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frères du Manitoba. Mais quel remède apporter ? Rs
Ces vénérés prélats laissent la réponse à qui de droit. Ils ne veulent pas se jeter dans la tourmente politique-—ce que d’ailleurs leur défendent certains politiciens—mais ils se contentent de dire:
Vous avez promis telle chose à nos frères du Manitoba: maintenant on leur enlève ce que vous leur aviez promis, nous vous enjoignons au nom de la justice et de la paix d'y voir—vous devez être capable de remplir vos promesses. Il y à trois ans de cela et les promesses n'ont pas encore été remplies. Le seront-elles ?
Nos Seigneurs les Evêques ont fait ce que Mgr Taché, à qui l'on jette le blâme, a fait- Iln’a pas voulu se jeter dans la tourmente politique, ‘“ ce qui répugnait à son caractère,” mais il a protesté et ceux qui le bliment ne se souviennent donc pas d’une chose: “ La loi, dit Mgr Taché, qu on nous applique, a été votée à l'unani-
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mité par la législature d'Ottawa. Si les procédés auxquels on a recours aujourd’hui tournent à notre désavantage, nous serons les victimes ; tandis que les membres du Parlement auront seuls la responsabilité de ce que nous aurons à souffrir.
Ecoutons bien tous ces dernières paroles de Mgr Taché: ‘“O vous tous... si vous faites de la politique, il ne vous en coûtera pas de dire à ceux qui, comme vous, s'occupent de la chose publique, de quelque couleur qu'ils soient,que le sort de nos écoles estentre leurs mains, mais que nos volontés, elles, ne le sont pas : et que nous ne serons satisfaits Que quand justice sera rendue aux minorités. Que votre incontestable talent d'écrire et de parler dise bien ces choses, et le livret noir de l'histoire repoussera vos noms et les nôtre:
pour ne faire place qu'à ceux des vrais coupubles.” :
Nous venons de voir ce qu'ont fait nos Evêques et surtout ce qu’a fait Monseigneur Taché.
Examinons maintenant l'opinion de certains hommes politiques que j'ai rencontrés dans mes voyages.
Permettez, mes chers habitants et artisans, de vous raconter le trait suivant.
J'étais en chemin de fer. Il y avait là des députés bien polis ; nouséchangeâmes dés saluts. Si je connais des milliers d’habitants et d'artisans, je dois vous dire que je connais peu les grands de ce monde.
Ma vocation est ‘“ d'évangéliser les pauvres ” et je m'en tiens là Chacun a une place particulière dans l'Eglise de Dieu ; la mienne—que Dieu en soit loué —est d'être avec vous tous, mes chers amis.
quand vous me parlez, je vous comprends; quand je vous parle, vous voulez bien me dire que vous me comprenez; quil en soit toujours ainsi!
J'étais donc en chemin de fer. Comme Canadien, comme Oblat, j'avais, moi aussi, suivant l'expression de Mgr Taché, mes frères de là-bas dans la tête et dans le
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cœur. J’abordai le sujet. Croyez-vous, messieurs, que nos frères des prairies obtiennent justice ?
—" Comment? Mais en doutez-vous ? ” reprit un député ministériel. “Ne savezvous pas que c'est le gouvernement Green- Way qui à fait cela, un gouvernement libéral ? Pour qui nous prenez-vous done ?
“Comment! voilà des gens qu'on accepte dans la Confédération à telle et telle condition. On leur promet, sur la foi d'un traité, qu'ils auront leurs écoles, et vous croyez, mon Père, que les-députés catholiques les laïsseraient maltraiter ? Allons donc!”
Un oppositionniste, voyant que cés paroles du député ministériel me laissaient froid me dit: On m'a soutenu que vous aviez des tendances libérales, mon Père ; m'a-t-on dit vrai 2?
— Qu'entendez-vous, repliquai-je, par libéral ? |
— J'entends, mon Père, un homme aux idées larges.
— Mais, monsieur, tout le monde prétend avoir des idées larges.
— Cependant, mon Père, vous paraissez bien exclusif pour mériter le titre de libéral, et voilà pourquoi quelques Ho vous ont dit tant dinjures.
— Si, pour être libéral, 1l ne faut pas être exclusif, avouez, monsieur, que Dieu n'est pas libéral, puisqu'il a exclu un grand nombre d’anges du ciel.
— Mais, mon Père, vous vous placez sur le terrain religieux; libéral, pour moi, veut dire: libre échangiste—je ne suis pas pour “ la protection.”
— Alors, monsieur, que ne le dites-vous de suite? Je vais vous faire connaître les idées de l'Eglise sur ce sujet. Léon XIII nous les a communiquées.
