MONTESPAN, GAILLAC, DU HELDER ET
d'estourdy, causant dans Uembrasure (Tune fenêtre.
— 11 va bien, le prince héritier!...
— L'avez-vous vu lui baiser la main ? c'est révoltant!...
— Bah!... les princes, ça baise la main, cane veut rien dire... on la leur baise bien, à eux!...
— D'Estourdy, ton costume baille dans le dos?...
— Je le sais bien ! . . . C'est la baleine qui est trop longue, alors, elle pose sur les reins, et ça fait remonter le justaucorps. ..
— Il est pas trop mal, ce costume d'as de trèfle!...
SËYIGES U7
d'estourdy, protestant. — Comment, d'as de trèfle?... Mais c'est en valet de trèfle que je suis... pour appareiller Montespan, qui est en valet de cœur...
— Ça ne lui sert pas à grand' chose, ce soir, d'être en valet de cœur!... car je croîs que madame d'Alaly l'a peu regardé...
— Eh bien, voulez- vous que je vous dise une chose, moi?...
— Parle, Gaillac, nous t'écoutons?...
— C'est que je ne serais pas fâché du tout de voir l'invincible Paulette s'éprendre de ce prince... et c'est fort possible, car enfin, non seulement il a le prestige» puisqu'il sera roi d'un pays où les manifestations, la dynamite et la presse ne sont pas à redouter pour l'instant, mais encore, il est beau comme Apollon, cet animal-là I...
— Oh! beau! Ça dépend des goûts!...
. — Eh bien, je crois que le goût de madame
d'Alaly est favorable au prince.., et, comme c'est le principal... Ma foi I... si elle se toque de ce petit bonhomme, ça m'amusera!...
Oui... à cause d'Alaly, d'abord...
— Il est méchant, ce Gaillac !...
M. d'alaly, appuyé au chambranle (Tune porte j regardant Gaillac et les autres, à part. — Quand je le disais 1... Ils ne peuvent la cerner, Fentourer comme toujours...
Aussi, ils ragent ferme... et ça se voitl...
{Regardant Pauletle guipasse en valsant avec le prince,) Ses jambes aussi se voient...
Miséricorde 1... Ce costume est d'un court!... Pourvu qu'elle ne trouve pas le prince ennuyeux!... Ah! dame!... C'est que, quand elle ne peut ni parler argot ni se livrer à des excentricités, elle ne s'amuse pas fort... Je suis curieux de connaître son impression...
PAULETTE ET LE PRINCE, entrent dan la serre et sHmtallent sous un palmier, sur des fauteuils de bambou à bascule.
LE PRINCE. — C'est délicieux, de valser avec vous!...
PAULETTE. — Et avec vous, Monseigneur, c'est bien moins désagréable que je ne l'aurais cru...
LE PRINCE, ravi. — Vous trouvez que je valse bien?...
PAULETTE. — Bien... c'est peut-être beaucoup dire, mais pas mal... Quand vous irez en mesure et que vous donnerez moins de coups de genou...
LE PRINCE. — Ahl... je donne des coups de genou?
F kVLETTE, avec conviction. — Énormes!..
Je suis sûre que j'ai des gnons...
LE PRINCE, clignant de Vœil et s'efforçant de comprendre. — Des. . . quoi?. . .
Mti^unr...nlji>MilAili^MMM|ii^ii'i i|iiM... [liv^hu^t
1*0 f'.WrMM j/f'f'iflM /Sff^/r//f».) (Jlll'l l'MVh'Hillll roMllllMt I... IJIM'IIm oM lit IMIllIlll'Il^l M l|li| Vllllfl
rMi'uiiv...
l</\l)t,l'!itl<l. VdllA IIM'^ iImm |(l|||i||MM |1|
l'niNltiiHiilMi'V (lUnal,) I<!mI i«IIm Iiihiim (iii hInnilM?... Hl mIIk maI |iiiitiM< m< ^ntiin iIm niMuMiM ne lui Irnll |i(i<;... f^l mIIm mvmII lu \mu\i'* Kt'(«rf|MM fioM |ilim^ |HMi'ii i|iMs Jm mm maIm pim ^1 voiifl T/ivo/ l'Mtrifii'fjii^ MiiiKt/'l
iih I fffMJA lA^ |miaHm lotit
MN
l/K vmfiii f^, rlouL - Miijm je n'ai pas de
MAifiit>;TT)i!i ' (îotiimonl?... Vous êtes vnrlJif)iu A IU1 |Miinl-l/i?... Mais toulOH les iMiniiMiM Honl (lotM! Ini(l()^ A Iliibylone?...
tii<! iMUNdM. ' - DiuiN loui hm ciiH, il n*y on w pMM (lo rniii|mruliln i\ vouh... ni A Habylone, ni nllloiirr^liM t|no vouh Ah^h donnjoliôt... et lint^... ol tMr«nnol... {Vh /(♦w/w.) On a dû \w\\tk \\\\w ot^lu muivoni, nVsl.oo pas?
l\i. v\\\^\\\i^^ Kl roln VOUS onnuiol..
WnM''^ XV
faire à Paris que de débiter des fadeurs.., (Elle s'arrête en apercevant M. (TAlaly^ qxàj debout à Vextrémité de la serre, la regarde d'un air inquiet.)
LE PRINCE. — Ahl...
PAUL ET TE, répétant machinalement. — Oui... que de débiter des fadeurs... {A partj regardant M. d'Alaly.) Allons l bon!... une scène de jalousie qui chauffe !•.. et Dieu sait pourtant si... (Illuminée,) Tiens! tiens! mais il y a peut-être quelque chose à faire de ce côté...
LE PRINCE, suivant toujours son idée, — Ce qui signifie qu'en vous débitant ces...
fadeurs... je perds mon temps?...
PAULETTE, changeant subitement de ton et d'allure. — Ai-je dit ça?...
LE PRINCE. — A peu près...
PAULETTE, très coquette. — Eh bien, ce n'était pas mon intention...
LE PRINCE, radieux. — Vrai?.,. Avezvoi s un jour, marquise?...
PAULETTE. — Oui... j'ai un jour pour les ennuyeux... le mardi...
LE PRINCE. — Ce qui veut dire?
PAULETTE. — Ce qui veut dire : venez le lundi, mercredi, jeudi, vendredi ou samedi... LE PRINCE. — Vous me comblez...
PAULETTE. — C'est VOUS quî me comblez, Monseigneur, et je...
LE PRINCE, souriant. — Je croyais que nous nous étions promis de ne plus c arrondir de guirlandes »?...
PAULETTE. — C'est vrai ! (Très gracieuse et surveillant toujours du coin de Vœil M. d'Alaly qui devient sombre.) Eh bien, venez me voir, Monseigneur, le plus souvent et le plus longtemps possible... ça me fera un très grand plaisir... Trouvez-vous, cette fois, la formule assez simple?...
LE PRINCE. — Oui... (Prenant Véventail de Paulette.) Ce chiffre de diamants est ra^'issanj,!... {Il V examine allentivement.) mais indéchiffrable...
PAULETTE. — C'est mon nom, écrit en lettres entrecroisées : Pauletie.
LE PRINCE. — Pauiette, quel gentil nom!
PAULETTE. — C'est pas un nom à la pose!... Et vous, Monseigneur, comment vous appelez-vous?
LE PRINCE. — Je m'appelle Hercule...
PAULETTE, effarée. — Sapristi!!!
LE PRINCE. — C'est un nom ridicule en France, n'esl-ce pas?... Dites-moi, quel est ce monsieur qui nous examine là-bas... près de la porte du grand salon ?
PAULETTE. — C'est M. de Gaillac, un ancien beau...
LE PRINCE. — Et celui auquel il parle?...
PAULETTE. — M. de Montespan...
LE PRINCE. — Ils VOUS accompagnaient tous deux au Bois l'autre jour... Ce sont vos y amis intimes?
PAULETTE. — Ce sont des intimes, mais je ne sais pas si ce sont des amis...
LE PRINCE. — M. de Montespan est très joli garçon...
