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QUELQUES AMIS ET CONNAISSANCES DE L'AUTEUR DES HISTORIETTES

Un des types les plus curieux de ces salons du xvne siècle est assurément Marie- Catherine-Hortense des Jardins, qui fut une

des connaissances de notre auteur. Dans ses Historiettes, éditées parMonmerqué, — Cf. tome X, pp. 221 sqq., — il lui a consacré plusieurs pages, extraites des manuscrits même dont nous nous occupons. Dans ces mss., (672, fos 196-204), figure un certain nombre de pièces de vers qui intéressent la très rapide étude que j'ai ici l'intention de faire sur cette physionomie tout à fait singulière.

Fille d'un officier et d'une dame d'honneur attachée à la personne de madame de Montbazon, Marie des Jardins naquit à Alençon en 1632. Enfant, elle se fît remarquer par ses manières charmantes et sa conversation légère à ce point que Voiture, qui la connut dans sa jeunesse, prédit à la fois qu'elle aurait beaucoup d'esprit et qu'elle serait folle. Pronostic assez juste, mais sa folie,, que je crois, fut de la démence hystérique. Longtemps elle habita la province qu'elle parcourut en tous sens, vraisemblablement en qualité de comédienne. En tout cas, elle s'est vantée, au moment de sa mort, d'avoir fait courir tout Narbonne au théâtre de Molière, afin de la voir. J'indique cette piste à quelque érudit qui pourra refaire un Roman comique. Quoiqu'il en soit, en 1657

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elle vint à Paris et fut familièrement reçue par les duchesses deMontbazon et de Chevreuse. Sorte de George Sand de son époque, et toutes proportions gardées, elle fut tôt célèbre par ses œuvres, — romans et pièces de théâtre, — et aussi par ses galanteries. On l'exalta outre mesure, on la mit au-dessus de mademoiselle de Scudéry et de tout le reste des femelles.

Ah ! qu'en termes galants ces choses là sont mises !

C'est une vie agitée et pleine de scandales de tout genre que mène dès lors mademoiselle des Jardins, excentrique aussi bien dans ses collets trop courts, auxquels elle rajoute des rubans poétiques, que dans ses passions qui se succèdent avec la même violence, et comme si chacune pouvait et devait être unique. La plus connue sans doute est sa liaison avec M. de La Villedieu, qu'elle rencontre dans un bal, emmène chez elle, soigne durant une maladie de six semaines, avec un dévouementde sœur de charité; qu'elle suit, en dépit qu'il en ait, lassé bien vite ; dont elle prend le nom, et qu'elle pleure lorsqu'il est tué à la guerre. Son désespoir n'a pas de bornes, elle veut ensevelir son deuil dans un couvent et...

s'unit avec le marquis de La Chasse de la façon la moins religieuse. Elle finit par se retirer à Clinchemare, dans le Maine, et y meurt en 1683.

Comme toutes les personnalités en vue de ce demi-monde étincelant du xvne siècle, mademoiselle des Jardins a fort écrit et, dès 1662,on publiait ses Œuvres. Elles furent complétées dans l'édition de 1702, — 10 vol. in-12, — et redonnées en 1721. Presque toutes sont bien inconnues aujourd'hui, mais combien avaient été lues, dans leur passage sous le manteau, les Désordres de l'Amour, le Portrait des Faiblesses Humaines, les Mémoires du Sérail et autres productions de son si beau feu, notamment les Relations Galantes, publiées en 1668 par Barbin, sous le patronage bizarre de mademoiselle de Sévigné ! Combien avaient été applaudies ! sa tragi-comédie Manlius, dédiée à la Grande Mademoiselle et éditée chez Quinet en 1662 ; sa tragédie Nitètis, adressée au duc de Saint- Aignan, et donnée par le même Quinet en 1664; sa tragi-comédie le Favori, jouée par Molière et sa troupe dans les premiers jours de juin 1665, et portée, le 13 du même mois, à Versailles devant le Roy, comme en témoigne la Gazette de Robinet.

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Je n'insiste point sur toutes ces œuvres, acclamées par les beaux esprits de l'époque qui mettaient mademoiselle des Jardins

au rang des neuf Sœurs

Pour ses poétiques douceurs.

Nous avons bien assez de romans et de nouvelles quelconques, sans compter ceux de mérite; bien assez de tragédies et de tragi-comédies médiocres, sans compter celles de valeur, et d'ailleurs je n'ai eu le dessein d'étudier mademoiselle des Jardins que d'après les manuscrits inédits de Tallemant en la replaçant avec lui dans ce cadre des précieuses de son époque, en ces salons où elle connut tant de galants et entreprenants gentilshommes, tant d'abbés musqués et ambrés. Nous l'y verrons rivalisant avec eux de musc et d'ambre, d'entreprises et de galanteries. Maisauparavant je tiens à indiquer ce qui. dans son œuvre littéraire, est de beaucoup supérieur à tout le reste; et Molière ne s'y est point trompé, ni Tallemant qui l'a consigné tout au long, (672, fos 196-200). C'est le Récit en prose et en vers des Précieuses, qu'on a attribué à Somaize. On y rencontre Gorgibus, Marotte, Madelon, Margot; et les caractères sont tracés de telle sorte que le terrible Molière

n'eut encore une fois qu'à reprendre son bien par un de ses plagiats accoutumés.

Marotte.— Elles sont là-haut dans leur chambre Qui font des mouches et du fard, Des parfums de civette et d'ambre Et de la pommade de lard.

Et Gorgibus,paladin français^poli comme un habitant de la Gaule celtique, allègue ce siècle en lequel les femmes ne portaient que des escoffions et des sandales,

Où les parfums estoient de fine marjolaine, Le fard de claire eau de fontaine; Où le talc et le pied de veau N'approchoient jamais du museau...,

et reçoit, avec le même effarement que son homonyme des Précieuses Ridicules, cette réponse dédaigneuse quand il appelle sa fille et sa nièce Madelon et Margot :

Mon père, hantez les écoles, Et vous apprendrez en ces lieux Que nous voulons des noms qui soient plus pretieux. Pour moy je m'appelle Glymène, Et ma cousine Philomène.

Malheureusement mademoiselle des Jardins n'a que trop rarement de telles rencontres. En général, elle se borne au Ma-

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drigal ordinaire, aux Stances suivant la formule,, et de ce genre Tallemant a recueilli, pour nous les conserver, plusieurs exemples que je vais transcrire. Voici d'abord des Madrigaux :

Lisis se plaint de ma rigueur. Il dit qu'il est discret, complaisant et fldelle.

Qu'il m'adore, quoyque cruelle,

Mais qu'il ne peut toucher mon cœur.

Je connois l'ardeur de sa flame, Ses vertus, son esprit, la grandeur de son ame;

Mais tous ses soings sont superflus.

Car je ne puis donner un cœur que je n'ay plus.

Voilà de l'amour solide pour le prédécesseur de Lisis.

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