GAILLAC, MONTESPAN, DU HELDER
etc., etc. bo PkVLETTEyàGaillac qui accourt au-devant
8U AniOTIR DD DIVORCE
â^elîe et la regarde avec admiration. — Eh
bien, ça a très bien marché!...
GAiLLAC, ravi, s'épongeant le front. — N'est-ce pas?... excepté madame d'Houbly, qui oe sait pas un mot de son rôle...
PAULETTE. — u' est-ce que ça fait? des Açores souffle si merveilleusement... on croirait qu'il n'a fait que ça toute sa vie /... Quellebonneîdéevous avez euede le choisir Car c'est vous, Gaillac, qui avez eu cette idéi làt...Moi, je voulais prendre le prince di Calabre... il aurait été atrocel...
GAILLAC. — On ne peut pas savoir... mais je doute qu'il ait pu être aussi bon que des Açoresl... Des Açores a toutes les qualités voulues pour être un excellent souffleur...
D'abord, il n'a pas les passions vives...
PAULETTE, surprise. — Ah!... tiens!.,,
GAILLAC, la regardant, soupçonneux. — Cela parait vous surprendre.,. Est-ce que?.,.
PAULETTE. — Oh!... nullement... Je demandais ce que vous entendez par « n'avoir pas les passions vives i?
G AIL LA G. — Je veux dire que la vue et le voisinage de jolies jambes s'agitant devant ses yeux, très près de ses yeux, ne l'émouslillent pas au point de lui couper la parole...
PAULETTE, riant. — C'est heureux! du reste, on ne souffle pas dans les tableaux, et dans Le Plus heureux des trois, il n'y a pas de jambes... on est en toilette de ville...
GAiLLAC. — Pas de jambes! Eh bien, et les vôtres?...
PAULETTE. — Ah oui! ticus, c'est vrai, en Alsacienne... Ohf on les voit si peu!...
GAILLAC, la regardant en extase. — Il est certain qu'on ne les voit pas comme maintenant!... Ah! que vous êtes ravissante dans ce costume d'Amphitrite!... {Il veut lui baiser la main,)
PAULETTE, VévitanL — Ce n'est pas Amphitrîte, c'est Minerve!... Ainsi, soyez respectueux!...
GAiLLAC, plaintif. — Vous me refusez les moindres choses!...
PAULETTE, riant. — Vous appelez ça € les moindres choses i, vous?... C'est gracieux !
GAILLAC. T- Ah! je ne sais plus ce que je dis, vous m'affolez complètement !...
PAULETTE. — C'est bien involontairement !..•
G xiLLkC^ inquiet. — Oh! vous êtes dure!...
Ne me direz-vous pas une bonne parole?...
PAULETTE. — Si. (Solennelle.) Gaillac!
Je suis contente de vous!... vous êles très gentil!... (Reprenant le ton naturel.) Vraiment gentil... et je vous remercie tle toute la peine que vous prenez aujourd'hui...
GAILLAC, à lui-même. — Si elle disait
A QUI LA POMME? 3b9
depuis quinze jours, elle serait dans le vrai I ie n'en dors plus!... Il est certain que la la récompense est honnête... et je compte bien l'avoir, la récompense... sans ça... ^
MONTESPAN, à part ^ examinant si la petite bouteille cachée au revers de sa redingote ne fuit pas; il lui semble que son œillet saumon baisse le nez. — Elle n'a pas même l'air de me voir!... Sait-elle seulement que je suis là?... Je n'ose pas lui parler, je crains de l'agacer... (Il continue à marcher der^ rière Paulette, que Gaillac ne quitte pas.)
PAULETTE, à M. d'Alaly. — Ah! vous voilà! Vous venez nous aider?... C'est très bien !... {Elle lui tend la main.)
M. d'alaly, souriant. — Vous aider n'est pas précisément le mot, Madame ; je vi ens vous admirer plutôt... tout cela paraît marcher à merveille... (A Gaillac.) Dis donc, tu vas te surpasser, j'espère? te montrer digne de la
confiance que t'accorde madame d'Alaly?...
PAULËTTE. — Votre recommandation est inutile... il s'est surpassé déjà!... Et je l'en remercie... Voulez-vous venir voir le mouton de Montespan?...
M, d'alaly. — Le mouton?...
PAULETTE. — Oui... c'cst Montcspan qui est Paris... et il a un mouton... j'aurais voulu qu'il en eût plusieurs...
M. d'alaly, moqueur. — Un troupeau?...
PAULETTE. — Un troupeau... mais il a dit qu'il ne pourrait pas en conduire plus d'un... Venez le voir, le mouton, il est dans Toffice. . . venez, Gaillac. . .
M. d'alaly, navré, les regardant s'éloigner. — Comme elle est aimable pour lui !...
Mon Dieu I mon Dieu !... Faut-il donc absolument avoir cinquante ans et être fané comme un vieux parapluie, pour lui plaire?... je ne pouvais pourtant pas attrapper un demi-
siècle du jour au lendemain I... C'est égal!
je crois que je Taimais mieuT qu'eux...
PAULETTE, revenant. — Allons vite!... les tableaux!.., Dos Açores, voulez-vous frapper les trois coups?. é. Ces dames sont-elles là?... Et Paris?.... Allons, en place I...
