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Autour des origines du suaire de Lirey; avec documents inédits

L'Académie des Sciences de Lyon me permettra, à raison du bruit qui s'est prolongé au sujet du Suaire de Turin, de l'entretenir un instant de l'histoire des origines de cette relique.

Elle n'a point oublié l'assurance que donna au monde savant M. Léop. Delisle, à la séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du 25 avril dernier : les arguments de mon Etude critique sur Vorigine du 5' Suaire de Lirey-Chamhéry-Turin lui paraissaient « avoir jusqu'ici conservé leur valeur' ». Cette déclaration visait la séance précédente de l'Académie des Sciences (du 21), où M. Yves Delage avait présenté en grand appareil le mémoire contradictoire de M. Vignon ^. La littérature de ce sujet passionnant doit compter présentement 3ooo numéros environ. Dans ce nombre, combien d'opuscules ou d'articles ont une valeur

' Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres (1902), p. 343.

- Comptes rendus des séances de C Académie des Sciences (1902), l. CXXXIV, [). ;)02-4; il n'y a pas un mot qui s'applique au Suaire de Turin.

réelle? Fort peu, pour deux causes : les maîtrises el jurandes n'existant plus, quiconque sait tenir une plume se croit autorisé à dire son mot sur une question quelconque ; de plus, certains catholiques ne savent pas assez se défendre de toute passion pour glorifier leurs pieuses croyances.

Je crois superflu de rappeler les hypothèses à l'aide desquelles on a voulu authentiquer un linceul qui aurait servi à l'ensevelissement du Christ : elles appartiennent à un ordre d'idées auquel la science historique est étrangère. Il n'en reste plus rien aujourd'hui : il a suffi d'établir, à l'aide des Evangiles, confirmés par la tradition judaïque, dans quelles conditions Jésus a été déposé dans le sépulcre*, la nature des aromates dont il fut enduit^, l'état lui-même du linceul photographié en 1898^, pour leur enlever toute valeur démonstrative.

Si j'ai poursuivi la lutte dans une série de brochures^, c'est par un sentiment qui avoisine le patriotisme : sans

* Bouvier (P.), Le Suaire de Turin et l'Evangile{exlraits de La Quinzaine) ; La Chapelle-Montligeon, 1902, 2 p. gr. in-8° de i6 et 16 p. — Chevalier (Ulysse), Le Saint-Suaire de Turin et le Nouveau Testament (extrait de la Revue Biblique): Paris, 1902, gr. in-S" de 10 p. traduit en anglais par le Rév. Jos. M. Flynn, dans le Pilot de Boston, n° du 3o cet. 1902. — Bellet (MB' Ch.-F.), Le Saint Suaire de Turin et les textes évangéliques (extrait de l'Art et l'Autel); Paris, igoS, gr. in-8" de 22 p.

-Chevalier (U.), ouvr, cité. — Mely (F. de), Le Saint Suaire de Turin et V Aloétine ; Paris, 1902, in-8" de 7 p. — Saint-Lager (D''), La perfidie des homonymes : aloès purgatif et bois d'aloès aromatique ; Lyon, [igoS], gr. in-8° de 13 p.

2 Chopin (Hippol.), Le Saint-Suaire de Turin photographié à l'envers; Paris, 1902, gr. in-80 de i5 p. — Le même, Le Saint-Suaire de Turin avant et après 1334; Paris, 1902, gr. in-8» de i5 p. — Bellet (M^' Charl.-Fél.), Le Saint-Suaire de Turin, son image positive (extrait de L'Université cathol.); Paris, 1902, gr. in-S» de 16 p.

* Le Saint Suaire de Turin (extrait de l'Art et l'Autel); Paris, [1902], in-8° de 1 f.-i5 p. — Le Saint Suaire de Turin, histoire d'une relique {exir»Lil des Etudes histor. et relig. du dioc. de Bayonne); Paris, 1902, gr. in-S" de 19 p. — Le Linceul du Christ (extrait des Pet. Annales de St-Vincent-de-Paul); Paris, 1902, gr. in-8° de 8 p.

chauvinisme outré, il m'a semblé que dans cette question, à laquelle la presse a procuré une importance exagérée, il convenait que la France exerçât elle-même la critique et ne la laissât pas porter, comme on l'a vu à l'occasion de divers faux, devant des Académies étrangères, Berlin ou Munich.

Une nouvelle édition de mon Etude critique^ qui comprendra en même temps l'histoire de la controverse, sera augmentée de plusieurs documents, qu'on trouvera dès maintenant ici en appendice : tous sont favorables à la thèse de la non authenticité du Suaire; aucun ne lui est opposé.

On sait à l'aide de quels arguments successifs on a cherché à éluder la force probante des bulles de Clément VII publiées dans mon Etude critique : on les a accusées de manquer d'authenticité, puis d'autorité, enfin de vérité. Tout en étant convaincu de l'authenticité de ces bulles, je cherchai dès le début à en retrouver les expéditions originales ou, mieux encore, leur enregistrement dans la série dite d'Avignon aux archives Vaticanes. M. de Manteyer en avait découvert une*, qui me permit d'être affirmalif à l'égard de l'authenticité de tout le dossier. Dans la suite, empêché d'aller moimême rechercher les autres à Rome, je priai un chapelain de Saint-Louis-des-Français et un R. P. Bénédictin de vouloir bien s'en enquérir. Le résultat de leurs investigations intelligentes a dépassé mes espérances : ils ont retrouvé les pièces connues et d'autres encore. Dès le 1 5 novembre, je signalai une des découvertes du chapelain de Saint- Louis ^. La reconnaissance, non moins que la loyauté, me firent un devoir de désigner l'heureux chercheur, M. l'abbé Mollat, par son nom, en mentionnant la date de son envoi (21 octobre). Un

* Appendice, lettre I (=N).

