‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource] (volume 3)Chapitre 18 sur 101 · TYPHUS FEVER : SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

TYPHUS FEVER : SYMPTÔMES

pétéchiales, ne nous disent pas si, avant de disparaître, elles passent préalablement au jaune. Mais il est probable qu’il n’en est rien, puisque le premier de ces auteurs affirme que le véritable purpura et les vibices se rencontrent très rarement dans le typhus fever. Outre les taches qui viennent d’être décrites, M. Jenner en signale d’autres plus pâles, imparfaitement dessinées, et se confondant souvent les unes avec les autres; on les dirait situées profondément sous l’épiderme ( subcuticular rash ). L’éruption composée de ces deux espèces de taches donne à la peau un aspect tigré ; elle a été désignée par M. Jenner sous le nom de mulberry rash (éruption mûricolore). Il semblerait, en effet, alors, que le corps des malades a été frotté avec du jus de mûres.

Si l’on compare maintenant les taches de l’exanthème propre au typhus fever avec les taches lenticulaires rosées de la fièvre typhoïde, on remarquera que celles-ci diffèrent de celles-là principalement par les caractères suivants : Les taches lenticulaires de la fièvre typhoïde sont en général en petit nombre ; elles apparaissent du huitième au douzième jour, quelquefois plus tard. Elles sont très distantes les unes des autres, et répandues sur le devant de la poitrine et sur le ventre, ainsi qu’au dos et aux lombes ; on les observe rarement sur les bras et les cuisses. Elles sont d’une belle couleur rose, arrondies ; elles sont, pendant tout le temps de leur durée, légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau. Elles disparaissent toujours sous la pression du doigt, et ne se changent jamais en taches pétéchiales ; elles apparaissent par poussées successives. Chaque tache persiste pendant trois jours environ, puis elle disparaît sans laisser de traces; pendant ce temps, de nouvelles taches continuent à paraître tous les jours ou tous

les deux jours, jusqu’à la fin de la maladie (Jenner). Quoi

qu’il en soit, on voit qu’il est assez difficile de distinguer les taches du typhus fever, lorsqu’elles n’ont pas subi la transfor-

MALADIES INFECTIEUSES

mation pétéchiale, d’avec les taches lenticulaires rosées de la fièvre typhoïde. C’est pour cela, peut-être, que quelques auteurs (W. Sargent., Amer. Journ. of med. sciences, nouv. série, XIV, 532) ont signalé l’existence assez fréquente de taches lenticulaires rosées, en tout semblables à celles qui caractérisent cette dernière maladie, parmi les pétéchies de l’exanthème typhique.

Des sudamina apparaissent fréquemment, pendant le cours de la deuxième période.

E. Durée de la maladie , convalescence. — En temps d’épidémie, la marche du typhus fever peut être, ainsi que nous l’avons dit (B.), extrêmement rapide, et le malade peut succomber pendant le cours de la première période. En temps ordinaire, la durée moyenne de la maladie, dans les cas où elle se termine par la mort, est, suivant le docteur Jenner, de quatorze jours environ. Mais, sous ce rapport, il n’y a rien d’absolu, et l’on voit quelquefois la maladie, s’éloignant du type que nous avons pris pour point de départ de notre description, affecter une marche lente et insidieuse, qui rappelle l’allure habituelle de la fièvre typhoïde. Il arrive souvent alors, contrairement à ce que nous avons vu dans les cas à marche rapide, que la convalescence traîne en longueur et dure plusieurs semaines ou plusieurs mois. — Parmi les affections deutéropathiques et consécutives, les escharres d’une grande étendue, les parotides, la lymphangite avec production d’abcès multiples, et l’œdème douloureux des membres inférieurs, peuvent parfois retarder de beaucoup l’époque de la guérison définitive (Corrigan).

