CRITIQUES DE LA DOCTRINE ALLEMANDE
s’est produite ne forment une masse homogène, cohérente, d’apparence vitreuse ou caséeuse, comparable à celle qui constitue la région centrale des nodules tuberculeux. « D’après » cela », dit M. Charcot, plus radical sur ce point que ne l’ont été MM. Thaon et Grancher, « je suis amené à penser que,
» même dans les conditions de la phtisie aiguë dite pneumo- » nique, la dégénération caséeuse n’a pas l’origine admise » par les auteurs. C’est au sein de l’agglomération tubercu- » leuse et aux dépens même des éléments qui la constituent,
» c'est-à-dire de la néoplasie embryonnaire, que cette dégéné- » ration particulière se produit. S’il en est ainsi, l’existence » même de la dégénération caséeuse des produits d’exsuda- » tion pneumonique me paraît tout à fait compromise j je » pense, en d’autres termes, qu’il n’est nullement démontré » que les produits d'inflammation vulgaire prennent une part » sérieuse à la solidification jaune du poumon. »
Il va sans dire que, par suite de l’extension progressive des nodules péribronchiques à des alvéoles déjà remplis, au préalable, par des produits inflammatoires, ceux-ci peuvent être englobés dans la trame embryonnaire de formation nouvelle, et se retrouver, par conséquent, plus ou moins profondément altérés, entremêlés aux produits de la dégénération caséo-tuberculeuse que cette trame subit nécessairement à un moment donné. Mais ce n'est là qu’une circonstance tout à fait accessoire.
Les résultats obtenus dans les deux faits qui viennent d’être considérés particulièrement, à titre de types bien tranchés, se sont trouvés exactement reproduits dans tous les cas, assez nombreux, de phtisie pneumonique aiguë ou subaiguë, qui à l’occasion du cours d'anatomie pathologique, ont été étudiés pendant la durée de la présente année scolaire, dans le laboratoire de la Faculté. En se fondant sur ces études nouvelles
CONCLUSION
M. Charcot se croit autorisé à déclarer que « la j^htisie pneumonique est une affection tuberculeuse au premier chef. » Elle l’est dès l’origine, ainsi que le démontre l’observation communiquée par M. le D*" Mesnet, et où la mort est survenue, comme on l’a vu, au 14® jour. A cette époque, en effet, les nodules tuberculeux péri-bronchiques étaient déjà, dans ce cas, parfaitement constitués ; la plupart avaient même subi, à un haut degré, la dégénération caséeuse dans leur région centrale ; ils constituaient dans le poumon, de beaucoup, la lésion prédominante ; tandis que les altérations inflammatoires proprement dites, n’y jouaient, au contraire, qu’un rôle secondaire tout à fait effacé.
Ce qui vient d’être dit au sujet des formes aiguës de la pneumonie caséeuse^ on peut le répéter, à peu près mot à mot, et à fortiori, à propos des formes chroniques. Le tubercule qu’on a voulu bannir, même de ces dernières formes, se présente là, cependant, avec les mêmes caractères que dans la phtisie pneumonique aiguë, c’est-à-dire sous l’apparence de nodules péribronchiques ou péri-acineux (nodules erratiques), limités par une so«e embryonnaire qmqq, ou sans l’accompagnement des lésions de l’inflammation commune. C’est au sein des nodules, dans leur région centrale, et ici encore, aux dépens de la néoformation embryonnaire, que se produit la dégénération vitreuse ou caséeuse; puis, ultérieurement, la désagrégation, qui conduit au ramollissement et à la formation des cavernes. Les variétés, dans l’évolution de l’affection considérée dans son ensemble, semblent déterminées par le mode même de l’évolution tuberculeuse : tantôt aiguë ou suraiguë et envahissante, tantôt lente et discrète. Les formations tuberculeuses péri-bronchiques, dans le mode sub-aigu ou chronique, peuvent d’ailleurs déterminer, dans les parties du poumon qui avoisinent les nodules, la production de l’in-
CONCLUSION
flammation vulgaire, cette fois sous la forme chronique ; tandis que dans les cas de phtisie pneumonique aiguë ou suraiguë, ce sont les lésions de la bronche -pneumonie aiguë qu on observe : c est ainsi que la cirrhose du poumon, caractérisée par la transformation embryonnaire avec épaississement des parois alvéolaires, et la métamotphose cubique de l’épithélium du poumon, pour la première fois décrite par M. Thaon, est un des éléments très habituels de la phtisie chronique vulgaire.
Il n est pas sans intérêt de rechercher par la critique l’enchaînement d’idées qui a pu conduire à la doctrine suivant laquelle les lésions de la pneumonie caséeuse résulteraient de la métamorphose des produits de l’inflammation simple. On remarquera, en premier lieu, que tous les auteurs partisans de cette théorie sont partis du principe que les lésions très diverses, qu’on rencontre en même temps dans un poumon atteint de pneumonie caséeuse, représentent, en quelque sorte, les diverses phases d’un même processus morbide. Ainsi, \infillralion gélatineuse représenterait le premier stade de l’altération qui, dans sa progression, aboutirait à l’induration grise, puis à 1 induration jaune. Or, c’est là un principe inadmissible ; car 1 induration jaune ou grise appartient au processus tuberculeux, l’infiltration gélatiniforme à celui d’inflammation catarrhale concomitante, et ces deux processus, comme on l’a vu, marchent parallèlement, mais isolément; ils ne se confondent sur aucun point.
Un autre point faible de la doctrine est dans la méconnaissance des règles de la méthode topographique. L’oubli de ces règles a conduit à laisser passer inaperçue cette zone embryonnaire qui, limite la région caséeuse des nodules tuber- : culeux et la sépare des régions où le poumon offre les lésions de l’inflammation simple. Cette zone embryonnaire a été
CONCLUSION
pour la première fois décrite et mise en lumière par M. Granclier.
« Quoi qu’il en soit, dit M. Charcot, en terminant cette » série de leçons, rien ne me paraît mieux établi que l’exis- » tence de la tuberculose infiltrée ou discrète, comme élé- :» ment fondamental, dans les diverses formes de la phtisie » pulmonaire; rien de plus douteux, au contraire, que l’exis- » tence d’une pneumonie caséeuse, indépendante delà tuber- » culose et jouant le rôle capital dans le processus phtisiologi- » que. Tel est pour moi le résumé de la situation b »
' Extrait de la Revue de médecine et de chirurgie, 1877, p. 877.