‹ Autour du divorceChapitre 24 sur 34 · LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT

PAULETTE. — Vous ne vous en souvenez probablement pas?

LEt>RÉsiDENT. — Si, Madame...

PAULETTE, [surprise. — Ah!... je pensais««. je. . •

(le vRÈsiDEfiT s'adosse à son fauteuil de bureau et étale ses mains sur les bras du fauteuil, mais sans parler,)

vkVLETTE, perdant unpeu desonaplomb.

— Je viens. Monsieur, recommander cette affaire... à... à votre bienveillante attention...

LE PRÉSIDENT. — C'est inutile, Madame...

PAULETTE, interloquée. — Ah!...

LE PRÉSIDENT. — Notre attention... L'attention du tribunaU .s'étend à toutes les affaires...

PAULETTE, vivement. — J'en suis convaincue, mais...

LE PRÉSIDENT.. — Quaut à sa bienveillance, elle vous est acquise^

PAULETTE, joy^iwe. — Jevousremercie!..,

LE PRÉSIDENT. — Au même litre qu'à l'autre partie... >

V kVLET TEydésappointée. — Ah \...{Apar t.) Vieux... chancelier Pasquier, va!... (Elle se lève.) Je vous demande pardon. Monsieur, devons avoir inutilement dérangé...

LE PRÉSIDENT. — Oh!... notre profcssiou nous expose, nous oblige même, à subir ces dérangements...

PAULETTE, stupéfaite^ à part. — Subirl est-il grossier!... {Haut, redevenant ellemême.) Croyez bien, Monsieur, que je ne suis venue chez vous que parce que M. Ducharme, mon avocat, m'a dit que c'était une démarche absolument nécessaire... ce n'est pas moi qui en ai eu l'idée, je vous en réponde !... et je regrette de l'avoir faite 1...

{Elle incline légèrement la tête et sort; le président V accompagne jusqu'à la porte de son cabinet.)

PAULETTE, descendant V escalier, — A-l-on vu ce vieux sournois ! . . . qui prend un air austère en parlant de la justice et du tribunal!... Il avait une autre tête, quand il regardait la duchesse!... Si celui-là est pour moi, ça m'étonnerai... Je ne sais pas si maître Ducharme a eu une bonne idée, en me faisant faire ces visites!...

CHEZ M. ROUPIOU

Rue Férou. Au Iroisième, dans un vieil hôtel gris et triste, au fond d'une cour.

Grandes pièces hautes de plafond. Mobilier modeste, mais confortable et de bon goût.

Salon empire en acajou, recouvert de velours d'Utrecht jaune rayé. Un grand portrait d'un magistrat en robe rouge.

PAULETTE, attendant dans le salon. — Hum!... pas gaie, la demeure du juge!... et pas l'air aimable, l'ancêtre en robe rouge ! ... (Elle regarde le portrait.) Brrr!... il est sec comme un coup de trique, ce magistrat!...

C'est un Roupiou qui ne devait pas barguigner!. . . Pourvu que son descendantmereçoive bien, au moins?. . . Oh ! il dait être poli, lui !.. . Je vois ça à l'appartement. . . ça n'est pas chic, chic, mais c'est l'intérieur de gens très comme il faut!...

{Une vieille bonne, propre et bien tenue, ouvre une porte et introduit Paulette dans le cabinet du président).

' M. Roupioy, cinqiianle-huit ans, mince, sec, Tair distingué, se lève du bureau où il est assis et salue Paulette en lui indiquant un fauteuil.

PAULETTE. — Monsieur... {A part.) Il est mieux qu'en robe!... Bien sûr, c'est encore un détritus de l'ancienne magistrature!...

Allons, tant mieux ! ...

M. ROUPiou. — Puis-je connaître. Madame, le motif auquel je dois...

PAULETTE. — Monsieur... mon avocat m'a dit de venir vous trouver... il s'agit d'une affaire de divorce... à l'enquête de laquelle vous avez assisté il y a quelques jours...

, M. ROUPiou, cherchant. — Ahl oui... la belle-mère 1...

PAULETTE, avec conviction. — Juste*

menti... la belle-mère 1... C'est bien ça!... {Une pause.) Je viens vous demander, Monsieur , d'examiner attentivement cette affaire. . .

M. Roupiou. — Croyez, Madame, que le tribunal...

PAULETTE, interrompant. — Je n'en doute pas... mais il s'agit de choses si importantes pour moi... si...

M. ROUPIOU. — Vous pouvez être certaine que le tribunal apportera à l'examen de l'affaire tout le soin nécessaire... Quel est votre avocat?...

PAULETTE. — Maîlre Ducharme...

M. ROUPIOU. — C'est vrai!... je ne me souvenais plus!..* C'est un choix excellent... Vosinlérêls ne sauraient être en de meilleures mains...

PAULETTE. — Alors, VOUS penscz que...

M. ROUPIOU. — Quel est le conseil de vos adversaires?...

^^^P^Wl^*^— ■ ■ . . ■■ M. ■ I" I I J . ■ U

PAULETTE. — Maître Lordereau...

M.ROUPiou. — C'est juste!... je mêle rappelle à présent... Eh bien, maître Lordereau «st un homme de beaucoup de talent...

PAULETTE. — Malheureusement !... j'aurais préféré voir mon mari défendu par un mauvais petit avocat de rien du tout...

M. Roupiou. — Soyez assurée, Madame, que...

PAULETTE, vivement, — ...que je gagnerai?....

M. ROUPIOU, souriant presque. — Je ne saurais rien vous dire à ce sujet... tout ce que je puis vous assurer, c'est que dans cette ■circonstance, {Il fait un léger mouvement.) .«. comme toujours, d'ailleurs, le tribunal se livrera à un examen approfondi de l'affaire. ••

•PAULETTE, se levant. — Je vous remercie. Monsieur, et je vous demande pardon de vous avoir dérangé ainsi... {A part.) Il n'est

pas d'une amabilité... entraînante, mais il est très bien, ce juge!... très correct, dirait ma belle-mère !... ou mon mari... C'est pas comme le président !...

{M. Roupiou reconduit Paulette jusqu'à V escalier. Saluts.)

RUE DE MONCEAU, A l'eNTRESOL D'UNB

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