous est présenté. De ces deux m(;numcnts nous en avons écarté un, parce que l'attribution n'est vraiment pas sérieuse au point de vue iconographique; nous donnons le second qui présente, on en conviendra, un air de famille avec la médaille à la Résille, et même avec celle aux cheveux flottants. Doiton attribuer cette vague ressemblance à la mode du temps, au costume, à l'air de famille que les choses à peu près contemporaines et de même race ont touj()ursentrcelles?Cescoupes amatoric, que Pesaro et Deruta ont mises en honneur, sont choses courantes alors; les « l.avinia Bella »,
« Laura Hella », et même « Luchretia Bella » sont des formules, et n'ont rien de spécial. Il manque, en somme, à cette majolique, un écusson, une inscription, une indication, autre que ces initiales, qui préciserait au moins l'intention chez l'artiste et nous prouverait qu'il pensait à Lucrèce Borgia en exécutant rapidement, sur le genou et au bout du pinceau un vague profil qui la rappelle et lui donne du prix. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, dans de telles circonstances, que Grégorovius ait conclu dans les termes suivants : « Quand l'opinion de M. Rawdon Brown serait fondée, ce qui n'est pas, des ponraits de cette nature ne pourraient, dans aucun cas, nous offrir une ressemblance appréciable. •
.Mujoli^uc à Kcil<.:^
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. Ilrtiun cl fit (îr^gtororitt*.
La majolique reste une œuvre de prix par ses brillants émaux, par le caractère de sa décoration et la valeur technique de sa fabrication, et elle mérite la réputation dont elle jouit.
|e Titien DE LA GALERIE Doria-Pamphili. — La toile à laquelle l'historien donne la première place dans son énumération, sans cependant lui faire Thonneur de la discuter, représente une femme d'un type oriental, les cheveux relevés en turban, au milieu desquels elle a placé un bijou ovale d'où partent des rayons de perles. Elle est vêtue d'étoffes amples, d'un corsage à manches larges; elle pose la main sur un page noir, en chemisette blanche, qui tient à la main les gants de sa maîtresse et attend ses ordres.
Personne n'a reconnu là Lucrèce; ni Grégorovius, ni Crowe et Cavalcaselle, ni Ihonorable marquis Giuseppe Campori, si compétent pour tout ce qui touche lamaisond'Este.Toutproteste,enetfet, contre l'attribution: les traits, le costume, l'époque. Comment donc la tradition a-t-elle pu se faire autour de cette œuvre ?
On a eu, de tout temps, la préoccupation de chercher dans les galeries de l'Europe un portrait de Lucrèce Borgia ; on savait que le Titien avait dû la peindre, ou du moins Ridolfi l'affirmait dans les termes suivants: « Il Tiziano l'aveva figurata con rarissimi abbigliamenti in capo di veli e di gemme, in veste di veluto nero con maniche trinciate da molti groppi, che con maestoso portamento teneva la manomancaappogiata alla spallad'un paggetto Etiope, chesi vedeinslampadiramc di Egidio Sadler, rarissima in taie pratlica. » {Maravigie dcl arte, t. I", p. 20g).