- Université catholique de Lyon (190a), t. XLI, p. 43i.

tenant de l'authenticité du Suaire, M. du Teil, correspondant de la Société des antiquaires de France, a saisi au vol cette indication pour faire demander à M. Mollat une copie de tous les documents, et M. A. Loth s'est empressé de signaler aux lecteurs de la Vérité française^ ces découvertes comme renversant ma thèse historique, de même qu'une précédente communication du même M. du Teil- avait fait déclarer par M. Bidou cette thèse remaniable « de fond en comble ^ » . On prend souvent ses désirs pour des réalités ; le fait est que, malgré les expressions fort peu mesurées de M. Loth et la conclusion trop hâtive de M. Bidou, on n'a rien démoli du tout. Le mot du R. P. Thurston reste vrai : (( Démonstration historique strictement établie et dont aucun détail, même de peu d'importance, n^a été ébranlé par les arguments des adversaires* ».

Pour en faire la preuve, il suffira de suivre chronologiquement la série des documents qui me sont parvenus. Le premier lot est dû aux recherches persévérantes d'un docte Bénédictin, le R. P. dom Ursmer Berlière, directeur de l'école Belge à Rome. D'abord, deux requêtes de Geoffroy de Gharny, chevalier, seigneur de Lirey au diocèse de Troyes, en faveur de la collégiale qu'il avait fait construire à Lirey, paroisse de Saint-Jean-de-Bonneval^. Par leur date (i6et 26 avril 1349) elles relèguent à tout jamais au rang des fables le vœu qu'il aurait fait durant sa captivité (i^"" janvier i35o) d'édifier cette maison religieuse. La

* N" du 27-8 décembre 1902, 5^ col.

* Bulletin de la. Société des antiquaires de France (1902), p. 214. Teil (Jos. du), Autour du Saint-Suaire de Lirey...; Paris, 1902, in-S" de 2 f.- 28 p.

3 Revue de VInstiiut catholique de Paris (1902), t. VII, p. 47 1«

* A propos du Saint-Suaire de Tui'in (extrait de la Revue du clergé français, i5 nov. et i5 déc.) ; Paris, 1902, in-S", p. 37.

^ Appendice, lettres A et B.

réponse (Fiat), qui suit la plupart des articles, semble prouver que la curie fit droit aux demandes de Geoffroy, mais on n'a pas constaté que la concession ait revêtu sous Clément VI la forme des bulles. Par contre, les rubriques d'un volume de la deuxième année d'Innocent VI indiquent six bulles de ce pape, expédiées en conformité aux requêtes présentées à son prédécesseur^ : mon Etude critique en signalait quatre (p. 22). En outre, une bulle d'indulgences a été découverte, datée du 3 août i354~. J'avais déjà signalé^ celle du 5 juin iSSy, accordée à Avignon par douze évêques, la plupart titulaires ''.

Je précise de nouveau, pour qu'on n'en ignore, que dans tous ces documents il n'y a pas un seul mot qui puisse se rapporter, de près ou de loin, au Suaire, que l'on continue à prétendre déposé et vénéré dans la collégiale à cette époque. Pas un mot non plus dans les anniversaires du fondateur de la collégiale ^.

La relique semble bien cependant avoir été donnée par Geoffroy I de Charny, mais elle n'eut de renommée qu'après sa mort (26 mars 1 356) et aucun document n'en parle antérieurement à 1389. Tout ce qu'on en sait jusqu'à cette date se trouve dans le Mémoire, aujourd'hui fameux, de Pierre d'Arcis^, qu'on a cherché à discréditer ligne par ligne. De ce que l'original, expédié à la cour d'Avignon, n'a pas été retrouvé au Vatican dans le fonds des cassettes, où M. Mollat

^ Appendice, lettre G. Le texle complet de ces bulles a été retrouvé par le R. P. Berlière dans le vol. 147 des Archives Vaticanes, f°* 041 v«-543 : elles sont invariablement datées « m. kal. februarii, anno 11 » (3ojanv. i354). J'ai cru inutile d'en demander et d'en donner ici la transcription.

- Appendice, lettre D.

* Le Saint Suaire de Turin, histoire d'une relique (190a), p. 11.

"* Appendice, lettre E.

^ Appendice, lettres F et G.

