‹ Autriche et ItalieChapitre 1 sur 14 · L'ARMÉE AUSTRO-HONGROISE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE AUSTRO-HONGROISE

L'état politique de l' Autriche-Hongrie.

L'Empire des Habsbourg comprend deux Etats souverains, égaux en droits, dotés chacun d'un Parlement national et de Ministres particuliers, responsables devant les Chambres nationales, autrichienne d'une part, hongroise de l'autre. Les <( affaires communes » sont confiées à trois Ministres, — Guerre (avec la marine), Finances, Affaires étrangères, — responsables devant les Délégations, composées de 60 membres de chacun des Parlements autrichien et hongrois. L'ancienne monarchie unitaire est donc remplacée par une association de trois États : Autriche-Hongrie, Autriche, Hongrie. Eu 1878, l'occupation de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche- Hongrie introduisit un nouvel élément dans cet ensemble déjà disparate. Les nouveaux territoires, administrés par le Ministre commun des Finances, ne furent rattachés, ni à l'Autriche, ni à la Hongrie, et constituèrent une sorte de Reichsland, dont la situation, dans l'Empire

austro-hongrois, fut analogue à celle de l'Alsace-Lorraine dans l'Empire allemand. Le compromis de 1907, entre l'Autriche et la Hongrie, a maintenu cet état de choses. Il l'a même aggravé. En reconnaissant à la Hongrie le droit de signer des traités de commerce, il en a fait un Etat de droit international.

Les trois armées de la Monarchie.

Le dualisme militaire.

De ce système politique résultent des conséquences fort importantes pour l'organisation militaire. Aux trois parties de la monarchie correspondent trois armées différentes : armée commune, landwehr autrichienne, landwehr hongroise ou honved.

La première est la seule armée autro-hongroise, « impériale et royale » ; les landwehrs, composées de troupes actives comme l'armée commune, sont de véritables armées nationales, l'une, « impériale-royale autrichienne », l'autre « royale hongroise ». Chacune de ces armées possède un budget distinct, un ministère spécial (Guerre pour l'armée commune. Défense nationale pour chaque landwehr), une organisation particulière. Le seul organe qui leur soit commun est le « Chef d'étatmajor pour l'ensemble de la force armée ». Au point de vue du commandement, l'armée commune est dirigée par 15 généraux commandants de corps d'armée et 1 général commandant de la Dalmatie. A la tête de chaque landwehr est un inspecteur général. Il a rang de commandant de corps d'armée. En ce qui concerne l'organisation territoriale, l'armée commune comprend 45 régions de corps d'armée (8 en Autriche, 6 en Hongrie, 1 en Bosnie-Herzégovine), et la Dalmatie; la landwehr autrichienne, 8 régions de division, dont chacune correspond à un des 8 corps autrichiens; la honved, 7 districts de division, sans aucune relation avec les corps hongrois de l'armée commune. Dans

l'armée commune, le service actif est de trois ans ; il est de deux ans dans les landwehrs. Les périodes d'instruction des réservistes diffèrent, suivant qu'il s'agit de l'armée ou des landwehrs (1). L'armée commune, seule, a des troupes de toutes armes. Daus les landwehrs il n'existe que de l'infanterie et de la cavalerie. Toutefois, depuis 1906, la landw^ehr autrichienne compte quelques batteries de campagne (2). Si les unités des landwehrs ne sont pas tout à fait des unités-cadres, leurs effectifs de paix présentent néanmoins une infé-

(1) Durée du service militaire : 24 ans.

a) De 19 à 21 ans, dans le landsturm, l^'^ ban : 2 ans. h) De 21 à 33 ans, dans l'armée active et les réserves (hommes incorporés), ou dans l'ersatz-réserve (hommes non incorporés) : 12 ans. Service actif : 3 ans (armée commune) ou 2 ans (landwehrs).

c) De 33 à 37 ans, dans le landsturm, J" ban : 5 ans. '

d) De 37 à 42 ans, dans le landsturm, 2^ ban : 5 ans.

Périodes d'instruction :

a) Hommes incorporés daus l'armée commune. — En 9 ans de réserve : 4 périodes de 4 semaines (2 semaines dans la pratique) ; au total : 16 semaines.

h) Hommes incorporés dans les landwehrs. — En 10 ans de réserve, total de : 16 semaines (Autriche), ou 25 semaines (Hongrie).

c) Hommes classés dans l'ersatz-réserve. — En 12 ans d'ersatzréserve : une première période de 8 semaines, puis trois périodes de 4 semaines (2 dans la pratique) ; au total : 20 semaines (Feldmaréchallieutenaot Glûekmanu, Heerœcsen, 1907).

(2) Nombre d'unités en temps de paix :

Bataillons d'infanterie (4 compagnies en général)

Escadrons de cavalerie

Détachements de mitrailleuses. .

Batteries montées à 6 pièces. . . .

Batteries à cheval à 4 pièces . . .

