Guitare japonaise
serpent; un violon en forme de gros marteau avec un archet, un gong et une sorte de taiabour sur lesquels une femme tape alternativement avec des baguettes, voilà tout Torchestre.
Un quart d'heure de cette harmonie suffit amplement à nos oreilles ; nous rentrons à bord, escortés d'un idiot qui nous poursuit de ses cris plaintifs, comme s'il voulait noua reprocher encore d'être venus profaner les orgies de ses frères jaunes en les contemplant. Qu'il soit tranquille I Je n'y reviendrai plus.
Une matinée à rest^ encore à Hong-Kong avant le départ du steamer qui nous emportera au Tonkin; nous l'employons en assistant à des essais sur le charbon du Tonkin, auxquels nous a conviés M. Gbaeter.
Le roi de Hong-Kong, ainsi qu on surnomme M. Chaeter, est un Parsi indo-birman, dont le frère se trouve en Birmanie. Homme de premier ordre, il a su augmenter sans cesse sa fortune et son influence.
Véritable Yankee pour la hardiesse des projets €t la largeur de vues en affaires, il a soutenu en particulier celle des charbons de Hong*Hai» pen-
IG AUTOtn DU TONKIN
dant plus de quatre ans, en dépit des difGcuItc et des critiques, avec une persévérance et une énergie qui prouvent une grande intelligence. Le Gouvernement français a donc eu grandement raison de récompenser par la croix de la Légion d'honneur les importants services qn'il a rendus à notre colonie.
M. Chaeter se fait un plaisir de nous montrer les résultats déjà obtenus. Un de ces élégants petits steam-launch qui sillonnent la rade de Hong-Kong nous mène à la grande raffinerie de sucre de la maison Jardine et Matheson. On nous fait remarquer en route que notre vapeur ne produit aucune fumée. 11 brûle du Hong-Hai.
A l'orifice des trois grandes cheminées de la raffinerie, on peut reconnaître le combuslibk» employé dans les fourneaux auxquels elles correspondent: fumée très noire, charbon du Japon; fumée grise, mi-Japon et mi-Hong-Hai; pas de fumée, Hong-Hai pur.
Avant de i)énétrer dans l'usine, il est bon de faire remarquer qu'elle est en pleine activité, que ce ne sont pas, par conséquent, à des essais que nous allons assister, mais constater son emploi dicté par rex[>érience.
Douze grands fourneaux chauffent les chaudières. Dans les trois premiers on use un mélange composé par moitié de poussier de Japon et de poussier de Hong-Hai. Ce dernier, employé seul, passerait, nous dit-on, à travers la grille ; les briquettes coûteraient trop cher ; ici, sous rinfluence de la chaleur, les deux combustibles s'agglomèrent pour former de vrais morceaux de la grosseur du poing et au-dessus. Les escarbilles qui passent à travers les grilles sont très peu nombreuses; d'ailleurs on les rebrûle. Ce mélange des deux poussiers, nous assure M. Ghaeter, permet, pour obtenir la même pression, une économie de quinze à vingt* pour cent sur le Japon pur. La couche est moins épaisse, la flamme blanche est assez longue.
Les fourneaux suivants brûlent du Uong-Hai pur. Une partie a été extraite il y a huit mois, une autre récemment; le tout vient de Nagolna (à Hong-Hai) et le plus profond a été extrait à vingt mètres. Ce sont de beaux morceaux parfois brillants, salissant les doigts. L'analyse a révélé de huit à neuf pour cent de matière volatile et quatre-vingt-dix pour cent de carbone; encore atteint-il rarement cette proportion.
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Une couche de charbon de Hong-Hai de dix à vingt centimètres d'épaisseur donne la même chaleur qu'une de Japon ayant une hauteur triple; mais le feu doit être bien entretenu, la flamme blanche et haute ; on n'emploie pas de grilles spéciales. L'usage du combustible du Tonkiii pur donne, nous assure-t-on, vingt-cinq pour cent de bénéfice sur celui du Japon.
Des expériences faites à Oxford ont permis d'identifier le charbon de Hong-Hai avec celui de Cardiff; dans l'industrie il ne demande pas de changement de grilles ; dans la marine les barreaux plus resserrés sont préférables. La principale difficulté consiste dans l'allumage de ce combustible qui demande un feu bien entretenu et un fort courant d'air.
Quoi qu'il en soit, le charbon de Hong-Hai est maintenant employé, et avec avantage, dans une grande raffinerie en activité; on le brûle sur deux ferries faisant le service dans la rade de Hong-Kong. Deux transports de l'État viennent d'en chaîner cinq cents tonnes; enfin les deux mille tonnes que Taffrété des charbonnages rAvochie a apportées, ont été rapidement écoulées à raison de huit dollars la tonne de mor«
ceaux, cinq dollars celle de poussier. Depuis le commencement de décembre, Hong-Hai a envoyé près de six mille tonnes.
Ce sont là des résultais appréciables; mais non encore suffisants. — M. Chaeter voit plus loin. — Il faut faire grand, nous dit-il ; la Compagnie des charbonnages n'a qu'un affrété ; dans deux mois elle en possédera deux, puis trois. Une autre exploitation sera reliée en juin au warf de Hong- Hai et alors, c*est quinze, vingt, trente mille tonnes qui seront produites par mois. On les enverra au nord, jusqu'à Shangaï, au sud, à iSingapore et à Colombo même; elles y seront vendues trente-deux shillings d'abord, le môme prix que le cardifif, puis on baissera. Le fret de retour sera assuré par les sucres de Java. Le succès sera alors complet. Les voyageurs qui reviendront d'Extrême Orient pourront dire en France que la marque des charbons du Tonkin prime dans plusieurs des grands ports du monde. Les détracteurs de la colonie ne prétendront plus qu'on ne nous a fait prendre que des marais insalubres et des repaires de pirates; peut-être,
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que, devant le résultat acquis, les capitaux français trop souvent endormis se décideront à venir récolter leur part de profit; on les recevra bien. — Il ne sera jamais trop tard pour produire.