*^ Etude critique, appendice, lettre G, p. vij-xij.

l'a vainement cherché \ que peut-il s'ensuivre contre l'authenticité de l'acte? J'ai dit que la double copie sur parchemin, conservée dans le volume i54 de la Collection de Champagne, constitue la minute originale. M. G. La Brède m'a demandé de le prouver^. Mais il n'y avait, pour en avoir l'évidence, qu'à lire le titre de la pièce inscrit (probablement de la main de l'évêque) en tête de l'acte B : Veritas panni de Lireyo, qui alias et diu est ostensus fuerat et de novo iterum fuit ostensus, super quo intendo scrihere domino nostro Pape in forma subscripta et quam brevius potero. Ce mémoire, c'est l'évêque qui Taffirme, renferme la vérité sur le Suaire de Lirey ; il a l'intention d'en écrire au Pape le plus tôt possible et dans la forme qui suit. Quant à la discussion minutieuse à laquelle on a soumis ce document, elle a pour cause la qualification de « capital » dont je l'ai gratifié et qu'il mérite. Chacun de ceux qu'il gênait a cru pouvoir dicter à l'évêque de Troyes les précautions qu'il aurait dû prendre, les actes complémentaires qu'il aurait dû rédiger pour contraindre l'assentiment de la postérité. Qu'est ce qui prouve leur nécessité d'après la jurisprudence canonique du temps? Qui pourrait affirmer, au surplus, qu'on ne l'a pas fait, que ces pièces d'intérêt temporaire n'ont pas été détruites? Pourquoi négliger de parti pris ces mots du prélat, que j'ai déjà signalés à l'attention : « Paratum me offero hic in promptu per famam publicam et alias de omnibus supra per mepretensis sufficienter informare » ?

11 était donc en mesure de prouver ses dires.

Avant ce mémoire il convient de classer chronologiquement : 1° l'autorisation accordée par le cardinal légat Pierre de Thury à Geoffroy II de Charny de faire exposer à nou-

^ Ce fonds a été plus éprouvé que tout autre dans le transfert des Archives du Vatican à Paris sous Napoléon le"".

- Intermédiaire des chercheurs et curieux (1902), t. XLVI, c. 908.

veau le Suaire à la dévotion des fidèles dans la collégiale de Lirey* ; sa date est encore inconnue, mais elle appartient sûrement à Tannée 1 889 (avant le 1 9 juin) . a** la confirmation de cet induit par le pape Clément VII ; le texte retrouvé par M. Mollat porte qu'elle fut donnée le 28 juillet 1889, expédiée le 2 août et délivrée le lendemain".

On pouvait s'étonner qu'elle ne renfermât aucune des réserves inscrites dans les autres bulles du 6 janvier 1890 : elle leur est antérieure de cinq mois^. Dès lors, toute anomalie disparaît : la bulle du 28 juillet confirmait la concession accordée par le légat. On ignore encore la date de celleci, mais l'acte pontifical lui est bien postérieur, car dès le 4 août le roi Charles VI, sur les instances de l'évêque de Troyes, révoquait à Paris sa permission relative à l'exposition du Suaire et ordonnait de le placer sous la main royale. Il n'y a pas lieu d'opposer aux lenteurs de Pierre d'Arcis l'empressement de Geoffroy à recourir au pontife d'Avignon, pour faire imposer « perpetuum silentium » au prélat qui interdisait l'exécution du rescrit de Pierre de Thury : l'évêque, agissant en vertu de son pouvoir ordinaire, dans une question de sa compétence, n'eut à justifier la légitimité de sa prohibition que le jour où sa juridiction fut paralysée par le bref pontifical.

^ La supplique qui l'a motivée n'a pas non plus été découverte : elle ne se trouve ni dans les volumes 70 et 71, qui comprennent les suppliques de 1389, ni dans 7a qui contient celles de iSgo. Il manque des masses énormes de suppliques aux archives pontificales : contre 74 volumes de bulles, d'au moins 5oo feuillets chacun, il n'y en a que 3o de suppliques, de i5o à 200 feuillets seulement.

2 Appendice, lettre H (= 0).

3 L'erreur dans la date que je lui avais assignée (par analogie avec les bulles du 6 janv. iSgo) ne tirait à aucune conséquence pour le fond même de la question; elle a été occasionnée par la Chronique de Zanlfliet, lequel avait remplacé par un malencontreux etc. la date inscrite dans la pièce originale qu'il avait sous les yeux.

La date fournie par le registre avignonnais fixe donc avec exactitude la succession des événements concernant le Suaire en iSSp. L'autorisation du légat est antérieure au 19 juin, date de son retour à Avignon ; approuvée par le roi, elle reçut sans retard son exécution. L'évêque de Troyes ayant voulu y mettre opposition, Geoffroy lui fit imposer silence par le pape le 28 juillet; dans l'intervalle, le prélat avait demandé à Charles VI de révoquer sa permission, ce qu'il fit le 4 août. Pierre d'Arcis employa les mois suivants à faire une enquête, à rédiger son mémoire et à négocier avec la curie.

En conséquence du mémoire de Pierre d'Arcis et sans doute des réponses des chanoines, Clément VII promulgua, le 6 janvier iSgo, trois bulles qui tranchèrent la question (ad perpetuam rei memoriam) : ce sont celles que j'ai publiées sous les lettres K, M et P. On veut faire grand bruit de prétendues infidélités de mon texte : la leçon définitive, ne varietur, renverserait ma thèse historique. On a même cherché à présenter cette affirmation sous le couvert du « prêtre distingué » qui a révélé l'existence de ces documents dans les Archives du Vatican. Celui-ci ne semble pas avoir trouvé cette affirmation de son goût, car je lis dans la Vérité du l'^^janv. que M. Mollat « est demeuré absolument étranger aux conclusions auxquelles ses importantes trouvailles ont donné lieu » : c'est bien là une rectification. Je ne serais pas surpris si. d'ici à peu de jours, ce « prêtre distingué » ne protestait pas publiquement contre ceux qui ont cherché à le transformer en tenant de l'authenticité du Suaire ^ .

