Ein Ende in Paris, t. I, p
à la fois plus poétique et plus rigoureuse que dans ces strophes destinées à être mises sur les lèvres d'une héroïne prête à se jeter sur le bûcher ?
Je ne dirigerai plus mon vol
Vers les fêtes du Walhall.
Savez-vous où je pars?
Je quitte ce monde du désir ;
Je fuis à jamais ce monde de l'illusion;
Je ferme derrière moi les portes
De l'éternel devenir.
Celle qui est devenue clairvoyante,
Délivrée de (la nécessité de) renaître, S'envole vers le monde sacré qu'elle-même a choisi, Vers le but où s'achemine l'univers, Vers ce monde où il n'y a plus ni désir, ni illusion. Savez-vous comment je suis arrivée à gagner
La fin bienheureuse
De tout ce qui est éternel?
Les souffrances profondes
D'un amour en deuil
M'ont ouvert les yeux :
J'ai vu finir le monde (1)!
1. Ces paroles, qui devaient être prononcées par Brûnnhilde, furent écrites par Wagner pendant la période qui s'écoula entre la rédaction et la composition musicale du Crépuscule des dieux. Elles ne passèrent point dans le texte, mais furent conservées en note.
Après s'être trop fié au progrès, Wagner descendit donc jusqu'à désespérer, jusqu'à mieux aimer le néant que l'être. Mais n'estce pas là même l'histoire de ce pauvre grand siècle ? Le génial artiste n'a fait qu'éprouver et traduire plus fortement que le commun des hommes les deux sentiments qui se sont tour à tour partagé l'âme des contemporains : une foi exagérée dans le pouvoir de la science, comme si elle avait dû tout faire connaître et tout transformer; puis la désillusion, Tanière désillusion, qui a suivi l'écroulement du rêve.
Et Wagner, comme tant d'autres, se laissa un moment aller, dans l'injustice de sa colère, jusqu'à la haine presque enfantine de ce qu'il supposait être l'obstacle au commun bonheur, jusqu'à la haine du christianisme et de tout ordre social.
Comme s'il eût été dit que le plus étonnant
âOTOUB DD DILETTANTISME
artiste du plus étonnant des siècles représenterait son temps jusqu'en ses erreurs les plus monstrueuses, il s'égara, dans sesidées sinon en fait, jusqu'aux absurdités de l'anticléricalisme et de l'anarchie, Il crut voir dans le christianisme l'ennemi : c'est lui, dit-il, qui pour mieux atteindre l'âme, a tué d'un même coup le corps et l'art. Il attaqua en ces termes toute autorité : « Que l'homme n'obéisse plus qu'à lui-même, que son désir ^oit son unique loi, et sa force tout son avoir; car il n'v a de saint que l'homme libre, et il n'y a rien de plus grand que lui. »
i : -l trop longtemps le suivre dan^ses égarements, dans les égarements de son siècle.
Un jour celui qui n'avait vu dans le christianisme que l'adversaire de la nature et du progrès, devait y reconnaître l'expression la plus parfaite et la plus pratique de l'idéal humain.
Et, qu'on daigne le remarquer, ce ne fut pas à l'heure des suprêmes défaillances, mais bien au moment de la plus absolue possession de lui-même, en pleine apogée de son radieux génie. C'est dans les pages qu'il a intitulées Religion et Art, que s'exprime avec le plus d'enthousiasme sa profonde admiration de la religion chrétienne; or ces pages furent écrites durant la composition de ce chef-d'œuvre, Parsifal.