Armée

Landwehr

commune.

autrichienne.

Honved.

Total.

riorité marquée par rapport à ceux de l'armée : 55 hommes par compagnie au lieu de 95, 100 par escadron au lieu de 165(1).

Dans cette triple organisation, il y a donc une première cause de faiblesse pour Tarmée austro-hongroise. L'effectif de paix des landwehrs — près du tiers de l'armée — est très faible. Circonstance plus grave : l'armée n'est pas homogène. Les landwehrs, destinées à être, en temps de guerre, employées en première ligne, au même titre que l'armée commune, comprennent un noyau de soldats du service actif, beaucoup moins élevé que celle-ci. Les réservistes sont plus ou moins instruits, selon qu'ils appartiennent à l'armée ou aux landwehrs. D'autre part, les 7 divisions de la honved ne dépendent que de l'inspecteur général de la honved. Il faudrait, au moment de la mobilisation, soit les rattacher aux corps de l'armée commune, soit constituer de nouveaux corps d'armée. Ce défaut d'organisation doit être imputé au nationalisme hongrois, qui refuse de mêler l'armée nationale hongroise à Tarmée austro-hongroise et crée entre la Hongrie et l'Autriche un état de guerre, à tel point que la presse autrichienne peut parler de « faire la paix avec la Hongrie ».

En 1903, les Hongrois refusent de voter l'augmen-

Armée

Landwehr

commune.

autrichienne.

Honved.

Total.

Batteries lourdes à 4 pièces ....

Batteries de montagne ou mon-

tées à voie étroite à 4 pièces. .

Batteries de forteresse

Bataillons de pionniers (5 com-

pagnies)

Bataillons de chemins de ter et de

télégraphes (4 compagnies). . .

Veltzé, Armce-Almanach, 190»; Vcrordnungsblatt.

(1) Veltzé, Ibid.

tation du contingent, si le hongrois n'est pas adopté comme langue de commandement dans la partie hongroise de l'armée commune, et ils ne votent même pas le contingent annuel. Il s'ensuit une désorganisation de l'armée commune, qui dure plusieurs mois. 11 faut maintenir sous les drapeaux les hommes libérables et rappeler un grand nombre d'ersatz-réservistes, brusquement arrachés à leurs occupations, pour un temps indéterminé. Deux ans après, la dissolution de la Chambre hongroise produit une nouvelle crise; le budget et le contingent ne sont pas votés à temps; la classe hongroise de 1905 est incorporée avec dix mois de retard.

La réorganisation de l'artillerie, suspendue pendant deux ans par le refus des Hongrois de consentir à une augmentation du nombre des recrues, n'aboutit qu'en 1908, et encore grâce au prélèvement de S, 000 hommes sur l'infanterie, puisque l'effectif total n'a pu être accru. La réforme du Code de justice militaire est arrêtée par la question de l'emploi du hongrois devant les tribunaux militaires. Il serait utile de développer les troupes techniques, dont l'importance s'accroît de plus en plus; il serait utile aussi de former de nombreux détachements de mitrailleuses. Il faut des hommes, et, comme les Hongrois s'opposent à toute augmentation du contingent annuel, on doit recourir à des expédients, enlever à l'infanterie ce qu'on donne à l'artillerie, et aggraver un des vices fondamentaux de cette armée : la faiblesse des effectifs de paix de l'infanterie.

Les exigences hongroises portent essentiellement ou plutôt portaient, car certaines ont déjà reçu satisfaction, sur quatre points : les cadres de l'armée commune, la langue de commandement, la participation de la Hongrie aux fournitures militaires, les drapeaux de l'armée commune.

Sur le premier point, les Hongrois réclamaient une augmentation du nombre des officiers hongrois dans

l'armée commune (1); comme moyen, ils réclamaient la multiplication des écoles militaires hongroises et Taffectation à des régiments hongrois des officiers hongrois, dont un certain nombre servait dans des régiments autrichiens.

La reconnaissance du hongrois comme deuxième langue de service et de commandement, — à côté de l'allemand, dont la connaissance est aujourd'hui seule obligatoire pour tous les cadres de l'armée commune et de la landwehr autrichienne, — est de la plus haute importance. Jusqu'à présent, il existe, dans chaque régiment, une ou plusieurs langues de « régiment «, celles que parle le cinquième au moins de l'effectif. Eq ces langues se fait l'instruction. Mais l'unité de la langue de service donne à l'autorité militaire la certitude d'être comprise de tous les régiments, si elle leur adresse des ordres en allemand. Elle lui donne aussi la possibilité de composer les grandes unités de l'armée avec des corps de toutes races, sans s'arrêter à la question de nationalité (2). Du jour où le hongrois sera reconnu comme langue de service, la scission de l'armée commune en deux parts, régiments allemands, régiments hongrois, sera complète. « La langue allemande, dit un auteur autrichien, est aussi indispensable à l'armée, que le pain l'est au corps. »

Pour les fournitures militaires, les Hongrois, au cas où il ne serait matériellement pas possible à l'indus-

(1) Alors que la Hongrie fournit près de la moitié du nombre total des recrues pour l'armée commune, un quart des officiers seulement est originaire de Hongrie.

