ANÉVRISME PARTIEL DU COEUR
troisième couche ibrmée de fibres musculaires, pâles, décolorées et comme infiltrées de graisse; 4® les fibres musculaires du cœur avec leur aspect normal.
L’endocarde ne présente d’altérations que dans les points où il est en contact avec le kyste auquel il paraît uni dans certains points par des lamelles celluleuses de formation nouvelle ; là, il est épaissi, blanc, opaque, légèrement rugueux à sa surface interne et comme chagriné. Partout ailleurs il a son aspect normal. Les valvules aortiques et les valvules auriculo-ventriculaires ne présentent aucune altération. L’aorte est saine : on n’y voit pas de plaques athéromateuses, elle n’est nullement dilatée. Le ventricule droit, l’artère pulmonaire, les deux oreillettes sont complètement exempts d’altération.
Le caillot que nous avons vu partir du kyste et se prolonger dans la crosse de l’aorte, pouvait être suivi à droite et dans toute l’étendue de Vartere axillaire et humérale^ mais, à mesure qu’il s’éloignait du centre circulatoire, il paraissait moins organisé et de formation plus récente. Dans l’humérale et dans l’axillaire droite, pas plus que dans l’aorte, il n’adhérait aux parois vasculaires qui ne présentaient aucune altération. Les artères correspondantes du côté gauche ne contenaient pas de caillots, mais seulement un peu de sang fluide.
Obs. il — Anévrisme partiel de la pointe du cœur et de la cloison inler-venb'iculaire. — Ventricule gauche rempli en grande partie par un kyste très volumineux et contenant un liquide puriforme.
— Pendant la vie, souffle intense isochrone aux battements du cœur, entendu surtout au-dessous de la pointe de l'omoplate gauche.
— Absence complète du pouls radial. — Pneumonie, apoplexie pulmmo-ire.
La nommée Jolivet Françoise, âgée de 62 ans, autrefois journalière, entre à l’infîmierie de la Salpêtrière, le 21 mars 1852, salle St-Jean, n°6, service de M. Cazalts.
Antécédents. On nous apprend que cette femme est entrée à l’hospice pour une paralysie complète de la langue; elle a perdu complètement l’usage de la parole et ne peut s exprimer que pai
OBSERVATION
signes. Elle ne peut avaler les liquides qu’a l’aide d’un biberon; si elle essaye de boire autrement, elle tousse immédiatement et est prise d’une sorte de suffocation. Elle avale les solides beaucoup plus aisément, mais la déglutition se fait avec lenteur. L’intelligence paraît très nette, il n’y a pas de surdité. Elle nous fait comprendre qu’à part son infirmité, elle jouissait d’une bonne santé depuis son entrée à la Salpêtrière. Elle assure qu’elle est tombée malade il y a quinze jours seulement; elle a commencé à éprouver alors de la dyspnée, de l’anxiété. Elle s’est vue forcée souvent de s’asseoir sur son lit, et ne peut guère dormir la nuit. Quelquefois cependant, elle peut se coucher sur le côté droit et sommeiller un peu; mais il lui est toujours impossible de se coucher sur le côté gauche. Elle a en même temps perdu l’appétit, mais elle n’a pas éprouvé de frissons. Depuis une quinzaine de jours, vertiges, bourdonnement d’oreilles, scintillement devant les yeux, toux quinteuse et sèche.
Etat actuel. — Apparence d’une forte constitution. La face est injectée et présente une teinte générale un peu violacée. Légère teinte ictérique des conjonctives. La malade rapporte toutes ses souffrances à la région du foie; quand on palpe ou qu’on percute cette région, elle accuse une douleur vive aussitôt qu’on arrive au niveau des fausses côtes droites. On observe en même temps que le foie, qui, d’ailleurs, ne remonte pas très haut, dépasse le rebord costal d’environ 2 pouces. Nous observons pendant la journée que la malade est habituellement couchée sur le côté droit; mais elle se lève de temps en temps tout à coup sur son séant, comme pour mieux respirer. L’œil est hagard et la malade paraît en proie à une vive anxiété. La peau n’est pas chaude. Le pouls des artères radiales est complètement insensible. La main appliquée sur la région précordiale perçoit des battements peu énergiques. La matité de cette région est absolue et très étendue; la percussion n’y provoque point de douleurs.
