‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 18 sur 159 · IRRITATION PRIMITIVE ET FORMATIVE · texte numérisé non relu

IRRITATION PRIMITIVE ET FORMATIVE

Il s’agira ici des modifications apportées par certaines formes du processus inflammatoire. Dans les inflammations aiguës des tissus vasculaires, il y a à distinguer, vous ne l’avez pas oublié, deux groupes de phénomènes : 1“ les phénomènes vasculaires proprement dits, comprenant la distension des vaisseaux, l’émigration des leucocytes, la formation des exsudats ; 2° les phénomènes cellulaires relatifs à une participation plus ou moins active des éléments extra-vasculaires préexistants.

Ce sont ces phénomènes du dernier ordre qu’on doit M. Virchow d’avoir bien mis en lumière dans le domaine pathologique, mais dont il s’était un peu exagéré l’importance. Quoi qu il en soit avec cet auteur, il y a lieu de distinguer ce qu il appelle, à tort ou à raison, V irritation nutritive.

Cet état est caractérisé par un gonflement de l’élément cellulaire, dont le protoplasma devient granuleux (tuméfaction trouble) en même temps que se manifestent certains phénomènes de vitalité, tels que mouvements amiboïdes, par exemple.

Dans d’autres cas, ou à un degré plus avancé, se produisent les phénomènes d'irritation formative. Ici, les éléments tendent à se multiplier, à proliférer., et le mode le plus vulgaire qu’on observe en pareil cas, c’est la division par scission. Elle porte sur le nucléole d’abord, puis sur le noyau, puis sur le protoplasma de la cellule. Une variante de ce processus est la formation de grandes cellules ou plaques à noyaux. Elle a lieu quand le protoplasma ne se divise pas, .et il se produit ainsi une variété de ces cellules géantes dont il nous faudra vous parler longuement à propos de la tuberculose.

i'holifkraïion par scission

Ce mode de muUiplicaiion, très vulgaire dans l’élal physiolomque, ainsi que l’a montré Remak dans le cas du développement embryonnaire, l’est aussi, vous le savez, dans l’état pathologique.

Or, Messieurs, ces phénomènes de prolifération par scission ont été étudiés maintes fois dans tous leurs détails, à propos de l’inflammation expérimentale ou spontanée des parties revêtues d’un endothélium.

Je rappellerai les observations de MM. Cornil et Ranvier sur les résultats de l’inflammation expérimentale de l’épiploon chez les animaux adultes, par 1 introduction, dans le péritoine, d’une faible solution de nitrate d’argent ou de teinture d’iode. Il est établi par ces expériences que la cellule endothéliale se gonfle d’abord, puis se détache, et subit, d’ailleurs, les divers phénomènes de la prolifération par scission. Il se forme souvent, dans ces circonstances, de grandes plaques à plusieurs noyaux. — Chez l’homme, dans la péritonite relevant de l’état puerpéral, M. Kundrat' a observé des faits analogues. Les phénomènes sont, d’ailleurs, identiques pour les autres membranes séreuses, quel que soit le mode de 1 inflammation, dans la péricardite rhumatismale par exemple. (Yoy. Cornil et Ranvier, loc. cit., p. 459, fig. 307.)

Dans le tissu conjonctif lâche, composé, vous le savez, de faisceaux fibrillaires revêtus çà et là de cellules plates, cellesci se comportent absolument dans le phlegmon spontané ou expérimental, de la même façon que les cellules endothéliales des membranes séreuses. Je citerai à ce propos les observations de Ranvier, celles de Fleming, celles que nous avons faites dans le temps avec M. Debove (Cours inédit. Sur l mflammationen général, 1872). En outre de la formation des cxsudats et de la diapédèse des leucocytes, il y a lieu de relever dans tous ces cas la multiplication par scission de cellules

' Manuel d'histologie pathologique, p. Vô, fig. ^1.

raOLlFEHATION PAU SCISSION

plates aboulissant à la formation d’éléments embryonnaires ou peliles cellules rondes.

Les phénomènes de scission sont beaucoup moins manifestes, si jamais ils ont été nettement observés, dans les conditions pathologiques, en ce qui concerne les épithéliums proprement dits; ce n’est pas que ces épithéliums ne soient susceptibles de présenter une régénération et une multiplication très actives. Je me bornerai à citer à ce propos le résultat des expériences que nous avons faites, M. Gombault et moi, sur la ligature du canal cholédoque. On sait qu’au-dessus du point rétréci ce canal subit alors une distension considérable. Le revêtement épithélial cylindrique s’accommode à ces nouvelles conditions, et 12 ou IS jours après l’opération on trouve la paroi du conduit dilaté tapissée uniformément par un épithélium cylindrique complet et très régulier. Il n’y manque pas une cellule et celles-ci ne paraissent pas avoir augmenté notablement de volume. On ignore, quant à présent, suivant quel processus s opère 1 énorme multiplication des cellules épithéliales qui a lieu en pareil cas '.

' Leço7is sur les maladies du foie, 1877, p. 164, 169, 229.

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