(2) Actuellement, la Hongrie détache, sur le territoire cisleithan : 7 régiments d'infanterie (sur 47 régiments hongrois au total), 5 bataillons de chasseurs (sur 8), 4 régiments de hussards (sur 16), 2 bataillons et demi d'artillerie de forteresse (sur 4). Einteilung und Dislokation des K. u. K. Heeres, 1908.

trie hoDgroise d'exécuter certaines commandes, — les plaques de blindage des cuirassés par exemple, — réclament l'attribution à la Hongrie, sur les autres commandes, de l'équivalent de ce qu'elle ne pourrait fouruir. Enfin, ils exigent que les armoiries hongroises et les couleurs nationales hongroises soient placées sur les drapeaux des régiments hongrois de l'armée commune, même des régiments dont le recrutement n'est pas tout entier magyar. Le Gouvernement austro -hongrois a concédé : l'afTectation des officiers hongrois à des régiments stationnés en Hongrie ; l'augmentation des écoles militaires hongroises ; la proportion des fournitures militaires fixée aux chiffres de la participation aux dépenses communes : 63,6 p. 100 pour TAutriche, 36,4 p. 100 pour la Hongrie; la nomination, à la fin de 1907, d'une commission chargée d'étudier la question des drapeaux hongrois.

Mais pour l'adoption du hongrois comme seconde langue de service, les Hongrois se sont heurtés à un refus formel. Hs n'ont obtenu que l'emploi facultatif, — alors qu'ils le voulaient obligatoire, — du hongrois devant les tribunaux militaires en Hongrie, et, par une nouvelle réglementation, l'extension du hongrois, comme langue de régiment, à presque tous les corps recrutés en Hongrie.

Ainsi se creuse le fossé entre la partie hongroise et la partie autrichienne de l'armée commune. Comme Ta dit le Ministre austro-hongrois de la Guerre le 21 février 1908, devant le Parlement, « l'armée se dessèche, die Armée verdorrt. »

Les effectifs. — Le matériel.

Et pourtant, cette armée, qui porte en elle des germes de dissolution, est une des meilleures de l'Europe. En temps de paix, son effectif budgétaire est de 32,000 officiers ou assimilés et de 362,000 hommes. L'augmentation, votée en 1908, de la landwehr autrichienne le portera bientôt à 368,000 hommes (1). Par rapport à la population, l'effort fourni est moins considérable en Autriche - Hongrie, 0,9 pour 100 de la population, qu'en Allemagne, 1 p. 100, et surtout qu'en France, 1,5 p. 100 (2). Les dépenses militaires sont également moins fortes. En d908, elles n'atteignaient pas 430 millions de francs, alors qu'en France, elles étaient de 680 millions, et, en Allemagne, de 1,070 millions de francs (3).

Dans le régime de la paix armée, l'Autriche-Hongrie est donc un des pays qui ont le moins développé leurs

(1) Contingent incorporé en 1908 (armée de terre) :

Hoiumes.

Armée commune 100,000

Landwehr autrichienne 20,000 ,

Landwehr hongroise (honved) 12,500 ' '

Bosaie-Herzégovine 3,500

En Allemagne (1906) 263,000

(Veltzé, Armée- Almanach, 1908, et Rei\ des Arm. élr , février 1908).

(2) Effectifs budgétaires allemands en 1908 : 600,000 hommes.

(3) Sans les dépenses nécessitées par les pensions militaires, l'entretien de la gendarmerie et des troupes coloniales.

effectifs et leurs budgets militaires. Certains écrivains allemands, le colonel Gàdke entre autres, lui en font un vif reproche (1).

A la mobilisation, d'après le capitaine autrichien Veltzé, elle pourrait mettre en ligne 1,700,000 soldats instruits, sans compter les 2 millions d'hommes de l'armée territoriale (landsturm) (2). L'Autriche-Hongrie apporte ainsi, en temps de guerre, un très sérieux contingent aux forces de ses deux alliées dont l'une, l'Allemagne, peut appeler près de 4,300,000 hommes instruits (3), et l'autre, l'Italie, environ 2 millions de soldats (armée territoriale comprise) (4). Mais sur ces 1,700,000 soldats, 1,200,000 seulement ont reçu une instruction complète; les autres, ersatz - réservistes , après deux mois de service actif, ne sont revenus sous les drapeaux que pour des périodes d'instruction analogues à celles de nos réservistes. En outre, parmi les 1,200,000 hommes complètement instruits, les uns ont fait trois ans de service dans l'armée commune, les autres, deux seulement dans les landwehrs. L'instruction militaire des soldats austro-hongrois est donc très variable (S).

