AlluBioD à une légende
Les bandes de papier soot souvent remplacées par de petits tas de fleurs qu'on a été prendre sur l'autel et à qui on donne des noms de convention.
Ce jeu me rappelle celui de la bête qu'on joue aux cartes chez nous.
Les 13 et 14 avril les mêmes fîtes continuent avec les mêmes cérémonies et les mêmes réjouissances; seulement ce sont les pagodes de Test qai amènent la nouvelle année et la conduisent à l'ouest à Ouate-Tate-Loung.
La journée du i5 est plus intéressante :
Le roi doit se promener dans les rues; l'événement a été annoncé de bonne heure par deux coups de canon ^ tirés dans la matinée.
Quand nous arrivons, le cortège est à Ouate- Ahame (auprès de Ouate-Uisoune), l'afiluence est grande ; des femmes apportent à la pagode des fleurs et des aliments disposés sur de grands plats.
De la rue à l'entrée du temple le chemin est couvert de nattes de bambou ; le péristyle est entouré d'étoffes de soie jaune, sous lesquelles
1, Les Siamois on£ monté ici quatre pâtîtes pideei«
le roi est assis, en train de prendre le thé, tandis que les bonzes prient à l'intérieur. Puis recommencent dans la cour les mêmes danses avec les deux mêmes personnages, imitant des démons, auxquelles nous avons assisté à Ouate-Sieng-Tong. Ici Ggure en plus un troisième sujet : c'est un dra^n à tête dorée avec une gueule de crocodile à mâchoire mobile ornée de deux défenses ; le corps est fait d'une étoffe couverte de longs filaments avec une raie bleue au milieu du dos ; deux hommes sont à l'intérieur; le monstre, qui se livre aux contorsions les plus extravagantes, est appelé Tsinng (le lion).
L'orchestre est plus nombreux que les autres jours ; aux joueurs de tamtams que nous avons déjà entendus se sont joints des joueurs de flûte. L'instrument est un simple tube de bambou percé de trous et marqué à une extrémité d'une coche sur laquelle s'appuie la lèvre supérieure du musicien.
Des gens du roi tiennent des sabres dont le fourreau est en or ciselé et la poignée de corne garnie d'incrustations précieuses. Ces armes ont plus de deux cents ans et sont fort belles. La lame est commune.
4d4 AUTOUR DU TONKIN
D*autres serviteurs portent des lances à hampe de bois cerclée d'argent à la partie supérieure; le fer est recouvert d*un étui rouge.
Je remarque une sorte de hallebarde dont ie fer a la forme d'un croissant avec une coche au bas.
Ayant pris le thé, le roi vient nous dire bonjour; il est aimable et paraît intelligent, mais, comme dans les autres entrevues, craintif et embarrassé; entre nous et le colonel siamois il semble gêné, il craint de faire une faute.
L'entretien terminé, le roi monte sur le petit échafaudage de bois au-dessus duquel est le canal à eau sacrée ; ses serviteurs lui apportent tour à tour plusieurs coupes d'eau qu'il verse dans le conduit et ' qui vont tomber goutte à goutte sur un Bouddha placé sur une chaise dorée dans un b&timent adjacent.
Après quelques dernières prières dans la pagode, le prince repart. Ses gens le précèdent, vêtus à la laotienne comme le reste du peuple, sans livrée distinctive ; ils portent des coupes, des bottes, une théière, tous objets en or finement ciselés, la plupart donnés par le roi de Siam. A côté de ces œuvres originales et artis-
tiques, je suis étonné de voir une petite malle en fer^blanc peinte en jaune renfermant des vêtements, une botte française avec des dessins représentant des chevaux et des voitures ; un bocal en verre contenant des parfums, et un flacon en cristal à facettes comme on en voit chez les coiffeurs. Je pense involontairement au légendaire empereur Soulouque et me félicite d'être arrivé à temps pour visiter cette contrée ayant encore une certaine couleur locale qu'elle est condamnée à perdre lorsqu'elle se sera laissé complètement envahir par le mauvais goût de la civilisation a quatre sous.
Sur le passage du monarque, tout le monde 8e met à genoux, tête baissée; derrière lui on tient quatre parasols, deux blancs et deux verts.
Le défilé est long.
Voici d'abord un groupe de cavaliers, les jambes nues, les doigts de pied appuyés sur le rebora d'un large étrier ; ils ont une petite veste blanche et portent un large chapeau de feutre.
Un mandarin porté sur un palanquin fait de quelques morceaux de bois ; de chaque côté, un homme tient une natte en bambous tressés qui prot^e le personnage contre les entreprises des
466 AUTOUR DU TOKKIIf
jeunes filles, désireuses de lui jeter de la boue.
