Paris, Plon
frir. Mais il n’'entrait point dans le plan du distingué religieux de nous offrir, au début du vingtième siècle, une nouvelle série de Lettres édifiantes; et si nous insistions auprès de lui, il nous répondrait, sans doute, en nous renvoyant à l’ancienne série : en quoi il aurait raison. On ne connaît plus, hélas ! les Lettres édifiantes, sauf dans quelques bibliothèques lointaines et maigrement pourvues, où se fatiguent à l'en vi les rares reliures et les rares lecteurs. C’est en vérité grand dommage; car il n’est pas de recueil, peut-être — exception faite pour certaines collectons de souvenirs militaires — où se laisse entrevoir une vaillance plus crânement française sous le dehors d'une plus exquise simplicité. Vous y prenez contact avec des personnages qui sont des héros sans le savoir — ce qui est, entre les diverses variétés de l'héroïsme, la moins écrasante pour le regard. Un éditeur entreprenant qui ressusciterait cette « liltérature » par un précieux choix de fragments agirait en bon ouvrier de notre gloire nationale : le P. Piolet serait tout qualifié pour tenter un jour ce travail. Tels quels, les cinq volumes que nous a donnés le R. P. Piolet offrent à l'histoire du rayonnement moral de la France une inestimable contribution. Il est des régions où les missionnaires semblent avoir installé pour toujours notre drapeau. Telle la Nouvelle Calédonie, qui était à la veille d'échapper à la France au moment où les Pères Maristes y arborèrent nos trois couleurs; telle la presqu'île indo-chinoise, où notre prestige fut solidement assis, àla fin du dixhuitième siècle, par l'évèque Pigneau de Béhaine, et au sujet de laquelle un autre prélat, Mgr Puginier, pouvait écrire, il n’y a pas longtemps : « Tout païen
qui se fait chrétien devient en même temps un ami de la France. Plus le nombre des chrétiens annamites augmentera, plus la France aura d'amis dans le pays. » [l'est au contraire d’autres latitudes où les aléas des batailles et des traités ont implanté quelque hégémonie étrangère, mais où notre ascendant survit encore sur les âmes ‘, tant est souveraine la prise que surent conquérir nos missionnaires sur Certaines alluvions intimes et profondes de la conscience indigène. « Quelle force et quel moyen que de tels hommes! disait un jour le lieutenant gouverneur de Birmanie. Quoiqu'ils ne professent pas notre religion, nous avons tous pour eux la plus grande admiration. Si l'Angleterre possédait de tels apôtres, le monde lui appartiendrait. » C’est à Mme Massieu que ce haut fonctionnaire anglais faisait cette flatteuse remarque; et l’attrayant volume où elle raconte « comment elle a parcouru l’Indo-Chine ? » est constellé de témoignages analogues. « Partout le missionnaire, conclut-elle, a marché seul, mal soutenu, souvent abandonné, quand il n’a pas été persécuté. Quels mouvements extraordinaires ont cependant su créer ces modestes pionniers! » L'histoire de ces mouvements extraordinaires et, si nous osons ainsi dire, leur aboutissant: voilà ce que nous met sous les yeux la publication du P. Piolet.
S1 les hommes d'action dont il a obtenu le concours
1. Voir par exemple, dans le Bulletin officiel de l’Alliance française du 15 avril 1901, le très curieux rapportdeM. Achille Segard sur le voyage qu’il a fait en Orient au nom de l’A/liance, et les détails qu'il nous donne sur l'attachement durable des populations égyptiennes à la langue française.