Ce fut le point de départ de l'erreur; Egidio Sadler, le graveur allemand (i 570-1620), avait exécuté sa planche à Venise (ainsi qu'il le dit dans la légende écrite sous sa gravure), d'après un tableau qui y était de son temps. De Venise la toile passa à Prague, chez l'archiduc Rodolphe; de Prague à Stockholm, de là à Rome avec Christine de Suède, de sa galerie dans celle de Livio Odescalchi, et de celle-ci chez le Régent, au Palais-Royal'. Si on recherche dans les cabinets
I. — On sent bien qu'au cours d'un travail dont on ne présente que les conclusions, on doit avoir feuilleté bien des livres, bien des catalogues, et examiné bien des dossiers : je ne fais qu'indiquer ici l'existence des diverses répliques ou copies. La première est à Doria-Pamphili, la deuxième à Modène, au Musée, copiée à Rome par Louis Carrache; la troisième, gravée par Sadler, qui (au dire de M. Robinson) serait l'original, doit être encore aujourd'hui chez M. Cook de Richmond. C'est le tableau de la reine Christine de Suède, donné en 1 599 par César d'Esté à l'empereur Rodolphe, vendu en 1790, par Philippe-Egalité, au banquier WalkuL-r de Bruxelles, passé aux mains de De Laborde de Mércville,
LES PORTRAITS DES BOROrA. laS
d'estampes de l'Europe la gravure de Sadler, qui est loin d'être rare, on en trouvera deux états : l'un, que possède, entre autres, la Corsiniana de Home, où on lit le nom de Lucrèce Borgia; l'autre, qui existe panout et entre autres à la Bibliothèque nationale, où on lit simplement : « D'après un tableau qui existe à Venise. • De sorte qu'il y eut repentir ou indécision. Mais cette indécision cesse quand on voit qu'en entrant chez le Régent la toile du Titien redevient tout simplement l'Esclai'one. On peut voir dans la « Galerie du Palais-Royal », publiée par Couché, la gravure de ce même tableau exécutée par Malœuvre en 1786, avec cette légende qui dissipe la tradition formée par Sadler, puis par Ridolfî, et rend à l'œuvre du Titien son vrai caractère, soupçonné déjà par M. Campori, dans son travail Ti^iano e ^li Esteiisi.
Je supprime tous les incidents; la discussion de l'authenticité de l'œuvre au point de vue du maître, la recherche de l'original entre les quatre répliques de cette même toile que nous connaissons, et enfm la discussion relative à la personnalité représentée. Le marquis Campori voit là un portrait de Roxelane et croit retrouver, dans l'œuvre, la toile citée par Vasari comme représentant l'épouse du fîrand-Turc, ou plutôt « la Camcria di lei figliola con abiti e acconciatura bellissima ». MM. Crowe et Cavalcaselle n'acceptent point cette hypothèse, mais ne proposent point de solution; ils se refusent toutefois à la comparaison avec la médaille de Lucrèce, à cause de la différence de l'âge des deux personnages représentés. Pour nous, au point de vue iconographique, le document est absolument nul par la première de toutes les raisons: c'est que l'œuvre n'est point contemporaine du personnage représenté ; mais, comme l'original vient de .Modènc et qu'il n'est passé à Prague qu'en i5qq ( Voir la chronique Spaccini), il fallait le discuter ici.
[usée DE Dresde. — Je ne fais que donner des conclusions au sujet de
deux toiles du musée de Dresde, n' 35o et n* 344 du catalf^ue, et je
supprime toutes les particularités qui résultent de l'enquête.
La toile du musée de Dresde qui porte le n* 25o y figure sous le titre suivant :
La Vierge avec l'enfant Jésus et saint Joseph; Alphonse I" duc de Ferrare. son
épouse, et son fils Hercule, leur adressent des prières^ — Acquis de Modine.
puis h Londres, où il est vendu cinquanle-Jtux mille /rames au comte de Suffolk; de chei c« d«rni«r il est passé chex Edward Gray, et enfin k Richmond, che« l'amateur bien connu : M. Cook.
Grégorovius ne cite même pas ce tableau; Crowe et Cavalcaselle y voient la main de Marco ou celle d'Orazio Vecellio; Morelli consent à y voir un Titien
Prétendu Portrait de Lucrèce Borgia, par le Titien.— Galerie du Régent. Aujourd'hui en Possession de M. Cook, de Richmond.
très endommagé. Au point de vue iconographique, Julius Hûbner, le rédacteur du catalogue, met prudemment entre parenthèses, à côté des noms de Lucrèce,
d'Hercule et d'Alphonse, trois points d'interrogation. Ce qu'il y a de nci, c'est que le costume delà femme est vénitien, qu'il ponc la date de i56o à i58o, et que le type ne soutient pas la comparaison avec la médaille. J'ajouterai que c'est la provenance de Modène qui a contribué à faire croire, à Dresde, qu'il fallait voir le duc et la duchesse de Ferrare dans cet ex voto de la (in du xvi* siècle;
Portrait prétendu de l.ucrice au Mut<e de Dresde. — (Fragmcni). — Annbue au Giofgioac.
mais le marquis G. Campori a prouvé que ce tableau ne faisait pas panic de la galerie du duc Alphonse, et qu'il n'est venu à Modène que beaucoup plus lard (Voir Tiiiam e gli Kstensi. — G. Campori). Le type du modèle est si loin de celui de la Lucrèce des médailles qu'on comprend que (ircgorovius n'ait pas voulu comprendre cette représentation parmi celles qu'il réfute.
