‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 106 sur 159 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

peindre permellra, ce nous semble, le plus souvent, d’annoncer qu’il existe une oblitération des branches principales de l’artère pulmonaire par un caillot sanguin; il faut remarquer toutefois que ces symptômes paraissent être, jusqu’à un certain point, communs aux cas où l’oblitération dépend d’une altération des parois artérielles ou du parenchyme pulmonaire, et à ceux où elle est le résultat de l’embolie. Pour arriver au diagnostic, il sera, par conséquent, nécessaire de faire intervenir toujours la considération des circonstances au milieu desquelles se déclarent les accidents. La coexistence d’une oblitération veineuse manifestée par les symptômes qui lui sont propres, ou même, en l’absence de ceux-ci, l’existence des états pathologiques ou physiologiques qui prédisposent à ce genre d’affection, pourraient en particulier conduire à penser que l’obturation de l’artère est consécutive à la migration d’un caillot veineux.

A côté des cas qui font l’objet principal de cette étude, il faudra placer les faits auxquels nous avons fait allusion déjà et dans lesquels l’oblitération restant limitée à un nombre plus ou moins restreint de petites ramifications artérielles, les désordres fonctionnels sont d’une gravité bien moindre et quelquefoismême à peine appréciables*. On conçoit enfin, à priori,

' Si l’on lient compte des cas de cette espèce, on sera conduit à admettre (lue l’obturation des branches de l’artère pulmonaire par des caillots fibrineux, consécutive à la phlébite oblitérante, n’est pas une affection rare. Sur 76 autopsies faites dans l’espace d’un mois (août 18i6), à l’amphithéâtre de la Charité de Berlin, par M. Virchow, il en est 18 dans lesquelles on a constate 1 existence de thrombus siégeant dans les veines. 11 fois, sur ces 18 cas, il y avait, en outre, des caillots sanguins dans quelques-unes des divisions’ de 1 artère pulmonaire. Voici quel était, dans ces cas, le rapport de l’obli- Icration artérielle a l’oblitération veineuse :

Thrombus dans la veine cave inférieure. 1 Dans l’artère pulmonaire. 0

— dans la veine iliaiiue ... 1 ^

— dans une veine hypogastrique 1 0

— dans une veine crurale ... .6 ^

— dans une fémorale profonde .3 n

— dans une tibiale postérieure .1 t

OBTUIUTION DE LAUTÈltE rUUlONAlHE

l’exislence de cas, pour ainsi dire intermédiaires, où les accidents les plus menaçants, et annonçant une occlusion des troncs principaux de l’artère, cesseraient plus ou moins brusquement, contre toute espérance, pour faire place à une guérison complète. L’observation suivante, que nous devons à l’obligeance de M. le docteur Jacquemier, pourrait bien être un exemple de ce genre.

Obs. XV. — Jiccidents très vraisemblablement pi'oduits par une oblitération fibrineuse des troncs principaux de l’artère pulmonaire, obsej'vés chez une femme en couches et terminés par la gué?'ison. — Madame G..., 3, place Favart, âgée de vingt ans, grande, bien conformée, d’une constitution sanguine, d’une santé régulière, primipare, ayant eu une grossesse exempte de complications ou d’incommodités, accoucha naturellement après un travail d’une durée moyenne et médiocrement pénible, le 12 septembre 1835, d’une fille chétive, à crâne incomplètement développé, qui s’éleva péniblement et succomba à l’âge de quinze mois des suites d’une hydrocéphalie chronique.

Les suites de couches suivaient régulièrement leur cours, exemptes de toutes complications. Une seule chose troublait par moment le contentement de cette mère, c’est que son enfant, qui n’avait pas pu prendre son sein, prenait assez mal celui de sa nourrice et le refusait quelquefois pendant des journées entières.

Ledouzième jour des couches, à cinq heures de l’après-midi, étant assise dans son lit et causant gaiement avec sa mère, en attendant un potage qu’on lui préparait, sans malaise précurseur, sans prodrome d’aucune sorte, elle est brusquement interrompue

Thrombus dans un sinus longitudinal supérieur 3 Dans l’arlère pulmonaire. 3

— dans un sinus Iransvcrsc. .3 — *

Une seule fois, roblitération de l’arlère pulmonaire a produit des accidents graves, bientôt suivis par la mort. (Virchow, toc. cil., p. 224, 221, 354.)

