‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 33 sur 70 · LES · texte numérisé non relu

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cesseurs des Héllènes, ‘peuple voyageur et nomade par excellence, le peuple de la mer, Pelagos. Nous aurions ici la racine même du nom du loup, en dènè septentrional; c'est-à-dire l'animal vagabond et voyageur par excellence.

On conçoit maintenant pourquoi les Latins, peuple pélagiens se disaient issus du loup. Tels aussi les Kollouches, les Esquimaux occidentaux, les Danites et les Aléoutes.

Dans la mythologie grecque, comme chez les Kanacs et les Danè, Péie est à la fois une divinité chthonienne et voyageuse. Nous le trouvons sur le navire animé Argo, en compagnie des premiers navigateurs, aussi bien que dans l'Orecs, en qualité de juge infernal. A ses noces avec Thétis ou ja Mer, on prophétisa la ruine de Troie.

Dans la Bible nous trouvons aussi Pèl, qui signifie admirable, choisi, séparé. C'est le nom que se donnent en hébreu les messagers célestes, les esprits psychopompes : — Quid queris nomen meum, quod est pèlè (mirabile) ? » dit l'ange à Manué 1.

Or, dans la mystique danite, partout où le loup, 2e, joue un rôle quelconque, il remplace les génies conducteurs des âmes. Il est protecteur et défenseur, comme l'Anepou égyptien ; à cette différence près qu’il est blanc au lieu d'être noir. Aussi la noire Pè/è, qui châtia les Kanaes et les priva de leur patrie primitive, devient-elle ici le blanc Pelé, qui protégea et conduisit la nation vuyageuse sur la terre vierge d'Amérique.

Une particularité que je trouve être d’un égal intérêt à celle de l'introduction des métaux en Amérique, et qui est tout aussi mystérieuse, est l'érection de ces grandes pierres (thè tchô2 nadashédhi), véritables menhirs, trily-

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thes, ou kisthavens, que la nation voyageuse disposa sur sa route comme des signes de son passage.

Voila la première et la seule légende américaine, parmi celles que j'ai recueillies, qui fasse une mention aussi expresse de monuments cyclopéens.

Votan rapporte également qu'il laissa sur son chemin des signes de son passage sur la terre des C'hëvim ou Serpents colombiens !. Mais, jusqu'ici, les érudits se sont demandés quels étaient ces signes et où l’on pouvait les découvrir.

A la vérité, le voyageur W. H. Dall nous assure qu’on trouve, sur les rivages asiatiques qui avoisinent la mer de Bering, chez les Esquimaux-Souffleurs ou Tuskis, des menhirs et des trilythes, tout aussi bien que chez les Khassias et les Chanes de l'Himalaya, les Naïrs du Malabar et autres peuples asiatiques. Mais, il v a loin de Bering à l'Indoustan, d’un côté, et aux vallées orientales des Montagnes-Rocheuses, de l’autre !

Ce ne sont point les Peaux-Rouges Danë, Dènè ou Dindjié qui ont pu ériger ces monuments. Leur apathie naturelle et leur incurie m’en sont garantes. Le seul souvenir de pierres levées, chez ces Indiens, nous reporte nécessairement à d’autres plages et à un autre peuple. le n'hésite pas à dire que c’est un souvenir transporté avec l'immigration américaine. Toutefois, comme ce sont les grands fleuves, les grands systèmes montagneux, qui ont dù être primitivement les routes naturelles des peuples, dans leurs migrations aux quatre vents, il est absolument impossible de nier que de tels monuments existent en Amérique, comme il s’en trouve dans les

‘Brasseur de Bourbourg. Histoire des nations civilisées du Mexique, Paris, 1857, A. Bertrand, t. I, ch. in.

vallées de l'Himalaya, tant que les vallées des monts Castor, Wrangel et Rocheux n'auront pas été explortes entièrement.

Or cela n'a jamais été fait.

Il est à remarquer que c’est sur la terre des Serpents méridionaux, où Chänes, que Votan éleva des signes de son passage. C'est aussi chez les Serpents asiatiques, les Chans, que l’on a découvert des monuments mégalithiques. Qui peut assurer qu'il n’en existe point chez les Serperts américains septentrionaux, les Chochones, alors que toute la vallée de la rivière Colombie ou des Serpents est pleine de ruines antiques et énigmatiques?

Les Aztèques Culhuas étaient des Serpents.

Ces vestiges d'une ancienne civilisation ne seraient-ils pas eux-mêmes les signes dont il est fait mention dans l'une et l’autre légende américaine ?

Il ne me reste plus qu’à préciseret à désigner la nation voyageuse et nautique qui introduisit les métaux en Amérique, à une époque éloignée, en abordant dans l'Alaska.

J'avoue, à cet égard, que si je ne me sers que de ha tradition dènè, cette recherche est tout à fait oiseuse. Je pourrais désigner à tout hasard un peuple quelconque, sans arriver à prouver ma théorie, qui demeurerait à l'état d'hypothèse.

Je dois donc procéder par voie d’analogie. A cet effet, la légende mauritanienne citée par M. Schott me sert bien à propos, par la corrélation qu'elle présente avec les versions améritaines citées plus haut.

Chez elle aussi, la nation civilisatrice et voyageuse est

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symbolisée par une femme riche. Elle arrive par mer et remonte un fleuve. Elle est accueillie par les naturels du pays, elle pactise avec eux et leur fait part de ses trésors. Puis, attaquée et repoussée, elle remonte sur son poisson et gagne la haute mer pour ne plus revenir.