L'Eglise accepte toutes les formes de gouvernement. Elle na jamais voulu abolir la république catholique de Venise, et elle envoie sa bénédiction chaque année à la présente république de l’'Equateur
tant détestée par les républicains de certains pays.
Mais revenons monsieur, au libre-échange ou à la protection, c’est-à-dire au système politique qui veut que l’on taxe ou que l’on ne taxe pas tous les articles de ecommerce quinous viennent de l'étranger.
Sur ce point, mon cher ami, vous avez pleine liberté. Jamais prêtre n’a eu la pensée de refuser les sacrements à ceux qui étaient libres-échangistes, car ceci est une affaire de circonstances qui peuvent varier avec la nature et la quantité de nos produits et le bon ou le manvais vouloir de nos voisins. Pour échanger, ne l’oublions pas, 1l faut compter avec sou voisin. |
Je connais de chauds protectionnistes que jai entendus pérorer dans ma jeunesse sur les avantages du libre-échange, et vice-versa. Les uns et les autres disent qu'ils n'ont pas changé; ce sont les circonstances qui ont changé. Le bien du
peuple et la politiques de nos voisins des Etats-Unis exigent souvent des changements de tarif, disent les hommes politiques des deux partis. Qui dira qu'ils aient tort ?
Donc, mon cher ami, l'Eglise catholique vous met bien libre d’être libéral politique ou conservateur politique. Mais si, par libéral, vous entendez un libéral catholique, c’est-à-dire un homme qui professe les doctrines du libéralisme catholique, condamné par Pie IX et par Léon XIII, e’est-à-dire bien que vous soyez libéral ou conservateur en politique, si, au point de yue religieux, vous voulez par cette dénomination désigner un homme s’efforant de restreindre l'action du prêtre ou de l'évêque dans le monde social, un homme dont les idées sont tellement étroites—remarquez bien que je ne dis pas larges—qu'il veut circonscrire l’action des ministres de Jésus-Christ entre les quatre murs d'une sacristie, je vous ré-
pondral que le prêtre doit oil sur ses ouailles partout où elles se trouvent, comme un père de famille sur ses enfants; que partout où 1l peut se commettre une. | injustice, le prêtre a le droit d’ si et de menacer au nom de Jésus-Christ, le”
coupable, des foudres divines; je dis de plus que le prêtre est un citoyen comme.
tout autre citoyen, qu'il peut protéger ses intérêts, ceux de son père, de sa mère, de.
ses frères comme tout autre citoyen; qu'il peut être pour la protection ou le libreéchange en Canada, démocrate ou républicain aux Etats-Unis comme bon lui semble, mais qu’il lui est défendu d'être libéral catholique, c’est-à-dire un libéral:
à la manière de certains hommes politiques qui veulent que le prêtre reste dans:
la sacristie où ils ne mettent jamais les pieds—manière commode de se débarrasser de lui. Sachez, monsieur, qu'en devenant prêtre, je n'ai pas perdu le droit de m'intévesser au bonheur temporel de mon.
ET LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT 145 en en
père et de ma mère et de mes compatriotes.
Ceux qui veulent m'en empêcher ont des vVues,— non pas larges mais très étroites. Voilà ce que j'avais à vous dire, monsieur, pour répondre à des accusations malveillantes qu’on fait contre moi.
Maintenant, revenons à la question.
Ne croyez-vous pas, monsieur le Député ministériel, qu'on va avoir la faiblesse de.
retarder indéfiniment... |
— (Vivement) Mais il n’y a pas de retard possible. L’Acte du Manitoba est là.
—Mais, monsieur, les francs-maçons…
— Pouah ! les francs-macons ne peuvent rien faire contre nous. Croyez-vous que les catholiques vont se laisser mener par le bout du nez dans une affaire si claire ?
Vous allez voir si nos ministres vont arranger ça comme 1l faut. Ils ne sont pas pour Greenway.
— Mais s'ils voulaient continuer à user d’expédients ?
__Ik ne tiendraient pas vingt-quatre heures, et seraient balayés à la prochaine élection.
Quelque temps après que le chef de l'opposition eût dit : Si les écoles du Manitoba sont dés écoles protestantes, je dis que c’est une injustice, ete., etc. je rencontrai un homme, ennemi politique de l'Honorable chef de l'opposition. Ce politicien me dit: Avez-vous vu tel journal ?
Le chef se fait-il arranger un peu ?
— Comment cela ?
