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Les Siamois ont monté ici quatre petites pièces

AUTOUR DU TON Kl N

le roi est assis, en train de prendre le thé, tandis que les bonzes prient à l’intérieur. Puis recommencent dans la cour les mômes danses avec les deux mêmes personnages, imitant des démons, auxquelles nous avons assisté à Ouate-Sieng-Tong, Ici figure en plus un troisième sujet : c’est un dragon à tête dorée avec une gueule de crocodile à mâchoire mobile ornée de deux défenses ; le corps est fait d’une étoffe couverte de longs filaments avec une raie bleue au milieu du dos ; deux hommes sont à l’intérieur; le monstre, qui se livre aux contorsiôns les plus extravagantes, est appelé Tsinng (le lion).

L’orchestre est plus nombreux que les autres jours ; aux joueurs de tamtams que nous avons déjà entendus se sont joints des joueurs de flûte. L’instrument est un simple tube de bambou percé de trous et marqué à une extrémité d’une coche sur laquelle s’appuie la lèvre supérieure du musicien.

Des gens du roi tiennent des sabres dont le fourreau est en or ciselé et la poignée de corne garnie d’incrustations précieuses. Ces armes ont plus de deux cents ans et sont fort belles. La lame est commune.

D’autres serviteurs portent des lances à hampe de bois cerclée d’argent à la partie supérieure; le fer est recouvert d’un étui rouge.

Je remarque une sorte de hallebarde dont le fer a la forme d’un croissant avec une coche au bas.

Ayant pris le thé, le roi vient nous dire bonjour; il est aimable et paraît intelligent, mais, comme dans les autres entrevues, craintif et embarrassé; entre nous et le colonel siamois il semble gêné, il craint de faire une faute.

L’entretien terminé, le roi monte sur le petit échafaudage de bois au-dessus duquel est le canal à eau sacrée; ses serviteurs lui apportent tour à tour plusieurs coupes d’eau qu’il verse dans le conduit et qui vont tomber goutte à goutte sur un Bouddha placé sur une chaise dorée dans un bâtiment adjacent.

Après quelques dernières prières dans la pagode, le prince repart. Ses 'gens le précèdent, vêtus à la laotienne comme le reste du peuple, sans livrée distinctive ; ils portent des coupes, des boîtes, une théière, tous objets en or finement ciselés, la plupart donnés par le roi de Siam. A côté de ces œuvres originales et artis-

tiques, je suis étonné de voir une petite malle en fer-blanc peinte en jaune renfermant des vêtements, une boîte française avec des dessins représentant des chevaux et des voitures ; un bocal en verre contenant des parfums, et un flacon en cristal k facettes comme on en voit chez les coiffeurs. Je pense involontairement au légendaire empereur Soulouque et me félicite d’être arrivé à temps pour visiter cette contrée aj^ant encore une certaine couleur locale qu’elle est condamnée à perdre lorsqu’elle se sera laissé complètement envahir par le mauvais goût de la civilisation à quatre sous.

Sur le passage du monarque, tout le monde se met à genoux, tête baissée ; derrière lui on tient quatre parasols, deux blancs et deux verts.

Le défilé est long.

Voici d’abord un groupe de cavaliers, les jambes nues, les doigts de pied appuyés sur le rebord d'un large étrier ; ils ont une petite veste blanche et portent un large chapeau de feutre.

Un mandarin porté sur un palanquin fait de quelques morceaux de bois ; de chaque côté, un homme tient une natte en bambous tressés qui protège le personnage contre les entreprises des

jeunes filles, désireuses de lui jeter de la boue.

Des bandes d’enfants frappent dans leurs mains.

Puis deux chariots aux roues épaisses traînés l’un par un cheval et l’autre par des hommes.

Lentement s’avancent trois éléphants portant sous une carapace d’osier qui les abrite du soleil, des officiers de degré inférieur.

Derrière, avec les soldats laotiens, précédés de six clairons, la garde, vêtue de coutil jaune et portant des bonnets ronds, blancs rayés de bleu.

L’étendard de Luang-Prabang est blanc avec un dragon multicolore semblable au dragon impérial de Chine ; un second drapeau blanc à bords rouges, sur lequel on distingue un éléphant en partie effacé, doit être siamois.

Les soldats sont suivis de la musique. Certains instruments tels que les tambours et les clavecins de bambous, ou des cymbales, sont placés sur un carré de bois, suspendu par des cordes aux épaules de plusieurs porteurs ; l’exécutant marche dans le cadre et joue en même temps.

Suivent de nouveaux soldats; ceux-là, le torse nu.

Puis les porte-sabres, porte-lances et porte-

rotins (les rotins étant disposés par paquets, entourés d’anneaux d’étoffe rouge).

Enfin, le roi I il est assis sur un tout petit trône doré sans toit que portent huit hommes ; deux enfants lui faisant face sont agenouillés devant lui.

Il a une petite veste blanche, un langouti de soie et un vieux casque gris assez sale ; à la main il tient une ombrelle européenne.

Formant l’arrière-garde autour de lui, des groupes de jeunes Laotiens, grisés de tchoumtchoum, le visage souvent sali par la boue des jeunes filles.

La procession se dirige à Ouate-Sieng-Tong.

16 avril.

Jour de repos, c’est-à-dire de cessation de fête officielle, ce qui n’empêche les chants des femmes de se faire entendre toute la journée.

« Il n’y a pas de fête, nous dit un grand bonze, mais les femmes sont contentes et elles chantent. »

17 avril.

Je crois qu’un pèlerinage se dirigera à la grotte de Pak-Ou; mais nous n’y pouvons prendre part, étant forcés nous-mêmes de partir dans la direction opposée.

Par le peu qu’il nous a été permis de voir en quinze jours, le lecteur a pu juger du haut intérêt des observations à faire sans sortir même des rues de Luang-Prabang. Mais à qui veut s’occuper d’ethnographie, de simples promenades dans une ville ne peuvent suffire, il faut savoir élargir son cadre, chercher à se rendre compte de ce qui entoure le peuple qu’on étudie, de ce qui peut avoir une influence quelconque sur ses mœurs ; on doit s’enquérir des conditions climatériques auxquelles il est assujetti, de la nature du sol sur lequel il vit, des animaux qui l’approchent, des moyens de défense qu’il peut opposer à ses ennemis naturels, des ressources dont il dispose.

A l’étude de la flore et de la faune laotienne se rattache le nom d’un naturaliste français, Henri Mouhot, dont les missions scientifiques

furent payées par l’argent anglais et qui succomba à un accès de fièvre à Luang-Prabang, le 10 novembre 1861. Un petit monument élevé à sa mémoire par la mission Garnier, restauré par le docteur Néis, fut de nouveau remis à neuf par la mission Pavie. C’est un cénotaphe blanchi à la chaux sur lequel on lit l’inscription suivante, en lettres bleues :

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