Ibid., pp. vi et vu
et, du reste, ces qualités n'appartiennent pas en propre au dilettantisme. Mais que dans une telle intelligence il y ait place pour le jugement et pour la raison, c'est-à-dire en somme pour les facultés les plus hautes, nul n'osera le prétendre, et les dilettantes euxmêmes ne voudraient pas qu'il en fût ainsi. Ils sont bien trop tiers de ne rien comprendre; ils s'amusent bien trop à jongler avec les systèmes, et à se balancer légèrement d'une contradiction à l'autre !
Après tout, c'est leur droit, de se livrer à ces jeux de vieux enfants. Mais c'est notre droit aussi, de croire qu'il y a mieux à faire dans ce monde, et de préférer à ceux qui se moquent de nous les écrivains qui, s'adressant à notre raison, lui expliquent les vérités essentielles qu'elle peut et doit comprendre. N'ayant besoin de docteurs ni pour ignorer ni pour trouver de beaux prétextes à notre lâcheté, nous continuerons, comme cet homme de bon sens qui s'appelait La Bruyère, à ne traiter de « maîtres ouvriers >
que les auteurs dont les livres « nous élèvent l'esprit et nous inspirent des sentiments nobles et généreux ». Quant à ceux qui font profession de douter de tout ce qu'ils disent, ne sachant que railler la-vérité et la vertu, ils auraient au moins la ressource de se taire, et je ne vois pas ce que nous y perdrions : quelque plaisantes que soient leurs inventions, on s'amuse plus sainement au théâtre de Labiche et aux jeux de société, voire même aux quilles ou au patinage, comme dirait — Malherbe.