Parsifal, la plus haute création de Wagner, et, qui sait? de tout l'art moderne, Parsifal, que représente-t-il, sinon l'idée de rédemption, l'idée de purification des plus coupables par le plus innocent ? Or, quel est, en réalité, le vrai Rédempteur? L'auteur de Parsifal le déclare en parlant du Christ : « Tous les autres ont besoin d'un Sauveur :Lui, il est le Sauveur. »
C'est bien ainsi que le comprennent ceux qui assistent à la représentation du grand drame. « Pour moi, écrit M. Eugène-P. Lefébure dans une Revue qui sert d'organe aux
meilleurs parmi les plus jeunes, après avoir entondu les chants qui accompagnent la cène eucharistique dans Pa rsi fa lei qui s'échappent du dôme du temple, jamais je ne verrai dans Wagner un simple dilettante libre penseur et athée. Je ne pense pas que la musique religieuse compte une plus belle page. Il n'y en a pas que le souffle de l'Evangile ait portée plus haut (1). »
Mais c'est de Wagner lui-même qu'il faut apprendre quel fut son véritable sentiment sur les rapports de Fart avec le christianisme. Yilliers de l'Isle-Adam, lui ayant demandé un jour sïl ne se contentait pas d'employer l'idée religieuse comme une source de puissants effets scéniques, reçut de lui une réponse qu'il nous a transmise et qui mériterait de passer en entier sous les yeux de nos dilettantes.
« Je me souviendrai toujours, a-t-il raconté. je me souviendrai toujours du regard que,
1. V. le Sillon du 10 février 18V5 : A Bayreuth, notes sur Parsifal, par Eugène-P. Lefébui-e.
du profond de ses extraordinaires yeux bleus, Wagner fixa sur moi. — Mais, me répondit-il, si je ne ressentais en mon âme la lumière et l'amour vivants de cette foi chrétienne dont vous parlez, mes œuvres qui, toutes, en témoignent, où j'incorpore mon esprit ainsi que le temps de ma vie, seraient celles d'un menteur, d'un singe ? Comment aurais-je l'enfantillage de m'exalter à froid pour ce qui me semblerait n'être, au fond, qu'une imposture? Mon art, c'est ma prière : et croyez-moi, un véritable artiste ne chante que ce qu'il croit, ne parle que de ce qu'il aime, n'écrit que ce qu'il pense ; car ceux-là qui mentent se trahissent en leur œuvre dès lors stérile et de peu de valeur, nul ne pouvant accomplir une œuvre d'art véritable sans désintéressement, sans sincérité (1). »
Si l'on objecte que cette conversation re-
1. Voir la suite de cet entretien dans la Revue Wagné~, vienne de juin 1887, et dans l'ouvrage de M. Hébert pp. 179 et suiv.
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monte à l'automne de 18G8. voici d'autres paroles, plus frappantes encore, que Wagner prononça au lendemain de l'achèvement de Parsifal et que nous a fidèlement conservées son ami de Wolzogcn :
« On devrait s'estimer heureux d'avoir été, dès l'enfance, imbu des traditions religieuses; rien qui vienne du dehors ne saurait les remplacer. C'est seulement peu à peu que se dévoile toujours davantage leur sens profond par le bonheur qu'elles nous apportent. Savoir qu'un Sauveur est venu demeure pour l'homme le bien le plus précieux (I) ! »
Que le Sauveur soit venu et qu'il ait enseigné la vérité libératrice à laquelle n'arrivent ni philosophes ni réformateurs en dehorsde lui, c'est ce que Wagner avait mis longtemps à comprendre, c'est ce qu'enfin il sut voir, lorsque son génie fut monté assez haut et que la désenchanteresse expérience des utopies vaines l'eut assez Instruit. Or, de même
