NOUVELLE OBSERVATION
rondis et composés de beaucoup de granulations, mais n’ayant pas de contours bien nets, analogues en tout à ceux qu’on a désignés, dans ces derniers temps, sous le nom de globules pyoïdes n n’y avait pas de véritables globules purulents.
Ce fait nous en rappelle un autre analogue, sous beaucoup de rapports, que nous avons observé, il y a deux ans, dans le service de M. Béhier, à l’hôpital de Bon-Secours.
Une vieille chiffonnière, âgée de 70 ans, dans un état de maigreur extrême, présentant une teinte jaunâtre de la peau très prononcée, n’offrait de remarquable à l’examen clinique qu’une augmentation de volume énorme, il est vrai, delà rate et du foie. On la supposait affectée d une altération cancéreuse de ces deux organes. Elle était sourde; son intelligence paraissait altérée, elle ne pouvait, en un mot, donner aucun renseignement sur son état antérieur. De temps à autre, elle avait des syncopes, et c’est pendant une de ces syncopes qu’elle mourut.
A Vautopsæ, le foie paraît, à la coupe, semé d’une vingtaine de points noirâtres non énucléables, gros comme des noisettes. Le tissu de la rate, dur, friable, d’une teinte rouge sombre, est marbré de grandes taches verdâtres, dont quelques-unes paraissent contenir à leur centre du pus rassemblé en foyer. Quelques ga^iglions mésentériques sont développés, et if en est qui contiennent au centre des dépôts analogues à ceux qui avaient été rencontrés dans la rate et dans le foie. La veine porte et les branches principales, la veine cave, ne contenaient pas de pus. L’examen microscopique des dépôts du foie y a démontré l’existence de globules analogues à ceux du pus par quelques-uns de leur caractères, mais en différant, sous beaucoup d’autres (pyoïdes).
Ces deux cas nous paraissent appartenir à un même groupe pathologique. La multiplicité des dépôts plastiques, dans plusieurs viscères, le foie, la rate, les reins, rappellent ce qu on voit dans la morve, l’infection purulente, etc. Mais,
INFARCTUS MULTIPLES
dans les cas qui nous occupent, ce n’est pas du pus véritable qui constituait la matière des dépôts observés dans les viscères, mais bien un produit tout particulier que nous désignerons, faute de mieux, sous le nom de substance plastique concrète, contenant des globules pyoïdes.
Nous avons pensé que nos observations, tout incomplètes qu elles sont, pourraient acquérir une certaine utilité, si d’autres cas analogues venaient à se présenter par la suite, et les rendraient, pour ainsi dire, moins inattendues.
Charcot. Œuvres complètes, t. v. Poumons et Cœur