MM. Armand Baschet et Feuillet de Couches, dans leur très curieux ii>rc luutulé : les Femmes bhmdes selon les peintres de l'école de Venise, ont constaté dans
les termes suivants l'existence, à Venise, d'un portrait qui avait pour lui la tradition :
« D'après les données que nous avons recueillies sur la personne de Lucrèce Borgia, nous sommes persuadés que cette femme la représente. En effet, le tableau en question, qui a été peint pour la maison d'Esté, dont il porte les armes, représente un astrologue assis, à droite, dans un beau paysage et y étudiant la sphère, un compas à la main; à gauche, une femme vêtue de blanc, légèrement penchée vers un enfant couché par terre, le montre à l'astrologue qui tire son horoscope : c'est Lucrèce avec son fils, qui fut depuis Hercule II de Ferrare et devint le mari de Renée de France, fille de Louis XII. Le tableau, après avoir longtemps décoré la galerie Manfrin, à Venise, a passé depuis deux ans en Angleterre. »
Nous prouverons qu'il faut reconnaître cette toile dans celle qui figure à Dresde
sous le n° 244 (édition 1880 du catalogue), sous la légende: Ruggiem, aïeul de la
famille d'Esté, est présenté encore enfant par la fée Logistille au magicien Atlante,
afin qu'il lui dresse son horoscope. En bas, un aigle blanc, l'emblème de la
maison d'Esté. (Collection Barker, 1874, 56o guinées.)
En effet, si nous ouvrons le catalogue de la vente Barker, qui eut lieu à Londres le 6 juin 1874, chez Christie et Meason, nous trouvons l'indication suivante :
« Lot 38. Giorgione. — A grand Landscapc \vith Borso d'Esté and Lucretia Borgia, bringing their child, afterwards Ercolc d'Esté, to hâve his horoscope cast by an ancient astrologer, who is dressed in an oriental costume and sits at a table with a bracs disk and compass in his hand; behind is a ruin with a broken figure of Venus in a niche. »
Et si nous feuilletons les livres de Christie et Meason, nous lisons au lot 38 :
« Purchased by M. Barker from the Manfrin gallery at Venice.
« Described by M" Crowe and Cavalcaselle. »
« L. 609. — L. M. Gruner. (C'est-à-dire « acheté par M. L. Gruner au prix de 609 livres sterling ) »
L. M. Gruner, ancien graveur en taille-douce et directeur du Cabinet royal des estampes de Dresde, domicilié à Londres où il était correspondant de la galerie célèbre, pour laquelle il avait déjà, en i853, acheté les quinze plus beaux tableaux de l'école espagnole provenant de la galerie du roi Louis-Philippe, a rarement négligé l'occasion d'enrichir la galerie de Dresde. Le jour où Barker
fait sa vente, il est sur ses gardes et achète le Giorgione, que M. Barker avait acquis ù Venise même, en 1862, lors de la dispersion de la fameuse galerie Manfrin. — Le tableau est donc identifié désormais.
Mais on s'étonnera de voir une œuvre qui représentait Lucrèce Borgia cl son fils Hercule quand elle décorait la galerie Manfrin, représenter à Dresde la fée Logistillc et Ruggerio; nous allons donner la raison de cette anomalie.
Depuis bien des années déjà, la galerie de Dresde possédait la première toile déjà décrite (25odu catalogue; qui représentait, pour les âmes candides, Lucrèce Borgia, son fils et le duc Alphonse en adoration devant la Vierge. Si on acceptait la légende du nouveau tableau Manfrin et Barker, il fallait renoncer a voir la duchesse de Ferrare dans la blonde figure vénitienne du n* 244, par la simple raison qu'il n'y avait guère moins de différence entre les deux, que celle du jour à la nuit; et l'honorable directeur d'alors, comprenant l'importance d'un tableau cité par un historien aussi autorisé que M. Armand Baschet, discute aussi par MM. Crowe et Cavalcaselle, interpréta la composition comme une représentation d'un passage de 1' u Orlando Furioso », sans penser que si la toile interprétait l'Arioste, le Giorgione mort longtemps avant lui ne p<iuvait plus l'avoir exécutée.