Des bandes d^enfants frappent dans leurs mains.
Puis deux chariots aux roues épaisses tratnés Tun par un cheval et Fautre par des hommes.
Lentement s'avancent trois éléphants portant sous une carapace d'osier qui les abrite du soleil^ des officiers de degré inférieur.
Derrière, avec les soldats laotiens, précédés de six clairons, la garde, vêtue de coutil jaune et portant des bonnets ronds, blancs rayés de bleu.
L'étendard de Luang-Prabang est blanc avec un dragon multicolore semblable au dragon impérial de Chine; un second drapeau blanc à bords rouges, sur lequel on distingue un éléphant en partie effacé, doit être siamois.
Les soldats sont suivis de la musique. Certains ^ instruments tels que les tambours et les clavecins de bambous, ou des cymbales, sont placés sur un carré de bois, suspendu par des cordes aux épaules de plusieurs porteurs ; l'exécutant marche dans le cadre et joue en même temps.
Suivent de nouveaux soldats; ceux-là, le torse nu.
Puis les porte-sabres, porte-lances et porte-
AUTOUR BV TOHKIN ' 4fl^
rotins (les rotins étant disposés par paquets, entourés d'anneaux d'étoffe rouge).
ËofiD, le roil il est assis sur un tout petit trtee doré sans toit que portent huit hommes ; deux enfants lui faisant face sont agenouillés devant lui.
U a une petite veste blanche, un langouti de soie et un vieux casque gris assez sale ; à la main il tient nne ombrelle européenne.
Formant rarrière-garde autour de lui, des groupes de jeunes Laotiens, grisés de tchoumtcboum, le visage souvent sali par la boue des jeunes filles.
La procession se dirige à Ooate-Sieng-Tong.
16 ayril.
Jour de repos, c'est-à-dire de cessation de fête officielle, ce qui n'empêche les chants des femmes de se faire entendre toute la journée.
< U n'y a pas de fête, nous dit un grand bonze, mais les femmes sont contentes et elles chantent. »
17 avril.
Je crois qu'un pèlerinage se dirigera à la grotte de Pak-Ou ; mais nous n y pouvons prendre part, étant forcés nous-mêmes de partir dans la direction opposée.
Par le peu qu'il nous a été permis de voir en quinze jours, le lecteur a pu juger du haut intérêt des observations à faire sans sortir même des rues de Luang-Prabang. Mais à qui veut s'occuper d'ethnographie, de simples promenades dans une ville ne peuvent suffire, il faut savoir élai^r son cadre, chercher à se rendre compte de ce qui entoure le peuple qu'on étudie, de ce qui peut avoir une influence quelconque sur ses mœurs ; on doit s'enquérir des conditions climatériques auxquelles il est assujetti, de ia nature du sol sur lequel il vit, des animaux qui l'approchent, des moyens de défense qu'il peut opposer à ses ennemis naturels, des ressources dont il dispose.
A Tétude de la flore et de la faune laotienne se rattache le nom d'un naturaliste français, Henri Mouhot, dont les missions scientifiques
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furent payées par Targent anglais et qui succomba à un accès de fièvre à Luang-Prabang, le 10 novembre 1861. Un petit monument élevé à sa mémoire par la mission Garnier, restauré par le docteur Néis, fut de nouveau remis à neuf par la mission Pavie. C'est un cénotaphe blanchi à la chaux sur lequel on lit l'inscription suivante, en lettres bleues :
H. MÔUHOT
Le terrain au milieu duquel il est placé est un espace débroussaillé dans les bois qui bordent le Nam-Khan à environ une heure au-dessus de Luang-Prabang ; le naturaliste était mort dans un village situé plus haut sur la même rive. (Test là qu'on le dit enterré bien qu*on n'ait pas de preuves du fait. Le chef d'un village Lu des environs reçoit six piastres pour entretenir le monument et récolter des insectes; à ces fonctions il joint celles de maître de ballet et d'organisa* leur de divertissements en ville.
Sur la rive droite du Nam-Khan, se dresse en face, une montagne calcaire, dont les pentes sont couvertes de gros blocs éboulés; la légende rap-
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porte que ce chaos n*est pas dû au hasard, mais qu'il est Fœuvre des anciens rois qui l*auraient fait produire de main d* hommes pour ensevelir leurs trésors sous les décombres.
L'expédition Garnier, puis Mouhot, Néis, Harmand, dans des voyages spéciaux, ont étudié la faune de Tlndo-Cbine ; je renvoie à leurs remarquables travaux le lecteur curieux détre renseigné sur ce chapitre.