(i) Berliner Tagblatt, 25 août 1908.

(2) Chiffres donnés par cet officier dans son Arnuee-Almanach (Vienne, 1908) :

Hommes ( Landwehr et honved. 320,000 ) ^n nnn

tement instruits. } Armée commune. . .. 900,000 j ' '

] Ersatz-réserve 500,000

complètement

Hommes sommairement instruits.

Total (active et réserve) 1 ,720,000

Landsturm (armée territoriale) 2,000,000

(3) Lauth. État militaire des puissances étrangères.

(4) Veltzé. Année- Almanach.

(o) Instruction militaire maxima de chaque homme à 33 ans,

Dans des circonstances spéciales, l'effectif du temps de paix peut être augmenté sur l'ordre de l'Empereur par le rappel total ou partiel des trois plus jeunes classes d'ersatz-réservistes et par celui de la plus jeune classe de réservistes, — ou, ce qui revient au même, par le maintien, sous les drapeaux, des hommes libérables. Cette disposition légale a été appliquée maintes fois, notamment lors des crises hongroises de 1903 et de 1905. Elle permet d'augmenter les effectifs des troupes employées en couverture, par exemple, sans que le budget de la guerre fasse mention de ces appels d'ersatzréservistes et surtout sans qu'ils soient livrés à la publicité. Il y a là, pour le gouvernement austro-hongrois, une ressource qui peut être précieuse en cas de tension politique. La presse autrichienne a récemment annoncé que cette mesure venait d'être appliquée au corps d'armée de Bosnie-Herzégovine.

La mobilisation austro-hongroise est assez lente, par suite de la répartition défectueuse des troupes sur le territoire ; les régiments sont souvent fort loin de leurs dépôts, parfois dans d'autres régions de corps d'armée. Les dépôts seuls restent dans la circonscription de recrutement. Enfin, les chemins de fer sont presque tous à une voie ; leur rendement est faible. Une concentration serait donc plus longue en Autriche-Hongrie que dans d'autres pays. L'administration, par contre, a su utiliser les enseignements des guerres récentes et réaliser d'importantes améliorations matérielles.

moment de son passage dans le landsturm (mois calculés à 4 semaines) :

Hommes de l'armée ( Autriche 3 ans, 4 mois.

commune ( Hongrie 3 ans, 4 mois, 1 semaine.

Hommes de la landwehr autrichienne. 2 ans, 4 mois.

Hommes de la landwehr hongroise ... 2 ans, 6 mois, 1 semaine.

Hommes de l'ersatz-réserve 5 mois.

Le canon à tir rapide, de 76'^'°,5, modèle 1905, a commencé à être mis en service au début de 1908 ; toute l'artillerie en a été pourvue dans les premiers mois de 1909. Comme conséquence, une réorganisation de l'artillerie de campagne et de montagne a eu lieu en 1908. Des batteries d'obusiers lourds de campagne, de 149 millimètres, ont été créées. Un type définitif de mitrailleuses a été adopté en 1907, après cinq années d'expériences, et la formation progressive de détachements de mitrailleuses se poursuit, depuis 1907, dans l'infanterie et dans la cavalerie. A partir du l^"^ février 1909, dans l'armée commune et les landwehrs, chaque régiment d'infanterie ou de chasseurs, chaque bataillon de chasseurs, chaque division de cavalerie disposera d'un détachement de mitrailleuses. Un nouveau sabre, plus en main, et un pistolet automatique en remplacement du revolver, ont été distribués en 1908 à la cavalerie et aux autres troupes à cheval. L'infanterie et les autres troupes à pied ont reçu, la même année, une tenue de campagne fort peu visible, de couleur gris clair, identique pour les officiers de la troupe.

L'organisation de corps de volontaires motocyclistes et automobilistes, la constitution d'un matériel téléphonique dans les batteries de campagne, celle d'un matériel optique — jumelles stéréoscopiques, lorgnettes — dans les troupes et les états-majors, la création de postes mobiles de télégraphie sans fil, d'autres réformes encore montrent le souci de doter l'armée des derniers perfectionnements techniques.

L'instruction est bonne. Aux manœuvres, l'infanterie utilise le terrain et évite les formations compactes ; surtout, elle fait preuve d'une endurance remarquable. La cavalerie, tout en restant, dans le combat à cheval, fidèle à sa réputation d'être une des meilleures cavaleries de l'Europe, a compris l'importance du combat à pied et le

pratique avec rapidité et à-propos. L'artillerie qui, jusqu'à 1908, avait semblé rester trop fidèle à la pratique du tir direct, a montré, lors des manœuvres de 1908 en Hongrie, qu'elle savait user du tir masqué (1). En somme, au point de vue matériel, et malgré ses imperfections, dont quelques-unes sont cependant assez graves, l'armée austro-hongroise représente une force très réelle.

(i) Plusieurs de ces renseignements sont extraits de la Bévue militaire des Armées étrangères, 1907 et 1908, passim.