Cette question de diplomatique pontificale est assez com-

* Sa protestation vient en effet de paraître dans Le Correspondant du 25 janv. 1903, sous ce titre : « Clément VII et le Suaire de Lirey « (p. 254-9) ; à part, Paris, igoS, gr. in-S" de 8 p.

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pliquée, mais M. Mollat m'a fourni tous les éléments pour l'élucider. Quand nul obstacle ne s'opposait à l'expédition de la grâce accordée, la chancellerie se bornait à mentionner le datiim : les trois bulles en question ont bien été données «c VIII. idus januarii », comme je Tai imprimé. Quand la pièce prétait matière à corrections, on précisait davantage : ainsi pour K «Expeditumv. kal. junii, anno xii. Traditum et correctum m. kal. junii, a. xii' » ; pour P « Traditum et correctum m. kal. junii, a. xii^». Mon texte offre, comme la minute, deux éditions superposées de la pièce K : la plus ancienne (du 6 janv.), qui m'était fournie par une copie du XIV® siècle, dans le corps de la page ; la nouvelle (du 3o mai) dans les notes. Et c'est bien ainsi que je l'aurais publiée, même ayant sous les yeux le registre original (où les parties supprimées ou corrigées sont cancellées, mais non grattées), sauf les diversités de graphie inévitables. Une expédition de la première rédaction a dû être envoyée, puisqu'on en retrouve le texte dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale^. On aurait pu reconnaître avec quelle loyauté scrupuleuse j'ai donné les variantes de la seconde édition, qui atténuaient un peu les expressions très défavorables de la première à l'authenticité. On ne fera jamais dire à cette bulle, même amendée, que le Suaire dont il y est question fût l'original. Il y reste ces mots topiques : Figuram seu reprsesentationem^o^ ostendunt ut verum SudariumD. N. J. C. (Les mêmes mots « figura seu reprœsentatio » se retrouvent dans une bulle d'indulgences, du 1 1 juin de la

*■ Appendice, lettre J (= K),

- Appendice, lettre K (= P).

^ Un nouvel examen de la minute par M. Mollat vient de changer cette conjecture en certitude; sous un gros trait de plume il a fini par lire : « Traditum et registratum viii. idus februarii, anno su ». La Jjulie fui donc délivrée juste un mois après sa première rédaction.

l4 AUTOUR DES ORIGINES

même année iSgo, que je publie*). Il yreste encore ceuxci (reproduits dans P), contre lesquels on a oublié de s'escrimer : Ad omnem erroris et idolatriœ maferiam submoz;e/i<^am; l'idolâtrie, d'après la théologie un peu sévère de l'évêque, consistait à vénérer comme original ce qui n'était qu'une image ; il y avait erreur, au sens du pape, à présenter le Suaire comme authentique. A qui d'ailleurs fera-t-on croire que des scrupules d'exactitude hislorique aient seuls motivé les corrections dont on fait si grand état ?

Les documents prétendus nouveaux laissent donc la question historique intacte, avec cet avantage que l'on convient de leur importance.

Sans chercher ou découvrir des textes inédits, d'autres travailleurs ou amateurs se sont occupés du Suaire. On n'est pas habitué à rencontrer des bénédictins parmi les romanciers : ce phénomène semble cependant s'être produit au début de ce siècle. Le Linceul du Christ,, étude critique et historique,^ par dom Franc. Ghamard ^, est ,pour sa partie essentielle, un véritable roman: le mot a été prononcé de divers côtés. « La filiation imaginée par dom Ghamard, dit M. BiDOU (p. 471)' repose tout entière sur une énorme invraisemblance». Il a refait l'histoire des origines du Suaire à l'aide de conjectures dont pas un bout de texte ne fournit la preuve. Le plus étrange, c'est la satisfaction qu'il a procurée aux partisans outrés de l'authenticité : — la question, déclare l'un d'eux, est désormais tranchée pour tout esprit impartial^ ; — ils ne semblent pas se douter que, venant de Gonstantinople par Othon de la Roche à Besan-

* Appendice, lettre L.

2 Paris, i902,gr. in-S" de loip.Voir le compte rendu de M. l'abbé J.-B. Martin, àdiVLsV Université catholique (igoS), t. XLII, p. i4a-4; à part, Lyon, 1903, gr. in-8° de 3 p,

3 A. LoTH, dans La Vérité française du 28 oct. 1902.

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çon, et non par les Ghamplitte ou les Gharny à Lirey, le Suaire a des origines plus obscures que jamais.