La flore est variée; nous voyons commencer la floraison des belles orchidées parasites, roses ou jaunes.
La contrée est très boisée ; j*ai eu occasion de rapporter des échantillons des différents bois (une quarantaine).
Au premier rang, le teck, appelé ici le maïsok^ qui croit en grand nombre sur les rives du Mékong, à quelques jours au-dessus de Luang-Prabang, près de Xieng-Sen, et au dessous de la ville, du côté de Pak-Lay. On trouve du teck sur la colline même du consulat, mais ce sont de petite arbres, disséminés, reste d'une pépinière jadis plantée par un des rois de Luang-Prabang peur les besoins de la cour.
Le mode des concessions de forêts dans le Siam
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fait prévoir la prochaine disparition des txHS précieux. L'exploiteur a droit, pendant une période donnée, de couper tout ce qu'il peut. Forcément on cherchera ailleurs le bois si utile aux constructions navales ; on ira en Birmanie où les Anglais ont l'habileté de protéger leurs réserves, et l'on se tournera du côté, du Mékong. Il faudra faire passer aux troncs les rapides de Kemmarat, et ceux de Khong, soit directement, soit au moyen d'un Decauville, soit en les faisant traîner par de» éléphants. Le jour où des radeaux de bois de teck partis de Luang-Prabang viendront à passer devant Pnom-Penh, l'avenir du Mékong, du Laos, c'est-àdire de l'Indo-Chine centrale, ne sera plus discuté. La question si intéressante de la flottaison du Mékong a été mise à l'étude par M. Massie, qui, malgré le manque absolu de cx)ncours des grands commerçants et du gouvernement de Gochinchine, à ses propres risques et dépens, a signé un contrat avec plusieurs entrepreneurs de Luang- Prabang. On doit lui amener quatre cents troncs devant le consulat; s'il les fait descendre, la partie contractante est liée envers lui, tandis qu'il reste libre d'accepter ou de refuser le marché, c'est-àdire la livraison faite à lui ou aux maisons fran-
vaises par lui désignées, à l'exclusion de toute autre, d'un nombre de troncs déterminé par an.
Les seuls risques sont les frais de descente du premier radeau ; la question résolue, la différence des prix d'achat à Luang-Prabang et de vente à Saigon assure de fort beaux bénéfices. Quel que soit d'ailleurs le résultat, l'essai serait bien utne a notre commerce^
Au cas où il serait démontré que le teck peut être avantageusement descendu à Saigon, d'autres bois pourraient également être exploités.
Actuellement deux produits végétaux sont exportés de Luang-Prabang : la cardamome et le benjoin, ce dernier faisant jadis l'objet du prmcipal commerce, mais baissant maintenant de plus de moitié du prix sur le marché de Bangkok'.
On pourra un jour trouver dans la flore de la contrée matière à une autre industrie : celle des essences ; les plantes sauvages odorantes sont trè.^ nombreuses, et on rencontre des parfums très
1. La mort de M. Massie, si douloureuse pour ses amis, si pt- Dible pour tous les cœurs français, et si regrettable à tous ùo> intéixîts, est venue depuis interrompre TatTaire. Je ne sais quand l'essai sera tenté.
â. Peut-être parce qu'on est arrivé à en tirer le parfum d'autre:^ matières (acide hippurique par exemple) par des procédés chioiiqueft.
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fios (une composée, par exemple, abondante dans la région, rappelle absolument Todeur de la rose). Uae plante sent le musc.
A côté des productions indigènes, de nouvelles cultures pourront être introduites. La terre étant libre, on se trouve dans une situation exceptionnelle ; le poivrier en particulier, déjà cultivé en Annam, pourra donner de bons rapports; la vigne qui pousse à l'état sauvage sur le plateau des Pouôn vient ici fort bien ; les arbres fruitiers prospéreraient vraisemblablement.
Ce n'est pas à la faune et à, la flore que sont limitées les productions naturelles du Laos; le sous-sol est très riche et particulièrement inté- . ressant à étudier; un champ d'explorations fécond en découvertes est ouvert au géologue dans les environs de Luang-Prabang. Les collines calcaires qui bordent le Mékong, ou les affleurements fossilifères entre les rochers porphyriques sur lesquels elles s'appuient, sont riches en espèces nouvelles. Dans les bois de la rive droite du Mékong le terrain est presque toujours à découvert; inutile de faire des fouilles; c'est une carte géologique qui se trouve étalée devant nous, et qu'on peut lire presque à première vue; je
signalerai les restes d'une forêt pétrifiée, dont la découverte est due à M. Massie.
