‹ Autour des origines du suaire de Lirey; avec documents inéditsChapitre 2 sur 2 · DO AUTOUR DES ORIGINES · texte numérisé non relu

DO AUTOUR DES ORIGINES

grosses gouttes de sang conglutinés aux cheveux qui sont tous sanglans ; les traces de sang sous la nuque sont plus grosses et plus visible que les autres, à cause que les bâtons dont ils frapoient la coronne faisoient entrer les épines jusqu'au cerveau, en sortes qu'ayant reçu des blessures mortelles c'etoit un miracle qu'il ne mouru pas sous les coups. Elles se réouvrirent ausi par la secousse de la croix lorsqu'on la mit dans son creux, et au paravant lors qu'on le fit tomber sur la croix pour l'y cloiier ; les épaules sont antieremant déchiré et moulue de coups de fouets qui s'étandent par tout; les gouttes de sang paroisent large comme des feuilles de marjolaine ; en plusieurs endroits ils l'y a des grosses cassures a cause des coups qu'on lui donna ; sur le millieu du corps on rémarque les vestiges de la chaîne de fert qui le lioit si étroitement à la collonne qu'il paroit tout en sang ; la diversité des coups fait voir qu'il se servirent de diversses sortes de fouets, comme de verges noué d'ousires, de cordes de fert, qui le dechiroient si cruellemant qu'an regardant pardessous le Suaire, lors qu'il étoit etandu sur la toille d'Holande ou toillier, nous voyons les plaijes comme si nous usions regardé à travers d'une vitre.

Toutes les sœurs le contemplèrent fort attentivement avec une consolation qui ne se peu pas exprimer, et nous voyons par ses beau vestiges comme véritablement ils étoit le plus beau des enfants des hommes, conformemant à la prophétie de David qui l'avoit prédit dans un de ses pseaumes. Pendant les quinze jours que cette précieuse relique resta dans notre couvant, nous ne pûmes trouver la commodité de nous confesser pour pouvoir nous approcher du très auguste sacremant de l'autel, et recevoir le Fils de Dieu pendant que nous avions devant les yeux une partie de lui même en son image pointe de son propre sang; nous nous confessame enfin au tournet, lelundy et le mardy; et le mercredy nous satisfîmes à notre dévotion ; ce jour la son Altesse devoit venir voir en quel etât le Saint Suaire etoit, mais craignant de nous déranger, ils différa jusqu'au lendemain matin vers les sept heures, pour donner les ordres comme on l'enveloperoit dans le talTetat viollet; ce qu'ayant été fait on nous apporta des tapisseries, outres celles que nous avions déjà ; et le vendredy on tendi tout le dedans et le dehors ; et puis il fût arrecté que le lendemain on le viendroit prandre; ce jour la, messeigneurs l'évêque de Bellay et le sufTragant, et plusieurs autres prélats^ et d'autres eclesi(s)astiques et gentilshommes, lesques regardèrent ce que nous avions travaillé, et l'agréèrent; aprais ils se levèrent pour nous le faire voir ancore une fois; an-

DU SUAIRE DE TURIN 5l

suite ils le plièrent sur " le rouleau avec un voille de soye rouge, et monseigneur vien en procession, tout comme lors qu'on nous Tavoit aporté; jusque antre les deux portes du couvent; toutes les cloches de la ville sonnèrent, outres les trompettes, et les autres sinphonies; pour lors messeigneurs les Evêques couvrirent le Saint Suaire avec un drap d'or, et l'emportèrent et nous nous commancames toutes à chanter l'himne Jésus nostra redemplio, nous avions toutes des cierges allumés, avec toutes la vénérations possibles; messeigneurs les Evêques le remirent enfin à son Altesse qui les attendoit entre les deux portes. Ils fût porté au château en grande solemnité, et nous demeurâmes pauvres orphelines de celui qui nous avois si benignement visité en sa sainte image.

* Ce qu'on sait de plus sur touchant le Saint Suaire de Turin, c'ets que dans la décadence de l'empire des Grecs, les princes François s'étant rendus maitre de Gonstantinople et de l'empire d'Orient, cette précieuse relique comme tant d'autres fut gardé dans cette ville imperialle jusque vers la fin du douzième siècle, que les empereurs de Gonstantinople en firent presant, à ce qu'on croi, aux princes de la maison de Lusignanqui possedoient le royaume de Chypre. Jean III, dernier roi de Chypre, étant mort en i473, laissa les royaumes de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie à Charlotte sa fille unique, qui fut coronnée à Nicosie reine des trois royaumes eu i458; mais peu aprais Jacque, fils naturel de Jean III, s'étant révolté, usurpa le Royaume et chassa la Reine de tous ses Etats. Cette princesse se retira eu Savoye, au prais de Charle, duc de Savoye, son neveu, puis étant allé à Rome, elle fit donnation de ses Royaumes à Charles, duc de Savoye son neveu, en presance du pape et de plusieurs cardinaux; Charlotte, en se retirant en Savoye, avoit ammenéavec elle la princesse de Charny sa parente^ qui etoit dépositaire du Saint Suaire, qu'elle apporta et quelle conserva comme par miracle, dit l'istoire; car ses hardes parmi les quelles se trovoit la riche cassette où étoit enfermé celte précieuse relique ayant été volée, les voleurs ayant voulu couper en deux le Saint Suaire dans le partage qu'il faisoit du vol, l'un d'eux ne se fut pas plutôt mis en état de le couper qn'il devien perclus de ses mains, et ils se sentir saisir en même temp d'une maladie mortelle ; un de ses compagnons