PAULETTE, négligemment. — Trolivezvous?... Il est surtout faiseur d'œil, c'est ce qui donne du piquant à la physionomie, si on peut appeler ça du piquant...
LE PRINCE. — Quelle est sa carrière?...
PAULETE. — Iln'cnapas, Monseigneur.,.
Depuis la République, ce n'est pas chic d'avoir une carrière...
LE PRINCE. — Vous détcstcz la République?
^ PAULETTE. — Moi?... Pas du tout, Monseigneur? Ça m'est bien égall Pourquoi est-ce que je détesterais la République?
LE PRINCE. — Singulière chose pourtant, que les Français, que ce peuple spirituel entre tous, préfère être gouverné...
PAULETTE, continuant. — ... par neuf cents imbéciles plutôt que par un seul...
(S" apercevant qu'elle a dit une bêtise et bafouillant.) Ohl Monseigneur I... je dis ça,... vous savez... je ne parle que de la France...
LE PRINCE, riant de tout son cœur. — Que vous êtes drôle I ! I Ah ! ... je suis bien heureux de vous connaître !... (La dévorant des yeux.) On joue une valse... Voulez-vous que nous la dansions ensemble?... Si vous ne l'avez pas promise, toutefois?
PAULETTE. — Je n'ai rien promis. Monseigneur, et, quand même cela serait...
LE PRINCE, ravi. — Comment... si vous aviez promis cette valse à un autre... vous...
PAULETTE. — Je lâcherais l'autre. Monseigneur, . . . sans hésiter. . . (Elle se lève et s'ap-
puie au bras du prince.) Allons I... partons en mesure... si c'est possible... et surtout, gare aux coups de genou !...
M. D*ALALY, très eunuyé, à pari. — C'est stupide!... elle se compromet!... le prince manque de tact, aussi!... C'est la deuxième valse qu'il danse avec elle... et ça ne peut pas amuser, elle !... il valse comme une mazette... Alors, pourquoi danse-t-elle avec lui?... Je sais bien que deux valses, ça ne serait pas grand'chose, si elle avait valsé avec d'autres... Mais pas du tout... elle les a tous envoyés promener!... Et ils chuchotent... ils se font des signes en montrant le prince...
Je vais emmener Paulette... ça ne va pas être facile, par exemple !
MONTESPAN, GAILLAC, D'esTOURDY,
et DU H EL DE R, suivaut des yeux Pau^
lette et le prince qui continuent à valser :
— Ils valsent encore I et ils ne se sont pas quittés un seul instant !...
— C'est scandaleux !...
— Et d'Alaly qui semble enchanté !...
— Euh I Euh !... pas tant que ça!...
— La duchesse fait une tête... elle avait peut-être espéré...
— Le petit prince... Allons donc!... elle pourrait être sa grand-mère!...
— Vous êtes dur...
— Taisez-vous !... les voici !...
{Le prince amène Paulette à un fauteuil qu'elle lui désigne, la salue prof ondément et s'éloigne un peu,)
GAiLLAc, gouailleur, à Paulette. — Eh bien?...
PAULETTE. — Eh bien, quoi?...
GAiLLAC. — Comment est-il, ce fameux prince?...
PAULETTE. — Tout à fait gentil et agréable...
MONTESPAN, fiarquois. — Même quand il valse?...
PAULETTE. — Oui, Mousieurl... Ainsi, jugez un peu quand il ne valse pas !...
d'estourdy, à Montespan. — Attrapeçal...
MONTESPAN, regardant le prince (T Assyrie qui cause avec la duchesse de Corda-Potencia et le duc de Grenelle. — Il est à la pose, ce prince, il ne se fait présenter personne...
d'estourdy, pointu.. — H y a pourtant ici des gens de bonne noblesse...
PAULETTE, haussant les épaules, — Vous probablement?...
{D'Estourdy rougit jusqu'aux yeux.)
GAiLLAC. — Ma foi, je pourrais, moi, produire un certain nombre de quartiers et je ne m'en vante pas...
PAULETTE. — La lune ne se vante pas des siens non plus!...
GAiLLAc, veooé. — G'est très drôle!...
PAULETTE. — Vous u'ètes pas sincère...
M. d' AL AL Y, s' approchant. — Ma chère Paulette... il est bientôt trois heures, et je crois...
PAULETTE, sans toifcgfer. — Vous croyez???
M. d'alaly. — Mais que... que nous pouvous songer à la retraite...
PAULETTE. — Partir!... à présent?...
Jamais de la vie!... d'abord, j'ai promis le cotillon au prince...
M. d'alaly. — Eh bien, vous vous dégagerez... Je dirai au prince...
PAULETTE. — Rien du tout!... {Criant,) Monseigneur!... n'est-ce pas. Monseigneur, que je vous ai promis le cotillon?...
LE PRINCE, revenant vers Paulette. — Oui, certes...
PAULETTE, àM.d'Alaly. — Vous voyez?...
M. d' AL AL Y. — Nous prieroDS monseigneur de vouloir bien vous excuser... un peu de fatigue vous empêche de...
PAULETTE. — Un peu de fatiguel... mais ça n'est pas vrai ! . . . Ah bien ! . . . vous en avez un aplomb, vous, par exemple!...
M. d' AL AL Y, très contrarié^ voyant les sourires et les chuchotements des assistants. — Mais en vérité... {Bas à Paulette.) 11 faut partir... j'y tiens absolument...
PAULETTE, haut. — Et moi, je liens...
absolument aussi, à rester...
M. d'alaly. —Paulette, de grâce?...
PAULETTE
M. d'alaly, s'énervant malgré lui. — Allons, venez!.., (// lui prend le bras un peu brusquement, elle secoue son bras avec une violence extrême et pousse un cri perçant.
M. d'A laly stupéfait et effaré, la lâche.)
TOUS. — Qu'y a-l-il?../
PAULETTE, d'un air navré. — Rien...
pardon... mon mari m'a serré le bras avec une telle brutalité...
M. d'alaly, abruti, — Moi?...
PAULETTE. — Vous-même!... {Elle se frotte le bras.)
M. d'alaly. — Mais je vous ai à peine touchée...
LE PRINCE. — Mais, en effet,.., il me semble que...
PAULETTE, à part. — Petit serin, va!...
(A M. (TAlaly.) Je suis prête à vous suivre..,
M. d'alaly, au désespoir. — Mais non...
quand vous voudrez?... {Bas à Voreille.) Reste tant que tu voudras...
PAULETTE. — Merci... je souffre tellement que je préfère rentrer... {Elle continue à tenir son bras qWelle regarde douloureusement.)
GAILLAC, MONTESPAN, DU HELDER, LA DUCHESSE DE CORDA-POTEN CIA, d'eS- TOURDY, LE PRINCE, LE DUC DE GRE- NELLE, LA DOUAIRIÈRE DE LAUBARDE-
MO^T et plusieurs autres invités examinent la scène. Tableau,..
CHEZ l'avocat
Rue de Verneuil.
PAULETTE, descendant de voiture et regardant les numéros. — 13 bis, rue de Verneuil... C'est bien ici... {Elle entre sous la porte cochère.) Voyons si je n'ai rien oublié?... {Elle ouvre un petit porte-cartes de peau de requin bourré à éclater.) Mes
notes... griefs principaux... certificat de médecin... oui... je crois que j'ai tout... {Au
concierge,) Maître Ducharme?
LA CONCIERGE. — Au premier, au-dessus
de l'entresol!...
PAULETTE, montant V escalier en tapotant sa robe. — Elle est très réussie, ma toilette!... sérieuse, mais gentille tout de même!... Parce qu'on vient trouver un avocat pour des chose graves, il n'est pas nécessaire de lui faire peur... {Elle tire de sa poche une glace d'écaillé blonde à chiffre de diamants et arrange les petits cheveux du front.) Pas mal non plus, le chapeau!... Seulement, on a eu tort d'y mettre des oreilles d'ours... j'ai cherché dans un livre^ et j'ai trouvé : Oreille d'ours; amour du changement !... Si maître Ducharme allait croire que c'est un emblème?... Après ça,., il ne sait peut-être pas le langage des fleurs, cet avo-
cat!... {Elle sonne.) XWonsl... m'y voilà... il n'y a plus à reculer!... {Au valet de chambre qui ouvre la porte :) M. Ducharme reçoitil?...