Le soldat. — Le sous-officier.

]1 semblerait qu'issu de races très différentes, souvent jalouses, parfois ennemies les unes des autres, le soldat austro-hongrois doive subir très vivement l'influence des luttes que se livrent les nationalités. En face des insurgés hongrois et italiens de 1848, des défections ont pu se produire ; certaines années, aux manœuvres, des incidents ont pu éclater. Mais, en général, les dissentiments de race ont peu de prise sur la troupe et peu d'influence sur la discipline. Le soldat a prouvé sa discipline et son dévouement en 1903 et 1905, alors que, par suite de la crise hongroise, les libérables étaient maintenus et nombre d'ersatz-réservistes rappelés sous les drapeaux pendant plusieurs mois. Tous les hommes acceptèrent sans récrimination, les uns, de faire jusqu'à sept mois de service supplémentaire, les autres, d'être arrachés à leur vie journalière pendant un temps assez long et indéterminé.

Très bien traité par ses chefs, sous-officiers ou officiers, mieux nourri que chez lui, le soldat austro-hongrois est peu exigeant. Aux manœuvres, où de grauds efforts lui sont souvent demandés, il montre beaucoup de bonne volonté, d'entrain et fait preuve d'une grande résistance. Il y a eu un très petit nombre d'éclopés aux manœuvres impériales de 1907 et de 1908. Peu instruit en général, il manque parfois d'initiative ; mais c'est un excellent « soldatenmaterial », comme disent les Allemands, solide, dévoué, discipliné.

La situation est moins bonne au premier échelon de la hiérarchie militaire, le sous-officier, puisqu'en Autriche-Hongrie le caporal est sous-officier. Dans l'armée austro-hongroise, comme dans les autres armées, la réduction du temps de service a conduit à rechercher le nombre des sous-officiers rengagés. Mais ils n'ont pas répondu à l'appel qui leur était fait; 23,000 sous-officiers seulement sont rengagés, — moins de la moitié du nombre total des sous-officiers (1).

Il faut attribuer ce résultat à la situation matérielle, qui est peu brillante. Le sous-officier vit généralement à l'ordinaire. Sa solde est faible : pour un sergent-major, 70 francs au plus par mois, haute paye comprise. Il n'a pas de pension proportionnelle, mais simplement, lorsqu'il quitte Tarmée, une prime de libération une fois payée : 1,100 francs à douze ans de service. A dix-huit ans de service seulement, il reçoit une pension d'invalidité, de 260 francs en moyenne. A partir de douze ans, il peut prétendre à un emploi civil, mais il n'a pas la certitude de Tobtenir.

L'autorité militaire vient de relever la prime de libération et les hautes payes mensuelles. Elle veut orgauiser, dans chaque corps d'armée, une sorte d'agence de placement, intermédiaire entre les administratioos, privées ou publiques, et les sous-officiers titulaires du certificat d'aptitude à un emploi civil. Des essais de cours, dans les garnisons, pour les sous-officiers candidats aux emplois civils, ont été faits, mais ils n'ont pas abouti, par suite des difficultés d'organisation, de la multiplicité des langues et du faible développement de l'instruc-

(t) Sous-officiers servant nu delà de la durée légale : Autriche-Hongrie : 23,000 sur un effectif total de 33,000 sous-officiers (caporaux compris).

Allemagne : 82,000 environ, sur un effectif total de 84,000 sousofficiers (caporaux compris).

tion publique dans certaines régions de la monarchie. Jusqu'à présent, les efforts n'ont pas produit les résultats cherchés. Une diminution s'est même manifestée en 1907, pour la première fois depuis de longues années, de 230 sous-officiers dans le cadre des rengagés. En 1908, cette diminution a doublé. Il y a donc eu, en deux ans, un déficit de 600 sous-officiers rengagés. L'encadrement inférieur reste insuffisant.

« Encore aujourd'hui, dit le Pester Lloyd, l'officier subalterne est obligé de diriger absolument seul l'instruction de détail dans toutes ses branches ; même dans les parties purement pratiques de l'instruction et pour les plus petits détails de l'éducation du soldat, l'officier doit recourir au concours du sous-officier. »

Les conditions de la guerre moderne grandissent au combat le rôle du sous-officier rengagé. Autrefois simple subordonné, simple « serre-file », il devient aujourd'hui, sur le champ de bataille, un véritable chef. Il est le remplaçant éventuel de l'officier mis hors de combat. Les modifications fréquentes du matériel — fusil ou canon, — la réduction de la durée de service, rendent plus difficile sa mission d'instructeur en temps de paix. Il faut donc améliorer sa situation matérielle et morale, pendant son service militaire et aussi au moment de sa libération. En Autriche-Hongrie, plus encore peut-être qu'ailleurs, un corps nombreux et solide de sous-officiers rengagés est nécessaire, pour aider les officiers dans le commandement de races aussi diverses. Malgré les efforts de l'autorité militaire, la question des sousofficiers reste, comme l'a écrit un journal autrichien, (( un des côtés faibles de l'armée austro-hongroise (1) ».

