‹ Autour du divorceChapitre 33 sur 34 · MONTESPAN. — NOU · texte numérisé non relu

MONTESPAN. — NOU

PAULETTE. — Qu'est-ce qu'il faut donc pour vous amuser ?. . .

MONTESPAN, bas, — Oh ! si vous vouliez venir avec moi dans un petit coin... je vous promets bien que je ne m'ennuierais pas...

(Résolument.) Ni vous non plus, peut-être...

PAULETTE, riant et lui montrant M. d'Alaly. — Eh bien I eh bien ! . . .

(Montespan s'esquive. Au même momenty Gaillac accourt en faisant les grands bras.)

GAiLLAC. — Pas encore prête! On n'attend plus que vous et d'Oronge !...

PAULETTE. — D*Oronge,... ça ne me regarde'pas ; mais c'est mon casque que je ne peux pas retrouver !...

GAILLAC. — Il doit être sur la table dans votre loge...

PAULETTE. — Mais pas du tout...

GAILLAC. — Je l'y ai posé moi-même, après avoir fait consolider la tête de hibou... Vous disiez qu'elle tremblait... elle ne tremblait pas du tout, mais enfin...

p A ULE TTE, à par ^ — Il est raisonneur, Gaillacl

MONTESPAN, accoutant ahuri. — Je n'ai pas ma pomme, et on ne trouve plus le mouton!...

GAiLLAC. — Gomment cela?... je les ai moi-même enfermés ensemble...

PAULETTE. — Ah ça! tout se perd donc, ce soir?...

M. d'alaly. — Est-ce le mouton qui a mangé la pomme, ou la pomme qui a mangé le mouton?... Mystère!...

PAULETTE. — Il faut Ics rctrouvcr, et vite!...

GAILLAC. — Je cours...

M. d'alaly. — Est-il complaisant, ce bon Gaillac !,.. C'est un ange ! {A part.) Cours, va, tu seras malin si tu les retrouves ! . . .

{Gaillac revient les mains vides.)

PAULETTE. — Je ne joue pas sans casque!

MONTESPAN. — Ni moi sans mouton et sans pomme!...

MADAME d'houbly. — Alors, passons au tableau d'Amphitrite. . •

GAiLLAC, anéanti. — Mais d'Oronge n'est pas là pour faire le dauphin!

PAULETTE. — OÙ est-il?

GAILLAC. — Je n'enjsais rien, il n'est pas venu!...

PAULETTE, stupéfaite. — Pas du tout?...

M. d'alaly, narquois. — Ih^st inutile de compter [sur lui... il était malade après le dîner; il a été forcé d'aller se coucher!...

PAULETTE. — Eh bien, et le dauphin?

Qui est-ce qui le remplacera?...

M. d'alaly. — Permettez-moi, Madame, de vous donner un conseil?

PAULETTE, impatientée. — J'attendsle conseil...

M. d'alaly. — D'Oronge n'étant pas là,

ces messieurs du tableau ayant déjà tous leurs

costumes et leurs rôles de tritons^ on ne peut

en aller chercher d'autres dans la salle, je ne

vois absolument que Gaillac. . . "^ \

\ GAILLAC, vexéy regardant la carcasse du

dauphin. — Mais non!... mais non!... Je se-

rais incapable... je ne saurais pas marcher à

quatre pattes... et dans cette carcasse...

PAULETTE, gracieuse. — Gomment, vous refusez de me porter?...

GAILLAC. — Je ne refuse paS; mais...

PAULETTE, le regardant avec intention. — Je vous en prie ?...

M. d'alaly. — Fais-toi prier... C'est très courtois!...

Bon gré, mal gré, on fait entrer Gaillac dans la carcasse béante; il y fait une horrible chaleur, Tqui augmente encore quand on l'amène sur la scène, près de la rampe. On

A QUI LA POMM£? 383

place Paulette sur le dos du dauphin ; elle est bien plus lourde qu'on ne le croirait; Gaillac éprouve néanmoins une sensation délicieuse, mais de courte durée ; le tableau est bissé, et il suffoque. Lorsqu'il sort du dauphin, il est défrisé; ses cheveux, un peu rares, plaquent, montrant çà et là les places vides; les favoris se sont allongés, les moustaches pleurent. Il est en nage. Son teint est légèrement blême, ses lèvres blanches et ses yeux rouges.

PAULETTE le considérant avec stupéfaclion. — Comment, c'est ça, Gaillac 1...

GAILLAC, à Paulette. — Eh bien, ètesvous contente? Était-ce réussi?

PAULETTE. — C'était réussi ce matin et manqué ce soir, mon ami, il aurait fallu le contraire I . • .

GAILLAC, à demi-voix à Paulette. — Me direz-vous enfin le mot quej'attends?...

384 AOTODR DU DIVORCE

PAULETTE, très raiie. — Je ne sais pas quel est le mot que vous attendez, mais je n'en ai qu'un seul à vous dire. ..

GAiLLAC, souriant. — Etc'est?...

PAULETTE, sèchement. — Bonsoir!, „

{Elle lui tourne le dos et rentre dans sa loge.)

GAILLAC, navré. — Elle est injuste!... elle est positivement injustel...

PAULETTE, rentrant dans sa'Joge et ôtant son costume â^Amphilrite. — Ah ça !.. . qu'estce qu'il s'imaginait donc, Gaillac?,.. que j'allais tomber dans ses bras pour le remercier d'avoir organisé de travers les tableaux vivants!... Quel peut bien être le mot qu'il attend?... Il m'a écrit hier, c'est vrai, une lettre très éloquente, et je ne compte plus ses déclarations... oralesl... Idais de là à attendre quelque chose!... (On frappe.)

PAULETTE. — Qui est là?...