L’auscultation fait reconnaître des bruits sourds et comme étouffés, presque nuis. On entend un souffle peu intense ; double, ayant son maximum à la pointe et se propageant dans la direction de l’aorte. Pendant cette exploration, la malade fait comprendre
ANKVHISME l'AllTlEL DU COXIt
qu’elle éprouve clans le dos, au niveau de la pointe de l’omoplate une sensation de battements. Quand on lui dit de préciser le point où elle éprouve cette sensation, elle porte la main sur le bord externe gauche de la colonne vertébrale, à un décimètre environ audessous du niveau de l’angle de l'omoplate. L’exploration de cette région par la percussion n y fait pas reconnaître de matité ; mais, par 1 auscultation, on perçoit un souffle assez vude^ paraissantassex superficiel, et qui se propage de ce point où il a son maximum dans toutes les directions; on l’entend par en bas jusque sur le .sacrum; par en haut, sur la colonne vertébrale, on l’entend encore à 15 centimètres au-dessus du niveau de la pointe de l’omoplate. Latéralement il se propage fort loin du côté gauche; mais on 1 entend aussi à droite, cjuoicjue plus faiblement, jusqu’au niveau de la ligne sous-axillaire.
Par l’examen de la poitrine, on découvre en arrière, en bas et à droite, une matité très prononcée. Dans ce point même, la respiration est très faible et mélangée de quelques râles sous-crépitants.
Les extrémités sont un peu froides. La malade assure ne pas éprouver de fourmillements dans les membres tant inférieurs que supérieurs. La sensibilité et le mouvement sont parfaitement libres. Pas trace d’œdème. (Potion : opium, digitale. Une portion d’aliments.)
23 mars. La malade ne peut dormir la nuit. Elle se lève souvent tout à coup et fait quelques pas dans la salle. Elle fait comprendre ([u’elle est dans ces moments-là en proie à une vive oppression. La peau devient un peu chaude; la langue est couverte d’un enduit blanc. La teinte ictérique se prononce davantage, cependant, la région du foie est moins douloureuse. L’appétit se perd.
Du 23 au 30, pas de modifications importantes. Toujours la même agitation. La malade se promène toute la nuit dans la salle et reste assise sur son lit pendant la plus grande partie du jour.
31. La teinte ictérique persiste. Même agitation. Le pouls 7'adial est toujours nul. Extrémités froides et violacées. A la partie inférieure de la poitrine, souffle mélangé de quelques râles sous-crépitants. Toux sèche, soif.
OBSEllVATION ; AUTOPSIE
1®“’ avril. L’agitalion et la dyspnée ne font qu’augmenter. Une cyanose générale se manifeste. La malade ne peut rester un moment en place; elle se plaint de fourmillements, de crampes dans les jambes. Le pouls est toujours insensible. La matité précordiale paraît plus étendue encore que les jours précédents. Les bruits du cœur sont très faibles et presque insensibles, son impulsion très faible. Le souffle double à la base a complètement disparu. Il en est de même du souffle qu’on entendait distinctement à la région dorsale. La matité correspondant à la partie inférieure du poumon persiste et s’étend.
4. Les battements des artères humérales elles-mêmes ne sont plus perceptibles. Les carotides et les crurales battent très faiblement. La malade est très aOaissée, elle est couchée sur le côté droit et comme repliée sur elle-même.
5. Un peu de râle laryngo-trachéal, plaintes, gémissements. Le matin vers onze heures, la malade descend de son lit; elle tombe aussitôt à terre et meurt subitement.