LE VALET DE CHAMBRE. — Oui, Madame.
{Paulette remet sa carte au valet de chambre. Elle est introduite dans un salon ou plusieurs personnes attendent déjà. Ce salon ouvre sur une toute petite pièce ravissamment arrangée. Chaise longue^ drapée de cachemires de VInde anciens^ coussins de vieilles étoffes de soie brochée^ abat-jour de dentelle, miniatures, émauxy statuettes de vieux saxe, portraits d'enfants, bronzes, ivoires anciens, fleurs, etc.. Dans le salon, une vieille dame attend patiemment en traçant, du bout de son en-tout-cas, des dessins sur le tapis. Deux femmes, jeunes et assez agréables, causent à demi-voix. Une femme très vulgaire, accompagnée d'un homme
CHEZ L'AVOCAT i37
d'une cinquantaine (Tannées, sommeille dans un fauteuil, et unvieux bonhomme, en habit noir et cravate blanche, assis à une petite table devant la fenêtre, relit un volumineux dossier, auquel il ajoute des notes au crayon bleu).
PAUL ET TE, désappointée, à la vue de totU ce monde, à part. — Ah! bien!... J'attendrai longtemps!... {Elle arpente le salon.) J'aurais mieux aimé voir maître Ducharme tout de suite... J'ai peur de réfléchir.;. Non pas que je ne sois irrévocablement décidée, mais, parce que... quand je réfléchis... mes idées s'embrouillent. . . {ElleexamineV appartement.) Oh! la jolie petite pièce!... Un amour!... Comme c'est bien arrangé!... Il est marié, maître Ducharme, et certainement sa femme est jolie!... On voit ça tout de suite... à des riens... {Elle s'asseoit au pied
de la chaise longue de façon à voir l'intérieur
du premier salon.) Probablemenl, cette porte, là-bas, en face de moi, conduit dans son cabinet... C'est la vieille dame qui va entrer la première... elle est sur le fauteuil à côté de la porte... Chez Caroline, c'est comme ça!... On attend son tour sur le fauteuil près de la porte... Elle attend avec une résignation qui me touche, cette vieille damel... Ce que je donnerais pour avoir le Figaro!... ou mêmeun autre journal... {Regardant le vieux monsieur qui écrit toujours.) Ce bonhomme a ses paperasses pour s'amuser, lui, aumoinsl.. et les autres causent; ça m'énerve d'être là sans rien faire I...
{Maître Ducharme ouvre la porte de son cabinet, inspecte le salon d'un coup d'œil^ donne au vieux monsieur une poignée de main, examine rapidement PauUtte et fait entrer la vieille dame.)
PAULETTE, à part. — Quand je le disais,
que la vieille dame entrerait la première!...
{Une des deux dames qui causent prend le fauteuil laissé libre à côté de la porte; l'autre tire un pouf au milieu du salon et s'asseoi en face d'elle,)
PREMIÈRE DAME. — Ça va être à nous!...
DEUXIÈME DAME, à deui-voix. -^ Le cœur me bat... Gomment est-il, maître Ducharme?...
PREMIÈRE DAME, avec conviction. — Charmant!...
DEUXIÈME DAME. — Jeune?
PREMIÈRE DAME. — Oui...
DEUXIÈME DAME. — Etdéjàsi célèbre?...
Et vous pensez qu'il se chargera de mon affaire?...
PREMIÈRE DAME. — Je Tcspère... La mienne était bien plus compliquée, et il Ta
plaidée comme un ange... contre Barbarou, mon mari avait Barbarou...
PAULETTE, à]9ar^. — Elles viennentaussî pour divorcer ! . . . {Les regardant.) Elles marquent joliment mal, toujours...
{La porte du cabinet s'ouvre de nouveau^ un monsieur blond en sort et examine les clients,)
PAULETTE. — Qu'est-ce que c'est que celui-là?... il n'a ni chapeau ni canne... ilest delà maison...
LE MONSIEUR BLOND, allant à la grosse femme vulgaire, qui attend avec V homme de cinquante ans. — Madame, M. Ducharme est très occupé... les personnes qui attendent ont pris rendez- vous avec lui... il me charge de vous demander quelques renseignements, pour compléter ceux qu'il a déjà..»
LA GROSSE DAME* — Mais, Mousicur...
LE MONSIEUR BLOND. — Je suis le secré-
CHEZ L'AVOCAT Ul
taire de maître Ducharme.., et je lui transmettrai les explications que vous voudrez bien me donner. . . {La grosse dame le toise d'un air hargneux.) Si, au contraire, vous préférez attendre...
l'homme de cinquante k^s, avec éclat.
— Oh ! mais non l...{Ala femme.) Dis à monsieur, Adèle,... dis-lui tout...
LE MONSIEUR BLOND, vivement. — Tout, c'est inutile I... Je suis déjà au courant de l'affaire...
PAULETTE, àpart. — Allons! bon!... moi qui espérais m'amuserl... ' {Le valet de chambre apporte les lampes. Le vieux monsieur qui écrit fait un geste de satisfaction,)
LA PREMIÈRE DAME, à la deuxième dame. — Vous expliquerez bien tout à maître Ducharme... Ne cherchez surtout pas à lui faire la situation meilleure qu'elle n'est...
après, quand ilyoit ce qui en est, ça l'agace...
DEUXIÈME DAME. — Comment... il faut lui dire?...
{Elle se lève et va parler bas à la première Jarftey masquant complètement lOilumièrede la lampe au vieux monsieur qui écrit et fait des efforts désespérés pour y voir, essayant toutes les positions possibles; ne parvenant pas à en trouver une bonne, il attend d'un air navré que la dame soit retournée à sa place.)
LE MONSIEUR BLOND, à la grossc femme qui parle avec volubilité. — Tout ça ne me dit pas comment les faits se sont passés?...
LA GROSSE FEMME. — Depuis dix-huit mois, Monsieur, y m'cherchait des histoires à propos d'tout... Jamais vous n'avez vu un homme pareil... et quand on demeure l'un au-dessus de l'autre,.», vous comprenez?...
LE MONSIEUR BLOND. — Parfaitement...
mais l'important, c'est la scène du 22 mars elles injures qui l'ont suivie...
LA GROSSE FEMME. — BCU, c'jour-là, y
m'avait déjà appelée des noms dès l'matin...
LE MONSIEUR BLOND, prenant un crayon et une feuille de papier. — Le matin, ça nous est égal...
LA GROSSE FEMME. — Mais pas du tout!...
LE MONSIEUR BLOP^D, agacé. — Puisque c'est seulement de la scène du soir qu'il est question dans la plainte...
LA GROSSE FEMME. — L'matin, c'était rapport qu'en vidant des eaux dans l'plomb, j'en avais fait tomber sur sa fenêtre en-dessous...
^ LE MONSIEUR BLOND. — ■ Mais eucorc une fois. Madame, nous n'avons pas à nous occuper de ce qui s'est passé le matin...
LAGRossEFEMME. — Le soir, uous avious chez nous le capitaine Fracasse... qui faisait
un peu d'bruit... à diner... en courant après la bonne autour de la table... avec des grosses chaussures qui craquaient. . .
LE MONSIEUR BLOND, ahuri. — Le Capitaine Fracasse?...
LA GROSSE FEMME. — Oui, en retraite...
un d'nos amis... il paraît qu'il y a un capitaine Fracasse qui fait beaucoup parler de lui, c'est un autre;. •• à un moment, on entend taper au plancher, •. C'était monsieur, qui cognait au plafond avec un balai...
pour avertir d' taire Tbruit... Vous comprenez?...
LE MONSIEUR BLOND. — Oui... mais je croyais que c'était au contraire vous, qui...
