DES IMMUNITÉS ECCLÉSIASTIQUES
Mes chers lecteurs,
Il y a dans le pays de drôles de catholiques. À les entendre parler, ils sont les soutiens de la religion, et ceux qui ne pensent pas comme eux sont des exagérés, des imprudents, des ‘ ultramontés ” dont les écrits font beaucoup de dommage à la religion —“" cette religion de mansuétude et de paix.” Cependant ces drôles de ca-
tholiques paraissent nier l'indépendance de l'Eglise qui est un dogme tout comme sa divinité.
Le pape Benoit VIII, dans sa bulle dogmatique ‘“ Unam Sanctam,” dit: Si la puissance terrestre dévie, elle sera jugée par la puissance spirituelle; si la puissance spirituelle d’un ordre inférieur dévie, elle sera jugée par son supérieur ; si c’est la puissance suprême, ce n'est pas l'homme qui peut la juger, mais Dieu seul.
Nous sommes obligés de croire à cette bulle comme à celle de Pie IX touchant lImmaculée Conception. Ceux qui ne veulent pas y croire sont des hérétiques.
Ecoutez maintenant le 5ème Concile de Latran, le dix-septième concile œcuménique: Comme de droit divin et humain aucun pouvoir n'a été accordé aux laïques sur les personnes de l'Eglise, nous renouvelons toutes et chacune des constitutions…
etc. etc.
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Vous avez bien remarqué ces mots: les personnes de l'Eglise. Il est donc défendu d’après les conciles d'amener un prêtre à la cour criminelle. Même dans les procès en cour civile, comme ceux qui peuvent survenir à propos de testament, de succession, etc. on peut actionner un prêtre devant le tribunal civil, mais il faut en prévenir l'évêque qui en donne la permission.
Il faut croire ou être damné—St-Marc— XVI—16; pas de milieu.
Citons maintenant un passage de la Constitution ‘“ Apostolicæ Sedis,’ pour que cette doctrine soit bien gravée dans notre esprit, Ecoutez bien :
“Sont frappés d’excommunication, réservés spécialement au pape.” Ceux qui empêchent directement ou indirectement l'exercice de la juridiction ecclésiastique du for intérieur ou extérieur, ceux qui pour ce faire recourent au for séculier et en obtiennent des décrèts ou sentences
qui empêchent l'exercice de cette même juridiction, etc.”
Vous voyez, mes chers amis, que l’Eglise veut qu'on respecte la liberté de ses ministres et qu’elle n'entend point badinage sur ce point. Maintenant, voici un autre passage de cette Constitution :
“Tous ce .x qui tuent, mutilent, frappent,saisissent,emprisonnent (carcerantes).… les Cardinaux, les Patriarches, les Archevêques, les Evêques de la Sainte Eglise Romaine, tombent par le fait même sous l’'excommunication spécialement réservée au pape”’—(No 5 de la lère Section).
‘“ Ceux qui, poussés par le démon, portent une main violente sur les clercs ou sur les religieux de l’un ou de l’autre sexe, tombent par le fait même sous l’excommunication réservée au pape.” (No 2 de la 2ème Section). :
Il me semble que c’est bien clair: frapper un clerc ; non par inadvertence, mais à l’instigation du démon (suadente diabo-
et
lo) est un crime tel que le délinquant tombe sous l’excommunication.
Mais j'entends les mauvais catholiques dire : Donc, si un prêtre nous vole, nous n'avons qu’à nous agenouiller pieusement
devant lui pour lui demander de nous
bénir, de prier pour nous pendant sa sainte messe ? Les méchants savent que le plus sûr moyen de tuer la vérité, est de l’exagérer, et voilà pourquoi ils tirent toujours des conclusions odieuses, révoltantes, radicalement fausses des principes catholiques émis par les conciles et reproduits par les écrivains catholiques.
Examinons le cas qu'ils nous proposent et supposons qu’un prêtre, oubliant ses devoirs, devienne un voleur. Dans ce cas, qu'est-ce qu'un bon catholique doit faire,
“et qu'est-ce qu’il ne doit pas faire ?
