‹ Autour du lac [microforme]Chapitre 33 sur 49 · XVI. — LE SAW-GRASS · texte numérisé non relu

XVI. — LE SAW-GRASS

Dans un coin du cabinet, un débris de couchette était couvert d’un monceau d'herbes sèches, et sur ces herbes dormait paisiblement une femme.

C'était Sarah!

Toby [all la secoua par le bras. Sans presque ouvrir les yeux, la pauvre créature tomba à gen OUX.

— Grâce ! dit-elle tendant les bras.

— Sarah, est-ce vous ?

— Ah! maître, c'est vous ! Dieu soit loué!

J'ai bien souffert.

— Comment êtes-vous ici?

— Maître, je n’ai pu rester loin de vous...

J'ai pensé à la maladie, aux services que pou-

vait vous rendre Sarah qui connaît le désert, je suis venue ! Prenez-moi avec vous !

— Mais c’est de la folie, ma fille ! Que voulezvous que je fasse de vous ? Je n’ai point de place où vous mettre !

— Sarah est petite, maître... Grâce! ne me renvoyez pas! Cette fois je ne saurais retrouver le fort Bassenger !

— Qu'en dis-tu, Toby? demanda Julien à son compagnon.

— Maître, Sarah est petite, c’est vrai. Elle peut nous être utile ; une squaw du désert sert toujours aux hommes en expédition. Nous essayerons de la mettre dans le canot de Mine- CAWa.

<. Si tu le peux, soit.

Et tous trois revinrent au bateau. Ce furent des questions sans fin entre tous les membres de l'expédition. Le gentilhomme scalpé trouvait qu'une femme était une bouche inutile et que ça prenait de la place. Styx-Noir, roulant ses gros yeux, ne disait rien et n’en pensait pas davantage. On essaya diverses combinaisons :

la pauvre jeune fille, mince comme une enfant,

ne faisait pas sensiblement enfoncer le canot, au fond duquel elle s'était étendue; cependant une modification fut apportée à la marche générale. Il fut décidé que, autant qu'il serait possible, deux hommes suivraient le bord par terre, tandis que les bateaux relèveraient aussi bien qu'ils le pourraient les accidents de la rive.

Minecawa et Toby Hall furent chargés de ce parcours.

Ils avaient quitté depuis longtemps déjà les défrichements autrefois pratiqués par les Yankees pour diminuer les chances de surprises autour des palissades du vieux fort, lorsque les navigateurs les virent disparaître un à un au milieu d'un immense taillis de rhododendrons ‘ qui montaient à dix mètres au-dessus de leurs têtes, et sous les branches énormes desquels ils suivaient un sentier délicieux. De toutes parts ces arbres magnifiques étaient couverts de bouquets de fleurs, leur végétation était splendide, et cependant les hardis piétons pataugeaient jusqu’au-dessus de la cheville, dans une couche

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