D'abord dans.— f> Ce qui suit aiHv écrit postérieurement. d'une autre plume mais de la même main.

s'étant emparé de ce drap sacré, mis tout en œuvre pour effacer l'image du Sauveur qui y étoit imprimé, mais plus il le lavoit, et plus la figure et les couleurs devenoient vives; tant de merveilles touchèrent les voleurs qui s'étant enfin convertis, rendirent enfin la relique précieuse.

On assure que le duc et la duchesse de Savoye obtinrent enfin, aprais beaucoup de prières, un si précieux présant qu'il déposèrent dans l'église de Chambery, capitale de Savoye, que le pape Paul II érigea en collégiale en considération de cette sacré relique en 1467. Voilà quelle est la première opinion touchant la déposition du Saint Suaire dans la capitale de Savoye ; le Saint-Suaire fût depuis, à cause des guerres, transporté à Verceil jusque à ce que aprais 26 ans il fût raporté à Chambery jusque en iSyS, que le duc Emmanuel Philibert apris que saint Charles Borromée vouloit venir pour l'honnorer, le fit portera Turin, ou ils est gardé avec beaucoup de vénération.

Copie modernisée du xviiic siècle, passée du cabinet du chanoine Ducis dans celui de M. l'abbé Bouchage, aumônier à Chambery.

i8 novembre 1670.

In causa Taurinen.institit apud sanctam Sedem apostolicam serenissima Maria Joanna Margarita Sabaudiae, utplenariam indulgentiam, ii, qui rite confessi et sacra communione refecti visitarent ecclesiam Taurinensem, cum Sacra Syndon exponeretur, obtinerent. Non latuit Sacram Congregationem, quam honorificentissime de Syndone Taurinensi locutus fuerit Baronius in AnnaUhus ad annum xxxiv. n, i38, his verbis : « Permansit intégra, divina opérante virtute, illœsaque hactenus Sanctissima Syndon illa, quee corporis Domini nostri Jesu Christi delibuta unguento in sepulchroposita fuit, veluti operimentum et stratum,qufe in se imaginem in sepulchro Domini jacentis, expressit, asserva turque summo honore in ecclesia Taurinensi ». De qua refert etiam Spondanus ad annum mcgccuh, num. aS : « Pertinet quoque ad historiam cladis Constantinopolitanae, delatio Camberium Sabaudiœ, Sacrae Syndonis, qua Christus in sepulchro involutus parte antica et postica totius corporis sui imaginem, sanguine et unguentis ad vivum expressit » ; et post pauca : « Cui dignœ recolendœ mémorise Dux

Dr Sl'AlHF. I)K TUIJIN ;).)

sacellnm marmoreum in arce sua construxit, unde poslea ad majorem securitatem translata est Taurinum, utrobique ing'entibus coruscans miraculis et peregrinatione fidelium, mafi^norunique eliam principum frequentia ; cui diem sacrum Julius papa II. statuit quartum maii, et in ejus sacello offîcium ejus ritu peculiari concessit m. De ea etiam PiNGONius Commentarium scripsit, cujus breviarium Glaltehius Chronologie sua^ inseruit Séeculo decimoquinto. De supradicla item Syndone videri possunt, quœ extant apud Fkrrandlm de Beliquiis lib. I, cap. I, art. 2, sect. i ; Paleottam, Mallomum et Raynaldum in Annalibus ad an. MccccLni, n. 17, et mdxxxiii, n. 62, qui alFertliteras démentis VII. ad Ludovicum tituli Sancti Gaesarei presbyterum cardinalem, et apostolicas Sedis legatum, ubi inquit : « Accepimus, quod alias capella sanctanuncupata castri Camberiaci,Gratianopolitanae diœcesis, in quo pannum, Syndon nuncupatum Salvatoris nostri Jesu Christi, ut pie credilur, erat reconditum, incendie accensa, pannum prœdiclum quadam céleri accursione, ex incendio hujusmodi, divina coopérante gratia, extitit sublalum », etc. Ilis tamen non obslantibus. Sacra (^ongregatio Indulgentiarum censuit : Indulgentiam petitam posse concedi, adhibita cautione Clemenlis VII. ut pie credilur, vel alia consimili, certis diebus ab ipsamet Sacra Congregatione designandis percipiendam : non tamen venerantibus illam, quasi germana esset Jesu Christi Syndon, sed recogilantibus cruciatus Jesu Christi, praesertim vero ipsius mortem et sepulturam.

TiiEODOuus A Spibitu Sancto, Traclalns dogmalico-muralis de Imliilgenliis (Roma;, lyÇt), l. II, p. M-

Lyon. — Imp. A. UliV et Ci'. 4, nicGonlil. — "-igf^

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