D'abord, il ne doit pas aller devant les tribunaux civils qui ne peuvent infliger à ce prêtre la punition qu’il mérite. Le juge civil, d'après la loi de l'état, ne peut
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enlever au prêtre sa juridiction, ne peut le priver de son bénéfice, 1e peut lui enlever sa paroisse, etc., etc, Il peut tout au plus le condamner à la prison.
Que doit faire un bon catholique ?
Il doit s'adresser au tribunal ecclésiastique, à l'officialité qui est la cour de l’Eglise. Le prêtre trouvé coupable à cette cour sera condamné non-seulement à remettre le bien volé, mais, pour sauvegarder l'honneur de l'Eglise, on lui interdira l'exercice de ses fonctions sacerdotales ; on le privera des revenus de son ministère et, s’il y a lieu, pour éviter le scandale, on l’excommuniera. Sachons que l'Eglise du Christ est trop jalouse de son honneur et de sa réputation pour laisser impuni le prêtre trouvé juridiquement coupable de vol.
L'Eglise est la première intéressée à ce qu'elle soit représentée par de dignes ministres et la première à fustiger le prêtre coupable. C’est donc à elle qu'on doit re-
courir avec confiance quand on a à se plaindre de ses ministres ; et ne trouvons pas mauvais qu’elle nous en fasse wn devoir strict, surtout dans un pays où les juges doivent bien souvent appliquer une loi anticatholique.
Ceux qui se moquent ainsi des canons de l'Eglise, et qui veulent que le prêtre soit ‘un simple citoyen ” rien de plus, n'ont pas un mot àdire contre le privilège accordé aux dignitaires de l'Etat. Les ministres, les députés, les juges, les offciers de l’armée n’ont-ils pas leurs privilèges? On trouve la chose juste et même nécessaire pour le bien de la société.
Pour la protection de la société qui, d'un moment à l’autre, peut avoir besoin des officiers d’une armée pour arrêter des grevistes qui incendient une ville, on soutient à bon droit que ces militaires doivent jouir de certains privilèges les mettant à l'abri des mesquines persécutions de l’envie, de la haine ou de la vengeance.
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Un capitaine, à bord da son vaisseau, a des privilèges qui paraissent exorbitants.
Cependant, ceux qui s’égosillent à crier : liberté et égalité pout tous, n’ont pas un mot à dire pour détruire “ces préjugés séculaires.” Ils réserycui toute leur colère pour le moment où l'Eglise viendra dire à ses enfants: Je vous défends d’aller traîner un prêtre aux pieds de César ; j'ai à ma disposition des canons plus formidables cue ceux de l'Etat, pour arrêter , le prêtre prévaricateur.
Mes chers amis, que diriez-vous d’un enfant qui voyant son frère voler des pommes dans le jardin du voisin, irait, sans avertir son père, trouver un avocat | et poursuivrait devant le juge, son petit | frère ? Le procès aurait lieu ; l'enfant serait condamné à la prison ; les journaux annorceraient cela dans tout le Canada, et voici une famille déshonorée.
Maintenant, que penseriez-vous d’un autre enfant qui, dans un cas semblable,
irait trouver son père pour l’avertir du vol de son frère? Le père (on le suppose juste puisqu'il représente ici l'Eglise) forcerait l’enfant à remettre les pommes, à demander pardon au propriétaire et à faire une pénitence en rapport avec la faute commise ; il le surveillerait ensuite d’un œil jaloux ; le public n’en serait pas averti et l'honneur de la famille serait intacte.
Lequel de ces deux enfants vous paraît le meilleur ?
Je ne vous ferai pas l’injure de donner la réponse.
Winissons en nous rappelant que l’Eglise catholique est l'épouse du Christ, qu’elle est assistée de l’Esprit-Saint, qu'’elle n’a jamai: approuvé et qu'elle n’approuvera jamais le mal d’où qu'il vienne.
Laissons aux impies le soin de faire connaître les misères des prêsres et de les traduire devant les tribunaux civils:
pour nous, catholiques, pleurons sur le
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prêtre qui s'égare; avertissons qui de droit s’il nous lèse dans nos droits; citons-le au tribunal de l'Eglise. Vous verrez que l'épouse immaculée du Christ n’approuvera jamais un malfaiteur,; et le cas échéant, moins un prêtre qu’un laïque.
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