ANÉVIUSME l'AUXIEL UU COEUU
Ce sont là autant de questions que suscitent mes observations et qu’on pourrait multiplier encore; mais leur étude nécessiterait des développements dans lesquels je ne puis entrer aujourd’hui. Je me contenterai, pour le moment, de l’exposé des faits, me réservant de les discuter dans une communication ultérieure. Toutefois, je crois devoir présenter ici les remarques suivantes relatives aux symptômes observés pendant la vie de mes deux malades.
a) Dans la première observation, nous voyons l’affection du cœur rester complètement latente; aucune anomalie n’est remarquée dans les bruits perçus par l’auscultation; la percussion reste également muette, et cela devait être, puisque la forme et le volume du cœur étaient à peu près normaux, ainsi que l’autopsie l’a démontré par la suite. Le pouls, il est vrai, s’est montré pendant toute la durée de l’affection aiguë qui a mis fin aux jours du malade, extrêmement faible, filiforme, formicant, parfois presque insensible; mais cette remarque importante devait être perdue au milieu des nombreux symptômes ataxiques qui se sont succédés, et en l’absence de tout renseignement sur l’état antérieur des fonctions circulatoires.
Ces phénomènes ataxiques s’expliquent assez bien par l’existence d’une phlegmasie pulmonaire d’abord localisée dans le lobe inférieur du poumon gauche, mais y restant pendant plusieurs jours à son premier degré; abandonnant ensuite la partie primitivement affectée pour aller définitivement s’établir dans le lobe supérieur du poumon droit et y déterminer rapidement la suppuration. De pareils symptômes s’observent fréquemment dans le cours de ces pneumonies successives des vieillards affaiblis par l’âge et la misère. La contracture observée pendant si longtemps, et d’une manière permanente dans le membre supérieur droit de la malade, aurait pu donner le change et faire croire à l’existence d’une lésion cérébrale; l’autopsie ayant démontré l’absence d’un ramollissement du
KYSTES FIDKINEUX
cerveau, ce symptôme serait, aujourd’hui encore, inexplicable pour nous, si nous ne savions pas que la contracture s’observe parfois au milieu des accidents si variés de l’ataxie, nous ferons cependant une remarque à ce sujet : les artères humérale et axillaire du membre contracturé ont été trouvées, à l’autopsie, remplies d’un caillot quelque peu organisé et qui prenait racine sur l’extrémité supérieure du kyste fibrineux qui remplissait en partie la cavité gauche du cœur. Y a-t-il entre la lésion et le symplôme simple coïncidence? c’est ce que je ne saurais décider actuellement. Encore est-il que si la contracture n’a jamais été observée comme conséquence de la formation, pendant la vie, d’un caillot dans les artères, on a observé, en pareil cas, des douleurs vives, des paralysies du mouvement,, des anesthésies, phénomènes voisins de la contracture et qui fréquemment la précèdent ou lui succèdent. — 11 nous paraît probable que la lésion organique du cœur n’a pas été sans influence sur la production des phénomènes graves observés chez la malade pendant le cours de la phlegmasie aiguë qui a terminé son existence. Avant l’invasion de cette affection, la cavité gauche du cœur, réduite à la moitié au moins de sa capacité normale, suffisait cependant encore tant bien que mal à ses fonctions. Le jet artériel, sans doute, devait être bien faible, puisque le cœur gauche ne recevait et n’émettait, (à chaque battement,) que la moitié du sang artériel sur lequel il agit d’habitude; mais l’organisme s’était comme familiarisé avec cette sorte d’infirmité acquise. La venue d’une affection aiguë fébrile a dû jeter un trouble extrême dans l’exercice des fonctions du cœur déjà si menacées, et de là peut-être, du moins en partie, tirent leur origine les phénomènes si graves observés pendant ■ les derniers jours de la vie.
b) Chez la malade qui fait le sujet de la deuxième observation, notre attention a été fixée dès le début sur le trouble des
ANliVRlSMI' I-ARTIKL DU COEUR
fondions du cœur. C’était au trouble de ces fonctions que nous rapportions tous les accidents observés; il nous a été cependant impossible d’établir un diagnostic précis.
Un fait quelque peu exceptionnel devait appeler notre attention; je veux parler du sovijle rude et superficiel observé dans toute la région interscapulaire. Ce symptôme n’était cependant pas de nature à nous mettre sur la voie du diagnostic. On a constaté 1 existence d un pareil souffle dans deux circonstances principales ; tantôt il se lie à une affection de l’aorte thoracique (anévrisme, rétrécissement, compression par une tumeur, etc.); d’autres fois, il indique l’existence d’une lésion delà valvule mitrale. « Le murmure interscapidaire, ditM, W. Stokes, peut accompagner le rétrécissement et l’insuffisance de la valvule mitrale, mais plutôt l’insuffisance. » Et ailleurs: « il peut être plus prononcé que celui qu'on perçoit à la région précordiale ». (W. Stokes, The Diseuses of the Heart and the Aorta. Dublin, 48S3.) L’absence du pouls radial, constatée à plusieurs reprises, indiquait le rétrécissement de cet orifice plutôt que son insuffisance. — Le double souffle lointain qu’on entendait à la région précordiale, au niveau de l’union du cartilage de la troisième côte avec le sternum, et dont la première partie se propageait dans la direction de l’aorte, indiquait à son tour une lésion de l’orifice aortique. Le rétrécissement de cet orifice pouvait être considérable, bien que le souffle perçu au premier temps et à la base fût très faible; car, d’un côté, l’impulsion du cœur, très volumineux d’ailleurs, ainsi que le démontrait la percussion, était très faible; il y avait donc faiblesse du cœur, comme on dit en Angleterre, ou mieux asijstolie, pour me servir du terme imaginé par M. Beau. V absence complète du poids, s’accordait parfaitement avec la supposition de ces lésions. Dans une observation fort intéressante, lue à la Société anatomique, en juillet 18S4, par M. le D" Vulpian, l’orifice aortique était rétréci de manière à ne laisser libre
KYSTES FIBRINEUX
qu’une fente de 2 cenlimèlres de long sur 2 millimètres de large ; le souffle, au premier temps et à la base, observé pendant la vie, était presque nul, l’impulsion du cœur, très volumineux, nous le répétons, était très faible et le [)ouls radial presque insensible. [Bulletins de la Société anatomique, t. XXIX, p. 217 et suiv.)
