RHUMATISME ARTICULAIRE
Rhumatisme articulaire aigu; phénomènes comateux ; hémiplégie; infiltration d'une substance plastique concrète, contenant des globules pyoïdes dans plusieurs viscères, et en particulier dans le cerveau et la rate ; lésions dysentériques de la muqueuse de l'intestin grêle et du colon
Un homme vigoureux, âgé de 29 ans, journalier, entre, le 24 mai, à l’hôpital de la Charité, pour y être traité d’un rhumatisme articulaire sub-aigu, ddtant d’une huitaine de jours, et occupant la plupart des articulations, particuliérement l’épaule gauche. Le malade a été déjà traité pour la même alTection, à plusieurs reprises ; mais il a joui, dans les intervalles des attaques, d’une bonne santé et n’a pas été sujet à des palpitations ou à quelque autre phénomène indiquant la persistance d’une lésion cardiaque. Pendant les dix ou douze premiers jours de son séjour à l’hôpital, rien de remarquable, si ce n’est que le malade est profondément anémique et qu’il présente peu de réaction fébrile. L’auscultation du cœur démontre l’existence d’une lésion vasculaire. Le traitement employé pendant cette période de la maladie a consisté en l’administration, chaque jour, de deux pilules contenant chacune S centigrammes d’extrait thébaïque. L’épaule gauche paraissant surtout douloureuse, on y applique un large vésicatoire.
Aucun amendement n’avait encore été obtenu, sous l'influence de ce traitement, lorsque peu à peu surviennent du subdelirium prononcé, surtout la nuit, un mouvement fébrile plus intense que
* Extrait des Comptes rendus de la Société de biologie, 1851, p. 89.
OBSERVATION
de cüiilume el im peu de diarrliée. L’examen des divers organes fait reconnaître, au niveau du lobe inférieur du poumon gauche, l’existence d’un souffle bronchique très manifeste, mélangé de quelques râles sous-crépitants fins. Cependant la matité, dans ces mêmes points, n’esl pas très prononcée. Peu de toux, pas d’exaspération, pas de point de côté. A peine quelques râles sous-crépitants, dans les autres parties de l’organe pulmonaire.
Ces phénomènes locaux, coïncidant avec une exacerbation de la fièvre, font songer à une pneumonie, et une saignée générale de 8 onces est prescrite. Cette saignée n’est suivie d’aucune modification dans l’état du malade : notons, en passant, que le sang est un peu plastique, et que le caillot est recouvert d’une pellicule couenneuse, très mince. Le lendemain de la saignée, un large vésicatoire est appliqué sur le côté malade, et en même temps on prescrit une potion contenant 0,10 centigrammes de tartre stibié. Nul amendement n’est remarqué les jours suivants, pendant lesquels, au contraire, l’adynamie elle subdelirium semblent augmenter graduellement; cependant on continue l’emploi du tartre stibié à la même dose.
Le 3 juin, à la visite du matin, on remarque que le malade ne peut plus mouvoir la jambe gauche ni le bras du même côté ; en même temps la commissure des lèvres semble un peu déviée en haut et à droite.
Quand on pince le malade de ce côté, il n’éprouve rien, tandis que, si on le pince avec une force égale du côté opposé, il donne des signes de douleur.
Chaque jour depuis lors jusqu’à l’époque de la mort, les mêmes phénomènes ont pu être constatés, et jamais on n’a remarqué ni convulsions cloniques, ni contractures dans les membres paralysés. Toutefois, à plusieurs reprises, le malade a accusé une douleur assez intense et spontanée tout le long du membre inférieur gauche, paralysé du sentiment et du mouvement.
Pendant cette période de la maladie, l’adynamie va croissant; le coma se prononce de plus en plus; en même temps la diarrhée augmente à tel point qu’on est forcé de cesser l’usage du calomel.
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qu’on avait administré à la dose de 1 gramme à l’époque où l’on avait remarqué l’existence de l’hémiplégie.
Le iü juin, on remarque que les selles devenues très fréquentes et involontaires tachent les draps du lit en vert roux; il semble que ces selles soient presque exclusivement composées de muco-pus et de glaires striées de sang.
Le le malade est pris d'un délire bruyant, il se plaint
beaucoup de douleurs spontanées dans les membres paralysés. En même temps la face est devenue profondément terreuse; la langue s est sechee, et des râles laryngo-trachéaux se font entendre à distance. Le malade de temps à autre expectore des crachats d’aspect presque purulent. Je noterai qu’on n’a jamais remarqué qu’il
y eut des frissons, bien qu’on y ait pris garde. - La mort a eu heu le 15 juin.
Autopsie, faite vingt-quatre heures ap?^ès la mort. — Absence complète de roideur cadavérique.
Cerveau. — A la face inférieure du lobe cérébral droit, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien qui recouvre la scissure de Sylvius, on trouve une sorte de fausse membrane verdâtre qui enveloppe de toutes parts les ramifications des artères cérébrales correspondantes. Après avoir enlevé cette production, on trouve le tissu cérébral qui avoisine les couches optiques et le corps strié, ramolli et d’une teinte manifestement verdâtre. Le ramollissement a atteint la paroi ex^terne du ventricule cérébral lui-méme; mais, chose remarquable, la couche optique et le corps strié sont restés sains au milieu de l’altération des parties voisines, ce qu’on peut aisément constater par une série de coupes faites à diverses hauteurs. Les méninges en général étaient épaissies, rouges, injectées; on y voyait par place des macules blanchâtres ; mais en les enlevant on n entraînait pas avec elles la substance cérébrale.
Thorax. — Le cœur est un peu hypertrophié, ün trouve les valvules mitrales et tricuspide épaisses, cartilagineuses, insuffisantes. Les valvules mitrales, en particulier, sont ulcérées à leur bord libre, qui poite des végétations. Dans la paroi musculaire antérieure du ventricule droit, au voisinage du sillon auriculo-ventriculaire, on
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