DIAGNOSTIC

Nous avons eu soin de faire ressortir, à l’article Symptoma-

TYl>nUS FEVER C DIAGNOSTIC 65

tologie , les traits de ressemblance vraiment frappants qui existent entre le typhus fever et la fièvre typhoïde. Indiquons actuellement les caractères à 1 aide desquels on pourrait distinguer ces deux maladies. — Dans le typhus fever, l’invasion se fait brusquement. La plupart des symptômes (symptômes fébriles, prostration des forces, stupeur, typhomanie, etc.), se dessinent rapidement, et acquièrent, dès la première période, une grande intensité. — Nous avons dit, pour n’y plu» revenir, en quoi l’éruption du typhus fever diffère de l’exanthème papuleux de la fièvre typhoïde (D. y.). — Les symptômes entéritiques, tels que l’endolorissement, le gargouillement de la fosse iliaque droite, qui caractérisent la fièvre typhoïde dans sa période d’augmenl, n’appartiennent pas au typhus fever. Le météorisme et la diarrhée s’y montrent

quelquefois, mais seulement vers la fin de la maladie.

Dans le typhus fever, il arrive assez souvent que les épistaxis du début et les symptômes de bronchite latente fassent complètement défaut. La terminaison heureuse a lieu souvent brusquement; elle s’annonce par des phénomènes critiques (Corrigan). La convalescence est rapide. La durée totale de la maladie est moins longue que celle de la fièvre typhoïde. Tels sont les principaux caractères à l’aide desquels on pourra différencier les deux affections, qui pendant longtemps ont été reunies par les auteurs anglais sous Je nom de c ont inued fever.

, aut bjen rec°nnaître toutefois que ces caractères distinctifs n ont pas une valeur absolue, et que, de l’aveu des praticiens expérimentés de la Grande-Bretagne, il est parfois matériellement impossible de distinguer le typhus fever de la fièvre

PRONOSTIC

En général, la mortalité Ciiakcot. Œuvres complètes.

varie beaucoup suivant les épidé- 1 ' vin, Mutuelles infectieuses . 5

66 MALADIES INFECTIEUSES

mies. La maladie se montre souvent beaucoup plus bénigne chez les enfants que chez les adultes, et surtout chez les vieillards (Guéneau de Mussy). Parmi les signes défavorables, les auteurs signalent en première ligne les suivants : 1° la faiblesse extrême du pouls et de l’impulsion du cœur, avec abaissement notable de la température des extrémités ; 2° l’injection très marquée des conjonctives, une teinte violacée répandue sur les parties les plus déclives du tronc et sur les extrémités des membres; l’abondance et la coloration foncée des taches de l’exanthème (Stewart, Corrigan) ; c est, d ailleurs, en général chez les sujets pauvres et affaiblis parles privations de nourriture que ces derniers symptômes sont surtout extrêmement prononcés (O’Reardon, Medical report on the fevei hospital , Cork-Street. Dublin, 1840, p. 6); 3° les évacuations involontaires ; 4° le délire violent, ou au contraire le coma profond; 5° les symptômes qui se rapportent à la splénisation des poumons ( consolidation of the lungs ).

NÉCROSCÛPIE.

L’ exanthème intestinal , qui forme le principal et le meilleur des caractères anatomiques de la fièvre typhoïde, manque constamment, au dire de quelques auteurs (Stewart, Jenner), dans le typhus fever; d’autres (Stokes) affirment, au contraire, qu’on rencontre quelquefois des cas ou tous les symptômes se rapportent à cette maladie, et où l’on trouve cependant les follicules isolés et les follicules agminés de l’iléon tuméfiés et ulcérés. C’est là un sujet qui réclame encore, ce nous semble, de nombreuses et consciencieuses recherches. Quoi qu’il en soit, il est bien établi aujourd’hui que la membrane muqueuse gastro-intestinale est complètement exempte d altérations, ou tout au plus légèrement congestionnée et ramollie par places, chez la majeure partie des individus qui