On ne trouve rien de nouveau dans l'article de M. Bidou, déjà cité, remaniement d'une conférence antérieure. Il serait trop long de discuter des affirmations comme celles-ci : u La campagne fut menée avec frénésie par des hommes que Ton croyait qui participaient de la sérénité de la science. Les meilleurs ont un tonde confiance et de jactance, une sûreté hautaine de négation. La plupart, quand un fait les gêne, se contentent de se taire ou d'affirmer la supercherie », etc., etc. (p. 461-2). Je montrerai un jour par des textes à qui doit s'adresser cette algarade. Pour le moment, je me demande quelle a été l'impression des érudits qui sont la gloire de l'Institut catholique de Paris, en voyant leur aima mater patronner officiellement la fameuse relique de Turin ,

L'authenticité du Linceul du Christ, état actuel de la question, par M. Henri Terquem^ est d'allures plus modérées. Je ne vois pas que sa communication à la Société Dunkerquoise pour l'encouragement des sciences ait fait « siffler les oreilles » de personne, comme on l'a dit. L'auteur convient en finissant « que tant qu'on n'aura pas établi la chaîne ininterrompue reliant le Suaire au Calvaire, la thèse de l'authenticité n'aura historiquement pas fait un pas. La moindre lacune l'annihile » (p. 99).

Une note, inscrite à la fin d'un Missel (jadis aux Oratoriens de Chalon) conservé à Carpentras (n° 91), a fourni un argument de plus contre la date du 22 mars i452, donnée par tous les historiens du Suaire comme celle de la donation ou vente à la maison de Savoie. A ce moment, il était encore la possession de Marguerite de Gharny, puisqu'elle

' Paris, 1902, in-80 de a f.-ii3 p., planche.

l6 AUTOUR DES ORIGINES

en faisait exhibition à Germolles (Saône-et-Loire) le i3 septembre suivante

Cette cession resta un mystère : les documents officiels l'ont dissimulée à plaisir, de même que les premiers propriétaires du Suaire sont toujours demeurés dans un vague intentionnel sur son origine. Suivant le fils même du donateur du Linceul à la collégiale de Lirey (entre i353 et i356), cette image était un cadeau fait à son père (figuram... sibi liberaliter oblatam); d'après Marguerite, sa petite-fille, il en avait fait la conquête. Ces assertions imprécises étaient, à n'en pas douter, destinées à dissimuler sa véritable origine, à dépister les recherches : ceux-là même qui ont cru pouvoir reconstituer — par conjectures — l'histoire de la relique de Turin depuis les premiers temps, la font tous venir de Gonstantinople, à l'issue de la quatrième croisade. Les documents exhumés dans mon Etude et en partie reproduits plus loin ont établi, avec une évidence saisissante pour quiconque a le sens critique, qu'on est en présence d'une peinture, dont ils fixent l'époque avec une précision qui ne laisse guère à désirer.

Il restait un point à élucider. A l'effet de donner du renom à la collégiale fondée le 20 juin i353, d'attirer la foule des fidèles et de bénéficier de leurs largesses, on aurait pu se procurer des reliques plus authentiques, mieux assurées, du moins au début, de la foi des fidèles. Pourquoi le choix du linceul du Christ? pourquoi surtout cette fausse appellation de Suaire (Sudarium, Souaire), qui revient exclusivement dans une vingtaine de documents échelonnés entre 1389 et i473, au lieu de Linceul fSindonJ, qui aurait été le nom exact? Un fait, sur lequel M. de Man-

♦ Le Saint Suaire de Lirey, histoire d'une relique (1902). p. i().

teyer a bien voulu attirer mon attention ^ va nous l'expliquer.

Très peu d'années avant, en i35o, avait eu lieu à Rome un événement mémorable, dont les échos furent répercutés aux extrémités du monde chrétien : le grand jubilé de Clément VI. Par dérogation à la constitution de Boniface VIII, il suivait le premier à cinquante ans de distance -. Il y eut un concours extraordinaire de fidèles des deux sexes et de toutes conditions : un million à douze cent mille, de Noël à Pâques, au dire d'un annaliste contemporain, Matthieu Villani; huit cent mille, de l'Ascension à la Pentecôte ; les chaleurs de Tété ne firent jamais descendre le nombre des pèlerins au-dessous du quart de ce chiffre^. Quelle fut, pour la piété externe, la grande attraction de ce pèlerinage ad limina apostolorum?\c Santo Sudario, répondent unanimement les chroniqueurs. On le montrait dans la basilique Vaticane les dimanches et jours de fête — la première ostension eut lieu le dimanche de la Passion — et l'affluence pour le vénérer était telle que parfois jusqu'à douze personnes furent étouffées dans la presse'*. Parmi les pèlerins illustres on note Louis, roi de Hongrie^, sainte

* Lellredu 8 octobre. Mon savant et perspicace collaborateur retrouvera plusieurs de ses idées dans la suite de cette exposition.

- Raynaldus, Annales ecclesiastici, an. i349, num. 11; an. i35o,num. i-3. C'est la source de toutes nos histoires ecclésiastiques, Fleurv en donne une traduction, que Rohrbachek a copiée littéralement, sans le dire.

^ Islorie, lib. I, cap. 58.

' « Il Santo Sudario di Cristo si niostrava nella chiesa di S. Pietro per consolazione de' romei ogni Domenica e ogni di di festa solenne ; sicchè la maggior parte de' romei il poterono vedere. E. la pressa vi era al continovo grande ed indiscrcta; perché più volte avvenne che quando due, quando quatlro, ([uando sei, e talora lu che dodici vi si trovarono raorti dalla stretta e dallo scalpitaraenlo délia gente. » (Mateo Villani, /scorie, lib. I, cap. 56, dans MuRATORi, Rer. liai, script., 1729, t. XIV, c. 07.)