Autopsie faite le 0 avril, à 9 h. du matin. — Encéphale. — Le lobe gauche du cervelet présente à sa face supérieure deux dépressions, comme formées par l'impression des doigts, ayant chacune environ un centimètre et demi de large sur un centimètre de profondeur. Au niveau de ces dépressions, les circonvolutions lamellaires sont complètement effacées. Ces cavités sont recouvertes par l’arachnoïde; elles sont remplies par un liquide transparent, communiquant avec le liquide sous-arachnoïdien. Le cervelet est sain dans tout le reste de son étendue. Vers la partie antérieure du lobe cérébral droit, au niveau de l’extrémité externe de la scissure de Sylvius, on trouve une cavité du volume d\me noix, fermée en dehors dans une partie de son étendue parles méninges cérébrales épaissies et se prolongeant en dedans, dans la profondeur de la substance cérébrale, jusqu’au voisinage de la partie antérieure et externe du ventricule correspondant. Cette cavité est remplie d’un tissu cellulaire à mailles larges, vasculaire et imprégné d’une sérosité limpide. Dans cette cavité, rampent des vaisseaux nombreux, fortement contournés, et qui sont des ramifica-
observation; autopsie
lions des vaisseaux de la scissure de Sylvius. A gauche, et dans une situation analogue, une autre cavité, mais d’une capacité deux Ibis moindre.
Les méninges sont injectées, épaissies et fortement infiltées d’une sérosité parfaitement transparente. Piqueté cérébral général, pas de ramollissement.
Abdomen. — Foie volumineux, muscade, fortement congestionné, reins normaux. Rate, 10 centimètres de haut en bas, très épaisse, dure, d’une coloration et d’une consistance qui se rapprochent de celles du foie.
Estomac. — La membrane muqueuse de l’estomac présente au voisinage du pylore une teinte ardoisée très manifeste. Au niveau (
de la grande courbure, deux ulcères simples, à fond nacré, à pour- | tour rouge vif, ayant chacune l’étendue d’une pièce de oO centi- ^ mes, arrondis et communiquant entre eux par une sorte de ramification. — Les intestins n’ont rien présenté de notable.
Thorax. Poumons. — La plèvre droite contient une assez grande quantité d’un liquide transparent, citrin, mais dans lequel nagent, surtout dans les parties les plus déclives, des flocons albumino-fibrineux verdâtres. Quelques plaques pseudo-membraneuses, verdâtres, sur la plèvre qui recouvre le lobe inférieur. L’épanchement J s’étendait sur la plus grande partie du poumon, lequel était retenu * aux parois thoraciques en plusieurs points par des fausses mem- * branes organisées de date plus ou moins récente. Le lobe moyen et le lobe inférieur du poumon droit sont d’une coloration foncée, lourds et résistants. Quand on les divise par une section qui se prolonge dans toute leur étendue, on remarque que les parties centrales sont occupées par de nombreux noyaux d’apoplexie pulmonaire granuleuse, arrondis, circonscrits, se détachant vivement par leur coloration d’un violet foncé sur les parties environnantes dont la teinte est plus pâle; toutes les parties des deux lobes inférieurs, qui n’offrent pas ces altérations, présentent les caractères de l’hépatisation granuleuse grise la plus manifeste.
Le poumon gauche est sain dans toute son étendue.
Le cœur a un volume considérable. 11 pèse 9G0 gr., avec les caillots et l’origine des artères. L’augmentation de volume paraît
KYSTES FIBRINEUX
apparlenir exclusivement au ventricule gauche; le ventricule droit estrelativementpetitet comme reléguéen arrière. L’oreillette droite est, proportion gardée, volumineuse. La pointe du cœur est extrêmement obtuse et comme aplatie suivant la direction du grand axe de l’organe.
Pas d'adhérences péricardiques. Quantité notable de liquide citrin dans le péricarde. A la surface du cœur, surtout sur le ventricule gauche, au voisinage de la pointe, on voit de nombreusesplaques blanches, d’une grande étendue et d’une date évidemment très ancienne.
Le ventricule gauche est ouvert avec précaution dans toute son étendue par une incision parallèle au sillon interventriculaire, la cavité paraît alors très vaste, et comme globuleuse; la plus grande partie de son étendue est occupée par une vaste tumeur ovoïde, lisse à l’extérieur, se terminant en haut par une extrémité obtuse, adhérant intimement par son tiers inférieur à la paroi du ventricule, surtout au niveau de la pointe du cœur. Cette tumeur est, partout ailleurs, libre dans la cavité du cœur, et en rapport avec des caillots sanguins de formation récente; elle est formée d’une enveloppe composée de couches fibrineuses concentriques, très minces (environ 2 millim.) dans certains points, très épaisses dans d’autres (4 millim.) et d’un contenu liquide, épais, opaque, d’un vert brun a}mnt l’aspect du pus. Ce liquide, dont la quantité est considérable, présente cà l’examen microscopique la composition suivante : 1° détritus fibrineux amorphe ; 2“ granulations moléculaires nombreuses ; 3° globules graisseux de volumes divers, très nombreux; 4“ globules blancs du sang ayant subi la dégénérescence graisseuse.