1. Le Sentiment religieux dans l'œuvre de Richard Wagner, p. 225.
RICHARD WAGNER 2 9 l
qu'en ses précédentes erreurs il avait fidèlement reproduit l'état d'esprit des contemporains, d'abord séduits aux audacieuses promesses du progrès indéfini par la science et la liberté, ensuite rabaissés par des leçons cruelles jusqu'au pessimisme et jusqu'au désir de ne plus être, — de même, en ce retour lent et réfléchi vers la sagesse, la beauté, l'amour, la pureté divine dont l'Evangile possède seul le secret, le maître de Bayreuth représente encore ce qu'a de plus intime la grande âme de son siècle. « Dans les eaux profondes de sonbeaugénie,diraitici quelque poète allemand, on vit toujours se refléter le ciel qui était celui des hommes de son temps. Et que de nuages obscurs s'y succédèrent d'abord ! Mais voilà que, sur le soir, ils se sont mis à disparaître, laissant place à l'azur et à la tranquille lumière du soleil couchant... »
Dans ce dernier mouvement, dans ce réel et définitif progrès, il serait peut-être plus exact encore de montrer Wagner comme précurseur que comme interprète des contemporains, car il n'existait guère, il y a vingt ans, cet évangélisme d'aujourd'hui, qui répand sa douceur à tous les degrés de la pensée humaine, imposant à l'incrédule de bonne foi le respect du christianisme, et aux heureux disciples du Christ une plus parfaite adaptation de leur conduite à ses enseignements divins.
Mais où le grand artiste anticipe certainement sur les prochaines préoccupations de l'élite humaine, c'est lorsqu'il exprime l'espoir de voir la doctrine chrétienne, de mieux en mieux comprise, de plus en plus goûtée, s'accorder toujours davantage avec les recherches de l'esprit et les intuitions du cœur.
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Cette œuvre-là, de toutes les œuvres la plus grande, n'est pas achevée sans doute, et jamais elle ne le sera sur terre. Mais qu'il ne soit pas permis d'en désespérer, et que sans cesse, à travers les débiles obstacles et les arrêts momentanés, elle aille en grandissant, en se perfectionnant, c'est ce que proclament, d'un magnifique accord, la foi des saints, l'intuition des génies et les promesses de l'Evangile.
Après beaucoup d'erreurs, c'est dans cette fortifiante espérance que s'est reposé le génie de Wagner. Un autre maître des harmonies, notre grand Lamartine, l'avait célébrée avant lui en ces strophes admirables :
Enfants de six mille ans qu'an peu de bruit étonne, Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui
[tonne, D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va! Que vous font les débris qui jonchent la carrière? Regardez en avant, et non pas en arrière : Le courant roule à Jéhovah!
Que dans vos cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues : Cesflots vous porteront, hommes de peu de foi ! Qu'importent bruit et vent, poussière et décadence, Pourvu qu'au-dessus d'eux la haute Providence Déroule l'éternelle loi?
Vos siècles page à page épellent l'Évangile : Vous n'y lisiez qu'un mot, et vous en lirez mille : Vos enfants plus hardis y liront plus avant ! Ce livre est comme ceux des sibylles antiques, Dont l'augure trouvait les feuillets prophétiques Siècle à siècle arrachés au vent.
Alix (Gabriel) : p. 18 (note!).
Amiel : p. 37, 227, 229.
Amillet (Paul) : p. £11.
Balzac (H. de) : p. 143, 247. -
Barrés (Maurice) : p. 7, 47-52, 56, 70,72, 75, 203, 219.
Baudelaire (Charles) : p. 143.
Bérenger (Henry) : p. 8, 207-211.
Berthelot : p. 223, 226.
Beurlier (l'abbé) : p. 18 (note 1).
Bordeaux (Henry) : p. 27, (note 1),208.
Bossuet : p. 153, 155,159, 173, 176, 260.
Bourget (Paul) : p. 8, 21-22, 38, 83-144, 207, 215.
Broglie (l'abbé de) : p. 18 (note 1), 237.
Broglie (le duc de) : p. 190-194 (note 1).
Brunetière (Ferdinand) : p. 8, 43, 145-185, 207.
Case (Jules) : p. 210.
Claude-Bernard : p. 110.
Corneille : p. 173.
Dante : p. 173.
Darwin : p. 178.
Descartes : p. 227.
Deschamps (Gaston) : 261.
