‹ Autour du drapeau [microforme]Chapitre 21 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Mes chers lecteurs, voici une question difficile à aborder ; aussi sentons-nous le besoin de demender l’aide de l’Esprit-Saint et de nous inspirer aux sources autorisées.

On a tellement abusé, dans ce pays, de ce mot de liberté qu'on met à toutes sauces, qu il est nécessaire de bien faire connaître la véritable doctrine de l’Église à ce sujet.

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Qu'est-ce que la liberté ?

Avant de répondre à la question, il faut bien distinguer avec les théologiens entre la liberté physique et la liberté morale.

“# La liberté physique ou libre arbitre est la faculté de choisir une chose ou une autre, même le bien ou le mal.”

Un homme passe sur un pont, vous voulez le jeter dans la rivière pour le noyer, vous avez la liberté physique de le faire, bien que vous n'ayez pas le droit ou la liberté morale.

“ La liberté morale, restreinte par les obligations imposées à notre conscience, est le droit de choisir ce qui est permis, de faire ce qui n’est pas défendu, d’atteindre sa fin par les moyens convenables.” C'est la vraie liberté qui a pour opposé, la licence.

Les méchants confondent ces deux libertés. Pour eux, la liberté, c'est l’indépeudance. Ils supposent que Dieu n'a pas le droit de nous imposer des obliga-

tions qui restreignent notre libre arbitre.

Pour eux, un poisson qui sort de l’eau et qui agonise sur le rivage est en pleine possession de sa vraie liberté, comme si le poisson n'était pas dépendant des conditions d'existence que le Créateur lui a imposées. Que le poisson reste dans l’eau, il sera libre; que l'oiseau reste dans l'air, il sera libre, parce que Dieu, de qui ils dépendent, l’a voulu ainsi ; que l’hemme, lui aussi reste dans son élément, dans l'atmosphère morale que Dieu, de qui il dépend, lui a circonscrite, et il sera libre ; s’il veut sortir de 1à, il agonisera sur le rivage de la licence.

Un ivrogne peut dire: j'ai la liberté de boire tant que je voudrai. Non, mon pauvre ivrogne, tu n'as pas cette liberté:

la preuve en est que tu vas être malade bientôt. Tu dépens de Dieu qui a mis certaines conditions à ton existence. Tu veux être indépendant, c’est-à-dire, selon toi, libre; non, tu ne sera pas libre; tu

vas voir qu’en dépassant les bornes de ta vraie liberté, tu es devenu l’esclave de la maladie et de la mort. Là où il y a esclavage, il n’y a pas de liberté.

On répète aujourd'hui aux jeunes gens qu'il n’y a pas d'enfer, qu'ils peuvent s’en donner à cœur joie dans le chemin glissant du libertinage, qu'ils sont libres de faire comme ils l’entendent.

Non, chers jeunes gens que nous aimons tant, vous n'êtes pas libres, c’est-à-dire indépendants de Dieu. Celui qui a dit à la mer : ‘“‘Arrête-toi là; ne va pas plus loin,” a dit aussi à l’homme: “ Arrête-toi là.” Si l'homme ne veut pas s'arrêter, s’il veut dépasser les bornes de la liberté morale prescrites par Celui de qui il dépend, il passe du coup, par sa licence, sous le pouvoir d’un autre maître qui le fera l’esclave de la maladie et d’une mort prochaine.

Ce que nous disons ici pour l'individu s'applique à la famille ainsi qu’à l'Etat.

La famille qui dépasse les limites de sa liberté tombera dans la misère et disparaîtra. Il en est ainsi des Etats.

Les Etats, pour subsister, dépendent de Dieu comme les individus, et toutes les fois qu’un gouvernement dépasse les limites tracées par Dieu, limites dans lesquelles il peut se mouvoir en toute liberté, il en ressentira le contre-coup. Il y aura dans l'Etat du malaise, des plaintes — plaintes de l’esclave tyrannisé par la haine, l’envie, l'ambition, l’opulence, l’orœuell.

Le dix-neuvième siècle offre un triste exemple de ce que deviennent les peuples qui se sont abreuvés à la coupe ‘“ des glorieuses libertés modernes.” On leur a dit: Soyez libres! Pensez comme vous l’entendrez ; écrivez ce que vous voudrez ; faites ce que bon vous semblera; vous n'avez plus d’entraves, plus de chaînes ; moquez-vous des commandements deDieu

et de ceux de son Eglise; ne craignez 5lus

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l'enfer, cet enfer inventé par les prêtres pour vous tenir esclaves sous l'empire de la crainte.

Qu'est-il arrivé? Ilest arrivé ce qui arrive toujours quand on dira au peu] le qu'il n’y a pas d'autre vie et qu'il n’y a pas d'enfer à craindre, qu'il est enfin libre.

Le peuple est plus logique qu’on ne le pense. Puisqu'il n’y a pas d'autre vie, se dit le pauvre artisan qui sue pendant

dix heures chaque jour pour donner un

peu de pain noir à sa famille, je vais cesser de travailler : je vais vivre de vol, de

* brigandage, et vais commencer à rouler

carrosse— celui de mon voisin, que je n'aurai pas la peine d'acheter. Jouissons du bien d'autrui; la vie est courte, profitons-en, puisqu'il n’y a plus d'’éternité, pour se reposer de ses fatigues. Je serais bien insensé de souffrir inutilement sur cette terre : les jouissances ou la mort.

Etant admis qu’il n y a pas d'autre vie,

quel est celui qui oserait le condamner ?

Maintenant, voyons quelles sont les principales libertés modernes que nos libres penseurs ont toujours sur les lèvres, libertés qui sont le fruit des conquêtes de la “révolution française.” nous cornent-1ls aux oreilles à tout propos. Ils mettent en premier lieu la liberté de conscience et la liberté de la presse.

Voyons ce qu'il faut en penser,

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