Latrodectes
Cet état dura plusieurs heures... Ralph leur prodiguait des soins inutiles ; le venin des terribles araignées produisait son effet. Si Ralph n’eût été éveillé, tous trois ils passaient de vie à trépas, du sommeil à la mort, par quelques morsures de plus. Avec lesoleil, les pauvres malades avaient trouvé un peu de repos, parce que les empoisonneuses ne peuvent supporter la lumière; elles la craignent tellement que, dès le matin, elles ferment leurs galeries avec un petit tampon de sable agglutiné et ne les rouvrent qu'à la nuit.
Enfin les deux léthargiques ouvrent des yeux égarés, incertains d’abord, puis ils reviennent peu à peu à la connaissance d'eux-mêmes ; tous deux sont en proie à une fièvre violente et à une courbature qui ne leur permettaient pas un mouvement. Et cependant il faut fuir ce lieu maudit!
Au bout d’une longue station, terrassés par la fièvre, il fallut partir. Ralph portait tout ce qu'il avait pu emballerdes armes, provisions et bagages de ses camarades. Ceux-ci, pâles ,frèles ,incer tains de leurs pas, durent le suivre, trébuchant dans les fondrières, se déchirant aux palmettos
épineux , enfonçant dans les boues d’où leurs jambes sans force ne les pouvaient plus sortir.
Ils marchaient au hasard, devant eux, sans soin, car ils cherchaient en vain un gîte pour passer la nuit à venir. Pas un arbre ne se montrait à l'horizon; ils coucheraient dans l’eau par la fièvre et la rosée froide.