^« E vide il sacro Volto del Salvatore parimente ogni di. » (Dom. Mar. Manni, Istoi'ia degli anni ssnti, Firenze, 1750, in-4°» p. 35.)

l8 AUTOUR DES ORIGINES

Brigitte de Suède* et Pétrarque'^. Le mot Sudario, qu'il faut retenir, exprime imparfaitement pour nous de quelle relique il s'agissait : ce n'était ni le suaire qui fut mis sur la tête de Jésus, ni le linceul dans lequel on l'ensevelit : c'était, comme le précise Henri de Rebdorf, l'image connue sous le nom de Véronique ou San Volto^. De nobles Vénitiens

* « Ed occorse una volta seconde che vien riferito, che portandosi con modesta accompagnatura econ grande esemplarilà aile sacre visite, mentre vi si mostrava in S. Pietro il Sacro Sudario, un cavalier Danese fu ardito di dirle, che col parer di alcuni non credeva esser vera quella insigne reliquia; del che conturbata S. Brigida, orando, cidi dirsi dal céleste Sposo : Quid tibi dixit ille magniloquus et flabellum ventorura? Nonne quod multi dubitant de Sudario meo, utrum sitverum annon? Die ergo eiconstanter..., de Sudario meo sciât, quod sicut sudor sanguinis mei de corpore meo fluxit imminente passione mea, quando rogavi Patrera, sic iste sudor exivit de facie meapropter qualitatem rogantis me ad consolationemfuturorum. » (Bevelationes, lib. IV, cap. lxxxi; Manni, op. cit., p. 38.)

- Il parle lui-même du Suaire dans son 14*^ sonnet:

« E viene (le pèlerin) a Roma seguendo '1 desio Per mirar la sembianza di celui Ch'ancor lassù nelCiel vedere spera. »

(Le Rime, édit. Soave, i8o5, t. I, p. 11.) Voir encore ses lettres latines et sa Vila. par Muuatori (171 i, etc.)

' « In dominica Passionis Domini, qua canitur Judica. me, primo ostensum fuit Sudarium Domini sive imago delata per Veronicam; et tune ex nimia pressura in ecclesia S. Pétri, me prœsente, multi sunt suffocati. » (Annales, dans Boehmer, Font. rer. Gernian., 1868, t. IV, p. 562.) — Montrée par Boniface VIII à Jacques II, roi d'Aragon, en 1296, cette relique avait été exposée les jours de fête, durant le jubile de i3oo : « ... Die quâ toti orbi venerabilis revelatur effigies, vulgo Sudarium seu Veronica dicta...» (CardinaIJacques Cajetan STEFANEscHi,dans Raynaldus, an. i3oo, num. 2.) « Et per consolatione de' cristiani peregrini ogni venerdi o di solenne di festa, si mostrava in San Pietro la Veronica del Sudario di Cristo. » (Giov. ViLLANi, Historié Fiorent., lib. VIII, cap. 36, dans MunAToni, t. XIII, c. 367.) Il n'en est pas question dans Manni pour les jubilés de iSgo, 1400 et 1423, mais à celui de i5oo-i il y eut une telle affluence qu'on dut la montrer deux fois le jour de Noël (p. 97). Le Diarium de Burchard rapporte au 6 janvier : « Cum essemus circa portam mediam prœdictam (auream S. Pétri) adhuc intra basilicam, ostensus est populo Vultus Domini. » (Manni, p. loo; éd. Thuaske, i885, t. III, p. 92.) Dans ses Christusbilder (Leipzig, 1899), ^^- Ernst von Dobschiïtz a reproduit 116 témoignages concernant la légende de Véronique ; la forme primitive remon-

donnèrent à celte occasion, pour la montrer à la foule, un panneau ou exposition (tabula) de cristal, à incrustations d'or et d'argent^ dont le reflet devait faire ressortir les traits un peu effacés de la figure du Christ.

Ce spectacle inusité laissa une bien forte impression dans rimagination de ceux qui en avaient été témoins, et même de tous les contemporains, car le municipe de Rome et celui de Florence décidèrent que les gros d'argent et les florins d'or porteraient désormais comme différent le Suaire (col segno del Sudario di N. S. G. C). Bien que le registre de la monnaie ne précise pas la cause de cette addition, la coïncidence transforme ici la cause occasionnelle en cause efficiente^. Que des Champenois et des Bourguignons soient allés en pèlerinage au jubilé de i35o, le fait ne saurait faire l'ombre d'un doute; mais il y a plus. Au moyen âge, les relations entre le centre de la catholicité et la Champagne furent telles, grâce aux foires de ce pays (Bar, Lagny, Provins et Troyes), que Rome adopta au xii'= siècle le type de la monnaie de Provins. Au xiv% ce fut celle de Florence qui fut imitée à son tour en Bourgogne : les ducs Eudes IV (i3i5-5o) et Philippe de Rouvres (i35o-6i) frappèrent des florins.

Même en dehors de ces relations significatives, le retentissement du jubilé aurait pénétré en Champagne. La dévotion populaire a eu de tout temps des fluctuations, des préférences successives, dont on peut retrouver la raison

lerait à l'année 5oo environ; la plus ancienne conservée à 600 env. (p. 273'-333').

