‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 2)Chapitre 72 sur 159 · SÏUUCTUHE DE LA CELLULE GÉANTE · texte numérisé non relu

SÏUUCTUHE DE LA CELLULE GÉANTE

de la cellule. La troisième coupe, enfin, nous montre un petit amas de cellules à proloplasma brillant, à contours assez mal délimités au centre duquel les éléments se groupent de façon à circonscrire une sorte de pertuis très étroit qu’on peut suivre à une certaine distance dans l’épaisseur de la coupe, en faisant varier la vis du microscope. Quelques rares prolongements courts, épais, grenus, relient cette masse aux tissus voisins.

On voit donc que, sur chacune de ces trois coupes, la cellule géante a changé de forme et de constitution ; de plus, détail important, elle a varié aussi de volume dans des proportions considérables. Si nous prenons comme point de départ le volume de la cellule sur la coupe n° 3,et que nous représentions ce volume par un, il sera de trois sur la seconde coupe et de deux et demi sur la première. Les dificultés pratiques d’une telle recherche ne nous ont pas permis de suivre plus loin les modifications éprouvées par la cellule géante en question, Quoi qu’il en soit des faits signalés jusqu’ici, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes : la masse qui constitue la cellule géante s’effile vers une de ses extrémités. Si nous supposons que le même phénomène se produise vers l’extrémité opposée qui manque dans la série de nos coupes, l’élément sera fusiforme ; si on n’accepte pas cette hypothèse, on doit reconnaître tout au moins qu’il a la forme d’une petite massue, pourvue par conséquent d’un manche ou pédicule et d’une partie renflée. Or, pour le pédicule aussi bien que pour la zone périphérique de la partie renflée, la structure du tissu qui les composent est des plus évidentes ; il est constitué uniquement par des éléments cellulaires agglomérés, seulement ces éléments cellulaires ont subi une modification qui a eu pour effet de les souder les uns aux autres en amenant la fusion partielle de leur proloplasma.

Les caractères de cette modification s’accusent de la façon la plus nette au niveau des prolongements que la cellule

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géanle émet dans tous les sens, nous les avons signalés plus haut et ils consistent dans le gonflement du protoplasma, son état grenu, sa tendance à 1 accolement, sa réfringence spéciale, son aptitude à fixer l’acide picrique à l’exclusion du carmin. Or, ces différentes modifications se retrouvent en dehors de la cellule géante dans d’autres parties de la néoformation tuberculeuse, portant leur action sur des parties moins complexes et se présentant par conséquent, dans des conditions d’examen plus favorables. Telle est la modification particulière qui produit les cellules de la zone épithélioïde du follicule ; telle est celle qui atteint dans l’intérieur des alvéoles les cellules qui proviennent de la paroi de ces alvéoles; telle enfin celle qui, dans certaines circonstances, frappe, par places, l’endothélium des vaisseaux d’un certain calibre. Dans tous ces cas, nous voyons cette dégénérescence inconnue dans sa nature, mais qui peut être désignée sous le nom de transformation vitreuse, produire des effets identiques. Les éléments cellulaires augmentent de volume, et tandis que leurs noyaux prolifèrent, leur protoplasma prend les caractères qui viennent d’être indiqués. Puis, les cellules s’accolent en plus ou moins grand nombre, leur ligne de séparation disparaît progressivement par fusion des protoplasmas et ainsi se trouvent constitués des équivalents en quelque sorte de la cellule géante. On sait, de plus, que cette transformation vitreuse des éléments cellulaires dans le tubercule a pour aboutissant la caséification finale. Or, il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance qui existe, au point de vue des caractères physiques et des réactions micro-chimiques, entre la matière caséeuse et la substance centrale delà cellule géante. On est ainsi amené à conclure que la partie centrale de la cellule géante a eu, à un moment donné, la structure dont nous reconnaissons l’existence au niveau de son pédicule et de sa zone périphérique, c’est-àdire qu’il a été constitué, dans le principe, par un amas de cel-

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Iules ; que plus lard ces éléments ont subi la transformation vitreuse, se sont accolés puis fondus ; qu’en un mot, le vice tuberculeux a procédé dans la cellule géante comme dans la granulation vulgaire que la caséification envahit, on le sait, en marchant du centre vers la périphérie.

Si cette conception est exacte, la cellule géante serait bien loin d’être, comme l’a indiqué M. Schüppel, formée par un élément cellulaire unique, dont le protoplasma en état d’accroissement actif donnerait naissance par voie de bourgeonnement aux cellules épithélioïdes. Elle devrait être considérée, au contraire, comme un nodule multicellulaire dès son origine, au niveau duquel le processus tuberculeux aurait atteint son dernier terme et serait représenté par deux de ses produits les plus caractéristiques et les plus avancés: la cellule vitreuse et la matière caséeuse *.

Extrait du Progrès Médical, n° 34, 1878.

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