Thureau-Dangin, op. cit., III, p
sur elle une réforme sociale ou un désir de réforme, nous savons trop bien ce que vaut notre foi pour cela 1 Vous pourriez plutôt extraire un éclair de la fumée de Tencens qu'une vraie action ou passion de votre moderne religion anglaise *. »
Ainsi parlait Ruskin, en 1864, dans sa conférence des Trésors des rois ; il semblait demander compte à l'anglicanisme de sa stérilité. Mais l'action sociale de ManniDg allait réhabiliter, aux yeux de l'univers, l'esprit religieux de l'Angleterre. < Dieu veuille, écrivait l'archevêque catholique de Westminster, que le peuple ne nous regarde jamais, nous catholiques, comme des fortes, appartenant au parti qui fait obstacle à l'amélioration de sa condition ! Dieu veuille que nous ne paraissions pas les serviteurs de la ploutocratie, au lieu d'être les guides et les protecteurs des pauvres ■ I »
Dieu veuille ! disait Manning. Et Dieu voulut, parce que Manning, son serviteur, voulut. Les catholiques cessèrent d'apparaître comme des fories, ou comme des serviteurs de la ploutocratie, en ce jour de 1889 où un vieillard de quatre-vingt-deux ans s'en fut, pendant cinq longues heures, haranguer le comité de la grève des dockers ^ et fit accepter par ces meneurs la transaction qui terminait la grève : « Si vous refusez, leur disait- il audacieusement, j'irai moimême haranguer la foule des grévistes : 25.000 d'entre eux sont mes fils spirituels ; ils m'écouteront \ » Manning avait assez aimé le peuple pour être sûr de l'audience du peuple. « Mon radicalisme, déclarait-il, plonge jusqu'aux racines de ses souffrances*. » Autant
1. Ruskin, Sésame et les lys, trad. Marcel Proust, p. 144. (Paris, librairie du Mercure de France^ 1906.)