TYI’XIUS FEVER : NÉCROSCOPIE

succombent au typhus fever. Les ganglions mésentériques sont quelquefois volumineux, très volumineux môme, bien que la muqueuse intestinale soit parfaitement intacte (Stewart) La ratë présente habituellement une augmentation de volume et un ramollissement plus ou moins prononcé. Les sujets âgés de plus de cinquante ans paraissent seuls faire exception à cette règle (Jenner). La splénisation lobulaire ou lobaire des poumons {consolidation of the lung), avec rougeur et parfois ramollissement de la membrane muqueuse bronchique, a été dans ces derniers temps souvent observée, et bien étudiée par les médecins irlandais (Stokes). V hépatisation pulmonaire granuleuse a été au contraire très rarement rencontrée par les memes auteurs. Le tissu musculaire du cœur est en général flasque et ramolli à un haut degré (Stokes, Jenner). L 'hémorrhagie dans la cavité de l'arachnoïde a été constatée par le docteur Jenner, chez un huitième des sujets. La rigidité cadavérique paraît être ici plus hâtive et disparaît plus rapidement que dans les cas de fièvre typhoïde (Jenner). La peau du tronc et des extrémités, surtout aux parties déclives, est

parsemee de taches violacées, derniers vestiges de l’exanthème pétéchial.

HEMATOLOGIE.

(<«7SanSdeSIXmaladeS alleints de typhus fe'er a été, en 1847 soumis à l’analyse par M. Rodier. La densité de ce liquide étau normale ; la quantité de fibrine était normale ou elle occupait lésion, tes inférieures de l’état physiologique ’ ou enfin elle étau diminuée (Becquerel et Rodier) llilé 2 chimie pathologique, p. 128, 1834). Le sang extrait n.-,r i saignee, au début de la maladie, ne présente pas de couenne es saignées faites à une période avancée présentent en géné-’ ial un cadlot fonce en couleur, mou, diffluent.

ÉTIOLOGIE.

a. L’encombrement, la misère, les privations de nourriture ou l’usage prolongé d’aliments de mauvaise qualité, la dépression morale, sont autant de conditions qui existent à peu près constamment, et souvent à un haut degré, dans toute 1 étendue de l’Irlande et dans certaines contrées de l’Écosse et de l’Angleterre. Elles peuvent sans doute rendre compte du développement primitif du typhus qui régnent dans ces pays-là habituellement sous forme sporadique, mais qui s’y montrent souvent aussi sous forme d’épidémies meurtrières.

6. La plupart des médecins de la Grande-Bretagne s accordent à reconnaître la transmission contagieuse du typhus fever comme un fait des mieux démontrés.

Y. Le typhus fever attaque à peu près indistinctement tous les âges ; on l’observe fréquemment chez les vieillards. Dans le tie°rs des cas de typhus fever, qui servent de base au docteur Jenner, les individus atteints ôtaient âgés déplus de cinquante ans.

3. Le typhus fever ne se montre pas deux fois chez un même individu (Jenner). Suivant le docteur Ritchie, on voit assez souvent la fièvre typhoïde se développer avec tout 1 ensemble des caractères qui lui sont propres, chez des sujets convalescents du typhus fever, et réciproquement le typhus fever le mieux dessiné attaquer des individus qui ont présente récemment tous les symptômes de la fièvre typhoïde. M. Stokes dit avoir rencontré fréquemment des cas du même genie. Sui\ant le docteur Stokes, la même cause spécifique produit a peu près indifféremment, tantôt le typhus fever, tantôt la fièvre

TYI'HUS FEVER : TOI’OGRARIHE MÉDICALE

typhoïde. Le docleur Jenner a recueilli un certain nombre de faits qui tendraient, au contraire, à démontrer que la contagion du typhus fever n’engendre jamais la fièvre typhoïde, et réciproquement. Quoi qu’il en soit, les éludes entreprises dans le but de savoir si ces deux affections sont ou ne sont pas le produit d’une même cause spécifique, ne paraissent avoir donné jusqu’à ce jour que des résultats peu décisifs.

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