Toutes ces contradictions ne seraient point un obstacle, s'il y avait entre le profil de la femme qui tient l'enfant (toile 2441 et celui des deux médailles le plus léger point de ressemblance; mais la forme du nez pointu, le style même dont le type est empreint, excluent toute assimilation possible.
Cette toile a beaucoup souffert, ce n'est plus qu'une ombre, mais une ombre glorieuse, et nous y verrions volontiers, avec M. Morelli, la main du Giorgione; MM. Crowe et Cavalcaselle parlent de (iirolamo Penacchi (1497-15451; mais cet homme en armures, ces ruines, ce paysage, ce magicien bi/arre, tout ce mystère enfin et ce charme dont la toile est empreinte, le monde singulier dans lequel tout cela se meut : c'est le cachet même du Giorgione; à moins que le Caltena n'ait passé par là. Kt cela pourrait encore être, à la rigueur, si on considère que, rarement, ce dernier a peint un sujet de fantaisie, sans semer çà et là des ruines antiques et des fragments de sculptures, et qu'il a souvent emprunté au Giorgione ses horizons, ses fabriques, son personnage en armures et sa mystérieuse poésie. Nous avons détaché de l'ensemble de cette curieuse composition les ligures des deux principaux personnages.
|es Portraits gravés. — Après avoir examiné les peintures, citons les gravures qui portent le nom de Lucrèce en légende. La nomenclature des portraits gravés (avant 1700 bien entendu) n'est pas longue; ces documents sont à la portée de tout le monde, et pas un seul n'a été pris en considération. On voit qu'on a toujours éprouvé le besoin d'écrire sous une image anonyme empreinte de quelque caractère, le nom de Lucrèce, et de résoudre ainsi une énigme irritante.
Sauf avis qui viendrait compléter V émaner ation^ et que nous appelons par cette publication, voici ce que donne l'enquête dans les divers cabinets d'estampes et collections privées de l'Europe. Je ne cite que les noms des graveurs, car on pourra recourir à leur œuvre.
En dehors du Palma, dont Vosterman a gravé le beau modèle habituel, aux cheveux blonds épars, en écrivant en légende le nom de Lucrèce, et en dehors des œuvres du Titien déjà discutées ici, on verra que pas un des peintres n'est contemporain de Lucrèce. Au point de vue iconographique il n'y a donc là que des attributions de fantaisie.
Egidio Sadler. La femme au Page du Titien, d'après une toile qui existait à Venise. Grave'e par
Malœuvre dans la « Galerie du Palais-Royal » sous le titre l'Esclavone. Van Balen. Lucrèce Borgia, d'après le Guerchin (1590-1666). Tableau de la galerie du
bourgmestre Van Rheinst.
FiDANZA. Raccolià di Teste (vol. 5, p. 32, Tavola xvi). La famosa Lucrezia Borgia che
fiori in Roma nel principio del xvi» secolo, di mano dcl Tiziano. — In casa
Pamphili-Doria.
L. VosTERMANN. Lucrezla Borgia, d'après un tableau de Palma Vccchio. FiLipPO KiLiAN. D'après le Titien, n' 25o du Musée de Dresde (Collezione di Stampe Tratte dai
Dipinti délia galleria). i" volume, 5o pièces avec une description de chaque
tableau.
Fessart. Même tableau (25o de Dresde) dessiné par Internari.
