‹ Autour du dilettantismeChapitre 25 sur 46 · L'/< Saint, p · texte numérisé non relu

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S'il est vrai que le christianisme ait attiré M. Paul Bourget dès le commencement, il suffit de lire ses ouvrages dans leur ordre de composition pour comprendre combien la distance est grande, des conclusions presque orthodoxes d'aujourd'hui, à la totale incertitude de ses premières années. Le temps n'est plus où commençait seulement de s'attacher à lui « la nostalgie de la croix », et où il s'écriait avec une émotion dont la suite a fait voir la sincérité :

Heureux l'homme qui, jeune et le cœur plein de

[songes, Meurt sans avoir douté de son cher idéal, A l'âge où, les deux mains n'ayant pas fait le mal. Nos remords les plus vrais sont de pieux mensonge*.

Heureux encor celui pour qui tu te prolonges, 0 sainte illusion du rêve baptismal, Et qui, sous l'humble abri de son clocher natal, Vit et meurt dans la douce extase où tu le plonges.

Mais combien malheureux celui qui, comme moi, Brise à moitié le joug, et guérit de la foi Sans guérir du besoin généreux du martyre !

Tel qu'un mauvais soldat, exilé de son rang,

11 écoute le bruit du combat qui l'attire,

Et ne sait à quel Dieu dévouer tout son sang (1).

Lorsqu'il écrivait ces beaux vers, M. Bourget avait tout au plus vingt-trois ans. C'était le cri d'adieu à la foi de son enfance. Il se sentait entraîner loin d'elle; il croyait bien la quitter pour toujours. Mais comme il l'aimait, comme il tenait à elle, en dépit des vains doutes, par ce qui restait de meilleur en lui, par sa tendresse de cœur et sa loyauté d'esprit, par sa pitié à l'égard des misères humaines, il n'a pas pu, tout en la quittant, détourner d'elle ses regards anxieux.

\. La Vie inquiète, p. 198.

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Or sa raison a pris des forces, son expérience s'est étendue ; il a compris (une telle apologie convenait à une âme comme la sienne) l'insuffisance des objections spéculatives et la force pénétrante des preuves d'ordre moral; il a rebroussé chemin, il a commencé de revenir vers son point de départ, et nous le voyons qui se rapproche de la demeure paternelle. En cela, plus d'un lui ressemble parmi nos contemporains. De cette demeure, on ne nous verra pas sortir, malgré notre désir d'aller au-devant d'eux; nous risquerions de nous égarer nous-mêmes. Nous les servirons mieux en leur préparant l'accueil, et, lorsqu'ils seront sur le point d'entrer, en écartant les derniers obstacles, en leur ouvrant les portes aussi largement que Dieu l'a permis...

Pénétré des faux systèmes de son maître, et convaincu que, pour un vrai déterministe, le remords est « la plus niaise des illusions humaines », l'élève d'Adrien Sixte, le misérable Robert Greslou, ne peut pourtant

trouver la paix qui devrait logiquement résulter d'une telle certitude, et il exprime

cette plainte, où l'on doit voir une protestation instinctive de la nature humaine contre les odieux sophismes d'une raison dévoyée : « Je doute avec mon cœur de ce que mon esprit reconnaît comme vrai. » Chez M. Bourget, au contraire, c'est l'esprit qui. peut-être, continue d'hésiter : niais la croyance est déjà dans le cœur.

C'est avec son cœur, en effet, qu'il se sent attiré vers La foi, c'est avec ses dispositions morales, avec ses délicates inclinations. O les aspirations d'une âme qui a un jour possédé Dieu, et qui se sent faite pour le posséder encore ! Quel bien terrestre comblerait ce vide creusé au fond de nous-mêmes par l'ancienne jouissance du bien infini et par l'invincible attente de son retour en nous? M. Bourget a raison de dire qu'il y a un abîme entre l'athéisme d'un Lucrèce et celui des chrétiens qui ont perdu la foi. « C'est l;i différence entre la solitude d'un enfant trouvé-

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et colle d'un orphelin qui a perdu son père (1 ) . » On pouvait oublier l'Olympe quand on avait cessé d'y croire; mais, pour peu qu'on ait Fàme profonde, on ne se passe plus du Père céleste quand on a eu le bonheur de le connaître : on le regrette encore, alors même que les sophismes font croire à sa non-existence; et, si Ton n'est séparé de la foi que par une vague hésitation de sceptique malade, on ne cesse point d'aspirer vers lui, on donnerait tout pour lui appartenir.

C'est, dans Cosmopolis, le dernier mot de Dorsenne, ce type achevé des intellectuels d'aujourd'hui. La mort à demi volontaire d'une pure enfant qui l'aimait, et qu'il a repoussée, a fini par briser son cœur, et il dit avec émotion à son ami chrétien : « Vous avez malmené bien rudement les dilettantes et les sceptiques tout à l'heure. Mais pensezvous qu'il y en ait un seul qui refusât le martyre s'il devait en même temps avoir la foi?»

\. Sensations d'Italie, p. 160.

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Le croyant comprit, «lit M. Bourgel dans les toutes dernières Lignes, qu'il fallait laisser à son trouble ce cœur :-i blessé, « Sans rien répliquer, il prit donc sous son bras le bras «lu jeune homme, et il le serra d'une pression silencieuse, en mettant dans cette virile caresse toute la chaude et discrète pitié d'un frère aine. » Celui qui n'eùtpas fait de même aurait pu croire aux mots de l'Evangile; il n'en eût pas possédé l'esprit.

M. Bourget. qui aspire, pour son propre compte, au bienfait de la foi chrétienne, en sent également le besoin, on peut le dire, pour toutes les autres âmes. Il les connaît assez pour savoir qu'en dehors de là il n'est pour elles ni recours efficace contre certaines tentations ni soutien solide aux heures de grand deuil. Il sait que « la conscience humaine de ce temps-ci est mise dans la né- <«-^ité de choisir entre les conclusions du pessimisme et la foi au surnaturel (1 1 » ; il sait que le meilleur, l'unique appui contre le

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