LA GROSSE, FEMME. — Après... OUI...
paç'que la moutarde m'a monté... et que j'y ai dévissé Tpas d'vis qui tient sa suspension qui sortait au milieu d'notre plancher...
Alors, on a entendu un vacarme, et puis il a
monté furieux... Et y secouait la porte... et y m'appelait des noms...
LE MONSIEUR BLOND, écrivant toujours. — Quels noms?. . .
LA GROSSE FEMME. — Veau.,. vachève...
rosse... Qu'est-ce que vous dites de ça?...
LE MONSIEUR BLOND. — Evidemment, il a eu tort...
PAULETTE, à part. — Si j'avais seulement une bonne injure comme ça à apporter à maître Ducharme, moi !..•
LE MONSIEUR BLOND. — Après?...
LA GROSSE FEMME. — Rien-du-tout qu*"^ m'a encore appelée... et sale femme...
l'homme de CINQUANTE ANS. — Et
la rosse à tout le m^nde. Tu oublies la rosse à tout le monde!...
la grosse femme. — Ah! oui!... j'oubliais ! . . .
la première dame, à la deuxième
i46 AUTOUR DU DIVORCE
dame. — Ainsi, c'est convenu... je vous introduis et je vous laisse...
DEUXIÈME DAME, pudiqus. -^ Oh! pourquoi?.*.
PREMIÈRE DAME. — Parccque vous serez plus libre.... Cela vaut beaucoup mieux...
j'attendrai en voiture...
DEUXIÈME DAME. — Et VOUS croyez vraiment qu'il faut que je lui dise que... {EUe se lève de nouveau et reparle à roreille de la première dame. Le vieux monsieur cesse d'écrire et attend avec résignation le retour de la lumière.)
PAULETTE, à part. — Elle lie s'occupe même pas de savoir si elle bouche la lumière à ce pauvre vieux; bécasse, va !...
PREMIÈRE DAME, à la deuxième dame qui se rasseoit sur le pouf. — Oui... oui... il faut le dire... c'est indispensable...
{Maître Ducharme paraît à la porte et fait
un signe aux deux daines y en regardant en-
core Paulelte^ dont la présence parait le surprendre.)
PAULETTE, à part. — Il a encore louché sur moi I...
{Le valet de chambre introduit deux nou^ velles clientes fort éléganteSjChicàcôté; mises tapageuseSy maquillage évident,)
PAULETTE, les regardant y à part. — Oh!
Oh!..,
{Les deux dames se promènent dans V appartement y examinant tout; elles s'arrêtent étonnées à la vue du petit salon.)
— Tiens I ... il est marié I Ah bien I si j*avais su ! je serais allée chez un autre !..•
— Pourquoi ça?...
— Parce que c'est très gênant pour un divorce, un homme marié I... On ne peut pas lui faire croire tout ce qu'on voudrait...
PAULETTE, à part. — Encore des postu-
lantes au divorce!... sapristi!... Elles marquent encore moins bien que les autres !...
Pas brillants jusqu'à présent, les échantillons de divorcées!!!... Je vais prendre le fauteuil de la porte !... il n'y a plus que le vieux monsieur avant moi... et, comme il est installé à sa petite table, il ne se dérangera pas... (Elle traverse le salon et s'asseoit dans le fauteuil.) Tiens !... mais on entend parler dans le cabinet!... (Elle écoule.) On entend même ce qu'on dit.. . {Elle rit.) Je comprends à présent le silence et l'immobilité de la vieille dame !... {Elle écoute le bruit de voix qui s'élève peu à peu.) C'est très amusant!...
C'est singulier, je n'entends que ce que disent les femmes... Maître Ducharme a une voix grave qui ne perce pas autant... (Elle continus à écouter.)
UNE DES DAMES MAQUILÉES. — DiS
donc... il y a encore bien du monde avant
nous... si nous nous en allions?... Nous reviendrions un autre jour?...
l'autre dame maquillée. — Ce sera la même chose... Tendramy m'a [dit qu'il y a toujours du monde comme ça, ici...
une voix de tête, parlant du cabinet de maître Ducharme. — Ah! Monsieur!...
On voit bien que vous n'avez jamais aimélll...
paulette, à part, ahurie. — Ohl...
qu'est-ce qu'il a bien pu dire?... Il paraît qu'elle a aimé, la damel... {Elle rit.) Ça m'est d'ailleurs égal!... mais pourvu que maître Ducharme ne soit pas un homme de bronze... comme Bartolo... Je me souviens toujours de ma visite à Bartolo... Brrr!... il n'était pas encourageant, celui-là... Ah!...
les dames s'en vont !... il n'y a plus que le vieux monsieur avant moi ...
{Maître Ducharme entre dans le salon , ac-
compagne d'un jeune homme brun; il échange quelques mx>ls avec le vieux monsieur y tandis que le jeune homme s'approche de Paulette et Vinvite à entrer dans le cabinet y où il la suit.
PAULETTE, à part, examinant le jeune homme, puis le cabinet. — Encore un autre secrétaire!... il est joliment occupé, maître Ducharmel... C'est imposant, ce cabinet!...
ceç grandes bibliothèques!... {Apercevant un Code qui est posé sur le bureau.) Oh ! le beau Code!... Est-il gros!... Le mien est trapu, mais il n'est pas gros comme ça!... Je suis sûre qu'il y a là-dedans un tas de choses que je n'ai pas, moi!... Voyons... il faut tâcher de ne pas m'embrouiller... et de parler bas, surtout... pour ne pas faire comme la dame qui n*a jamais aimé... C'est-à-dire non, c'est maître Ducharme qui n'a jamais aimé... à ce que dit la dame...
CHEZ L'AVOCAT 15i
{Maître Ducharme rentre dans son cabinet et le secrétaire se retire.)
PAULETTE, est assise dans un grand faU' teuilprès du bureau^ sur lequel est posée une lampe à abat-jour rose; maître Ducharme s'installe à son bureau et se tourne vers elle. — Silence.
• MAITRE DUCHARME. — Voulez-vo US, Madame, me faire Thonueur de me dire pour q uel motif vous venez me trouver?. . .
PAULETTE. — Monsieur... (Résolument.) C'est parce que je veux divorcer!...
MAITRE DUCHARME, souriant avec bienveillanceet regardant attentivement Paulette^ pour deviner à qui il a à faire. — Ahl... Je suis tout à votre disposition. Madame... Puîsje vous demander qui vous a adressée à moi?...
PAULETTE. — Qui?... C'est persoMe...
c'est-à-dire si... c'est la Gazette...
MAITRE DUCHARME, UH fCU étontlé. —
Comment, la Gazette?...
PAULETTE. — Oui... la Gazette des Tribu^ naux...
MAiTRE^DUCHARME. — Ah!... le directeur de \di Gazette?...
PAULETTE. — Mais non!., .c'est parce que je vous y. ai vu le jour où je m'abonnais...
Ah I... quel vilain quartier!...
MAITRE DUCHARME, UH peu ahuri. — Pardon... mais je ne saisis pas très bien...
PAULETTE. — Mais sî... VOUS cherchiez un journal que vous aviez perdu... Alors, j'ai demandé votre nom, parce queje trouvais que vous aviez une bonne tête sympathique...
Pardon...
MAITRE DUCHARME, riatit. — Il n'y a pas de quoi, Madame
PAULETTE, continuant. — Et l'homme m'a répondu : c Mais c'est maître Du-
charme !... 3> En ayant Tair de me dire : € Comment ! vous ne connaissez pas maître € Ducharme? Ah ! ça, vous vivez donc dans « une bouteille?... » Alors, j'ai pensé : s'il m'en faut absolument un... c'est celui-là que je prendrai...
maître] DUCHARME, à part. — Quelle drôle de conversation! (Haut.) Eh bien, Madame, si vous voulez me dire les motifs qui vous obligent à divorcer... (Il prend une pose attentive.)
PAULETTE. — Oui, Mousieur... D'abord, pour commencer, il me tracasse depuis que je suis mariée... pour des riens...