E Portrait disparu et retrouvé a Londres. — MM. Crovve et Cavalcaselle ' ont signalé dans les termes suivants l'existence d'un portrait gravé d'après Dosso Dossi dont on aurait perdu la trace. « Havvi un ritratto inciso, come appare da un monogramma che vi si trova
I. — Crowe et Cavalcaselle, p. i5, i" vol. 0 Tiziano, la sua vita, suoi tempi ". Firenze, 1877.
da un originale dcl' Dosso, di cui non abbiamo pero veruna tracia. Essô rapprcsenta iina dama, dalla cintura pende un vcntaglio a piume. Alladcstra unCupido di marmo, posato su un piedistallo, le offre un porno; ed essa stcndca sua voila ladestra, per coglicre da un cespugliô, che lo sta da sinistra,un limone. Sul piedistallo, leggonsi qucste parole : lucre/ia borgia ^:tatis svm xl a. c. s iv mdxx. Al disopra des piedistallo trovase incisa una D e un osso incruciato, il monogramma dcl Dosso. »
Et les auteurs de La peinture dans le nord de l'Italie ajoutent : € mais comme Lucrèce n'atteignit jamais l'âge de quarante ans, puisqu'elle mourut en i5i9, on doit conclure de là que ce portrait n'est pas authentique ». La conclusion est à la fois juste et sévère ; et cette erreur d'une année dans la date ne suffirait pas pour nous empocher de croire a l'authenticité de l'attribution.
Nous n'avons pas pris facilement notre parti de la perte de l'œuvre signalée par MM. Crowe et Cavalcaselle, et l'enquête que nous avons ouverte à ce sujet a amené la découverte dune piste qu'on pouvaitsuivrepour en constater l'existence.
Au dire de M. Robinson, dont on connaît toute la compétence, et de notre honorable ami M. Henry Wallis de Londres, il y avait il y a quelques années en Angleterre un « genuine portrait » de Lucrèce Borgia par Dosso Dossi, qui répondait à la description de MM. Crowe et Cavalcaselle. Ce tableau venait d'Italie; un marchand connu, mort aujourd'hui, M. Pinti, lavait acheté, et ce n'est qu'en 1880 que l'œuvre, apportée à Paris, a été veiidur à un amateur dont M. Pintin'a pas consigné le nom sur ses livres.
Cet amateur, nous l'avons découvert grûce à la publicité de la Galette des Beaux- Arts; une esquisse de ce travail publié dans cette belle Revue ayant été lue par M. le comte d'Antas, ministre du roi de Portugal en Angleterre, Ihonorablc diplomate nous révéla la présence, chez M. Henry Dœtsche, un grand amateur de Londres, d'un beau portrait peint à l'huile qui répondait à la description de MM. Crowe et Calvacasclle. M. Henry Wallis, critique anglais, bien connu par d'intéressants travauxsur la Céramique orientale et des excursions dans toutes les directions de l'art, s'est chargé de faire un examen sérieux de l'œuvre, et enfin son heureux possesseur, avec une courtoisie dont nous sommes reconnaissants, nous a donné les moyens d'en faire la belle reproduction qui accompagne ce travail. L'œuvre est magistrale, mais il faut renoncer avoir là un ponraitde Lucrèce: clic est do toute évidence par le costume du modèle, par sa coiffure, le col à la
,3o LES MONUMENTS DES BORGIA.
Médicis, enfin par l'esprit et la conception, due à un maître de la fin du xvi» siècle. Elle est italienne à coup sûr, et le singulier rébus, signature de Dosso t)ossi,qui consiste en un D et un os en croix indique que le maître de Ferrare ou son plagiaire a voulu faire une restitution. Tant de précautions pour affirmer l'identité du modèle, une inscription portant le nom, puis l'âge, une signature d'artiste, enfin les armes de Borgia sur un médaillon pendu au cou et par surcroît, les armes pontificales! C'est trop, ce luxe inusité d'indications nettes et décisives pour la postérité, indique de l'après coup ; il n'a jamais été dans l'esprit du temps. Dans une lettre qu'il nous adressait au sujet de ce portrait perdu et que nous retrouvons chez M. Dœtsche, M. J.-C Robinson, si compétent dans ces questions, nous disait : « Le portrait est évidemment de Dosso Dossi, mais je ne crois pas que la peinture soit de i520, il faut voir là un portrait posthume fait par Dosso vers la fin de sa pie, de iSSo à j56o (c'est-à-dire plus de quarante ans après la mort de Lucrècej. Je pense que mon tableau était une copie ancienne de l'original perdu, et c'est pour cela que je l'ai cédé à M. Pinti ». L'oeuvre reste très intéressante et d'une singulière saveur.