Gaillac parait, amenant le mouton : il aies pieds dorés et un ruban noué sur la tète; il le remet à Montespan; on se place.
MONTESPAN. — Ma pommc?...
GAILLAC, courant. — C'est le duc de Grenelle qui l'a ! il est chargé des accessoires I
Gaillac se précipite, rapporte la pomme , place tout le monde, frappe les trois coups, fait partir l'orchestre, etc., etc..
M. D* AL ALT, à Paulette^ lui offrant la main
pour monter V escalier portatif qui conduit à la scène. — Voulez-vous me permettre de vous accompagner jusqu'à votre loge après le tableau?
PAULETTE, distraite. — Pardon... c'est que j'ai encore quelque chose à dire à Gaillac. . . '
M. d'alaly, agacé. — Ehl laissez-le donc tranquille, Gaillac! il est occupé!...
PAULETTEy naïvement. — De qui?...
M. d'alaly. — Est-ce que je sais, moi?
du mouton... ou dé la pomme... ou de quelque chose d'aussi intelligent...
PAULETTE, vexée. — Gaillac s'occupe de ça pour me faire plaisir, car il est probable que, pour sa part, il aimerait autant se promener dédaigneusement... en jouant le philosophe de l'orgie de Couture...
{Elle monte V escalier en courant.)
M. d'alaly. — Attrape, mon bonhomme!
(Réfléchissant.) Il n'y à pas à dire, ça me vexe de Tentendre admirer Gaiilacl... ça me vexe même beaucoup.. .
GAiLLAG, arrivant effaré. — D'Oronge?...
où est d'Oronge?... {Criant à tue-tête.) D'Oronge?...
M. d'alaly. — Ne crie donc pas si fort...
qu'est-ce que tu lui veux ?...
GAiLLAC. — Je lui veux qu'on n'attend plus que lui pour commencer!... Tu comprends que ce n'est pas parce que j'éprouve le besoin de le voir que je l'appelle, n'est-ce pas?
M. d'alaly. — On ne peut pas s'en pas-
gaillac, agacé. — Mais non... puisque c'est lui qui porte madame d'Alaly...
u.b' XL kLY, bondissant. — Il porte madame d'Alaly?... Je vais le remplacer! (Il s'élance.)
gaillac. — Reste donc tranquille! Je me suis déjà offert ; mais elle veut répéter sur
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le dos d'Oronge, afin d'être sûre que ça ne ratera pas ce soir...
M. d'alaly. — Ah! c'est sur son dos?...
C'est moins agréable I... Je croyais la prendre dans mes bras...
GAILLAG, haussant les épaules. -<- Dans tes bras?... Un dauphin?... (Jf. d'Alaly le regarde.) Un dauphin, je te dis, celui qui porte Amphîtrite...
M. d'à LA L Y. — Ohl du moment où il faut entrer dans la peau d'un dauphin!...
Tiens! le voilà, ton d'Oronge?...
MONTESPAN, à part; il sort de la bibUothèque et est très rouge. — Je sors de la bibliothèque!... J'ai trouvé une fente pariaquelle on la voit s'habiller... et je viens de passer là dix minutes ! . . . (// lève les yeux au ciel.) Quel dommage qu'elle ne veuille pas m'aimer!... ou me permettre de l'aimer... Je n'en demanderais pas davantage. -
JÊÊta^
(Le Triomphe (TAmphitrite marche à merveille, tout le monde vient féliciter Gaillac.)
M. d'alaly, à lui-même, se promenant avec humeur, — On fait une ovation à Gaillac, parce que les tableaux vivants ont bien marché !... Ça ne peut pas durer comme ça !...
PAULETTE, en Amphitrite; madame de NYMBE etMADAME DE LYANE eunaïadcs; DU
HELDER, SAINT-CYNNATUS, D'eSTOURDY, DE M ARATHON, et LE PRINCE DE CALA-
BRE en tritons.
PAULETTE, joyeuse, à Gaillac, . — Mon bon Gaillac, que je vous remercie ! . . . . Pour un rien, voyez-vous, je vous sauterais au cou !...
GAILLAC, s" avançant. — Faites!
PAULETTE. — Non... VOUS u'êtcs pas encore assez vie.... {S*arrétant.) Vous êtes trop... compromettant...
GAiLLAC, transporté, à pm^. — Cest très gentil, ce qu'elle me dit là I... Pourelle, c'est très gentil!...
M. d'alaly, à part. — Allonsl II y a encore de l'espoir! C'est seulement le régisseur qu'elle gobe!... je vais emmener dîner des Açores et d'Oronge... Les deux indispensables! {Uaut.) Des Açores, venez donc dîner avec moi?... Vous aussi, d'Oronge?...
DES A (ORES. — Impossible, mon ami, j'ai prorois d'être ici à dix heures; il faut que j'aille m'habiller et que je dîne lestement...
d'oronge. — Itfoi aussi...
M. d'alaly. — Mais moi aussi, parblcul itH nous reviendrons tous ensemble 1 ri i
des açobes et d'oronge. — Ahl |iiU comme çal... 1 \ë
(Ils partent tous les trois. Les félicita' ^ ■!
lions à Gaillac continuent, Montespan est anéanti.)