MAITRE DUCHARME, souriant. — Ce ne sont pas des motifs suffisants, mais vous en avez d'autres, sans doute
PAULETTE. — Si j'en ai d'autres?... Ah!..
vous allez voir ça !.. . (Elle fouille avec emportement dans le petit porte-cartes.) Il enezl..^
(avec volubilité.) Il m'a appelée « fille », Monsieur.,, au Bois!... au moment où je m'y attendais le moins!... parce que j'ai dit qu'Abeilard méritait son nom ... Et, chez la duchesse, il m'a secouée à tour de bras... parce que je refusais de m'en aller... j'avais promis le cotillon au prince... qui vous le dira!... C'était sa faute, puisqu'il m'avait présentée à lui... en me recommandant d'être correcte...
et c'est ça qui n'était pas correct, de m'emmener en laissant le prince le bec dans l'eau...
MAITRE DUGHARME, gui a (2e la peine à garder son sérieux. — Voyons, Madame, si vous voulez bien le permettre, je]vous prierai de répondre aux quelques questions que je vous adresserai?...
PAULETTE. — Ah!... vous trouvcz que je ne vous explique pas assez clairement mon affaire? {Mouvement de maître Ducharme.) Oh! ne protestez pas, je m'en
rends bien compte moi-même, allez!...
MAITRE DU CHARME, (Tufi touqueVhabitudérend mécaniquement compatissant. — Madame, je crois qu'en effet, notre conversation sera plus utile, si vous m'autorisez à la diriger, . .et à prendre quelques notes. A quelle époque vous êtes-vous mariée?... {Il écrit.)
PAULET TE. — Au mois rte mai 83...
MAITREÎDUGHARME. — VouS VOUS êteS
mariée à Paris, sans doute?...
PAULETTE. ' — Oui, Monsieur.., MAITRE DUCHARME. — Ghcz qucl notaire a été drcssé.lc contrat de mariage?...
{Doux et conciliant.) Il sera nécessaire, si nous devons suivre, de me communiquer
ce contrat...
vkVLETHEy avec explosion. — Gomment !.•
si nous devons suivre?... mais certainement... mais ça ne fait même pas question!... Est-ce que, vous aussi, vous voulez m'en-
traver?... Ah |ça! tous les avocats sont donc les mêmes?...
MAITRE DUCHARME. — Tous les avocats?
Est-ce que vous avez déjà consulté, Madame?...
PAUL ET TE. — J'ai consulté... sans consulter... maître Bartolo... dans le temps.,, et puis un autre petil...
MAITRE DUCHARME. — Mais, Madame, nous n^avons'pas, entre confrères, l'habitude de nous prendre nos clients.,, et si vous n'avez pas de raisons sérieuses de quitter...
PAULETTE, impétueusement. — Ah! je n'en veux pas d'autre que vous, moil...
d'abord, les autres n'ont pas voulu ! . . . c'est-àdire, Bartholo parce que le petit ne demandait pas .mieux, lui!...
MAITRE L\] CE Ai^^E,perpleœe y à part. — Pourquoi Bartolo a-t-il refusé de s'occuper de son affaire? (Haut.) Vous êtes sûre, Madame,
que c'est bien maître Bartolo que vous avez vu?...
PAULETTE. — Quand je vous le dis!... un grand maigre... sérieux... cassant... qui m'a donné des conseils que je ne lui demandais pas, et qui m'a refusé ceux que je lui demandais...
MAITRE DUCHARME, souviant. — Maître Bartolo, Madame, a un immense talent,... une honorabilité qui...
PAULETTE. — Ça, ça m'est égal!...
MAITRE DUCHARME. — YOUS faisiez,
tout à l'heure, allusion à un autre de mes confrères que vous auriez aussi consulté?...
PAULETTE. — Oui... uu petit... maître Lemondyn... Eh bien, voulez-vous que je vous dise... il ne m'a pas eu l'air sérieux du tout, ce petit-là?... J'aime encore mieux l'autre!..
MAITRE DUCHARME, riant tOUJOUTS. —
Mais il sait être sérieux lorsqu*il le faut, Madame,... et...
PAULETTE. — Eh bien, ce jour-là, il ne le fallait probablement pas... Enfin, ce n^estpas pour parler de ces messieurs que je viens vous voir, et...
MAITRE DUGHARME. — Je VOUS demande pardon, mdidaime... {Changeant de fow.)Nous disons donc que M. d'Alaly a envers vous des torts...
PAULETTE. — Ohl oui, Monsîeur!...
MAITRE DUGHARME. — Vous a-t-il trompée?...
PAULETTE. — • Trompée?... Ah! bien oui!... mais c'est tout le contraire!... s'il me trompait.. . il m'ennuierait bien moins ! . . .
MAITRE DUGHARME. — Ah !... qu'a-t-il fait alors?...
PAULETTE. — Il a été tracassier, jaloux, insupportable, me soupçonnant toujours à
tort, — malheureusement 1 — me faisant des scènes.
MAITRE DUCHARME, timidement. — Tout ça, Madame, ne me paraît pas bien grave... et, pour obtenir le divorce, il faut. . . .
PAULETTE, avec volubilité. — Des excès, sévices ou injures graves... oui, je saisi...* J'ai tout ça, Monsieur!... Âh! ça n'a pas été tout seul!... il y a eu du tirage!...
MAITRE DUCHARME. — M. d'Alaly s'CSt
emporté jusqu'à vous dire des injures?...
PAULETTE. — Oui...
MAITRE DUCHARME. — Devant témoins?
PAULETTE. — Oui... au Bois... il m'a appelée « fille ]b!... {Elle déploie un des nombreux petits papiers contenus dans le porte-cartes. Mouvement d'effroi de maître Ducharme,) le 27 mars... à onze heures et demie du matin... dans l'allée des Poteaux... (Interrogalivement.) Cane suffit pas?...
MAITRE DUCHARME. — Cela dépend...
mais ne parliez-vous pas de sévices?
PAULETTE. — Oui... chcz la duchesse de Corda-Pontencia...
MAITRE DUCHARME» — En effet... VOUS
aviez, disiez-vous, été secouée par M. d'A-
laly?...
PAULETTE. — Ah! mais... comme un prunier ! . . . {Sortant un autre petit papier.) A trois heures cinquante du matin, avenue Hoche... dans le grand salon, à côté du jardin d'hiver. . .
MAITRE DUCHARME. — Et VOUS avCZ dcS
témoins qui attesteront le fait?
PAULETTE. — Parfaitement... autant que j'en voudrai!... Et puis, voici le certificat du médecin...
MAITRE DUCHARME, surpris. — Un certificat qui atteste que vous avez été...
secouée?...
PAULETTE. — Non pas!... (Triomphante.) Mais qui constate l'ecchymose amenée au bras par la violence de la pression. (Racontant.) Quand je suis rentrée... mon bras était rouge... tout rouge... Alors, j'ai bien vite envoyé chercher le docteur... (Lisant.) € Le 4 avril à huit heures du matin, j'ai été appelé chez madame la marquise d'Alaly et j'ai constaté, à son bras gauche, la présence d'une plaie contuse, paraissant résulter d'un coup ou d'une forte pression..., etc.. >
MAITRE DUCHARME. — Bon!...
PAULETTE. — Ahl... C'est bon, n'est-ce pas?. .. Alors, avec çâ vous pouvez marcher?..
MAITRE DUCHARME. — On pCUt...
marcher certainement... mais, il faut auparavant mûrement réfléchir...
PAULETTE. — Mais j'ai réfléchi, c'est fait!., je suis décidée. Monsieur, je vous dis, absolument décidée...
MAITRE DU CHAR MB. — Veuillez me donner le nom de votre avoué?.,.
PAULETTE. — Mon avoué?... je n*en ai pas 1... Ah ! c'est-à-dire, si ! maître Bonavy !.. mais il faut en prendre un autre, parce que, lui, c'est un ami...
MAITRE DUCHARME. — RaisOU de pluS
pour le choisir. . .