Tel est cet apologue. Consultons l’histoire primitive de ces plages, d'après ce que raconte la fameuse inscription de Tanger!. Les Chivim ou Hévéens, c’est-à-dire les Serpents palestins et puniques, pourchassés par Josué, et fuyant devant ses armes victorieuses, se confièrent à leur dieu national, Dagon, le poisson illuminateur, et s’en allèrent par mer fonder un autre rovaume dans la Môritanie ou pays de la mer (al Môr), où ils devinrent le peuple

carthaginoiïs, et plus tard les Môres ou Maures, gens de

la mer. Voilà précisément ce que nous découvre la légende de la Tripoli africaine.

Mais la race punique et solaire ne se borna point à ces plages brûlées par le soleil d'Afrique. L'histoire nous l’a montrée parcourant toutes les mers, explorant tous les rivages, recherchant tous les produits étrangers. Aux

| Sorlingues, elle va demander de l'étain; à la Baltique, de

lambre ; aux Asturies, au Morvan, du cuivre ; au Caucase du sel gemme ; à Ophir, de l'or, des paons, de l'ivoire et des singes. Partout où elle passe, elle laisse des colonies et des comptoirs, partout elle élève ces mêmes signes de son passage, qui lui servent de points de repère ou de ralliement, les mêmes dans l'Inde comme en Angleterre, en Égypte comme chez les Tuskis, en Môritanie comme dans l'Armorique : dolmens, menhirs, karnacs, kromléach's, kisthavens, allées de fées. Appelés Kelts et

‘Quelque éloignée que soit cette cité marocaine de la Tripoli mauritanienne, on peut considérer les deux peuples comme appartenant à la mème origine.

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Galls, dans l'Europe occidentale ; Phillistini ou Pallestini. en Syrie; Gallatas en Grèce et Gallas à Madagascar, Galliléi ils sont Khallars et Bhills, dans l'Iadoustan: Khillini, en Tartarie Khills, Khillistino, et Kallinago, en Amérique; Hallani, et Dana-Kils, Khabils, en Afrique,

Ea un grand nombre de lieux,cette race chamique trouve des colonies sémites déjà implantées et florissantes. En Irlande, les Danes ou Danans, venus de la Grèce; en Scandinavie, les Dans accourus des plaines de la Médie, En Bretagne elle se mêle aux Dènes, venus de l'Espagne; et en Écosse, aux Dœnes, également sémites. Enfin en Amérique elle retrouve encore les Danè, les Déne et les Dindyié.

Dans les deux hémisphères, son histoire est la même, Accueillie en amie, juyeusement, à cause de ses richesses; reconnue pour sœur et compatriote, parce qu'elle vient des mêmes rivages, cette race punique ou solaire est ensuite maltraitée par l'élément danite ou lunaire, qui l'insulte et Ja chasse hors du pays, probablement à cause de son immoralité proverbiale. Cependant, en plusieurs lieux, elle a le dessus et conquiert les premiers habitants.

C’est de l’histoire ; mais elle se perd vaguement sur les confins de l’âge préhistorique. C'est de l’histoire; mais il faut savoir la dépouiller de sa forme légendaire. L'analogie seule nous est garante que nous sommes dans le vrai.

Ïl n’y a pas jusqu’au grand poisson noir, à ce dauphin, symbole du navire qui introduisit dans le fleuve Bagrada le peuple punique, fondateur de Carthage, d'Hadrumite, d'Utique et d'Hippone, que nous ne retrouvions dans chacune des contrées où cette nation chananéenne s’introduisit. Le type lui en était fourni par Dag-on, le dieu

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poisson, législateur et guide des Phéniciens et des Phillistins.

C'est un cheval-marin! qui introduit les Kelts dans l'Armorique, cette Môritanie du nord ; c’est une licorne de mer qui guide les Gaëls et les Erses vers l'cosse et l'Irlande ; c'est un espadon qui dirige les Tséquils au Yucatan; c'est un poisson-cornu ou pisciskiw, qui transporte de l'occident l'ancêtre des Killistino, Ayate, dans l'Amérique du nord ; c’est un cachalot, qui est l'ancêtre des Koilouches ; c’est un souffleur ou dauphin, qui est le père des Esquimaux Tuskis et Groenlandais; c’est un castor géant, qui est celui des Esquimaux à labrets ; c'est le navire animé Argo, qui porte les explorateurs de la Colchide vers le pays de l'or.

Peuple essentiellement pélagique et navigateur, le peuple de Tyr et de Siden a laissé son emblème, le Phénis, aussi bien en Chine, sous le nom de Phang ou Fang, qu'au Japon sous celui de Fod ; et lorsque les temples de l'Amérique centrale nous découvrent ces figures d'oiseau mystérieux, ne nous est-il pas permis de croire que cette ile enchantée située dans « l'océan Indien au « sud de l'Arabie, cette Panchea d'Évhémère, décrite par « Pomponius Mela et par Diodore, et où le Phénix bâtis- «sait son nid sur l’autel du soleil, » n’était autre que le royaume américain de Palanché ou Palanqué, avec ses temples du soleil et ses palais, ses téocalli et ses autels, ses sculptures de pontifes, d'oiseau sacré et d’encensoirs, qui nous reportent malgré nous vers les civilisations antiques de l’ancien monde oriental ?

{D’après M. Maspero, les Kymris nommaient leurs navires cheval marin,

* Chateaubriand. Voyage en Amérique.

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