Après avoir examiné ainsi tous les portraits prétendus de Lucrèce, nous allons produire une œuvre inconnue jusqu'ici qui porte une lueur dans tant d'obscurité; ce document nouveau figure au musée de Nîmes, dans une collection léguée à la ville par M. Robert Gower ' ; nous proposons d'y voir non pas un original mais la reproduction d'un portrait authentique de Lucrèce Borgia.
I. — M. Robert Gower, sujet anglais, dirigeait à Marseille une agence sous la raison sociale Robert Gower, Estrine and C°. Retiré depuis quelques années des affaires, il vivait à Aix; il y est mort, léguant sa collection sous certaines réserves à sa ville natale; à son défaut, il désignait cinq ou six villes d'Angleterre, et, en dernier ressort, la ville de Nîmes. Il instituait toutefois une usufruitière, M"' veuve .Sibourg, née Sensebruner, aujourd'hui M"'-' de Saint-Pons. Aucune des villes désignées n'a accepté les réserves, Nîmes a réclamé l'héritage, la famille a plaidé; enfin, après production successive de sept testaments différents, le litige s'est terminé à l'avantage de M"" de Saint-Pons, qui, par un acte du 23 janvier 1875, a renoncé à l'usufruit en faveur de la ville de Ninics, moyennant indemnité.
M. Perrot, l'honorable directeur du Musée et de l'Ecole des Beaux-Arts de Nîmes, dès que nous lui avons signalé l'importance de ce panneau, a bien voulu fouiller les archives de la municipalité pour éclaircir la question d'origine; nous avons poursuivi nous-mème h Marseille l'enquête commencée, et grâce à M. Herrente, avoué, à M. Meilhac de Kougeolles et à M. Estrine, nous sommes arrivé à cette constatation : M. Robert Gower, collectionneur plus passionné que clairvoyant, a dépensé en achats d'oeuvres d'art plus de 600,000 francs, dont il reste trace sur les livres de sa maison. Un marchand de tableaux et curiosités de Marseille, aujourd'hui décédé, M. Valy, avait rapporté la Lucrèce d'Italie dans un fond de collection, et l'avait vendue, avec nombre d'autres, à son client ordinaire. M. Gower attachait
LES PORTRAITS DKS BORGIA. i3i
On remarquera, à droite du panneau, l'inscription mise après coup : i.vcbkzu. H... A. Mvxxvii. Nous avons prié notre collègue et ami, M. G. Lafcnestre, conservateur de la peinture au Musée du Louvres, de s'arrêter à Nîmes pour contrôler nos observations et celles du directeur du musée, M. Perret; voici le résultat de son examen : « Le panneau, que j'ai vu de près, me paraît bien du \vi° siècle, la peinture aussi. Quant à l'inscription, assez lourdement refaite, comme vous me l'avez observé, elle remplace évidemment une première inscription effacée. Ce n'est pas un original, il n'y a aucun doute; c'est même une copie assez faible. Les vêtements seuls sont traités avec une certaine habileté mécanique qui prouve bien à quel genre d'ouvriers nous avons affaire ».
Le directeur du Musée, M. Perrot, est plus indulgent pour l'œuvre. « Je crois cette peinture de TKcole lombarde, et, malgré un défaut dans la bouche, elle me semble faite par un peintre d'un certain mérite. La date marquée sur le portrait est bien certainement très ancienne, cependant elle doit être postérieure à l'exécution; on distingue, dans lintervalle, les traces d'une inscription antérieure, mais tout à fait indéchitlrable. Les détails du costume, qui sont nombreux, sont traités avec assurance ; d'où il résulte que je ne crois pas que ce soit une copie. »
Original ou copie, je ne m'attache point à cette discussion; mon opinion personnelle, toutefois, après un second examen fait à Vî»"<'>' <•<! que nous
Un prix au panneau; il l'avait fait doubler dans son entier avec du Doyer et parqueter avec de» traverse» en chêne.
