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Mission Saint-Michel et fort Raë. (Grand lac des Esclaves, baie du Nord.) (P. 180.)
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Quand nous nous arrêtions pour écouter si personne ne répondait à nos cris, 1l nous semblait entendre un appel lointain, des plaintes mourantes. Mais nous nous faisions illusion. Ce n'était que ces mille voix que l’on percoit au sein de la tempête, surtout quand l’imaginationest surexcitée, comme l'était la nôtre, par l'imminence d'un double malheur.
A la mission, Nancy Pépin, une véritable amazone tchippewayane, ne cessait de tirer des coups de fusil. Nous ne les entendions même pas, comment les voyageurs les auraient-ils percus, du large? D'ailleurs, pendant ls grands froids, les détonations des armes à feu ne produisent pas plus de bruit que si l’on cassait une noix à côté de soi.
Insensibles au froid glacial, à la violence du vent, au sommeil et à la poudrerie, nous allumämes un grand feu de sapin, à l'extrémité de l'ile. C'est dans un tel cas que l'on remarque, sans pouvoir se l'expliquer, comment un motif puissant, un sentiment très vif, une surexcitation nassagère, peuvent rendre insensible jusqu’à un certain point la portion inférieure de l'être humain, le corps; puce qu'ils emportent et distraient l'âme, qui en est h portion supérieure et sensitive.
Nous fümes bientôt convaincus que notre feu luimême ne pouvait percer l'épaisseur de la poudrerie ; puisque, après avoir entretenu ce feu pendant deux heures en hce du grand lac, nous ne vimes arriver personne. Notre crainte était que les voyageurs, égarés dans l'obscunté, n’eussent incliné vers le large, au lieu de se diriger ters la mission ou vers ie fort. Dans ce cas, c'eût été pour eux une mort inévitable.
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Après deux heures de vains appels, d'attente inutile et de souffrance sous la tempête et dans la neige, nous reprimes tristement le chemin de Saint-Joseph. Il était évident ou bien que nos voyageurs étaient campés, ou bien qu'ils n'étaient déjà plus que des cadavres. Restait une dernière alternative, à savoir qu'ils fussent arrivés à Saint-Joseph pendant que nous les appelions sur le lac, Un coup de fusil tiré à notre approche par Nancy Pépin, résonna à notre oreille comme un glas funèbre. Il était onze heures du soir et les deux égarés n'étaient pas retrouvés.
Nous passâämes une nuit pleine d'angoisse, prétant l'oreille au moindre bruit, crovant toujours entendre des hurlements de chien et des cris de détresse. Ce n'était que les rauques déchainements du Æhamasan.
Au point du jour, deux Métis francais, serviteurs du fort Resolution, Louison Lanoie et Pierre Beaulieu, bravant la défénse de leur maitre, M. Loon, — défense que, je n'ai jamais pu comprendre, — attelèrent leurs chiens à leurs traineaux, se munirent de provisions et de chaudes couvertures, et s’élancèrent à leur tour sur le lac des Esclaves.
A dix heures du matin ils revinrent enfin, nous ramenant sains et saufs les deux voyageurs. Ils n’avaient pas la moindre morsure de froid, alors que les deux officiers, qui les avaient délaissés la veille, s'étaient gelé le visage bien qu'ils fussent étendus dans leurs traîneaux-carrioles.
Lorsqu'ils s'étaient séparés de l’évêque et de son domestique, ces deux gentlemen s’v étaient vus contraints dirent-ils, par le Ækamasan qui allait les envelopper. Ik étaient à mi-chemin des iles Brülées, en arrière, et de l'ile de l'Orignal, en avant. Si les chiens de la mission eussent été moins fatigués, il aurait suffi au jeune Métis
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de les fouetter d'importance, pour qu'ils eussent pu atteindre la terre avant la nuit.
Malheureusement les pauvres animaux élaient à bout de force, et leurs compagnons n'étaient pas moins harassés qu'eux. Ils se trainèrent pendant quelque temps dans la bonne direction, ne distinguant plus rien et constatant que le vent avait changé d’aire ; ce qui revient à dire qu'ils venaient d'opérer, à leur insu, un demi-tour sur eux-mêmes qui les avait fait dévier de leur route.
Toutefois, ils marchèrent jusqu'à la nuit noire, appelant au secours et abandonnant leurs chiens à leur propre instinct.
