LES INVITÉS ARRIVENT
PAULETTE, à Gaillac. — Il faut commencer ; il y en a pour trois heures en comptant les tableaux, et on n'aurait] plus le temps de danser avant le souper...
GAILLAC. — Mais c'est que... des Açores n'est pas encore là...
PAULETTE. — Gomment 1 il n'est pas là?
il devait arriver à dix heures!...
GAILLAC. — Eh oui!... mais il n'est pas venu!...
PAULETTE. — Alors, commcnçous par les tableaux... C'est moins dans l'ordre, mais ça vaut mieux que traîner en longueur...
GAILLAC — VdiTMiemerïi.{Réfléchissant .)
Pas possible non plus I il faut d'Oronge pour les tableaux I...
PAULETTE. — Oui, eh bien?..,
GAiLL&c. — Eh bien, il n'est pas encore arrivé...
PAULETTE, stupéfaite. — A onze heuresl d'Oronge qui arrive toujours pour allumer les lampes!... (Féxëe.) Vous auriez bien dû empêcher ça, vous?...
GAiLLAC. — Mais... comment le pouvaîs-jeî
PAULETTE. — En les surveillant... en...
enfin, c'était votre afTairel...
{Elle lui tourne le dos et va faire la conversation au milieu d'un groupe.)
GAILLAC, consterné. — Elle al'airfâchél Ce n'est pourtant pas ma faute!... elle est injuste! mais qu'a-t-il pu leur arriver?....
(m. d'alàly et des AçoRES;Miratssent à
A QDI LA POMME? 369
rentrée du premier salon ; des Açores est très pâle.)
PAULETTE, s'élançant vers eux. — Ah!
enfin!!! C'est comme ça que vous tenez vos promesses, monsieur des Açores?...
DES AÇORES, bufouUlant. — Madame...
c'est que... c'est cette brute d'Alaly qui... (A part,) Mâtin! il fait chaud ici!
PAULETTE, à M. d'Alaly. — Heureusement, vous nous le ramenez! Sans vous, il ne serait peut-être pas là!...
M. d'à L AL Y, lorgnant des Açores du coin de Vœil. — En effet, je crois que, sans moi... ; PAULETTE. — Merci! {A des Açores.) Allons, vite... dans votre niche et commençons!... {Elle disparaît derrière le théâtre.)
DES AÇORES. — Oui, Madame... oui, belle petite Madame ! (iZ se laisse tomber sur un fauteuil.)
GAiLLAC. — Veux-tu te dépêcher ! Voyons,
il y a une heure qu'on t'attend... Ces dames sont là, prêtes à entrer en scène... c'est de la dernière inconvenance...
DES AÇORES, la langue pâteuse. — Taistoi!... on t'a assez vu... je te permets de le retirer!...
GAiLLAC, saisi. — Mais tu es gris, ma parole!... Ah! nous voilà bien!... Où as-tu dîné, malheureux?...
DES AÇORES. — Avcc d*Alaly!... Un ami, d'Alaly!... un peu hargneux, mais un vrai ami... {Il se retourne pour lui parler.) Tiens I... où est-il?... 11 est parti!...
GAILLAC, exaspéré. — Veux-tu venir, oui ou non?...
DES AÇORES. — Oui... si madame d'Alaly veut m'offrir son bras... sans ça, je bouge pas, nal...
PAULETTE, revenant. — Je viens de regarder au trou du souffleur et je n'y vois
personne... Est-ce qu'il "y a encore quelque chose qui cloche?...
GAiLLAC, empressé. — Mais non, mais non!... pas du tout... nous voici...
PAULETTE, rianty à des Açores qui reste assis. — Faut-il vous offrir mon bras?
DES AÇORES, se levatit, raide. — Ah!...
c'est particulier!... je disais à l'instant : « Si madame d'Alaly m'offre pas son bras, je m'incruste... i Vous avez donc lu dans ma main par le trou du rideau?...
PAULETTE, basy àGaillac. — 11 esthète!
GAILLAC. — Un peu. (A part.) S'il n'était que ça, mon Dieu!
Des Açores part en steppant, donnant le hras à Paulette qui semble mécontente, sans cependant s'apercevoir qu'il est gris. Montespan, un œillet frais à sa boutonnière, s'incline respectueusement sur leur passage : Paulette
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lui rend distrailem enl son salulsanss'arrêter.