(I) VeJctle, 5 septembre 1903.

L'officier.

Spécialisé dans une des trois armées de l'Empire, armée commune, landwehr, honved, l'officier ne peut en sortir sans son consentement ni la décision impériale. Les généraux et les officiers d'état-major, seuls, peuvent servir indifféremment dans les trois armées austro-hongroises. La communauté d'origine semble préoccuper fort peu l'administration de la Guerre ; on a admis, pour les officiers, quatre sources différentes de recrutement. La majorité des officiers sort, vers vingt ans, des écoles de cadets. Après un temps variable, le cadet est nommé leutnant (sous-lieutenant). Un petit nombre des officiers provient des académies militaires. Ils en sortent à 22 ans environ, et sont nommés tout de suite sous-lieutenants. Quelques sous-lieutenants sont des officiers de réserve mis en activité (1). Enfin une très faible proportion, 0,05 p. 100, est constituée par des jeunes gens qui ont passé directement l'examen de cadet sans faire partie de l'armée. Sauf pour les officiers d'approvisionnement et les comptables des corps de troupes, qui forment, en Autriche-Hongrie, des corps spéciaux, il n'existe donc, pour les officiers, aucun recrutement par la troupe, avec laquelle le candidat officier n'a pas eu de contact avant sa nomination au grade de sous-lieutenant.

(1) Ce recrutement spécial est arrêté depuis 1907 en fait, mais non en droit.

Dès son jeune âge, — 16 ans en moyenne, pour l'entrée dans les écoles de cadets, 11 pour l'admission aux (( écoles réaies » militaires, qui préparent aux académies militaires, — le futur officier vit à part, dans l'ignorance de la vie sociale. Cet isolement, qui serait ailleurs un inconvénient des plus graves, est un avantage dans un pays aussi divisé. Le corps d'officiers est ainsi dressé dès sa jeunesse à l'indifférence envers le particularisme de race. En outre, presque tous les officiers sont issus du même milieu social, la petite bourgeoisie. Plus de la moitié sont fils de fonctionnaires ou de militaires, et acquièrent dans leur famille, avant d'être officiers, un esprit de dévouement à la monarchie. Enfin, la majorité — les trois quarts — sont Autrichiens. Si la communauté d'origine n'existe pas au sens strict du mot, toutes ces conditions concourent néanmoins à donner une réelle unité au corps d'officiers austrohongrois. De grade à grade, les relations sont cordiales. La discipline est bienveillante, « gemiitlich ». Les tarifs de punitions sont moins élevés qu'en France. La nonactivité n'existe pas ; mais, lorsque la conduite d'un officier compromet sa dignité, il est purement et simplement renvoyé de l'armée, après comparution devant un conseil d'honneur.

Intermédiaire entre les systèmes français et allemand, le système austro-hongrois d'avancement comporte l'ancienneté jusqu'au grade de capitaine inclus ; le choix (1/5) et l'ancienneté (4/5) pour le grade de commandant et de lieutenant-colonel ; l'ancienneté par sélection pour ceux de colonel et de général de brigade ; le choix seul, pour les emplois de commandant de régiment et d'unité supérieure et pour les grades plus élevés que celui de général de brigade. C'est, en résumé, l'avancement à l'ancienneté par sélection, mais l'officier omis n'est pas, comme en Allemagne, moralement obligé de prendre sa retraite ; la plupart du temps, il entre dans

l'Armeestand, cadre d'emplois sédentaires réservés aux officiers fatigués.

De même qu'en Allemagne, le grade, dont l'officier est propriétaire, est distinct de l'emploi. Nombre de bataillons sont commandés par des lieutenants-colonels, quelques-uns par des colonels. Dans les conditions les plus favorables , l'officier de troupe n'atteint qu'à 55 ans le grade de colonel (1). Il peut arriver général de brigade, mais difficilement général de division. Les hauts grades sont, à part quelques exceptions, l'apanage des officiers d'état-major, nommés capitaines à 31 ans et ne restant que neuf ans dans ce grade au lieu de treize ; dans le grade de major, ils gagnent en moyenne un an sur leurs camarades et sont promus colonels entre 40 et 49 ans.

Une première mesure a été prise en 1907 pour améliorer l'avancement des officiers de troupe. De nouveaux emplois d'officiers supérieurs, — un par régiment d'infanterie et de cavalerie, — ont été créés et cette création a été compensée par la suppression d'emplois de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant. En outre, reffectif des écoles de cadets a été réduit de 1,118 élèves. Malgré tout, comme dans la plupart des autres armées, l'avancement reste très lent. De même qu'en Allemagne, il n'existe pas de limite d'âge correspondant au grade. A quarante ans de service ou 60 ans d'âge, l'officier peut avoir une pension de retraite. A partir de dix ans de service, il peut obtenir une pension pour cause de

(J) D'après les dernières nominations, le temps moyen passé dans chaque grade par l'officier de troupe est le suivant :

Sous-lieutenant. ... 7 ans.