C'était réellement le cas de s’égarer tout à fait; parce que le vent, qui souflait du large, empèchait ces intelligents animaux de sentir la terre. Alors, épuisés de fatigue, ils tentèrent de camper sur la glace, ignorant que c'était s'exposer à une mort certaine. Ils creusèrent une fosse dans un banc de neige, placèrent le traineau du côté d’où soufflait le vent, se coulèrent côte à côte dans le trou, enveloppés de leurs couvertures, ramenèrent la neige par dessus eux, et tächèrent de s’endormir après s'être recommandés à Dieu.
Mais la chaleur naturelle fit fondre la neige qu'ils avaient entrainée avec eux dans leurs habits, le vent gela cette eau, de sorte qu'ils durent passer la nuit à se remuer, à se frotter et à souffler dans leurs mains pour s'empêcher de geler.
æ Jour les trouva dans cette fâcheuse position. Dès quil parut ils apercurent la terre à une faible distance. C'était l’île de l'Orignal, qu'ils ne reconnurent seulement pa. Ils y coururent, y allumèrent du feu et s'y réchauffèrent. Ce fut dans sette situation que les Métis les trouvèrent, Le lieu où ils avaient abordé n’était distant de la
mission que d’un quart d'heure de marche et à deux pas de notre feu de la nuit.
Le soir même, le chef-traiteur du fort Resolution, son commis, ainsi que les deux officiers étrangers vinrent rendre visite au prélat voyageur pour lui exprimer leurs regrets. Ils déployèrent un luxe de nababs. M. Loon était vêtu d'un surtout de gros drap cuir-laine fourré de renard noir, la plus précieuse de toutes les pelleteries. À lui seul, ce surtout lui revenait à cinquante livres sterling. Ses mitasses de drap bleu de roi galonnées d'or étaient retenues par des jarretières blanches, ornées de touffes de soie amaranthe. Des mocassins brodés et un casque en martre noire et velours bleu complétaient ce riche costume canadien.
Les autres gentlemen n'étaient pas moins élégamment et étrangement vêtus. Mais c'étaient surtout les équipages à chiens de ces bourgeois du nord qui attiraient le plus les regards des curieux. Tapis de velours noir brodés en verroteries, tapis de drap rouge chamarrés de soie, harnais en cuir de Russie, colliers garnis de grelots et surmontés de clochers, de pompons en laine de couleur, de rubans brochés d’or, et de sonnettes d'argent.
Les traineaux étaient à l'unisson.
Les deux étrangers essayèrent un complüaent de condoléances. Ils s’excusèrent d’un air très embarrassé. Ainsi qu'on le fait toujours en pareille circonstance, ils prétexterent leur ignorance; mais en voyait, à leur contcnance, qu'ils étaient peinés et aumiliés de cette mésaventure.
Notre administrateur les rit à l'aise par sa bonhomie, et ne leur témoigna ni mécontentement, ni raucune. Ils parurent touchés de sa générosité et l’invitèrent, ainsi qu?
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M. Lallongé et moi, à partager le repas de Christmass day, pour le lendemain, jour de Noël.
À peine repartis, leurs quadriges de caniches dévorèreut l'espace, cherchant à se supplanter les uns les autres. En un clin d'œil ils n'apparurent plus que comme de petites taches noires, sur la surface du lac, pour disparaitre tout à fait.
Notre équipage fut loin d'être aussi fringant et aussi pompeux, le lendemain. Nous avions cependant chacun un traineau, sur lequel nous nous tenions accroupis comme des magots chinois. Nos chiens, qui se ressentaient de la fatigue précédente, trottinaient d’une allure plus que modeste. Nos serviteurs, en bons sauvages, profitaient de l'invitation queleurs maitres avaient recue, pour s’en aller picorer dans la cuisine du fort avec l’espoir d'y attraper nos restes.
Pour une petite galette et une tasse de thé sucré, un sauvage pourrait courir pendant cinq jours. On savait d'ailleurs que M. Loon, qui se piquait d'être un des gentlemen du nord, faisait les choses grandement, et qu'il y aurait un coup de dent pour chacun des serviteurs du
Is nous suivaient donc sur des {raineaux-a-bois et même sur une simple planche tirée par quelque maigre quedet poussif et de forme apocalyptique. Celui qui aurait aperçu notre cavalcade, ce jour-là, n'aurait pu s'empêcher
de sourire de pitié. On aurait dit M. Goguelu s'en allant A 0 diner en ville et amenant aveclui femme, enfants, chien, re ù chats, poulets, dindons, et jusqu'à son perroquet. HT
Le diner fut splendide, la table richement servie. J'en AUTRE donne le devis, afin que mon gentil lecteur ait un apercu des ressources et des douceurs du grand nord, après avoir or vu ses misères. Le premier service se composait de plats he à
de résistance, tels que viande d'élan bouillie et rôtie, boulettes de renne à la sauce sucrée, biftecks de cœur d'orignal, langues de caribou, mufles, queues de castor, oies sauvages farcies de navets et de riz, pommes de terre rissolées, choux-raves :n marmelade.
