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Jules Lemaitre, Les Contemporains, t. I, p

« EN ROUTE », PAR M. HUYSMANS -2 r> 7

le manque de talent de ses défenseurs ! c'est cela qui est fort ! »

Quel singulier chrétien que ce Durtal réduit au désespoir par la seule perspective de recevoir de la main d'un prêtre séculier, contre lequel il n'a pas de grief, la communion qui suit sa confession de retraite! Et, pour rendre aux religieux les hommages qu'ils méritent, est-il nécessaire d'affirmer que « le clergé séculier ne peut être qu'un déchet... le lait allongé, la lavasse des séminaires »?

Parce que, dans ses promenades aux basfonds des sociétés secrètes, il a entrevu un prêtre abominable, Durtal en conclut, sinon à l'indignité, du moins à la médiocrité de tous les autres, et, n'en connaissant qu'un petit nombre, il s'étonne naïvement de trouver ceux-là honnêtes, comme ces pauvres ouvriers des quartiers perdus qui disent au vicaire arrivé chez eux en un jour de deuil : « Ah ! Monsieur, si tous les prêtres étaient comme vous ! »

Le peuple chrétien n'est pas, dans En

route, l'objet d'une indulgence plus grande : « Si ces gargotiers d'âmes avaient du talent, dit-il de tous les prédicateurs sans exception, s'ils servaient à leurs pensionnaires des nourritures fines, des essences de théologie, des coulis dé prières, des sucs concrets d'idées, ils végéteraient incompris des ouailles. C'est donc pour le mieux, en somme. Il faut un clergé dont 1 etiage concorde avec le niveau des fidèles; et certes, la Providence y a vigilamment pourvu. » Après cette tirade, il est consolant de se souvenir que M. Huysmans a traité ailleurs tout semblablement chacun des groupes de la société moderne.

Ce beau mépris des nuances facilite sans doute les elïets de style, mais il comporte un petit inconvénient : quand se présentent à faire des reproches graves et légitimes, l'auteur n'a plus, pour les exprimer, que des termes usés, violentés, faussés, et il en est réduit à traiter d'assassins ceux qui tuent les gens comme ceux qui les égratignent.

Ce terrible converti de Durtal n'épargne,

chez ses nouveaux frères, pas plus les morts que les vivants. A la façon dont il comprend le catholicisme, non seulement de perfection, mais obligatoire pour tous, les saints euxmêmes, les saints canonisés descendent de leur piédestal et se voient convaincus de modérantisme ou de tiédeur : « Les saints du xvne siècle ont tous quelque chose de sage et de compassé, de verbeux et de froid qui m'en détourne. Saint François de Sales, saint Vincent de Paul, sainte Chantai. . . la mystique duxvne siècle, elle est bien à l'avenant de ses églises emphatiques et mesquines. » Il n'estime bons qu'un certain nombre de grands saints mystiques, sainte Thérèse, pur exemple, et saint Jean de la Croix; mais, qu'on ne lui parle pas de V Introduction à la vie dévote, « julep parfumé à la bergamote et à l'ambre », ni des Exercices de saint Ignace, « minuties fanées, vétilles sèches, culture japonaise d'arbres contrefaits et demeurés nains, déformation chinoise d'enfants plantés dans des pots. »

Après cela, il ne faut s'étonner ni que Bossuet se révèle, dans l'affaire duquiétisme, inintelligent, « tenace et hargneux,, atroce »; ni que les évêques d'aujourd'hui « s'attestent prêts à tout, sortent des âmes de vieux usuriers, de bas maquignons, de gueux, quand on les presse »; ni que le P. Monsabré et Mffr d'Hulst soient, dès la seconde page, traités de « Coquelin d'église » ou de « belliqueuses mazettes ».

Il est vraiment étrange qu'à un livre si remarquable se puissent mêler autant de sottises, et que l'auteur ne sente pas ce qu'il y a de ridicule, pour un novice comme lui, à rabrouer de la sorte des théologiens et des saints qui, s'ils ne le dépassent par d'autres côtés, peuvent au moins l'égaler en science religieuse. Mais l'humilité et la charité ne sont pas des vertus dont la perfection s'acquière en un jour. Attendons Durtal à -a seconde retraite chez les bons TrappisUs.

Terminerons-nous sur ces reproches trop justifiés la critique d'un livre pour lequel, en définitive, nous éprouvons surtout de la sympathie et de l'admiration?

M. Gaston Deschamps, qui a écrit sur En route le plus intéressant des articles (1), constate, à la fin de son étude, que le nouveau livre de M. Huysmans est « un appel désespéré vers l'Église, seule autorité qui soit restée debout parmi les ruines que nous avons faites... une malédiction littéraire contre la littérature... encore une imprécation contre la science banqueroutière » ; et cela ne l'empêche pas de conclure en ces termes : « Somme toute, je préfère cette amende honorable à l'impénitence béate de tel gros bourgeois de lettres qui digère en paix le fruit de son négoce. »

Ne soyons pas plus sévère que lui. Ayons le courage de préférer à qui nous flatte qui

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