‹ Autour du TonkinChapitre 36 sur 84 · a/e O Jt Ajinlt · texte numérisé non relu

a/e O Jt Ajinlt

O . Thdeloujiy

ABREviATiONS

0 [u^uA OaaJ* {/A^ctù ,*n '

esrrs Beiyt fSti /Ouidr^ dtÀjutt) ùuy*)

La visite est courte; le roi nous reconduit avec affabilité et nous promet de nous indiquer le jour où son père pourra nous recevoir. Ce n’est que quelque temps après que nous sommes conviés. Le père est plus simplement logé que le fds; le salon est décoré de gravures de V Illustration et du Puck, et de bois de cerf. Le vieux roi est un beau vieillard de quatre-vingt-deux ans, portant ses cheveux blancs en brosse ; la figure est intelligente; le manque de dents fait relever légèrement le menton, ce qui ne l’empêche pas de parler fort et haut, tout en roulant sa chique de bétel.

Sa situation de quasi-divinité lui permet une indépendance de langage qu’il a d’ailleurs toujours eue; il paraît s’intéresser beaucoup à notre voyage et nous donne de nombreux conseils sur la descente du Mékong. L’amitié qu’il a pour M. Pavie (celui-ci lui a jadis sauvé la vie) semble très vive ; il m’en parle longuement. Nous le quittons, enchantés de sa conversation qui nous plaît plus que celle de son fils. En somme, tous deux sont d’assez braves gens, et ils seraient disposés à avoir d’excellents rapports avec les Européens... s’ils étaient libres d’agir. Le Siam joue un peu à leur égard le rôle de la Chine au Tibet;

souhaitons comme proche Père de la liberté qui, en délivrant les deux pays de leur joug, livrera un champ d’études précieux à notre science, des débouchés nouveaux à notre commerce.

Entre le palais et la, berge, une grande rue courant parallèlement à celle du marché; de distance en distance quatre poteaux portent un petit abri qui couvre une cruche d’eau; l’entretien de ces fontaines Wallace est laissé au bon vouloir des habitants, qui, en procurant aux passants le moyen de se désaltérer, accomplissent un acte de charité méritoire pour l’autre vie.

Quelques artisans habitent ce quartier; on nous conduit chez un orfèvre ; le soufflet de sa forge est fait d’un tronc d’arbre creux, dans lequel se meut un piston; un anneau est fixé sur une enclume de bois; il sert à retenir les bâtonnets, garnis à leur extrémité d’une forme en cire dure. La feuille d’argent fixée au tour est travaillée avec un marteau et de petits poinçons de cuivre et de fer qui me rappellent les instruments de Pompéï; les moules ont été brûlés à l’incendie de Luang-Prabang. L’ouvrier chez qui nous sommes a quitté le service du roi pour s’établir à son propre compte, parce que, prétend-il, il était

payé d’une manière très arbitraire. A l’extrémité de la ville jusqu’au coude du Nam Khan, nous aA'ons encore toute une série de pagodes à visiter :

Ouate-Seng;

Ouate-Sieng-Mou-Koune ;

Ouate-Sieng-Bouloung ;

Ouate-Sieng-Tong.

Dans cette dernière, nous remarquons une grande bannière sur laquelle est peinte une série de cercles, représentant la marche de Bouddha. Avec de l’imagination, ou plutôt l’intelligence des allégories, les fidèles reconnaissent les empreintes des talons, et celles des doigts de pied; ces figures dessinées sur les vestes des soldats sont un talisman pour la guerre.

Dans la cour, parmi les monuments accessoires, une petite pyramide couverte en partie de lames argentées, vertes ou cuivrées, porte une inscription laotienne. L’interprète me dit qu’on avertit les passants que les cendres d’un mandarin Tianone reposent à l’intérieur; l’édifice est entouré de piliers surmontés de boutons de lotus, et ressemblant fort à de grosses asperges.

Nous voici au confluent du Nam Khan; l’affluent

du Mékong n’a maintenant qu’une quarantaine de mètres de large; son cours est parfois torrentiel; des pirogues très légères peuvent seules le parcourir en raison du peu de profondeur. Si la rivière était plus navigable, elle pourrait être utilisée avantageusement pour le transport des marchandises envoyées à Luang-Prâbang. De Vinh à cette ville on compte une trentaine de journées; et la région traversée au partage des eaux entre la côte d’Annam et le Mékong, est très riche. C’est le plateau des Pouôn qui jouit d’un climat européen; les conifères, les arbres fruitiers, les plants d’Europe, la vigne, les melons, y viennent admirablement ; la contrée est saine ; on peut prévoir dans l’avenir un grand profit pour les colons intelligents qui voudront s’installer sur ces plateaux et les exploiter.

Actuellement les eaux du Nam Khan sont basses, le mouvement commercial nul. En remontant la rive depuis le confluent, nous remarquons le pont volant, posé sur pilotis, menant au village de Pan-Louong, et plus loin, tout à l’extrémité sud de la ville, au-dessus de la berge, la fabrique de tchoum-tchoum.

Voici comment est faite la liqueur. On met

dans des jarres en terre de l’eau et du riz qu’on laisse fermenter pendant quinze jours. Au bout de ce temps, le contenu de la jarre est placé avec un peu de levain dans des tonneaux en bois, surmontés d'une cuve pleine d’eau ; à mihauteur, un tube en bambou laisse tomber goutte à goutte la vapeur condensée. Sous, les tonneaux, un feu est entretenu dans un fourneau allongé à plusieurs orifices; par jour, on obtient trente pots de sept à huit litres chacun ; pour obtenir un de ces pots, on utilise le contenu de trois jarres d’une capacité double ; le pot de tchoum-tchoum se vend trois beaux et demi.

De l'usine, un sentier nous mène à l’extrémité de la rue au point où nous avons débarqué. Cette partie est peu peuplée; dans la brousse quelques ruines indiquent les anciens remparts de la ville. En retournant dans la direction du fleuve, on laisse à gauche les enceintes des maisons de plusieurs mandarins, entourées de mares, en partie desséchées, et à droite, au pied de la colline, un groupe de pagodes intéressantes.

La principale est Ouate-Uisoune ; elle porte le nom du roi qui l’a bâtie; on la dit fort ancienne .

Page 1