CULTURE
Les nombreuses mines du Tonkin pourront être un jour d’un grand rapport pour les colons; elles ne seront pourtant pas, je crois, la première source de richesses; la culture est appelée à prendre le pas sur elles. Le sol, fait de ce même limon dont des millions de Chinois tirent leur existence, produit beaucoup; il peut donner plus encore; des travaux de colmatage, une irrigation bien ordonnée, la construction de voies de communication, et surtout de la sécurité permettront aux habitants d’étendre leurs cultures. La route du Bay-Saï vient à peine d’être terminée et nous voyons déjà les indigènes demander de nombreuses concessions dans la région qu’elle traverse. A côté des récoltes indigènes, des essais de cultures nouvelles seront tentés; et ils ne devront pas être limités au seul Delta; sur les plateaux du haut pays on trouvera des conditions d’altitude et de climat, très favorables au développement de certaines plantes.
Dans le bas comme dans le haut pays croît le riz, avec toutes ses variétés. Il nourrit l’Indo- Chine entière, comme la moitié du monde; une rizière, une touffe de bambous et un buffle pour chacun, tel serait assurément le programme socialiste, qui aurait le plus de succès à travers l’Asie, si ses habitants plus méfiants que certains de nous, se laissaient prendre aux belles paroles, et n’étaient pas intimement convaincus que, jusqu’à la consommation des siècles le plus fort volera le plus faible. Les récoltes sont moins abondantes qu’en Cochinchine, et pourtant certaines années, comme 1891, permettent au Tonkin d’écouler dans les pays avoisinants son surplus de riz. On cultive encore la canne à sucre, le maïs dans le nord; la cannelle, le bambou partout, le cocotier, le mûrier, le bétel, le ricin, l’indigo, etc...
L’aréquier exige relativement peu de soins ; c’est une bonne culture pour un établissement agricole. Elle lui assure un revenu annuel pour chaque plant, et lui permet de faire à côté, des essais de rapport encore incertain, ou dont les bons résultats peuvent se faire attendre.
Parmi ces derniers, il faut indiquer le jute et le chanvre de Manille ; ces plantes d’un grand re-
venu dans les Philippines, vont être mises en exploitation dans des terrains concédés sur la rive gauche du fleuve Rouge à messieurs Gobert.
Le coton est appelé, je crois, à devenir la plus grande source de richesse du Tonkin; on pourra l'expédier brut au Yunnan, au Kouang-Si et jusque même au Su-Tchuen. Que l’on se reporte aux chilïres donnés par MM. Bourne, et par notre consul à Mong-Tsé, sur le commerce du coton dans les provinces de Chine avoisinant notre colonie ; que l’on examine les prix auxquels revient le transport par caravane d’une halle de Birmanie ou du Laos dans les villes chinoises, et l'on se rendra facilement compte du profit énorme que nous pouvons tirer de l’exportation du coton brut par la voie du fleuve Rouge ou d’un chemin de fer futur. Nous entrerons dans plus de détails à ce sujet à propos des débouchés commerciaux du Tonkin.
Ou bien on filera le coton sur place; ou fera peut-être deux parts de la matière; l’exportation d’une partie à l’état brut n’em{)êchera pas le tissage de l’autre.