La seule indication dont on trouve la trace sur les catalogues du poftses»eur e»t celle-ci : • Ecole vénitienne. Portrait de Lucrèce Borgia. Bois. Hauteur, o*,58; largeur, o",4a. En buste, de gFaadcur naturelle. >>
Il est nécessaire de commenter l'inscription. Les lettres sont lourdement repeinte» en or, Ofrtieeuf, sur une inscription plus ancienne. I.a date MVXXVII prête aux conjectures {car Lucrèce meurt en i5io), la première hypothèse est celle-ci : On avait cflacc le nom et la date; on les aura naal déchiffrés en le» remettant un certain nombre d'anndes après, Il moins que i5a7 soit la date de l'annét oA OB a nbk nouvelle inscription. Enfin, dernière conjecture : cette inscription est eiKorc plus récente, et celui qui l'a tracée ne savait pas la date exacte de la mort de Lucrèce et a cru lire i5ï7. Quoi qu'il en soit, il y a eu mutilation de l'inscription primitive, et, si on considère que la seconde ne porte que ce» lettre» i.vcuKZiA B... A., on pourra peut-être conclure de li qu'on ne »e souciait pas encore fc cenc époque d'étaler publti|uement le portrait d'une Burgia.
Comme il faut être très sincère en tout ceci et bien se garder de pencbcr de M»n propre eélé. je iloi» dire ijuc le / dans l.ucre^i.i n'est pas du temps; on écrit Luchrelia ou / . t presque loaiour» Lm-
crclij. C'est ainsi que signe la duchesse de Fcrrarc. Les Vénitiens seul» >.. — t alors Lmerrjia. J'ajontc qu'aucune de mes objections relatives à l'inscription n'infirme les point» de contact que présente limage avec In médaille et avec la représentation de l-'crrarc appartciuint li M** Anionelli.
sommes en face d'une reproduction même assez faible ; Lucrèce avait sous la main des artistes considérables : et si elle a posé, elle n'a pu appeler à l'honneur de la peindre que des maîtres sûrs d'eux-mêmes.
Le seul point important pour nous, c'est la ressemblance, disons mieux, l'identité absolue du panneau du musée de Nîmes avec la médaille à la résille et le portrait de Ferrare appartenant jadis à M*' Antonelli qui, après les médailles, est la seule œuvre que, jusqu'ici, nous regardons comme une copie authentique d'un portrait dont nous ne connaissons pas l'original. Comparons-les : mêmes cheveux châtain clair à reflets dorés, même coiffure, même hauteur démesurée du front, délimité nettement à la naissance des cheveux par le cercle d'or; et même arc des sourcils en « amande ». La mode des vêtements n'a pas changé; ce sont les mêmes crevés, le même corsage, les mêmes bijoux, la même résille. Dans le portrait de Ferrare, la mèche de cheveux (visible aussi dans les deux médailles) pend inerte; dans le portrait de Nimes, elle est frisée à la lombarde. Le petit bouillonné blanc, précieusement tuyauté, de la chemisette des Flandres, se répète aussi, plus sommairement indiqué, dans le portrait de Ferrare.
Je crois que le lecteur, en comparant les documents, ne se refusera pas à voir la même personne dans le portrait de Ferrare, dans les méda'illes et dans le portrait de Nîmes; avec cette différence que Lucrèce est plus âgée dans cette dernière représentation.
Je pourrais citer ici le témoignage de quelques-uns des maîtres de l'opinion desquels on aime à s'autoriser, mais je ne veux pas les engager; les documents seuls parleront. La peinture italienne ne compte pas deux chefs-d'œuvre de plus (car, je le répète, nous sommes en face de deux copies), mais nous pouvons prétendre déjà posséder, en dehors des deux médailles, deux représentations peintes contemporaines de Lucrèce, — l'une à Ferrare, chez M" Antonelli, — l'autre au musée de Nîmes, dans la collection Gower.
:ux NOUVEAUX Portraits A Florence ET A Venise. — Ce n'est point assez, notre patience longtemps exercée a été récompensée; car nous allons pouvoir joindre au portrait de Nîmes, et les lui comparer, deux autres portraits de grandeur nature, incontestablement faits d'après un même original, cet original est autre encore que celui de Nîmes, et. plus que probablement, de la même main.