Lieutenant 10 —

Capitaine 13 —

Commandant S — Général de division,

Lieutenant-colonel. . 3 ans.

Colonel 6 —

Général de brigade. . 4 ■ —

maladie. La solde a été augmentée en 1908 ; elle est, encore maintenant, un peu plus faible qu'en France.

A certains points de vue, l'officier austro-hongrois a plus de liberté d'existence que l'officier français; il peut, soit disposer d'un soldat-ordonnance, soit percevoir une indemnité de 17 francs par mois, et il n'est astreint au repas en commun au mess que pour le déjeuner. Sous d'autres rapports, il est beaucoup moins libre. Le mariage est étroitement réglementé. Le nombre des officiers mariés ne peut, sauf pour les colonels et les généraux, dépasser une certaine proportion, et cette proportion varie suivant la situation militaire de l'officier. Dans quelques emplois, le mariage est absolument interdit (1).

Par rapport à l'officier français, l'officier austro-hongrois attend donc un peu plus longtemps le grade de capitaine, reçoit une solde un peu plus faible, une retraite plus tardive et est assujetti pour se marier à des règles beaucoup plus étroites. Par contre, il peut recourir à de nombreuses institutions régimentaires de secours mutuels ; les pensions pour lui, sa veuve ou ses orphelins, sont plus élevées, et, s'il est malade, il est assuré, dès dix ans de service, d'une pension viagère.

Il peut écrire sous son nom, sans autorisation préala-

(1) Ua nouveau règlement, paru en 1907, a élargi les limites fixées antérieurement, mais, encore aujourd'hui, dans l'armée commune, le nombre des officiers mariés ne peut être de plus de la moitié, dans les états-majors et les corps de troupes; des deux tiers, dans certains services; du cinquième, pour les stagiaires d'état-major. Le mariage est interdit aux élèves de l'École de guerre, de l'École de cavalerie, de l'École d'application du Service de santé, aux candidats à la Justice militaire, aux officiers de l'escadron et de la compagnie des gardes du corps.

De plus une caution (dot réglementaire), variable suivant le grade, doit être constituée en valeurs nominatives; celles-ci ne peuvent être déplacées sans l'autorisation du Ministre.

ble, dans un journal ou une revue non politique, ou faire paraître un volume en ii.brairie ; il peut même exercer les fonctions de directeur ou de rédacteur d'un périodique non politique ; mais il est dépourvu de tous droits politiques et n'est ni électeur, ni éligible, même en congé sans solde.

Sa situation sociale n'est pas comparable à celle de l'officier allemand. Dans la société, il jouit cependant de l'estime générale. Astreint au port constant de l'uniforme et du sabre, il peut entrer à la Cour sans invitation. Le peuple ne le hait pas, parce que la discipline austro-hoDgroise est bienveillante, que la vie de l'officier, issu d'un milieu presque toujours fort simple, est elle-même dépourvue d'ostentation, parce qu'enfin les dissentiments sociaux sont peu développés en Autriche- Hongrie. L'officier austro-hongrois est très consciencieux, très dévoué à l'Empereur. Une origine, une formation intellectuelle presque identiques dès la jeunesse assurent au corps d'officiers de l'armée commune une véritable unité.

L 'état-major. — Le haut commandement.

Entre les trois armées qui constituent les forces militaires de la monarchie, l'état -major est le seul lien commun. Sa désignation officielle est : « Etat-major pour l'ensemble de la force armée ». Recruté parmi les officiers des trois armées, c'est un corps fermé, sous la direction du « chef d'état-major pour l'ensemble de la force armée )), qui a une situation toute particulière. Aide du Ministre austro-hongrois de la Guerre, il peut soumettre directement à l'Empereur, dont il relève sans intermédiaire, ses demandes et ses propositions au sujet de l'ensemble des forces autro-hongroises.

Le chef d'état-major actuel, le feldzeugmeister Conrad von Hôtzendorf, est un homme jeune, — il a S7 ans, — énergique, vigoureux. Très travailleur, il a publié, sur des sujets militaires, plusieurs ouvrages estimés. Pendant quatre ans, il a été professeur de tactique générale à l'Ecole de guerre.