Desplaces (Henri) : p. 210.
Doumic (René) : p. 91-92, 171.
Faguet (Emile) : p. 38 (aote 1).
Fassler : p. 210.
Fénelon : p. 158, 159.
Festugière : p. 211.
Flaubert (Gustave) : p. 219.
France (Anatole} : p. 5, 7, 18, 24-25, 43-17, 52, 58, 63,69,
Froissart : p. 31.
Fuster (Charles) : p. 210.
Fuster (Edouard): p. 210.
Gibbons (cardinal) : p. 240.
Gratry (le Père) : p. 237.
Haeckel : p. 178-184.
Hébert (Marcel) : p. 277-290.
Hegel : p, 25, 280-281.
Hollande (Eugène) : p. 210.
Homberg (Octave) : p. 211.
Homère : p. 173.
Honcey (Jean) : p. 210.
Hugo (Victor) : p. 173, 278.
Hulst (Mgr d') : p. 17, 260.
Huysmans : p. 8, 243-262.
Ireland (Mgr) : p. 240.
Kant : p. 218.
Ketteler (Mgr) : p. 240.
Labiche : p. 67.
La Bruyère : p. 66.
La Fontaine : p. 180, 182.
Lamartine : p. 293.
Lamy (Albert) : p. 211.
Lapparent (A. de) : p. 18 (note 1).
Lasserre (Pierre) : p. 210.
Lavigerie (cardinal) : p. 240.
Lavisse : p. 8, 208.
Lefébure (Eugèae-P.) :p. 287, 288.
Léger (Augustin) : p. 211.
Leibniz : p. 227.
Lemaltre (Jules) : p. 7, 18,40-47, 52, 64, 69,75, 207,226,
Le Play : p. 144.
Lionnet (Jean) : p. 211.
Littré : p. 19.
Malherbe : p. 17, 67.
Manning (cardinal) : p. 240.
Margerie (Amédée de) : p. 196.
Maupassant (Guy de) : p. 245.
Michelet : p. 167.
Monsabré : p. 260.
Montaigne : p. 31, 151.
Morice (Charles) : p. 210.
Nisard (D.) : p. 184.
Ollé-Laprune : p. 208, 227.
Paris (Gaston) : p. 195.
Pascal : p. 110-111, 119, 269.
Platon : p. 173, 227.
Pujo (Maurice), p. 210.
Recolin (Charles) : p. 210.
Renan (Ernest) : p. 5, 7, 8, 18, 23, 33-40, 47, 52, 58, 61,
72, 74, 187-204, 265, 270. Renaudin (Paul) : p. 211.
Rod (Edouard) : p. 45, 46, 55, 64, 207. Rollin : p. 58.
Rousseau (J.-J.) : p. 180, 201.
Rousselot (l'abbé) : p. 18 (note 1).
Roz (Firmin) : p. 216.
Sainte-Beuve : p. 149, 179, 182.
Sarrazin (Gabriel) : p. 210.
Schiller : p. 173.
Séailles (Gabriel) : p. 23, 39, 58, 196-197, 201, 202, 265
Schopenhauer : p. 280.
Shakespeare : p. 173.
Sorel (Albert) : p. 290, 194,201.
Spinoza : p. 160.
Stendhal : p. 234 (note).
Stuart Mill : p. 110.
Taine ^Hippolyte) : p. 8, 109, 1)0, 136, 149, 179,182, 187-
Trolliet (Emile) : p. 234 (note).
Vignot (l'abbé Pierre) : p. 70 (note 1).
Villemain : p. 179.
Villiers de l'Isle-Adam : p. 245, 288.
Virgile : p. 173.
Vogué (Eug.-Melchior de) : p. 8, 173, 208.
"Wagner (Le pasteur) : p. 208. Wagner (Richard) : p. 9, 51, 275-294 Wolzogen : p. 290.
Zola (Emile) : p. 40, 109, 245-246.