En résumé, rétrécissement de la valvule mitrale, rétrécissement très prononcé de la valvule aortique, faiblesse du cœur, tel était le diagnostic complexe auquel nous avions cru devoir nous arrêter. Ces lésions multiples nous paraissaient pouvoir expliquer tous les symptômes observés pendant la vie : l’hypertrophie du foie et l’ictère, l’absence du pouls et les accès d asthme cardiaque si prononcés, etc. La mort subite enfin trouvait son explication. L’autopsie cependant est venue apprendre qu’aucune de ces lésions n’existait en réalité. Tous les accidents étaient produits par un anévrisme partiel du cœur, accompagné d’une hypertrophie considérable des parois ventriculaires et compliqué de l’existence d’une énorme concrétion fibrineuse remplissant les deux tiers de la cavité du ventricule gauche. Nouvelle preuve, s’il en était besoin, de l’obscurité qui couvre encore le diagnostic des anévrismes partiels du cœur, malgré les savantes et laborieuses recherches des modernes ’
Obs. I. Anévrisme partiel du cœur peu prononcé, ne se révélant pendant la me, à l'auscultation, par aucun symptôme. Ven-
tricule gauche rempli par un kyste volumineux renfermant vn liquide puriforme. ~ Caillot se prolongeant dans l'aorte, dans l' humérale et V axillaire du côté droit. — Pneumonie, hépatisation granuleuse grise.
La nommée Mélanie Berger, ancienne artiste dramatique, âgée de 68 ans, entrée à l’hospice de la Salpêtrière pour un engorgement des glandes du cou et une amaurose, le 12 mars 18^1 °est
. Voir l’aperçu bibliographique, donné par M. le Dr Leudet in n.r, / rendus et Mém. de la Soc. de biologie, 1833, p. io3. Comptes
Charcot. Œuvres complètes, t. v, Poumons cl Cœur.
OBSliUVA'l’IONS
amenée à l’infirmerie, le 22 mars 1832 el placée salle St-Jean, n" 11, service de M. Gazalis. On ne peut obtenir aucun renseignement de cette malade sur sa santé antérieure et sur les débuts de son alTection actuelle, elle est déjà dans le délire. Cependant elle assure être sujette à des rhumatismes et se plaint de douleurs fixes dans les deux côtés de la poitrine. Réaction fébrile peu prononcée, pouls très petite mais peu fréquent, régulier. A l’auscultation, un peu de râle crépitant assez fin dans la partie moyenne du lobe inférieur du poumon gauche. (Potion; tartre stibié, 0.10, diète).
Le 23 et le 24, la réaction se prononce : la malade s’agite beaucoup et parle sans cesse, la langue est sèche, la peau est chaude, le pouls est remarquablement petit et très fréquent.
25. Pouls très petit, à 108; peau très chaude, langue très sèche, état typhoïde, coma vigil, urines et selles involontaires. Le membre supérieur droit est contracturé, porté dans la demi-flexion. Quand on l'étend, ce qui est assez difficile, la malade pousse des cris; et quandle membre étendu est abandonné à lui-même, il se fléchit de nouveau, lentement, et reprend enfin sa position primitive. La sensibilité est partout conservée. A l’auscultation on ne découvre autre chose dans la poitrine que du râle sous-crépitant dans le lobe inférieur du poumon gauche; pas de matité en ce point. Rien au cœur, pas de toux, pas d’expectoration.
. 26. Même état. Le pouls est si fréquent qu’on ne peut le compter : il est petit, tout à fait filiforme, parfois irrégulier. Les bruits du cœur sont normaux.
27. Sorte de rémission dans tous les symptômes. Pas de délire, mais sorte d’hébétude.
28. Il y a un redoublement fébrile, la face s’est injectée de nouveau; il y a des mouvements spasmodiques des paupières et des ailes du nez du côté gauche, coma vigil; somméil bruyant, un peu sterloreux; pouls filiforme, très irrégulier et extrêmement fré- .quent. La contracture du membre supérieur droit persiste.
A l’auscultation, on constate pour la première fois, au sommet (lu poumon droit, un souffle tubaire superficiel, mélangé de râles sous-crépitants fins. La malade a rendu quelques crachats rouilîés. Le râlé qui existait dans le côté gauche de la poitrine est de-
OBSERVATION ; AUTOPSIE
venu muqueux -et a perdu le caractère pneumonique. (Potion, tartre stibié, 0,15.)
29. Dévoiement abondant. Coma profond, hoquet. Les battements du cœur extrêmement fréquents et irréguliers, mais on n’y entend pas de bruits anormaux.