PAULETTE. — Mais non !.. c'est un ami de ma famille et de celle de mon mari; alors, vous comprenez, il ne veut pas s'occuper de çal...
MAITRE DUCHARME. — En cc cas, je vais vous adresser à un autre, auquel j'expliquerai l'affaire,.. {Souriant.) ou du moins, ce que je sais de l'affaire, 'afin de vous épargner un récit nouveau de faits toujours pénibles...
PAULETTE. — Eh! dites donc tout simplement que, sans la connaître, l'affaire.
VOUS l'expliquerez tout de même mieux que moi... Ne vous gênez pas 1...
MAITRE DUCHARME, souviant sans prO' tester. — Yous n'aurez plus adonnera l'avoué que quelques renseignements complémentaires... puis, il vous fera signer la demande...
PAULETTE. — Je signerai tout ce que vous voudrez... seulement, faites marcher ça le plus vite possible, n'est-ce pas?., est-ce que ce sera aussi long que pour la dame qui se plaignait tout à l'heure des lenteurs de la justice? (Mouvement de maître Ducharme.) Ahl... G'estqu'il faut que je vous prévienne... On entend tout... quand on est sur le fauteuil...
MAITRE DUCHARME, afturi. — Surlefauteuil?... (Reprenant.) Madame, je presserai le plus possible...
PAULETTE. — Ohl oui!... jc VOUS en prie!... parce que l'existence va me devenir
iU AUTOUR DU DIVORCE
tout à fait impossible... ma belle-mère me...
MAITRE DUCHARME. — Ah 1 il ya Une belle-mère?...
PAULETTE. — Et une vraie, allez! quand vous la verrez...
MAITRE DUCHARME. — Mais... je ne la verrai pas... C'est à mon confrère qu'elle aura à faire...
PAULETTE. — A vous aussi!...On voit bien que vous ne la connaissez pas!,.. (Elle se lève.)
MAITRE DUCHARME, la reconduisatit. — Pensez-vous, Madame, que M. d'Alaly fasse quelque opposition?...
PAULETTE. — Ah!... Je crois bien, qu'il en fera, de l'opposition !... et tant qu'il pourra encore! Ah bien!... il ne manquerait plus que ça, qu'il n'en fît pas ! . . Ce serait d'une insolence pour moi!...
MAITRE DUCHARME, àparf. — ToutCS ICS
CHEZ L'AYOGâT 165
mêmes, au fond ! . . . C'est égal I . . . CelleJà est un type... au moins dans laforihel... Drôle de petit produit moderne!... (Saluant respectueusement Paulette qui sort.) Madame...
tous mes respects...
vxvLETTEySaluantfà part. — Il est charmant, mon avocat I...
Chez le président [du Tribunal.
Une pièce très sombre, entièrement garnie de bibliothèques. Fenêtres donnant sur une galerie. Table couverte d'un tapis vert à franges ; chaises et fauteuils en noyer sculpté et velours vert un peu usé. Tapis vert foncé, ras et sec, n'étouffant pas le bruit des pas.
Sur la table, papier, plumes, encrier, gros
livres d'aspect rébarbatif; sébille à pou-
M. D*ALALY. Redlogote sérieuse; pantalon foncé; les deux gants mis; Pair inquiet.
PAULETTE. Toilette de barège carmélite très sobre, à jupe droite. Capote de paille carmélite à touffe d'héliotrope ; aspect correct; l'air très calme.
En face d'eux, séparé par la table à laquelle il est assis :
LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL. Il par-
court des yeux des papiers timbrés et s'adresse à Paulette et à M. d'AIaly, d'une voix monotone, lente et assurée.
Au bout de la table : le greffier.
LE PRÉSIDENT. — Le législateur...
PAULETTE, à part. — .. . dans sa sagesse. ••
LE PRÉSIDENT. — ... a VOUlu quC VOUS
fussiez éclairé sur la gravité...
PAULETTE, à part. — Haute... la haute gravité...
(m. d'alaly écoute attentivement d'un air approbatif.)
LE PRÉSIDENT. — ... de la mesure que vous allez solliciter du tribunal... Je n'ai pas, devant des personnes de votre condition, à m'étendre...
PAULETTE, à part. — ... longuement...
LE PRÉSIDENT. — ... sur Ics luconvénients de toute nature qu'elle entraîne forcément avec elle... pour vous, pour vos enfants...
PAULETTE, vivement. — Il n'y en a pas...
(m. d'alaly esquisse un geste de regret.)
LE PRÉSIDENT, regardant son papier timbré. — C'est vrai; d'ailleurs, ma mission ne se borne pas à vous signaler ces inconvénients; j'ai encore à remplir un devoir,
dont l'exercice ne me paraît pas sans utilité dans cette circonstance spéciale...
PAULETTE, à par^ — Pauvre homme!...
il tient à placer tout son petit boniment...
LE PRÉSIDENT. — ... J'entends parler d'une dernière tentative de rapprochement...
vkVLETTEj àpart. — Aïel...
M. d'alaly. — Ah!... (Pour mieux boire
les paroles duprésident, il rapproche sa chaise; Paulette recule instinctivement la sienne.)
LE PRÉSIDENT, Continuant. — ... Ei, je vous dis en toute sincérité...
PAULETTE, à part. — J'te crois...
LE PRÉSIDENT, sc toumant vers Paulette.
— Que quand je relis les griefs énoncés dans votre requête. Madame, ils ne ine paraissent pas de nature à rendre inévitable...
(Mouvement de protestation de Paulette et geste d'assentiment de M. d'Alaly.) tout au moins quant à présent, la dissolu-
tion du mariage... {Même jeu.)ie ne vois rien de bien grave dans les faits articulés...
PAULETTE, oubliant peu à peu r attitude correcte qu'elle s^était promis de conserver. — Ah bien ! . . . Qu'est-ce qu'il vous faut (ionc ?
LE PRÉSIDENT. — Jcue vois que quolques difficultés de caractère... des remontrances, peut-être un peu vives, mais assurément inspirées par une affection sincère... (M. d'A" laly approuve de la tête, Paulette trépigne.) ... quelques scènes de jalousie...
PAULETTE. — Quelques scènes!... des scènes incessantes, Monsieur!...
LE PRÉSIDENT. — Dout, permettcz-moi de vous le dire, Madame, vous vous exagérez peut-être l'importance...
PAULETTE. — Comment, je m'exagère!...
Eh bien? et les sévices?,..
LE PRÉSIDENT, étoHné. — Qucls sévices?...
PAULETTE. — Mon bras!... mais vous n'avez donc rien lu?... (A part.) Un magistrat, moi je croyais que c'était sérieux, posé, et pas du tout... Ça va, ça va comme une vieille corneille qui abat des noix!...
LE PRÉSIDENT, qui a jeté les yeux sur le dossier. — Ah!... oui... je vois... il est fait
allusion... {Souriant presque.)... Pas bien graves non plus, ces sévices?
PAULETTE. — Pas gravcs*, pas graves...
vous trouvez ça, parce qu'il ne s'agit pas de vous!... Si on vous enfonçait le fermoir de votre bracelet dans le gras du bras, vous pousseriez probablement des cris de paon tout comme un autre...
{Le président reste un instant interloqué; le greffier considère Paulette avec étonnement et bienveillance.
LE PRÉSIDENT. — Alors, c'cstun bracclct que...
PAULETTE, montrant M. d'Alaly^ qui semble navré) — ... que monsieur m'a fait entrer dans le bras... précisément!.. Et ça devant deux cents personnes... Oh!., j'ai des témoins!...
M. d'alaly, désolé. — Je ne sais en vérité comment cela m'est arrivé!.. Ça a été un mouvement nerveux, involontaire !.. que je regrette profondément...
PAULETTE, ragfeusô. — J'attendais ça!... un mouvement nerveux, involontaire... Eh bien, non!... avec moi ça ne prend pas, vous savez!... Ça peut être très utile dans un duel, ces regrets-là!... mais je ne veux pas qu'on m'achève, moi!... Je ne suis pas chevaleresque pour deux sous, moi!... Ah! mais non ! {Le greffier se tord.)
