Voir ci-dessus, p. 35-36, la citation de M. H. Lorin
2. Nous conseillons do lire, dans la Sociologie catholique, 1903, p. 274-297, l'article de M. Pierre Coste intitulé : Jean Coulazon et Vency clique Rerum novarum. Le système d'idées réformistes que déduisait de cette encyclique un des interprètes les plus érudits et les plus zélés de la « démocratie chrétienne », le regretté Jean Coulazou, est exposé dans ces pages avec une précision remarquable; et Ton peut, dans Tensemble, en comparant ce système avec les vues exposées quinze ans auparavant dans les publications de VŒuvre des Cercles, mesurer, tout ensemble, l'évolution et la filiation des idées.
72 l'évolution du catholicisme social en FRANCE
1er ou de détacher des intérêts communs de la profession le petit essaim de travailleurs qu'elle encadre et qu'elle instruit ; et grâce à cette contenance, les catholiques échappent au reproche de diviser le monde ouvrier ; ils y pénètrent au contraire, entrent en lui, s'associent à lui, travaillent avec lui, avec leurs doctrines propres, avec leurs idées spéciales, pour l'avantage de tous. Il était à craindre que les catholiques ne commissent dans le domaine social la faute qui dans le domaine politique les a pour longtemps affaiblis, qu'ils ne voulussent faire une sorte de sécession, et qu'ils n'exposassent encore l'Église, puissance de vie et d'action, au grief d'être une boudeuse. En réclamant l'organisation professionnelle la plus complète, V Association catholique, ielle que depuis dix ans elle s'est développée, nous a prémunis contre ce péril. Éclairée et soutenue par V Union d'études des catholiques sociaux, elle a fait une tentative singulièrement puissante pour adapter à notre monde économique, dans lequel se coudoient des hommes de toutes croyances et de toute opinion, ce même idéal corporatif auquel s'attardait il y a trente ans la pensée des devanciers ^ Or, à l'issue de cette tentative, nous constatons, — et c'est pour la perspicacité de ces devanciers une gloire d'élite, — que le programme d'une organisation professionnelle, forme moderne de la pensée corporative, obtient l'adhésion active, impatiente, de tout socialiste réformiste qui
1. Que l'idéal professionnel et syndical n'est autre qu'une forme moderne de l'idéal corporatif; que d'autre parties mutualités et les retraites ne sauraient être organisées sur une base plus efficace que la base corporative ou professionnelle, c'est ce qu'atteste avec lucidité, et c'est ce que prouve par une riche documentation, le très agréable livre de M. de Gontenson: Syndicats^ mmtnalités, retraites. (Paris, Pcrrin, 1904.)— M. Martin Saint-Lé^n (Association catholique, 15 novembre 1904, p. 369- 382) étudie avec grande précision les théories de l'école catholique sootale sur l'organisation professionnelle de Tavenir.
répudie les procédés révolutionnaires. Une idée constructrice, qui fut en son origine une idée catholique, attire aujourd'hui plusieurs des hommes, — et non les moindres,^- que des conservateurs superficiels réputaient, hier encore, comme des agents de destruction.
L'avenir est donc séduisant pour VAssociation catholique ; il sera sans doute plein d'imprévus, comme c'est fatal aux époques de crise ; mais parmi ces imprévus, il y aura des succès. Nous savons, par une polémique récente de la Petite République française^ que M. Ferdinand Brunetière ne redoutait pas de laisser paraître sur ses lèvres quelque sourire cordial à l'adresse du programme de Saint-Mandé *. Et lorsque nous voyons se dessiner une convergence entre certains mouvements esquissés de longue date par les catholiques et certaines directions présentement adoptées par d'autres partis réformistes, nous songeons à l'orateur impétueux qui s'écriait en 1886: « Le socialisme contient des idées religieuses défigurées ; c'est un bloc erratique détaché de la vérité, et qui peut y être ramené. » « Les socialistes, proclamait la môme voix en 1888, sont plutôt des exilés de l'ordre chrétien que de véritables adversaires ". »
Celui qui parlait ainsi n'était autre que le cardinal Mermillod : en se montrant, en Suisse, même au prix de l'exil, le confesseur de la foi intégrale, il avait tout naturellement pris l'habitude, sans égard pour des susceptibilités anémiantes, d'être l'apôtre de la foi sociale. Il disait encore : « La question de