^ Raynaldus, Annales, ann. i35o, num. i : cf. Dobschutz, n» 63, 2 Orsini (Ignazio), S^ona t/e//e nionete délia repubblica Fiorentina; Firenze, 1760, in-40. — Gapobianchi (V.), Appunti per service ail' ordinamenlo délie monete coniate dal senato Romane dal 1184 al 1439..., dans Archioio delUr. società Romana disloria patria (i8y6), t. XIX, p. 106-8 et pi. III, n" 7 et suiv.

d'être dans des événements contemporains. La création d'une relique fausse a toujours eu pour but de servir l'intérêt immédiat de son possesseur, en conformité avec les tendances du moment. Le choix de l'objet créé était combiné de manière à flatter et à satisfaire les désirs du propriétaire ou la piété du peuple environnant. En procurant au trésor de la collégiale de Lirey un suaire, Geoffroy la dota de la relique la plus capable, à ce moment, d'impressionner les foules, dont l'imagination était encore hantée par le souvenir du suaire vénéré à Rome si peu d'années avant. Le choix d'un suaire, plutôt que de toute autre relique, pour attirer à la collégiale naissante l'affluence et les générosités des pèlerins, s'explique d'autant mieux par le souvenir du Sudario vénéré durant le jubilé, que l'expression était impropre, comme elle l'avait été à Rome : le « drap » de Lirey était un linceul'. Cette coïncidence d'un côté, cette différence de l'autre, paraissent frappantes.

Cette explication du choix de la relique projette beaucoup de lumière sur les documents et en confirme la sincérité. Antérieur de nombre d'années à la collégiale, le Suaire ne se prêterait pas à l'accusation de faux intrépidement soutenue par les évêques deTroyes. Par une modestie fréquente au moyen âge, le peintre a pu négliger de signer son œuvre et même de se faire connaître : on obtint sans peine un aveu de sa part. Tout au début, la relique ne semble pas avoir été présentée comme remontant à l'ensevelissement du Sauveur : le silence absolu de tous les documents primordiaux établit qu'elle n'avait rien d'insigne. La créance à son antiquité se sera développée par une exagération spontanée de

* Le R. P. ïiiuRSTON croit établir qu'au xiii® siècle le mot sudatnum pouvait signifier un linceul recouvrant le corps entier (opusc. cité, p. 34) : soit, mais cet argument ne détruit pas la coïncidence et la dissimilitude entre la dévotion du Suaire de Lirey et celle du Sudario de Rome.

la dévotion des fidèles, avec la connivence tacite, si l'on veut, des chanoines.

LePi. P. ïhurston a prétendu que la question d'authenticité n'a jamais été posée ^ : en théorie et dans les actes publics, la chose est admissible; et c'est la thèse que j'ai soutenue et prouvée en dressant le catalogue chronologique des termes dont on s'est servi pour qualifier le Suaire, des origines au XVI® siècle*. Mais l'évèque de Troyes se plaignait à juste titre que les cérémonies somptueuses dont on accompagnait l'ostension de la relique avaient créé et contribuaient à développer l'opinion erronée du vulgaire. Le but des chanoines ne saurait faire doute: attirer les foules parles splendeurs du culte extérieur rendu à la relique et faire bénéficier la fabrique de l'église des aumônes des fidèles : l'espérance de vénérer un linceul qui avait touché le corps du Christ et où son image adorable s'était imprimée entraînait les foules àLirey.

La bulle de iSSy octroie des indulgences à gagner le jour de la dédicace de l'église : cela ne prouve pas que sa consécration était déjà faite. Celle de 1890 parle de sa construction (fabricR ecclesie); il s'agissait ou de son achèvement ou de réparer les désastres qu'elle avait pu subir durant la guerre de Cent ans.

En compulsant l'ensemble des registres de Clément VII, M. l'abbé Mollata constaté qu'une grande partie des suppliques adressées à ce pape avaient pour but d'obtenir des indulgences en vue de reconstruire ou de réparer les églises'. Pour attirer les dons on faisait mention de reliques étranges

' A propos du Saint Suaire de Turin, p. 28-3o.

* Le S' Suaire... et les défenseurs de son authenticité (1902), p. 37-8.

' C'est à l'aide de l'exposé du début de la bulle qu'on est renseigné, en l'absence de la supplique, sur le contenu de celle-ci. — Voir, dans cet ordre d'idées, le bien curieux ouvrage du P. Henri Denifle, La désolation des églises^ monastères, hôpitaux en France vers le milieu du xy siècle et pendant la guerre de Cent ans] Màcon, 1897-9, 2 vol. en 3 p. gr. in-S"".

2a AUTOUR DES ORIGINES

et de corps saints inconnus : jamais peut-être on n'avait autant fabriqué de fausses reliques. En faisant droit aux demandes des suppliants, le Pape se garde bien de jamais se porter garant de l'authenticité des objets pieux offerts à la dévotion des fidèles ; il ajoute invariablement à l'exposé : ut creditur, ut refertur, ut dicitur. En i533, le pape Clément VII (de Rome) usait encore de la même circonspection à l'égard du Suaire de Ghambéry : ut pie creditur^. Sur ce point il y a mieux encore et ceci va répondre péremptoirement à ceux qui arguent d'une série de bulles des papes du xvi*^ siècle, lesquelles auraient authentiqué le Suaire et détruiraient l'influence défavorable de celles de Clément VII (d'Avignon)^. En 1670, une princesse de Savoie sollicita une indulgence plénière pour ceux qui visiteraient l'église de Turin lors de l'exposition du Saint Suaire. La Congrégation des indulgences opina que la concession devait renfermer la restriction ci-dessus, ut pie creditur, ou toute autre semblable. Finalement le 18 novembre on concéda l'indulgence, non à ceux qui vénéreraient le Suaire comme le véritable linceul dans lequel le Christ avait été enseveli, mais à ceux qui méditeraient sur les souffrances de N.-S., surtout sur sa mort et sa sépulture^.