LA FEMME DE CHAMBRE. — Moi^ madame la marquise...

(Paulette va à la porte et ouvre le verrou.)

LA FEMME DE CHAMBRE, entrant. — Je viens habiller madame la marquise...

PAULETTE, énervée. — Je vous sonnerai tout à l'heure... quand je mettrai ma robe... Allez voir si ces dames n'ont besoin de rien. {La femme de chambre sort.) Ça m*agace, d'avoir là quelqu'un... J'ai mal aux nerfs... je ne sais pas ce que j'ai!... (Elle passe un peignoir de batiste transparente et commence à se coiffer debout devant la psyché. La porte ^ qui n'est pas refermée au verrou y s' ouvre brusquement; Paulette se retourne et se trouve nez à nez avec Montespan.)

PAULETTE, saisie. — Ah bien!... Vous ne vous gênez pas, vous!... Qu'est-ce que vous voulez?...

MONTESPAN, très ému. — Je veux vous voir!... vous dire que je vous aime!...

PAULETTE, àpart. — Le mieux est encore de prendre bien la chose... si je peux...

(Haut.) Vous me l'avez déjà dit...

MONTESPAN. — Je vcux VOUS le répéter encore... je souffre trop... vous me rendez trop malheureux I • . .

PAULETTE, agressive. — Alors, vous

m'adorez?...

. MONTES PAN, convaincs. — Je vous adore...

PAULETTE, même jeu. — Et, si je vous comprends bien, vous voulez m'épouser?

MONTESPAN, ahuH. — Moi... je... mais...

PAULETTE. — Non?... Alors, qu'est-ce que vous voulez?...

MONTESPAN. — Je... j*espérais...

PAULETTE, en colère et se contenant de son mieuûp. — Faites-moi le plaisir de sortir d'ici tout de suite, n'est-ce pas?...

MONTESPAN. — Mais... on peut me voir sortir, et...

PAULETTE, les dcfits serrécSy la voix rauque, — On vous a bien vu entrer!.,.

Allons, vite!... je ne suis pas d'humeur à plaisanter, je vous assure...

MONTESPAN, sor^an^ — J'obéis, Madame, mais vous avez tort de repousser une affection aussi sincère...

PAULETTE, rageusement. — Une affection sincère, ça!... Les voilà, les affections sincères !... Vous êtes jolie, libre... je passerais bien un bon moment avec vous !. .. Sous prétexte qu'une femme est divorcée, on la considère comme un objet à la portée de tout le monde!... et tous les désœuvrés la poursuivent de leur faux amour, qu'ils appellent une affection sincère!... (Réfléchissant.) Je sais bien que, quand j'étais mariée, c'était exactement la môme chose; les... amateurs

D*étaient pas là non plus pour le bon motif, naturellement !... Oui... mais ils se gênaient davantage. . . et puis, j'avais un défenseur. . . je pouvais tout dire à mon maril... (Pensive.) Mon maril... Certes, il est mieux que ces imbéciles!... J'ai été une sotte!... enfin!... il n'est plus temps de rien regretter !... mais j'aime mieux ne pas le voir aussi souvent, mon mari!... je le lui dirai gentiment...

sans qu'il se doute pourquoi... C'est ça qui serait ridicule!... Paulette amoureuse de son ancien mari, qui, lui, ne songe plus à elle et flirte avec toutes les femmes!... J'avais peut-être le bonheur sous la main... j'ai passé à côté!... (Elle met une robe de gaze blanche, toute simple et ronde.) C'est joli, cette gazé de Brousse!... on a l'air d'être dans un nuage!... {Elle traverse la bibliothèque et rentre dans le grand salon.) Allons!... je vais dire aux musiciens de

commencer le cotillon... (Apercevant M., d'A^ laly.) Gomment!... Un'est pas parti!... à trois heures du matin!... lui! qui autrefois commençait à me faire des signes pour m'emmener à une heure!... Ah!... il cause avec maman et madame d'Houbly!... Je l'ai en horreur, cette femme-là!... Ah çà?...

qu'est-ce que j'ai donc?... Il me semble que je vais pleurer sans pouvoir m'en empêcher!... et tout ça, parce que Gaillac et Montespan... c'est trop bête!!!... (Elle va parler aux musiciens et se dirige vers le petit saloUf où sont préparés les accessoires du cotillon.) M. d'alaly, la suivant. — Eh bien, êtes-

vous satisfaite de votre soirée?... (Il la regarde.) Tiens, tiens, tiens!... qu'est-ce que vous avez?...

PAULETTE, nerveuse. — Rien...

M. d'alaly. — Je n'insiste pas... pourtant,

il vaut mieux raconter ses petits chagrins à un ami, ça soulage!...

PAULETTE. — Alors, vous êtcsuu ami?...

un vrai?...

M. d'alaly. — Un très vrail

PAULETTE. — Eh bien, je vous dirai peutêtre ça, mais un autre jour... pas ce soir...

M. d'alaly. — Voulez-vous que je vienne vous voir demain,... à cinq heures?...

PAULETTE. — J'aurai du monde...

M. d'alaly. — Ou le soir,... vers dix heures?...

PAULETTE. — Il y aura encore du monde!

il y en a toujours!...

M. d'alaly, riant. — Je ne peux pourtant pas vous offrir de venir prendre une tasse de thé avec moi?...

PAULETTE, riant. — Pourquoi pas?...

(Réfléchissant.) Non... impossible!... les

domestiques me connaissent!... et puis, votre mère...

M. d'alaly. — Je vous ouvrirais moimême... par le jardin...

PAULETTE. — Oh! que ce serait amusant!...

M. d'alaly. — Alors, c'est dit?

PAULETTE, hésitante. — Peut-être?...

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