HONTESPAN, désolé. — Elle fait encore moins attenUon à moi ce soir que tanlôtl...
c'est une indifférence absolue!...
(Enfin, on frappe les trois coups; le rideau te lève, on commence.)
PAULETTE, dans les coulisses. — Je na sais pas ce qu'ils ont!... Ça marchait si bien tant6t... et, ce soir, ça ne va pas du tout... {Af^elant.) Gaillac! ! I
GAiLLAG, accouranl, suivi de M. â^Alaly.
— Vous désirez me parier?...
PAULETTE. — Mais oui, rien ne va... Je ne sais pas ce qu'a madame d'Houbly?...
GAILLAC. — Madame d'Houbly?... mais elle n'a rien.... {A part.) C'est des Açores qui a quelque chose...
PAULETTE. — Elle dit des énormitésl
H.D'ALALY,nanf. — Le fait est qu'elle va
un peuloîn...Des Açores devrait la modérer...
PAULETTB, — Mais, au contraire, il riaît dans sa niche; il riait même bêtement...
M. d' AL AL Y. — Chacun fait comme il peut!... Ah bien I s'ils sont d'accord, ils vont en trouver de raides, à eux deux; des Açores, quand il s'y met, ferait rougir un singe...
PAULBTTE.— Ahlàpropos de des Açores, dites-lui donc de s'introduire plus doucement dans sa niche; il a, tout à Theure, aplati toutes les violettes...
G AILLA G. — Il vaut bien mieux le lui dire vous-même... cela fera plus d'effet!...
Tenez, voici justement la fin de l'acte... il va arriver ici....
PAULETTE, commençant à s'énerver. — Mais je n'ai pas le temps de m'occuper de tout ça, moi \...{Ades Açores qui entre en esquissant un petit pas.) Dites donc, il faudrait faire attention aux violettes, vous les écrasez!
DES AÇOREs. — Ah! j'allais justement vous en parler, des violettes I... il faut les ôter ou je ne rentre pas dans le trou... c'est une odeur !... Il y a de quoi être asphyxié...
PAULETTE. — Mais il n'y a plus qu'un acte!...
DES AÇORES. — Je n'ai pas envie de mourir pour un acte...
PAULETTE, crispée. — Mais c'est fouJ.-.
On ne peut pas les enlever... Gaillac soufflera à votre place, voilà tout!...
GAILLAC. — Pardon... mais je ne peux pas souffler et m'occuper du reste...
PAULETTE. — Ah! vous êtcs uu empêtré comme les autres, vous ! . . .
M. d' AL AL Y, s^ avançant modestement. — Si vous voulez, Madame, je remplacerai des Açores, puisque Gaillac ne veut pas...
GAILLAC, consterné. — Allons! je ne veux pas, à présent!...
PAULETTE. — Dame?... ça en a l'air. (A M. d'Alaly.) C'est ça! vous allez souffler.... Merci mille fois de nous rendre ce service...
DES AÇORES, s' endormant à demi sur un fauteuil. — Merci... d'Alaly, merci... C'est un ami, d'Alaly, un vrail...
PAULETTE, surprise, le regardant. — Qu'est-ce qu'il a?... il est malade? ce sont les violettes, peut-être?..
GAiLLAC. — Eh! sapristi, non! n'ayez pas de remords pour les violettes!...
(M. d'Alaly descend dans la niche en se tordant de rire; le dernier acte est joué sans accrocs.)
PAULETTE, à M. d'Alaly, danslacoxUisse.
— Grâce à vous, ça s'est bien passé ! Je vous donne une valse pour vous récompenser...
la première...
M. d'alaly. — Que ça?...
PAULETTE. — Vous n'ètespas conlent?.,.
M. d'alaly. — Ma foi non!... je préfère un petit bout de causerie... si je ne vous ennuie pas trop?...
PAULETTE. — Soit... j*écoute...
M. d'alaly. — C'est vous que je veux écouter, au contraire. . .
PAULETTE, moqueuse. — Faut-il chanter?
GAiLLAC, arrivant empressé. — On frappe les trois coups! Comment, Madame, vous n'êtes pas prête?...
PAULETTE, 56 sauvant. — Je vais m'habil- 1er...