Mgr de T'Serclaes, op. cit., I, p
au nom des intérêts de TÉglise qu'au nom des intérêts de la société civile, Fimmixtion de la religion dans les antagonismes de partis. Des catholiques, sous toutes les latitudes, prétendirent connaître mieux que lui les intérêts de l'Église et poursuivirent une politique dont sa sérénité s'inquiétait légitimement : ce fut pour lui une amertume prolongée, dont les fidèles de Portugal, d*Espagne, de France, reçurent à plusieurs reprises le témoignage ^ La théorie même de la bonne ordonnance sociale — et non point seulement un considérant d'opportunité — induisait Léon XIII à réclamer des catholiques, « tant que les exigences du bien commun le demanderaient », l'acceptation des régimes établis : l'avantage social, encore et toujours, devenait ainsi pour les catholiques le motif et la mesure de leur loyauté politique.
Allant plus loin, Léon XIII aimait peu les partis purement confessionnels: il redoutait que, sous leurs enseignes, la religion ne dessinât des lignes de démarcation dans la société, au lieu d'y faire s'aplanir, au contraire, un terrain d'union. Le rêve qu'il caressait volontiers pour la France était celui d'une union entre les catholiques et tous les hommes de bonne volonté, « naturellement chrétiens ». Les échecs ou les succès politiques sont éphémères de leur nature ; ils peuvent être, les uns et les autres, remis en question. Les succès intellectuels sont plus durables : Léon XIII, en mourant, eût pu se rendre ce témoignage qu'en dépit des attaques, des malentendus et des mécomptes, il avait toujours recommandé aux catholiques de nouvelles habitudes d'esprit, et parfois les leur avait victorieusement inculquées.
11 les avait amenés, lentement, patiemment, à écon-
1. Voir Jean d'Arros, Léon XIII d'après ses encycliques, p. 77-105 et 203-247. (Pans, Poussielgue, 1902.)
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duire en pratique la maxime : « Qui n'est pas pour nous est contre nous », et à s'assimiler cette autre devise : « Qui n'est pas contre nous est pour nous. » Il leur avait sans cesse redit les prérogatives et rappelé le caractère respectable du pouvoir civil, et cela au moment môme où les fidèles de l'Église, persécutés par les dépositaires de ce pouvoir, risquaient de laisser péricliter en leur esprit la notion de Tautorité de l'État. Il leur avait instamment rappelé, sous toutes les latitudes, que « les temps leur commandaient de travailler à la tranquillité publique, et pour cela d'observer les lois, d'avoir la violence en horreur, et de ne pas demander plus que ne le permettent l'équité et la justice ». Il les avait enfin conviés à l'initiative dans tous les domaines de Faction laïque et à <: se mettre à la tête, non à la suite des autres *. » Ni ombrageux ni boudeur, ni perturbateur ni frondeur, ni révolté ni retardataire : tel doit être le catholique d'après le catéchisme civique de Léon XIII.
On accusa ce catéchisme d'opportunisme : ce n'était, en réalité, qu'une stricte adaptation des principes immuables à la mobilité des circonstances ; et il y avait, à la source de cette politique, une foi si intense dans l'harmonie naturelle des deux sociétés, religieuse et civile, que Léon XIII réussit en quelque mesure à communiquer cette foi: en Allemagne, il atténua les suspicions de l'État contre l'Église et mena Bismarck tout proche de Canossa ; en Russie, il renoua conversation diplomatique avec un chet d'Etat qui était en même temps un chef d'Église; en France, où ses conseils furent « trop peu suivis »*, il