Pour second service, des mets doux, tels que pilow de riz aux raisins, riz au lait, pudding aux currents, tartes aux fruits, dumpling.
Eufin le troisième service se composait de sucreries venues d'Angleterre : biscuits, dragées, figues et raisins secs, amandes, novaux de pin et confitures d'attocats.
Ce repas, le plus complet et le mieux apprèté de ceux auxquels j'ai assisté dans le Nord-Ouest, débuta par une orossièreté que je laisse aux lecteurs à apprécier.
M. Loon distribuant les places, — 11 n'y avait pas de dames dans le fort, -— me donna la place d'honneur, il
mit l'évêque administrateur à sa gauche, et n'indiqua aucune place à mon confrère, M. Lallongé, se contentant de s'écrier en s'adressant aux autres CONVIvVes : «€ gentlemen take your places, »
ette invitation n'était done qu'un nouvel affront déguisé, sauf à mon adresse, Je n'en eus aucune reconnaissance envers ce gentleman, à cause de la peine qu'il avait faite au prélat et à mon confrère bien mal à propos.
Le retour de ce prélat « enguignonné » à la mission du Rapide, offrit beaucoup de ressemblance avec son voyage d'aller. On aurait dit que la malchance s'acharnait après lui. Mes serviteurs, Narcisse Pépin et Joseph Tsépan-khé devaient l'accompagner jusqu'au fort Big- Island.
Partis le 26 décembre, à 5 heures du matin, par un temps clair, nos voyageurs jugèrent à propos de déjeuner sur un ilot sis à une lieue seulement de la mission.
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bon] n'es In dessi point « Tic cant Camp Per les ch chauf] on rec il y a tour d confér On remet{t A l Nos ve sée de Du mo glace n l'auror dans u devant T'sépa est situ
. Réchauffés et l'estomac lestés, ils repartirent de plus Her belle, Z'sépan-khé remplissant les fonctions de guide.
DE Sur ces entrefaites, la lune se voile, l'obscurité s'acue croit, mais l'Indien avance toujours. Au bout d'une di heure de marche, une île se présente àses yeux étonnés, — « Quelle ile cela peut-il bien être? s'écrie mon | . bonhomime, Serions-nous déjà aux iles Brûülées? Cela Are n'est pas possible, Ge doit être l'île aux OEufs. »
- Impossible de s'en rendre compte, toutefois, Mais l'île se .. dessine de mieux en mieux. On en distingue les sapins it pointus et les falaises rapides, alors couvertes de neige. ii | « Tiens! quel estce feu qui brille sous les arbres en lanee cant des tourbillons d'étincelles°? 11 y a donc des Indiens ) campés en ce lieu?»
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Pendant que la troupe ahurie se pose ces questions as de |
à les chiens se hâtent vers ce bienheureux feu pour s'y eur, | NTAT ; | chauffer le nez. Tout à coup, à l’'ébahissement général, AI Ui 4 « , He : ï on reconnait, quoi ? Le bivouac que l'on vient de quitter on al +4 ! A {7 A1 * 0 . », > il y a une heure! Maitre 7sépan-khé avait fait faire le « qen- “41 Q , .
Ùy tour de l'ile aux trois voyageurs, en confondant une circonférence avec une ligne droite, iffront Le | , x On jugea à propos d'attendre le jour avant de se recon- |
, remettre en marche.
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ae À l'approche du fort Big-[sland, nou'c!les péripéties. .. Nos voyageurs avalent effectué de nuit la grande traver- . sn sée de la Pointe-de-Roche à l'extrémité de la Grande-Ile. dt Du moins ainsi le pensaient-ils. C'était quinze lieues de foncot glace nue et de ciel bleu sans horizon aucun. Lorsque À Die- l'aurore du 51 décembre vint à poindre, ils se trouvèrent
dans un site que nul d’entre eux ne reconnut, ayant
devant eux une grande pointe qui se prolongeait au large. Tsépan-khé soutenait que c'était la pointe sur laquelle us
est situé le fort que l’on cherchait. Malheureusement on {
ar un déjeuission.