‹ Autour du lac [microforme]Chapitre 21 sur 49 · Rana mugiens · texte numérisé non relu

Rana mugiens

des coups terribles, cinglant de raies sanguinolentes ces énormes bêtes de plus de 40 centimètres de long... Bientôt une demi-douzaine d’entre elles furent gisantes sur la boue ; alors le flegmatique jeune homme les attacha par les pattes et les jeta sur son sac pour le repas du soir.

Cependant la direction que suivaient nos pionniers semblait les conduire au milieu des marais inondés et sans issue. Ils obliquèrent un peu à droite, et cela d'autant plus volontiers que, de ce côté, semblait leur apparaître une legère élévation de terrain qui peut-être leur présageait, pour la nuit, un gite sec, ou sinon moins inondé que celui des nuits précédentes. Effectivement une sorte de butte de sable s’élevait semblable à un relai qu'aurait accumulé là le remous d’une mer qui aurait couvert la contrée, aurait extrait chaque molécule de sable de la boue et aurait laissé celle-ci s'étendre partout.

Heureux de la perspective d’une nuit saine, le feu fut vite allumé au moyen de sarments, de branches de taillis, d'herbes ramassées, et nos

trois voyageurs s’endormirent étendus sur leurs manteaux de caoutchouc déroulés.

Au milieu de la nuit, Ralph s’éveille en sursaut, baigné d’une rosée glacée. Ses deux compagnons étaient étendus à ses côtés, immobiles, gémissant.. Il essaye de les réveiller. impossible! une léthargie intense les rend semblables à des cadavres.

— Baines! Tom!... Réveillez-vous!... C’est Ralph qui vous appelle... Tom! Baines! allons!.….

Pas un mot.

Ralph tâte leurs mains, leurs fronts... ils étaient brülants!... Évidemment ses compagnons sont en proie à une fièvre terrible. Et, toujours endormis, ils retombaient inertes en laissant échapper de sourds gémissements.

Ralph, penché vers eux, se releva.…. Il avait peur!

Des ténèbres claires régnaient autour de ces hommes perdus dans le désert. Des cris, des sonsrauques s’entendaient au loin... L'un vivait, les autres allaient mourir.

Que faire ?... Qu'était-il donc arrivé?

Il fallut attendre le jour. Ralph replaça ses camarades l’un à côté de l’autre sous leurs manteaux réunis, ils dormaient toujours; puis, se promenant anxieusement autour d’eux, il attendit le soleil... Depuis plus de deux heures, il attendait, quand des rayons d’or surgirent tout à coup sur l'horizon; le jour était fait.

Ralph alors, se retournant vers les dormeurs, se mit à les étudier et à chercher en même temps quelle cause avait pu les plonger dans cet état.

Il chercha longtemps. Enfin, son pied heurtant une motte de sable, l'ouverture d’une galerie minée dessous se découvrit, et une araignée d’un rouge sombre et à tête taillée à facettes se montra...

— Les endormeuses ‘! s’ecria Ralph.

Et d’un bond il s’élança vers ses amis :

— Éveillez-vous, amis! Alerte! Le sol est miné par les araignées endormeuses!

En cet instant, les deux dormeurs gémirent et furent pris de convulsions horribles, se tordant comme des serpents, poussant des cris inarticulés.

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