‹ Autour du catholicisme social (volume 3)Chapitre 64 sur 97 · Thureau-Dangin, op. ci7., III, p · texte numérisé non relu

Thureau-Dangin, op. ci7., III, p

3. Ce livre vient d'être traduit par M"« Pératé à la librairie Lecoffre, avec une préface de M. Henri Brémond.

elles, sur les lèvres d'un Newman ou d'un Ward,d'un Manning ou d'un Faber, les mois libérateurs qui les affranchissaient de tout respect humain et qui les invitaient à ne rien estomper de leur personnalité religieuse, fille et sujette de TEglise romaine.

Au début du meuvent d'Oxford, on entrevoyait l'effort âpre et personnel de consciences indépendantes, en révolte contre l'embrigadement de Tiiglise anglicane, en marche vers un christianisme plus actif, plus intense, plus fécond en mystérieux effluves ; et, dans l'allure de ces consciences, dans la fierté môme avec laquelle l'une d'entre elles, celle de Newman, croyait parfois « ne voir ici-bas que deux êtres. Dieu et elle-même », et dans l'enthousiaste indépendance avec laquelle elles ressaisissaient la tradition comme on prend possession d'une force conquise, on retrouvait, encore, fortement accusés, les traits les plus essentiels de l'individualisme protestant. Les conversions se multipliaient, par lesquelles cet individualisme achevait de s'affirmer en commençant volontairement d'abdiquer ; les propres méthodes de la Réforme avaient raison de la Réforme, et tout de suite, dès le lendemain, ces évolutions étranges avaient ce premier résultat de développer, en Angleterre, certaines maximes et certaines pratiques d'attachement public au Saint-Siège, et de faire succéder, à l'époque où les catholiques d'Angleterre n'étaient romains qu'avec quelque gêne, une autre époque, toute différente, où sous la direction d'un Manning, ils seraient romains avec orgueil. Ouvriers de la onzième heure, les hommes que l'Eglise romaine enlevait à l'anglicanisme étaient tout de suite, quoi qu'il en coûtât aux susceptibilités des catholiques anglais, distingués et honorés par l'autorité du Saint-Siège : la terrible lutte d'influence entre Errington, le catholique de vieille roche, et Manning, le converti de la veille, aboutissait à la vie-

toire du second. « Si les théologiens d'Oxford entraient dans l'Église, — avait écrit Wiseman en 1841, avant même qu'aucune conversion ne fût déclarée, — nous devrions être prêts, nous catholiques de jadis, à retomber dans Tombre et à passer au second plan *. > Le pronostic était perspicace, non moins que désintéressé; Pie IX le justifiait, vingt et un ans plus tard, en faisant de Manning le successeur de Wiseman sur le siège de Westminster. Rome, ce jour-là, passait outre aux propositions du chapitre, où les préventions contre les convertis demeuraient vivaces; de parla volonté de Rome, — et Rome, en l'espèce, savait ce qu'elle faisait, — les derniers devenaient les premiers, et les premiers les derniers; et puisque la renaissance catholique anglaise avait pour effet immédiat de rendre plus étroits et plus robustes les liens de l'Angleterre avec Rome, il était naturel que l'Eglise romaine recrutât parmi les agents de cette renaissance ses dignitaires les plus respectés.

De telles nouveautés survenaient dans un pays où longtemps certaines familles pieuses avaient dit en leur prière : € Déjoue, Seigneur, les machinations du papisme, soit au dedans, soit au dehors de TÉglise. Que toutes les inventions de l'évêque de Rome contre la vérité sacrée soient confondues. Seigneur I puisse le papisme subir bientôt sa défaite finale, et puisse Babylone, depuis longtemps condamnée, cesser d'opprimer la terre « ! » Non moins expressive, d'ailleurs, en sa forte brièveté, était l'inaltérable devise nationale: « No popery! Point de papisme ! » Aussi les progrès de Rome, de temps à autre, se heurtaient-ils à des colères: c'était,en 1850, lord John Russell dénonçant comme une « agression papale y^ le rétablissement par Pie IX de la hiérarchie épisco-

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