Le savant ne serait pas le seul à trouver son profit dans l'étude des terrains de la principauté; le commerçant en tirerait un résultat pratique avantageux.
La plupart des métaux se rencontrent en effet; d'abord, l'or : on le trouve partout; on le ramasse déjà sur les rives du Mékong à Luang-Prabang môme, mais en quantités pour ainsi dire infinitésimales. Les marchandes m'apportent de la poudre d'or avec de petites pépites de la taille d'un grain de riz, elles ne veulent pas la vendre moins de trente fois le poids d'argent. On me montre aussi une pépite de la grosseur d'une noisette, celle-ci adhérant à des morceaux de quartz, et une autre un peu plus grosse et intacte. La femme qui détient cette dernière ne veut s'en défaire qu'à un prix exorbitant. Ces pépites proviennent de mines d'or situées à six jours au-dessus de Luang-Prabang vers la rive droite du Mékong, les gisements sont à quatrevingts mètres environ au-dessus du fleuve, dans les vallées de ses affluents, au milieu de terrains d'alluvions, reposant sur des schistes qui ont dû
être décomposés. On trouve des pépites de la grosseur du pouce; la légende rapporte que ces mines renferment un filon d'or pur; deux ouvriers l'auraient trouvé simultanément chacun au fond de sa galerie; mais en l'attaquant des deux côtés à la fois avec leur pic, ils auraient provoqué un éboulement qui les aurait enfouis. Depuis, la mine n'a pas été retrouvée.
Il est fort possible que les mines soient très riches ; peut-être se trouve-t-on en présence d'une nouvelle Californie ; il faudrait, pour être fixé sur la valeur du gisement, que des Européens y dirigeassent des travaux; les ouvriers Kas ne leur feraient pas défaut; un petit capital de recherche devrait être sacrifié.
Les principaux gisements aurifères sont : Pac- Bay (au-dessus de Luang-Prabang), Xieng-Kouang, Xieng-Mong (ces deux derniers dans les Pouôn).
On parle d'un filon d'argent; nous n'en avons pas vu d'échantillon.
Le fer, l'antimoine, le plomb, le cuivre, abondent.
D'autres minéraux pourront être exploités : les calcédoines et les agates se recueillent près de Luang-Prabang.
Plus loin, du côté de Kouang-Sen se trouve une mine de rubis appartenant au roi de Nan ; elle n'est pas encore exploitée, bien qu'un Birman en ait demandé la concession.
Comme on voit, l'État de Luang-Prabang est bien partagé sous le rapport des productions naturelles ; malheureusement ses habitants sont loin d'en tirer tout le parti qu'ils pourraient. Pauvres, peu nombreux, guère travailleurs et sans grands désirs, ils ne cherchent pas à s'enrichir par le commerce; et les Chinois qui viennent faire des affaires jusqu'ici sont en très petit nombre; il n'y a de place que pour fort peu de concurrents. La longueur des distances et le prix des transports réduisent singulièrement les bénéfices, qui, au dire des commerçants à queue que j'ai consultés, se transformeraient la plupart du temps en pertes. J'ajouterai que je ne crois qu'à moitié aux plaintes des Chinois, les ayant toujours partout entendu gémir sur le mauvais état des aflaii^es; je ne puis me persuader qu'ils font taot d'efforts et sortent de l'argent de leur poche rien que pour le plaisir de contempler les Bouddhas de Luang-Prabang.
En tout cas, il est fort difficile de se rendre
UD compte exact du mom'emeQt commercial de la principauté qui nous occupe.
Selon les Siamois, les exportations du Laos s'élèveraient annuellement à vingt ou vingt^inq millions. Par Laos on désigne toute la contrée s'étendant de Strung-Treng à Xieng-Sen, dans un sens, et dans Tautre de Xieng-Maï à Attopeu; environ onze cents kilomètres en hauteur sur un loillier de large. Dans ce chiffre, s'il est exact, Luang-Prabang ne doit entrer que pour une bien faible part. J'ai lu quelque part, dans le rapport de M. Macey, je crois, que TÉtat exportait pour un million de benjoin ; si ce chiffre a été atteint il est maintenant bien diminué.
Voici les principaux articles d exportation de Luang-Prabang indiqués par le consul anglais Archer, lors de son voyage en 1890-1891 :
Benjoin 170 roupies Me sen *.
Cardamome 90 roupies le sen.
Laque 140 — —
Poix 200 — —
Fer (de Muong Phuon). 60 — —
Coton i roupie les i2 piians.
Soie (meilleure qualité) 10 roupies le ptiao.