Il n'est point aisé de démêler comment la croyance à l'authenticité du Suaire déposé dans l'église de Lirey germa, se développa et devint la croyance générale. Dans ses notes sur le monastère de la Trinité de Vendôme^, dom Anselme Le Michel raconte, à l'année i643, que « la duchesse de Vendôme, encore vivante, avoit récemment

* Appendice, lettre O.

2 G. Re. Pro s»>« Sindone; [Torino, igoS], in-S", p. i5.

3 MoNCHAMP (MS"" Georg.), Liège et Rome, à propos de V authenticité du Saint-Suaire de Turin [extrait de Leodium); Liège, igoS, in-8° de 12 p. Je lui emprunte l'appendice Q.

^ Paris, Bibliothèque nationale, ms. lat, iSSao.

apporté de Turin à Vendôme le fac-similé du Suaire du Christ, que l'on expose ici au peuple avec une pompe quasireligieuse, cum apparatu tanquam religioso )),et il semble craindre que dans la suite des temps la crédulité du peuple ne le vénère comme le véritable ^

Une lettre récente, non provoquée, va montrer, par ce qui se passe au xx'' siècle, ce qui a dû arriver au xiv*^ : le sentiment religieux de l'homme n'a pas changé. Si je ne nomme pas mon vénérable correspondant, c'est que le temps me manque de lui en demander l'autorisation . « . . . . Une dame de M*** a donné au i y" siècle à notre abbaye un fac-similé du saint Suaire de Turin, de la grandeur de l'original .... C'est quelque chose comme les saintes Faces que l'on donne à Saint-Pierre de Rome. Une fois par an, on fait une ostension solennelle de cette image et le peuple croit généralement que c'est le linceul même du Seigneur. Nous nous gardons bien de le dire, mais nous ne montons pas en chaire, le

jour de l'ostension, pour crier le contraire L'archevêque

de *** m'a demandé officiellement quelle était l'authenticité de la Sabana Santa. Je répondis que c'était une copie du Suaire de Turin... Pour l'original, je me référai aux travaux de Chifflet et autres... Je montrai que l'ostension, telle que nous la pratiquions, selon la tradition..., n'avait rien de contraire aux lois de l'Eglise et était une cérémonie édifiante ; quant à l'authenticité, qu'il fallait laisser les choses en l'état. La Sahana Sanfa de *** n'a aucun signe d'authenticité ni de reconnaissance ecclésiastique... Nous la conservons respectueusement dans une boîte dorée au milieu de nos reliques dans la chapelle du trésor. Le jour de l'Invention de la Sainte-Croix, on la porte en procession au maître-autel et trois prêtres la présentent à la

* Métais (Ch.), dans Bulletin de la Société archéologique du Vendômois (1890), t. XXIX, p. ib2-3.

vénération du peuple déployée et tendue ; pendant ce temps on chante le Miserere et quelques fidèles font toucher par dévotion leurs objets de piété au linceul vénéré. » Longtemps encore il en sera ainsi du Suaire de Turin : possideatis ut possidetis^ suivant l'axiome en pareille matière.

Au printemps dernier, le pape Léon XIII a demandé à la Congrégation des Indulgences et Reliques d'examiner la question du Suaire de Turin, qui commençait à faire du bruit. Les consulteurs se sont procuré les opuscules publiés pour et contre, et se sont livrés à des recherches personnelles. Leur conclusion, soumise par le cardinal préfet au Souverain Pontife, est formelle contre l'authenticité : non | sustinetur. Comme moi et bien d'autres, la Congrégation pouvait être désireuse de se trouver en présence d'un portrait original du Christ, image acheiropoïete (non faite de main d'homme). Les rapports délicats de la cour Romaine avec la maison de Savoie pouvaient aussi la faire hésiter à se prononcer dans une question où l'honneur national est ^ fortement en jeu. C'est, à ne pas s'y méprendre, la raison pour laquelle on ne publiera peut-être pas de décret : on laissera la controverse s'éteindre sur place. L'appréciation de la presse étrangère, de plus en plus défavorable à la thèse de M. Vignon' y contribuera pour une bonne part; la décision des consulteurs, connue plus tard dans ses détails, achèvera la démonstration.

Romans, 9 janvier igoS.

* Outre le P. H. Tiiurstox, dont le travail original a paru dans The Month, voir surtout Jos. Braun, Das Turiner Grabtuch des Herrn, dans Stimmen aus Maria Laach (Freiburg i. B. 1902), t. LXIII, pp. 249-61 et 398-410. La s.Sindone di Torino, dans VOsservatore caitolico (Milano,6 déc. 1902). M8' Laflamme, dans Bévue ecclésiastique (Valleyfield [Canada], 1901-

2), t. IX, p. 6-10; t. XII, p. 329-33.

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