__ Mais Mer A. Taché vient de prouver clairement comme deux et deux font quatre, que les écoles du Manitoba sont des écoles protestantes. Le chef de l’opposition a engagé Sa parole; s'est-il mis dans le sac un peu ? -
- Monseigneur, répliquai-je, a prouvé que les écoles communes du Manitoba étaient protestantes £
__ Certainement, mon père.
__ Alors, monsieur, permettez-moi de
NTCEREER
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vous demander ce que va faire le gouvernement. Ceci est bien plus important que de savoir ce que vont faire ses adversaires. Îl est vrai que j'ai bien le droit de savoir maintenant ce que fera monsieur un tel quand il sera l’aviseur du représentant de la Reine, mais il y a une chose qui presse plus que cela. En attendant que ce monsieur soit au pouvoir, voulezvous me dire ce que vont faire ceux qui y sont? Ils ont les destinées de nos frères entre les mains, et je vous demande ce qu'ils vont faire et ce que vous allez faire.
Les catholiques du Manitoba lésés dans leur droit s'adressent, par la bouche de Mgr Taché,et ne peuvent s'adresser à d’autres qu'au gouvernement qui, d'après
le jeu de notre constitution dispose toujours de la minorité. Qu'avez-vous à ré-
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pondre à cela, monsieur ?
—Je réponds, mon Père, qu'il y a desen memis du gouvernement qui ne sont pas
sincères.
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___ Je l’admets volontiers puisqu'ils ne veulent pas se présenter avec un prooramme politique dont le premier article serait : liberté jour nos frères des prairies, liberté pour nos pères de famille, catholiques ou protestants ; mais le mal de l’un ne guérit pas celui de l’autre.
Ecoutez le trait suivant que me racontait un vieillard des environs de Québec.
Mon père me répétait souvent, me diti], l’histoire suivante : j'allais chasser dans
les forêts qui couvrent les montagnes que \
vous voyez. On m'avait dit de faire attention au petit Joe ‘le batailleur” et au grand Chambers ‘le boxeur.” C’étaient les noms de deux voleurs qui allaient se cacher dans les montagnes. Une bonne
nuit, Joe ‘‘ le batailleur,’ entra sans bruit.
dans ma tente, me vola toutes mes pelle-.
teries, mon fusil, mon lard ; puis en par-.
tant il me réveilla en disant: Remercie-.
moi de ce que je te laisse ton pain pour, te permettre de t'en retourner. Je revins |
PPRRERET MINE RONT Er
chez moi et m'empressai d'aller trouver un juge de paix pour lui demander ce que j'avais à faire pour obtenir justice. Il me répondit: Vous avez eu bien de la chance que ça fut Joe ; si c’eut été Chambers le boxeur, ilne vous aurait pas memé laissé de pain. C’est toute la réponse que j'ai eue.
Le vieillard ajouta: mon père finissait toujours son histoire par cette réflexion :
cet homme, voyez-vous, n’avait pas d’intérêt à me protéger.
On dit que l’histoire se répète. Celle du moins, que je viens de citer, se répète:
on blâme le chef de l’opposition de ce qu'il ne veut pas s’exposer à perdre l’appui de ses amis, et l’on félicite un partisan politique qui suit la même ligne de conduite pour ne point perdre l'amitié des siens.
Il est temps maintenant de faire un résumé de la question. |
1o Manitoba n'aurait jamais fait partie
de la Confédération si l’on n'eût pas promis aux catholiques pleine et entière liberté dans la question scolaire.
20 Par l'Acte du Manitoba, on a voulu leur accorder cette liberté dont jouissatent les autres provinces de la Confédération . rouges et bleus, tories et grits étaient unanimes.
8o En foulant aux pieds toute justice, le gouvernement du Manitoba veut obliger les catholiques à payer pour lesoutien d'écoles neutres ou protestantes.
4o Les catholiques du Manitoba, peu nombreux, ont revendiqué leur droit auprès du gouvernement d'Ottawa.
5o Le gouvernement d'Ottawa a référé la chose aux tribunaux qui, en dernier ressort, se sont déclarés contre les droits des catholiques.
6o Ceci s'est passé en l’an de Notre- Seigneur 1893, alors qu’il y avait deux millions de catholiques dans la Confédération et six cent cinquante mille protes-
tants appartenant à l'Eglise d'Angleterre soutenant, comme. nous, les droits. des pères de famille, sur une population totale de quatre millions huit cent mille âmes, c'est-à-dire, que nos frères du Manitoba avaient la majorité de la population du Dominion en leur faveur, comme d'ailleurs les dernières élections de Toronto qui se sont faites sur la question des écoles séparées, nous le prouvent.