M. d'à LA L Y. — Mais jamais un semblable mouvement d'emportement ne se renouvellerait, je vous le jure... (SwppKan^) Jamais...
LE PRÉSIDENT. — Vous entendez, Madame, et devant cet engagement solennel pris en ma présence, vous pourriez, il me semble, renoncera...
PAULETTE. — Jamais de la vie!...
LE PRÉSIDENT. — ...au moius momentanément...
PAULETTE. — C'est impossible, monsieur le président ! ma vie est un enfer !... Des tracasseries sans nombre, des scènes qui ne finissent pas...
M. d'alal Y. — Mais, puisque je promets de...
LE PRÉSIDENT, Conciliant. — Oui, puisque monsieur promet de...
PAULETTE. — Mais il ne peut pas se changer!... moi non plus!... Alors qu'est-ce que vous voulez que ça donne?... ^
LE PRÉSIDENT. — Mais...
PAULETTE. — Moi, je suis gamine... Oh!
peut-être trop, c'est bien possible... je ne dis pas le contraire, mais enfin je suis comme ça!... Eh bien, lui, il est sévère, gourmé, correct... Ainsi, regardez-le, monsieur le président, vous croyez peut-être que c'est pour venir chez vous qu'il a pris cette tête-là, et qu'il s'est habillé comme ça tout sombre... Eh bien, pas du tout, il est toujours le mêmel {Avec conviction.) Croyez-vous que ce soit amusant, dites?...
LE PRÉSIDENT. — Mou Dicu, Madame, la vie n'est pas toujours telle qu'on souhaiterait qu'elle fût... et on ne se marie pas uniquement pour s'amuser...
PAULETTE. — Moi, justement, je ne m'étais pas mariée pour autre chose!.:. {Mouvement du président.) Oh ! c'est peut-être un tort, mais enfin la déception n'en est pas moins grande...
LE PRÉSIDENT. — Je SUIS couvaincu que
M. d'Alaly fera tout pour aplanir les diff...
M. d'alaly. — Oui... Je vous laisserai agir à votre guise, je...
PAULETTE. — Eh! allons donc!... {Au président.) Mais il n'est pas le maître, Monsieur, il y a sa mère. . .
LE PRÉSIDENT. — Ahlil y a...
PAULETTE. — Une belle-mère! parfaitement!... Et quelle belle-mère?... Son fils a d'elle une peur bleue. . . comme tout le monde, du reste!... elle est tellement méchante!... et elle le conduit par le bout du nez, elle l'excite contre moi, elle l'asticote tout le temps... Ah ! si vous la connaissiez !...
LE PRÉSIDENT. — Mais...
PAULETTE. — Et vous la connaîtrez!... Oh!
elle viendra vous trouver ! Si elle avait le droit d'être sévère, encore... je ne dirais trop rien... mais elle n'a pas ce droit-là du tout... Vous savez bien, la fameuse marquise
d'Alaly?... qui a tant fait parler d'elle... il y a longtemps... c'est celle-là I
LE PRÉSIDENT, embarrassé. — Mon Dieu, je...
PAULETTE, impétueusement. — Mais si...
sous Louis-Philippe. . .[^Rappelez-vous?. .. vous pouvez très bien vous rappeler ce tempslà... Eh bien, Monsieur, depuis que je suis mariée, elle n'a pas cessé de manigancer des infamies... et, comme elle habite avec nous...
LE PRÉSIDENT. — Eh bien, mais il me semble que, sur ce point... {Il regarde M. d'Alaly qui a Vair d'être au supplice,) on pourrait s'entendre... l'habitation avec la belle-mère n'est pas indispensable, et si monsieur voulait...
PAULETTE, interrompant. — Il ne peut pas!... Elle fait partie du mobilier laissé à monsieur par son père...
M. D*ALALY. — Mon père a, par son testament, laissé à ma mère le droit d'habitation dansThôtel...
PAULETTE. — Et à la campagne aussi, Monsieur 1 (A M. d'Alaly ahuri.) Ah! je ne sais pas ce que vous avez bien pu lui faire, à votre père, mais il faut que vous lui ayez donné de fameux sujets de mécontentement, pour qu'il se soit vengé aussi durement !
M. d'alaly. — Paulette, je me fais fort d'obtenir de ma mère qu'elle cesse absolument de s'occuper de notre ménage...
PAULETTE, haussant les épaules. — C'est comme si vous vouliez empêcher un canard de barboter sur une mare qu'il voit à sa por-
M. d'alaly. — Cependant... je vous assure que...
PA LETTE. — ... Que c'est impossible!...
Vous savez bien qu'elle vivrait plutôt sans
manger que sans faire du mal, voire mère...
M. d'alaly. —Je vous en prie, Pauletle, réfléchissez...
PAULETTE. — C'est faill... el vous penserez peut-être comme moi, que M. le président doit trouver notre visite assez longue...
M. d'alaly. —
LE PRÉSIDENT. — Je VOIS, avec un vif regret, que vous persévérez dans la résolution si grave que vous avez prise, et, tout en permettant d'engager l'instance... (Motivement de triomphe de Paulelte,''g$sie découragé de M. d'Aïoli/.) je veux espérer encore que la réflexion fera ce que je n'ai pu faire.. . Vous pouvez vous retirer...
(Salïtts. — M.d'Alaly et Paulette se dirigent vers la porte.)
LE putsïDEHj, ail greffier. — Combien en avons-nous encore, aujourd'hui?...
LE GREFFIER. — ...core cinq, monsieur le président...
LE PRÉSIDENT. — Pressons uû peu, pressons un peu
PAULETTE, à part. — On ne leur fera pas un tas d'objections inutiles comme à nous, à ceux qui vont venir ! . . .
l'enquête
Devant le Palais de Justice.
Il est deux heures.
M. d'iiautretan. Redingote noire, chapeau gris, gants gris, tenue très correcte et très élégante. — Il descend de voiture et fait descendre Paulette.
PAULETTE. Robe ds dentelle noire, chapeau béguin en tulle point d'es-
prit couronné d'hirondelles. Air grave.
M. d'hautretan. — C'est ici que tu as rendez-vous avec ton avoué?...
PAULETTE. — Oui... il m'a dit à deux heures... devant le Palais... Tâche d'avoir l'air bien sérieux, bien sévère, n'est-ce pas, papa?...
M. d'hautretan. — Oui... x)ui...
PAULETTE. — Tu uc répouds pas avec conviction?...
M. d'hautretan. — Ah! tu m'ennuies!..* l'air sérieux, je l'ai toujours...
PAULETTE, souriant. — Plus ou moins...
M. d'hautretan. — Quant à sévère, je ne vois pas pour qui j'aurais l'air sévère, à moins que ce ne soit pour toi?...
PAULETTE. — Comment, pour moi?...
M. d'hautretan. — Oui... lu ne t'imagines pas que j'en veux à ton mari, n'est-ce
tS2 AUTOUR DU DIVORCE
pas?... Un brave garçon que j'aime bien et que je plains de lout mon cœur...
PAULETTE, riant. — Et tu l'attrapais à chaque instant... sous un prétexte ou sous un autre...
M. d'hautretan. — Eh bien, certainement, je l'attrapais, c'était une preuve d'affection!... Tiens, n'est-ce pas ton avoué, ce monsieur?...
PAULETTE. — Ton avoué... ton avoué...
Pourquoi appuie-tu comme ça sur ton?... A t'entendre, on croirait qu'il n'est qu'à moi, cet avoué!... (Regardant autour d'elle,) Où donc vois-tu un monsieur?...
M. d'hautretan. — Là... à droite... sur le trottoir... il al'aird'attendre quelque chose...
PAULETTE. — Tiens, oui!... C'est nous, parbleu, qu'il attend!... Oh!... il a sa Tobe!... dehors!... Gomment ose- t-il sortir avec sa robe?...