Dès son arrivée à la tête de l'état-major, en 1906, il a manifesté sa volonté d'en améliorer le recrutement et le rendement. Il a fait subir à l'Ecole de guerre une réorganisation complète : la durée des cours a été portée de deux à trois ans, le nombre des élèves réduit de 300 à 140, l'enseignement conçu avec un caractère plus pratique, une importance plus grande donnée au caractère, — qualités militaires, énergie, activité — dans l'appréciation du mérite de chaque officier. Aujourd'hui, l'École n'est plus qu'une école d'état-

major, où Ton entre à quatre ans au moins de grade d'officier, 28 ans d'âge au plus, après un examen en principe non renouvelable. Un examen éliminatoire est passé à la fin de chaque année. Après un temps variable, — deux ans et demi à trois ans — comme stagiaire d'état-major, l'officier est nommé capitaine d'état-major, à condition qu'il ait obtenu, à l'Ecole de guerre et pendant le stage d'état-major, la mention « très bien ». Dès lors, il fait partie du corps d'étatmajor, et ne rentre plus dans la troupe que pour deux périodes, l'une comme capitaine, l'autre comme officier supérieur. Il n'avance qu'à l'ancienneté, mais en raison de la proportion entre les différents grades, cette ancienneté est très avantageuse, et il est probable qu'avec le règlement de 1907 sur l'avancement, comme autrefois, les officiers d'état-major pourront, presque seuls, accéder aux grades élevés.

Or les officiers d'état-major se recrutent parmi les jeunes lieutenants ou sous-lieutenants âgés de 28 ans au plus, et l'examen d'entrée à l'École de guerre n'est pas renouvelable, en principe du moins. Le choix qui avantage un officier pour toute sa vie militaire, s'exerce donc au début de la carrière, lorsque l'officier n'a généralement pas pu prouver toute sa valeur. Cet inconvénient peut être grave. L'admission directe, après examen, dans le corps d'état-major, avec le grade de commandant, de capitaine provenant de la troupe, pourra être un palliatif à la rigidité du système.

Les réformes du général Conrad von Hôtzendorf, pour le service des officiers d'état-major, sont entrées en vigueur sur-le-champ. L'ordre de prise de fonctions du nouveau chef d'état-major est caractéristique à ce sujet. « Le général Conrad déclare (1) que tout officier d'état-

(1) Revue des Arm. étr., juillet 1907.

major doit monter à cheval au minimum une heure et demie en hiver , deux à trois heures dans la bonne saison. Les chefs de bureau doivent veiller à ce que les officiers sous leurs ordres soient convenablement montés ; ils en sont rendus responsables. Pour que l'officier puisse, en outre, consacrer quelques heures à des travaux personnels, ainsi qu'à d'autres exercices physiques — l'escrime notamment — il ne faut pas que, normalement, les heures de bureau dépassent un total de cinq heures. Mais elles doivent être employées à un travail intensif et toutes les formalités, toute la correspondance, non strictement indispensables, doivent être supprimées. De plus, trois à quatre fois par an, les officiers d'état-major doivent participer à des exercices ou manœuvres d'une unité de leur arme d'origine, avec un commandement de leur grade. Enfin, pour obliger les officiers à se maintenir en bonnes conditions d'entrainement, et pour avoir la mesure de leur endurance, chaque année, dans la bonne saison, chaque chef d'étatmajor et chaque chef d'un des bureaux de l'état-major général devra, avec tout son personnel, accomplir une reconnaissance à cheval comportant quatre jours de marche avec un minimum de 60 kilomètres par jour. » Le haut commandement, s'il comprend quelques généraux âgés, compte aussi quelques chefs très jeunes, presque tous membres de la famille impériale. L'âge moyen ne dépasse pas, en 4 908, 61 ans pour les commandants de corps d'armée. C'est à peu près le même qu'en Allemagne, où une statistique récente le fixait entre 58 et 64 ans (1). Au-dessus des commandants de corps, trois <( inspecteurs généraux des troupes » dépendent directement de l'Empereur. Ils sont probablement destinés à être placés à la tête d'armées en temps de guerre :

(I) France militaire, novembre 1908.

l'un a 70 ans, l'autre 66 ans, le troisième, Farchiduc Eugène, n'en a que 4S.

En résumé, si l'armée austro-hongroise présente certains défauts, dont plusieurs tiennent à son état politique, — manque d'homogénéité, mobilisation et concentration assez lentes, effectifs de paix des landwehrs insuffisants pour une instruction intensive, nombre trop faible des sous-officiers rengagés, état-major encore un peu éloigné de la troupe, — elle renferme d'excellents éléments, possède plusieurs généraux de valeur, un chef d'étatmajor de premier ordre, et peut, en campagne, mobiliser des effectifs nombreux.

Dans les deux ou trois dernières années, l'armée austro-hongroise a fait des progrès importants. Elle constitue aujourd'hui une force sérieuse, grâce surtout à la discipline des soldats et à l'unité du corps d'officiers. Le plus grave danger pour elle est le séparatisme hongrois : la scission entre la partie hongroise et la partie autrichienne de l'armée commune ferait de l'armée austro-hongroise deux armées complètements distinctes, autrichienne d'un côté, hongroise de l'autre. La force militaire de l'Empire subirait, de ce fait, une diminution certaine.

Frojt re Ai sir /tah

Page 1