Un ex-gouverneur, Sir Edmund Head, nous a traités de race inférieure. | Etablissons un fait : nous sommes deux millions de catholiques; nous avons de notre côté-—au plus bas chiffre—les trois quarts d'un million de protestants.
Nous avons en notre possession un bien-—remarquons que ce n’est pas un - bien que nous réclamons, comme par exemple, ‘le bien des Jésuites,” mais un bien que nous possédons, et deux millions cent mille protestants ‘viennent nous l'enlever, comme l’usage de la langue
française — pour ne parler que d’une question certaine pour tous—et nous ne disons pas un mot.
Avouons que ce n’est pas là un signe extraordinaire de race supérieure.
Remarquons bien que le gouvernement qui agit ainsi, est le même, (le même pouvoir) que celui qui a dit aux catholiques:
si vous entrez dans la Confédération, vous n'aurez que vos écoles à soutenir et vous parlerez français partout où vous voudrez.
Les catholiques persécutés lui rappellent sa promesse; il répond: c’est vrai, mais je n’ai pas encore dit mon dernier mot ; attendez.
À qui fera-t-on croire que si les protestants de la province de Québec avaient été à la place des catholiques du Manitoba, le gouveruement aurait mis des années.
à régler la question ? :
D'ailleurs la question de la langue française au Manitoba est bien claire, et qu'ont
fait nos hommes politiques des deux cou- 4
leurs ?
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La loi de 1894 du parlement du Manitoba est injuste, nos évêques en demandent le désaveu, le temps avance, ce nest pas une “ordonnance.” On ne peut pas attendre plus que quelques mois encore.
Les catholiques anxieux regardent Île ministère où il y a des personnes qui doivent aimer à faire respecter la religion et la langue de leur mère.
Les ordonnances du Nord-Ouest sont abominables, c'est'le mot ; il n’y a qu’à lire le mémoire de Mgr Taché pour en être convaincu. Le gouvernement a tout pouvoir en main, nous attendons et nous dirons avec Mgr Taché: “Une question n’est réglée que quand elle l'est avec justice et équité.”
Maintenant, qu'y a-t-il à faire pour nous ?
Tous Nos Seigneurs les Evêques ont parlé et parlé énergiquement. Il nous reste Le devoir de les suivre, d'unir notre influence à la leur. Chacun de vous, lec-
a —————————— me “mm
154 L EGTISE teurs, à une influence politique qui n’est pas à négliger.
Les ministres voudraient nous accorder justice, 1nais ils ne veulent pas perdre l'influence de leurs amis.
Ils sont d'autant plus forts dans leur etranchement qu'ils savent que l'opposition ne les culbutera pas sur ce point.
Elle s'est montrée aussi timide qu'eux sur la question des écoles du Manitoba, elle n'a pas voulu se présenter avec ce programme: justice pour les pères de famille, qu'ils soient catholiques ou protestants.
On paraît avoir peur...peur de qui ?()
(1) Lors de la question du bien “des Jésuites, ”ily y en a qui ont dit et écrit : Si l’on veut régler cetre qnestion dans le sens de la justice, le sang va couler dans la province de Québec, car les protestants ne permettront jamais cela. La question a été réglée. On a même demandé au Pape Léon XIII de faire le partage de ces
biens. La chose fut référée au parlement d'Ottawa et sur 211 députés, 13 seulement ont voté contre la décision de la législature de la province de Québec.—Et ces treize ont été appelés par un poète: The devils thirteen, les treize du diable, aux applaudissements des
dix-neuf vingtièmes de la nie protestante du Canada.
Tous les protestants de la province de Québec, la majorité des protestants de l'Ontario, comme le prouvent les dernières élections, soutiennent le principe que les pères. de famille ont droit de choisir pour leurs enfants l’école qu'ils désirent avoir. Il ne s’agit pas de guerre entre protestants et catholiques ; 1l s’agit d'un principe de droit naturel que les francs-maçcons seuls nient — quand il s’agit des pères catholiques.
Nos Seigneurs les évêques ont fait une loi défendant aux parents d'envoyer leurs enfants aux écoles protestantes, et toute loi civile qui entrave celle de nos sévèques | est injuste.
Il est du devoir de tout catholique, électeur, député, et surtout ministre, de travailler de toutes $es forces à faire révoquer la loi scolaire du Manitoba et du Nord-Ouest et qu'il n’y ait, ni trève ni repos tant qu'elles ne séront pas abolies.
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tants de la province de Québec s'ils étaient traités comme Je sont les catholijues du Manitoba et vous verrez alors que le gouvernement règlera vite la question.
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