OBSERVATION

dans sa conversation, pousse un léger cri d’angoisse, en portant ses deux mains à 30, poitrine et tombe sans connaissance sur ses oreillers, comme frappée subitement de mort. Sa mère 1 appelle, la secoue ; les gens de la maison s’agitent autour d elle sans qu elle donne le moindre signe de vie. Après quelques minutes de confusion, on se hâte de courir chez les médecins les plus rapprochés. M. Mialhe, dont la pharmacie esta quelques pas, et un médecin du voisinage, dont le nom m’échappe, arrivent bientôt. Au moment de leur arrivée, de faibles indices de respiration et de connaissance commençaient à se manifester. L’état de la malade ne leur parut pas moins des plus alarmants et tout à fait désespéré : le pouls radial était imperceptible au doigt ; le cœur ne faisait entendre que de faibles ondulations ; au lieu d’une pâleur syncopale, la figure présentait, au contraire, une coloration et un aspect asphyxiques des plus prononcés. Ils s’empressèrent de stimuler les téguments par des frictions excitantes et par des sinapismes, etc.

A mon arrivée, une heure et demie après le début de l’accident, la malade était dans l’état suivant ; immobilité dans le décubitus dorsal, la tête et la partie supérieure du tronc un peu relevées par des oreillers ; face tuméfiée et bleuâtre, tuméfaction et coloration plus prononcées aux lèvres; mains et pieds également tuméfiés, froids et violacés; respiration courte, peu profonde et anxieuse; sentiment de suffocation, impression de frayeur, voix à demi éteinte, paroles entrecoupées, connaissance entière ; impulsion du cœur étendue, mais molle et onduleuse; néanmoins, doubles battements distincts, réguliers et sans bruits anormaux; pouls petit, faible, fréquent, difficile à compter et disparaissant par moment sous le doigt. Trois fois, dans le courant de la soirée, la perte subite de connaissance s’est reproduite, mais n'a duré que quelques instants, une minute environ. Dans ce moment, la figure, loin de pâlir, était d’une coloration plus foncée; la respiration et les mouvements du cœur n’étaient pas complètement suspendus, le pouls seul disparaissait. A dater de minuit, il s’était fait dans l’état de la malade une amélioration sensible et qui se soutenait.

C’est dans cet état que M. Darth, appelé en consultation, vit la malade, vers dix heures du matin. Après avoir pris connaissance

OBSEIIVATION

de ce qui s’était passsé et après un examen attentif de la patiente notre savant et judicieux confrère s’arrêta à l’idée de la présence d’un coagulum sanguin dans le cœur ou dans l’artère pulmonaire. Bien que la respiration fût encore fort gênée, la parole faible et entrecoupée, la malade pouvait rendre compte des impressions qu’elle avait éprouvées. Sans être avertie par le moindre malaise, elle s’était sentie prise brusquement, en parlant, d’une impression pénible, plutôt pénible que douloureuse, qu’elle ne pouvait pas bien définii et qui avait rapidement envahi toute la poitrine de bas en haut. A partir de cette impression, elle n’avait plus rien senti ni rien entendu, jusqu’au moment où l’on était occupé à appliquer les premiers sinapismes. Le temps pendant lequel elle a été sans connaissance n a guère dépassé douze à quinze minutes, bien que ce temps ait paru beaucoup plus long aux assistants. Dans 1 hypothèse très probable que les accidents étaient déterminés parla présence d un caillot sanguin dans les branches principales de l’artère pulmonaire, on se demandera si ce caillot s’était formé sur place ou s il s était détaché d’un point plus ou moins éloigné, et si l’observation apprend quelque chose à cet égard. Ce que je puis assurer, c’est qu’avant comme après l’accident, il n'y a eu ni dans les membres inférieurs, ni dans le bassin aucun indice sensible d’une phlébite obturante.

Le traitement actif, qui n’avait guère consisté jusque-là que dans l’application de révulsifs cutanés et l’administration de liquides stimulants, traitement, du reste, dont les bons effets avaient été sensibles, fut suspendu, et l’on se borna à faire prendre de simples boissons adoucissantes rendues alcalines.

Pendant les troisième, quatrième et cinquième jours, l'amélioration lut progressive, soutenue, mais lente, et la malade restait toujours dans un état grave. A dater du sixième jour, elle fit des progrès rapides, et, le di.xième jour de l’accident, le retour à la santé pouvait être considéré comme complet.

Les accidents relatés dans cette intéressante observation ont présenté une physionomie si bien caractérisée que nous n’hésiterons point à les raltacher à une obturalion des bran-

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