L*ENQUÊT£ 183
M. d'hautretan. — Mais ça se fait très bien... autour du Palais... on^st habitué à ça, personne n'y fait attention.,, ailleurs, ça étonnerait...
PAULETTE. — Oui... Je crois que si, entre quatre et cinq heures, M. Godard se promenait sur le boulevard dans ce costume-là, il aurait un rude succès ! . . . •
M. d'hautretan. — Qu'est-ce que c'est que M. Godard?...
PAULETTE. — Eh bien, c'est l'avoué...
Comment, papa, tu ne sais même pas le nom de notre avoué?...
M. d'hautretan. — Notre avoué... parle pour toil... Je ne me mêle pas de cette affaire-là, moi!... Tiens!... vois-tu, tu es folle avec ton divorce!... Tous les gens sensés te diront que tu es folle ! . . .
PAULETTE. — Oh! écoute, papa, il n'est plus temps de revenir là-dessus, au mo-
ment de l'enquête... et, quand ce pauvre M. Godard se morfond sur le trottoir...
dans sa robe!... {Elle va à V avoué; sa-
l'avoué. — Si vous voulez me suivre, je vais vous indiquer le chemin. {Il tourne à droite dans la cour; monte le petit escalier^ entre dans la salle des Pas-Perdus et se dirige vers Vescalier à deux branches^ qui conduit à V étage supérieur.) . PAULETTE, avec effroiy reconnaissant vaguement où elle est. — Est-ce qu'on retourne chez le président?...
l'avoué. — Non... Madame, non... nous montons au-dessus... à la quatorzième chambre...
PAULETTE, curieusement. — C'est çà, la salle des Pas-Perdus 1 C'est bien joli!... et ça grouille ! ... C'est d'un gai ! . . .
M. d'hautretan, agacé. — Mais tu as
L'ENQUÊTE i85
déjà VU ça l'autre jour... puisque tu as été chez le président...
PAULETTE. — Gomment sais-tu qu'on passe par ici pour aller chez le président?... Tu y as donc été aussi?... Qu'est-ce que tu avais fait pour ça, dis, papa?...
{M. d'Hautretan hausse les épaules sa^is répondre.)
PAULETTE, piquée au milieu de T escalier y regardant toujours la salle, — Certainement je l'avais vue l'autre jour, celte salle !... Mais pas dans de bonnes conditions... mon mari était là... alors, ça me gâtait tout mon plaisir!...
M. d'hautretan, les yeux au ciel. — Elle appelle ça son plaisir !...
{Paulette s'arrache à sa- contemplation et on arrive à la porte de la quatorzième chambre^ où attendent déjà M. d'A laly et sa mèrey accompagnés de leur avoué et de
ig6 AUTOUR DU DIVORCE
maître Lord^reaii. Maitre Bucharme^ qui attend également^ s'avance au devant de Paulette.)
PAULETTE, à maitre Ducharme, — Allonsnous-en!...
MAITRE DUCHARME, étonné. — OÙ ça?
PAULETTE. — OÙ VOUS voudrez, ça m'est égal!... je ne peux pas rester ici... mon mari ne me gêne pas, mais c'est ma bellemère!...
MAITRE DUCHARME. — Il n'y a malheureusement pas d'autre endroit où nous puissions attendre...
PAULETTE. — Gomment, pas d'autre endroit?... alors, on ne s'asseoit pas?...
MAITREDUCHARM E. — Hélas!...
PAULETTE. — C'est ici qu'on va nous juger?...
MAITRE DUCHARME, sourtant et mon^ trant la porte de la quatorzième chambre, —
Non, Madame, l'enquête aura lieu à cette chambre...
PAULETTE. — Est-ce qu'on ne peut pas y entrer?...
MAITRE DUCHARME. — Si, Madame...
il y a audience publique... mais... vous n'y serez pas beaucoup mieux qu'ici...
PAULETTE, se retoumant vers son avoué et M. (THautretan. — Voulez...? (Restant stupéfaite,) Oh I... papa ! ! 1
M. d'hautretan, qui causait avec M. d'Alaly^ revenant, — Qu'est-ce que lu veux?..,
PAULETTE. — Gomment, papa, tu parles à mon mari I... tu lui donnes des poignées demain!... Ohl ne dis pas non!... je t'ai vul...
M. d'hautretan. — Mais je ne dis pas non !... Je n'ai aucun motif de ne pas donner de poignées de main à Antoine, moi]..
PAULETTE, exaspérée. — Aucun motif!...
Mais c'est épouvantable, ce que lu dis là!...
M. d'hautretan, irafiqiiilUmcvt. — Est-ce épouvantable?.., . PAULETTE. — Un homme duquel je me sépare ! . . •
M. d'hautretan. — Ça, ma chère enfant, ça ne me regarde pas!... C'est ton affaire... je consens à l'accompagner ici, pour que tu ne sois pas seule... Mais je blâme hautement la décision que lu as prise. .. du diable si je sais pourquoi !
PAULETTE. — C'est ça... tout le monde me lâche !... (Sautant en Vair.) A propos! Et mes témoins qui ne sont pas là!...
LA MARQUISE d'alaly, à M. d'AMy qui dévore Paulelte des yeux. — Mais ne regardez donc pas ainsi votre femme... Vous êtes ridicule!...
L*£NQUÊT£ 189
,. M. d'alaly. — C'est que... (A maUre Lordereau.) Mais enfin... le tribunal ne peut pas prononcer le divorce àproposderien?...
Il ne le prononcera pas.- N'est-ce pas, cher Monsieur?...
MADAME d'alaly, coupatit la parole à
maître Lordereau qui va répondre. — Ah I j'espère bien que si I... Vous avez brutalisé votre femme, heureusement!... eton...
M. d'alaly. — Heureusement I Ohl...
Pouvez-vous parler ainsi d'un mouvement d'emportement dont je suis honteux et désespéré!... d'autant plus que ça est arrivé un peu par votre faute... (Madame d'Alaly sourit méchamment,) Oui... souvenez-vous?
Pendant cette soirée, vous m'avez excité contre Paulette...vous avez attiré avec in-
; sistance mon attention sur sa tenue... sur
\ ses prétendues légèretés...
MADAME d'alaly. — Tâchcz de vous te-
nir... voici les témoins de votre femme.. • MAITRE LORDEREAU, à part. — - Sans
doute, la petite femme a tous les torts...
d'abord la femme a toujours les torts!...
{Regardant madame d'Alaly.) Mais c'est
égal !... Quelle belle-mère !
(Paulette et M. d' H autre tan vont au-devant
de la DOUAIRIÈRE DE LAUBARDEMONT qui
entre, escortée de gaillag, de montespan et du DUC DE grenelle.)
paulette. — Que je vous demande pardon du dérangement que je vous cause!...
(A la douairière qui cherche où s'asseoir.) Ah !. . . Ce n'est pas confortable, l'antichambre de la justice !... (A maître Ducharme) . Est-ce que nous allons rester longtemps là?...
MAITRE DUCHARME. — Vous, Madame, vous entrerez dès que commencera l'enquête, mais les témoins sont entendus isolément et ils attendent ici leur tour...
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L*£NQUÊTE 191
PAULETTE. — Ah!... (Criant) Papa!.. •
m.d'hautretan. — Qu'est-ce que c'est?...
PAULETTE. — Veux-tu aller acheter un pliant pour madame de Laubardemont?...
M. d'hautretan, ahuri. — Un pliant?...
PAULETTE. — Ou une chaise, un tibouret, enfin ce que tu voudras... (Elle liisse M. d'Hautretan s^expliquer avec la dou lirière et court vers le tri kg d'assyrie , qui entre avec la duchesse de corda-
POTENCIA 6t D'ESTOURDY.)
LE PRINCE. — Ce n'est pas moi qui suis en retard !... c'est la duchesse qui m'amène... et.... (Riant.)... on ne s'imagine pas le temps qu'il lui faut pour mettre son chapeau, à la duchesse!...
PAULETTE. — Ah! Monseigneur, vous avez bien le temps, allez I