L’endocarde est blanc, opaque, épais, au niveau des adhérences avec le kyste et dans leur voisinage ; partout ailleurs il présente son aspect normal.
Les valvules aortiques et l’aorte sont complètement saines. Les valvules auriculo-ventriculaires sont d’un blanc laiteux, mais d’ailleurs bien conformées.
Lès parois du ventricule gauche sont épaissies (2 cent.) surtout aux parties centrales et à la base. Le tissu musculaire y conserve
ANEVRISME PARTIEL Uü COEUR
son aspect normal clans les deux tiers supérieurs de leur étendue. Mais dans le tiers inférieur, dans toutes ses parties qui concourent à former la pointe du cœur, la paroi qui conserve encore une grande épaisseur (1 cent, i/2) ne présente plus du tout l’aspect musculaire; elle paraît constituée par un tissu fibrineux, résistant, nacré, composé de couches superposées. (La pointe du cœur déployée présente cette texture fibreuse dans une étendue de 9 cent, environ dans tous les sens.)
Lorsque la cavité du ventricule gauche a été débarrassée du kyste qu’elle renfermait, on remarque au voisinage du cœur, sur la paroi interventriculaire, dans le point de réunion de cette paroi avec la base des piliers postérieurs des valvules mitrales, un orifice arrondi ayant environ 2 centimètres de diamètre, et s’ouvrant dans une cavité régulièrement hémisphérique de 2 cent. 1/2 de profondeur environ. Les parois de cette cavité, ainsi que l’endocarde, au voisinage de son orifice, ont une consistance osseuse et résonnent comme du carton quand on les frappe.
Son fond se dirige dans la cavité du ventricule droit où il fait une saillie d'environ un centimètre. La face interne est recouverte de plaques calcaires; elle paraît, du moins en certains points, recouverte d’une membrane qui se continue insensiblement avec l’endocarde. Un caillot composé de lamelles fibrineuses stratifiées, et dépendant du kyste que nous avons vu remplir la plus grande partie du ventricule gauche, obturaient complètement cette petite cavité anévrismale.
Les autres parties du système vasculaire n’ont pas présenté d’altération notable.
rATIlOLOGlE COMPARÉE
-Végétations des valvules auriculo-ventriculaires gauches, avec hypertrophie du cœur et hydropisie ascite ; ulcérations multiples de la muqueuse de l’estomac;^ tumeurs gélatineuses dans le foie, chez un chien âgé de douze ans
Un chien de garde, mâtin, d’assez forte taille, et qui avait éprouvé la maladie dans les premières semaines de sa vie, s’était ensuite toujours bien porté, lorsqu’il y a quatre à cinq mois, il tomba tout à coup malade, cessa de manger régulièrement et maigrit d’une manière très prompte. Il était alors âgé de douze ans moins quelques mois. Sa maladie fut attribuée à ce qu’il avait mangé avec avidité des étoupes servant au pansement d’une plaie suppurante d’un cheval. Quoi qu’il en soit, ce fut quelques semaines après que la maladie éclata. Dès le début, outre l’amaigrissement et l’inappétence, il faut encore noter une soif que rien ne pouvait satisfaire, et à cette époque déjà les excréments, qui étaient toujours secs, farineux et d’une teinte grisâtre, devinrent habituellement noirs et semi-liquides. Peu à peu le train de derrière s’affaiblit considérablement et ne peut plus supporter l’animal, qui ne se déplace plus guère. La maigreur devient excessive ; mais le ventre reste volumineux et présente tous les signes de l’hydropisie ascite. Dans les dernières semaines de sa vie, l'animal refuse toute nourriture; il boit sans cesse avec avidité, rend des excréments liquides jaunâtres et teints de sang. La veille de sa mort, il éprouve quelques vomissements, et rend de nouveau
t Comptes-rendus de ta Société de Biologie, 1851, p. 24.